Dans le ciel…

Lundi 18 août 2014, aucune idée de l’heure…

Dans le ciel…

Dernier jour…

Si j’en crois l’horloge de mon ordinateur, toujours calée sur le fuseau horaire qui passe entre autres par New York City, il est minuit et six minutes, mais ça fait qu’à Paris, destination de notre vol, il est six heures six du matin, ce qui fait que d’après Jacques Dutronc, qui a l’époque faisait encore confiance aux dires de son pote Lanzmann, cela fait un peu plus d’une heure que la capitale s’est éveillée…

Mais tout ça ne me dit toujours pas l’heure qu’il est à l‘endroit depuis lequel je m’adresse à vous, perché à environ 10 000 mètres d’altitude, fendant l’air à environ 1 000 kilomètres à l’heure, enfin bref, tous les ingrédients réunis pour me foutre de sacrées suées, moi qui ne suis pas très serein dans un avion.

Le seul avantage à me scratcher cette nuit, c’est qu’au moins, je pourrais peut-être tomber sur un poisson qui saurait au moins me dire quelle heure il est réellement ici, à condition qu’il ait une montre, et que je survive à l’accident, ce qui fait beaucoup tout de même…

Alors considérons qu’il n’y a plus d’heure, plus de temps, plus de repère pour cette nuit de transition, ce long moment suspendu dans les airs, à slalomer entre les nuages, les étoiles et quelques oiseaux de passage.

Je n’arrive pas à me rendre compte que nous rentrons à pleine vitesse à la maison, que dans une paire d’heures, nous allons retrouver Paris, enfin juste le traverser, pour filer vers Olivet, chez ma sœur, avant de réintégrer notre appartement de Belleville d’ici quelques jours, juste le temps de tout remettre en place, comme avant…

Il faudra que j’écrive une lettre à Michel Polnareff, lui qui en avait adressé une à France lors de son long exil aux États-Unis au siècle dernier, histoire de lui demander ce qu’il avait ressenti quand il est revenu au pays… Enfin, c’est pas pareil pour lui je pense, vu qu’il a donné sept ou huit concerts à Bercy tellement du monde l’attendait, alors que nous, on a bien quelques potes qui vont être contents de nous revoir, mais pas de quoi remplir un stade tout de même…

Un an que nous sommes partis… je n’arrive plus à faire la part des choses. Est-ce que c’était trop long ? Est-ce que ce n’était pas assez ? Est-ce idiot de se poser ce genre de questions ? Pas facile de trouver de réponses à ces questions, surtout que depuis le décollage, on n’a pas été feignants sur le vin blanc avec Jess, alors de diverses pensées s’entrechoquent, disloquent ma tête, me torturent encore plus… C’est déjà pas bien réglé là-dedans même à jeun, alors là, je ne vous fais pas de tableau… Jess est d’ailleurs bien plus raisonnable que moi, elle qui dort, tranquillement vautrée dans son siège, tenant la main de Jack, lui aussi au pays des rêves, après avoir fait la révolution dans l’avion, sans prendre des pincettes ! Son voisin, un jeune amerloque qui, pourtant, n’a pas l’air bien méchant, a eu droit aux sauts incessants du bonhomme à côté de lui, puis à une douche de jus de pomme juste comme ça, histoire de rigoler… Encore un qui va tirer un trait définitif sur l’idée d’avoir des gosses un jour à cause de nous ! Quant au voyageur dans le siège juste devant, c’est encore une autre affaire… À mon avis, c’est le premier homme sur terre à avoir le mal de mer dans les airs ! Faut dire que Jack a passé son temps à secouer le dossier de son fauteuil avec un acharnement remarquable. Personnellement, à la place du mec, je jetais le gamin par le hublot !

Mais bon, on s’en fout, on les connaît pas, on est un peu cuits, et c’est la fin du voyage…

Tu crois pas qu’on aurait pu se la couler douce pour cette dernière journée à ce propos ? C’était trop demander peut-être, de faire la route tranquillement depuis Ephrata, de se faire une petite terrasse quelque part à Brooklyn, pas trop loin de l’aéroport de Monsieur Kennedy, et puis de plier les gaules sans puer sous les bras à force de trop courir partout ? Ben tu penses, ça aurait été trop beau, trop simple, et il a fallu encore s’inventer des défis à la mords-moi-le-nœud, dignes du scénario d’un prochain épisode de Mission Impossible.

Pourtant, on avait tout fait pour que ça se passe le plus simplement possible, Jess avait chopé une voiture de location la veille, pendant que je passais une dernière journée avec Ryan à New York City, puis on avait terminé les valises chez ses parents, tard c’est vrai, à trois heures du matin environ, épuisés… mais débarrassés de cette corvée.

