Jersey City, New Jersey

Mardi 5 août 2014, 09:00 pm

Jersey City, New Jersey

Bon, on est prêts…

On a bien récupéré les bagages des cousins à la consigne de la 36th Street, on leur a dit au revoir sur le quai de Penn Station, s’assurant qu’ils grimpaient dans le bon métro, celui qui allait les mener tout droit vers l’aéroport de monsieur Kennedy…

Puis de notre côté, on a pris le sens inverse, retournant au camping à Jersey City, sur l’autre rive de l’Hudson River, afin de récupérer Ducon qui nous a attendu patiemment toute la journée, au milieu des collègues de route et des bateaux en réparation sur le grand parking des laissés pour compte à plus ou moins long terme…

Les enfants ont continué à carburer aux Hot Dogs, dont Olivier a rempli le frigo il y a deux ou trois jours, et puis on les a mis en pyjamas, comme ça ce sera bien plus pratique en arrivant à Ephrata en pleine nuit.

Nous quittons donc New York City ce soir… Une fois de plus, nous partons sur la route, mais ce trajet laisse planer un amer sentiment de tristesse, car ce sera le dernier en famille… Et comme nous filons à Ephrata, retrouver les parents de Jess, nous n’y passerons même pas la nuit dans notre maison à roulettes… Nous n’y passerons plus de nuits d’ailleurs…

Ça va faire drôle de ne plus jamais roupiller dans notre palace… C’est un sacré choc tout de même… Finies les nuits au beau milieu de nulle part, paumés en pleine nature, éclairés par la lune, entourés d’ours et de bisons jaloux de notre confort (si, si, je vous jure, c’est arrivé !)… Finie aussi l’ambiance unique et si particulière des parkings des Wal Mart, éclairés par la lumière glacée du lampadaire que tu ne peux éviter vu qu’il y en a tous les dix mètres, entourés d’allumés insomniaques qui débarquent soudainement, se rendant compte à trois heures du mat’ qu’ils n’ont plus de céréales dans leur placard, plus de Ginger Ale dans leur réfrigérateur, ou qui viennent juste tuer le temps puisqu’on leur a collé un bout