Comme on dit, il n’y avait plus qu’à ! Mais bon, vu qu’on a réussi à partir pas trop tard ce matin, on s’est dit que c’était trop con de ne pas profiter de ce dernier passage à New York pour tenter à nouveau une virée chez nos amis de B&H, qui, à défaut de fermer la boutique le samedi pour des histoires de religion, n’hésitent pas à l’ouvrir le dimanche pour rééquilibrer la balance…

Comme pour nous faire sentir encore plus que c’était vraiment le moment de partir, il pleuvait ce matin en Pennsylvanie, et les au revoir avec les parents de Jess ont été plutôt humides, ce qui peut toujours permettre à ceux qui versent une petite larme au passage de mettre ça sur le compte de la météo… Mais non, je pleure pas voyons, c’est la pluie qui ruisselle sur mes joues…

La route s’est bien passée, et à part la traversée du tunnel qui mène du New Jersey à la Grosse Pomme, toujours un peu longue, on n’a pas été emmerdé.

Donc on a réussi à y passer à ce foutu magasin de photo, et j’ai bien cru jusqu’au bout que j’allais finir par l’acheter ce nouveau boîtier qui me courtisait depuis quelques jours…

J’ai commencé par leur refourguer un de mes appareils photos, qui m’a dit qu’il préférait faire sa vie en Amérique désormais, et contre lequel il m’ont filé un avoir de 800 dollars, qui ferait mieux passer la pilule au moment de raquer à la caisse pour l’achat du nouveau modèle…

C’est après que ça a merdé… On s’est magné de filer à la boutique pour demander l’objet tant désiré, mais ces cons-là, ils ne l’avaient plus en stock ! Non, mais les mecs, vous le faites exprès ou quoi ? Hier, vous êtes fermé alors que je viens exprès pour dépenser mon argent chez vous, et aujourd’hui, vous me dites que vous n’avez pas dans vos placards ce que je recherche… C’est une blague ou quoi ?! Sans compter que maintenant, je n’ai plus qu’un appareil photo à disposition, et je me retrouve par-dessus le marché avec un avoir de 800 dollars dans les pattes, à dépenser dans une boutique située à l’Ouest de Manhattan, alors que je vis à l’Est de Paris les copains ! Quand ça veut pas sourire…

Alors certes, vous pourrez toujours me dire que lorsqu’on veut aller dans un certain magasin, acheter un certain produit, la moindre des choses est de vérifier s’il est ouvert, et s’il l’a à disposition… Ben oui, je sais… à croire que les leçons du passé ne servent à rien…

Enfin bon, on arrangera ce problème ultérieurement, on a d’ailleurs déjà pensé à un plan B avec Jess, mais c’est quand même les boules… Surtout qu’on s’est aperçu en sortant de la boutique qu’il était déjà quinze heures, et qu’il nous restait une heure seulement pour rejoindre l’aéroport JFK, à Brooklyn, rendre la voiture de loc, et enregistrer les nombreux bagages avant de s’envoler vers la France. Rien que ça…

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Ça l’a fait au bout du compte, avec une quarantaine de minutes de retard seulement, ce qui reste une belle performance, vu qu’il fallait se coltiner la traversée de Manhattan en bagnole en plein boom des vacances… Et à l’arrivée, personne ne nous en a tenu rigueur, de ce léger contretemps… Là où ils ont été plus pointilleux, c’est quand le clébard d’un des types de la sécurité est franchement devenu mon pote, au moment où l’on s’approchait de la zone de contrôle des passagers. Il ne m’a pas lâché le salopard, me reniflant dans tous les recoins, comme s’il avait trouvé la mine d’or, la grosse prise du week-end ! Au début, ça m’a plutôt fait marrer qu’il me colle comme ça ce toutou, j’ai juste eu peur qu’il ne commence à me déclarer sa flamme en s’excitant sur ma jambe, comme ils font des fois quand tu t’installes dans le canapé chez leur maître, pour prendre le café dans le salon, et que t’as l’air d’un con devant tout le monde…

J’ai alors vite compris qu’il y avait un problème, je les ai vus parlé ensemble les flics, ils étaient quatre ou cinq quelques mètres devant nous, à me lorgner en douce, et leur putain de chien qui me faisait toujours les yeux doux pendant ce temps-là…

Ça n’a pas loupé ! Ils nous ont fait changer de file, et ils m’ont gentiment invité à venir seul faire un tour avec eux au pays des machines à détecter les embrouilles. Et les embrouilles en question pouvaient soit venir de moi, soit de mes sacs, donc c’était l’heure des grandes manœuvres, et en public s’il vous plaît ! Au niveau de la fouille au corps, tu te serais cru un peu comme dans « Midnight Express », quand ils chopent le mec à l’aéroport avec ses savonnettes de cannabis scotchées autour de son bide… Les jambes écartées, les bras aussi, légèrement dirigés vers le plafond, et vas-y que mon nouveau copain se met à passer ses mains partout, au cas où j’aurais planqué une bombe quelque part sur moi… Pendant ce temps-là, deux de ses collègues ont vidé mon sac photo, tripotant mon matos dans tous ses recoins. Vous imaginez mon état, moi qui interdis à mes enfants d’approcher à moins de 100 mètres de ce sac ! Ils ont aussi fouillé le sac avec les ordinateurs, un autre avec des livres aux gamins, et je crois que c’est tout. Alors là, c’était plutôt ambiance « Les Experts », avec des prélèvements sur les surfaces de tous les objets, qu’ils passaient ensuite sous une sorte de scanner, qui allait annoncer au bout de quelques secondes si j’étais un terroriste potentiel, ou pas…

Finalement, ils n’ont rien trouvé, comme quoi je ne suis pas si dangereux que ça ! Là où ça aurait pu devenir compliqué, c’est si j’avais gardé l’argent en liquide de la vente de Ducon sur moi… je pense que j’aurais eu droit à une fouille intégrale… et je ne sais pas pourquoi, mais je ne crois pas que cela m’aurait mis de très bonne humeur !

Pour expliquer tout ça, je pense que mon jean et mon tee-shirt, que je n’avais pas changés depuis quelques jours, avaient emportés avec eux diverses odeurs new yorkaises… le graillon des cuisines où l’on s’arrêtait de temps à autre pour se nourrir, le parfum des gaz d’échappements des centaines de taxis qui parcourent sans cesse la ville, ou bien les parfums d’herbe que recrachent les poumons intoxiqués des fumeurs de joints qui peuplent le coin de Union Square, sur la 14ème rue, aux heures tardives… et dont, pour ne pas vous mentir, l’ami Ryan est extrêmement friand… Tous ces effluves exotiques ont dû titiller la sensibilité du museau du saucisson à quatre pattes qui avait décidé de s’acharner sur moi, mais bon, ça fera des souvenirs en plus tout ça… et ça me sensibilisera sur le fait que changer de fringues de temps en temps, c’est comme se laver les cheveux, ça ne fait pas de mal ! Et puis je pense que ça fera marrer Ryan quand je lui raconterai cet événement, lui qui a autant de sympathie pour les flics que moi…

Une fois ce drôle d’épisode passé, il nous restait un quart d’heure à tuer avant l’embarquement dans l’avion, et c’est au bar du Terminal 4 que nous avons décidé de passer ce moment, avec un dernier apéro de ce côté de l’Atlantique, en attendant les prochains, qui se feront en Europe…

Mais quelle journée encore… On ne pourrait pas avoir des plannings de gens normaux des fois ? Et puis on était supposé être en vacances cette année, alors pourquoi cela aura été speed jusqu’à la dernière minute ?

C’est à se demander ce qu’on va bien pouvoir foutre de nos journées, maintenant que le calme va revenir. Enfin le calme, façon de parler…

Parce que tu ne crois quand même pas que l’on va s’endormir sur nos lauriers, fiers comme des vétérans de la guerre du Viêtnam de la mission accomplie… C’est pas fini mon pote ! Ce n’est que le début même ! Les US, c’est bien, mais ce sont les autres continents qui vont être jaloux si on en reste là !

Alors prépare toi Afrique, ouvre nous tes bras Asie, dévoile nous tes trésors la Sarthe, personne en ce bas monde n’est à l’abri de notre soif de bougeotte, et ce n’est pas un chien renifleur de n’importe quel aéroport qui va nous empêcher de nous sentir pousser des ailes !

En attendant, nous allons retrouver la famille et les copains avec un grand plaisir, impatients de les revoir, de partager un peu de cette folle expérience avec eux, avant de passer à autre chose…

Jess m’a donné hier une photo de moi, entouré de mes parents, Marie-Rose et Henri… Mamy et Papy comme je les appelle. Je l’ai devant moi, et je me dis que Mamy va être drôlement heureuse, dans quelques heures, de nous voir débouler à Olivet pour nos retrouvailles… et Papy, lui, ça l’aurait bien fait marrer cette épopée que nous venons de vivre…

Quant à nos gamins qui roupillent tranquillement pour récupérer de cette année folle, j’espère qu’après tout ça, ils auront plus l’âme de vagabond que celle de maître-chien à JFK Airport…

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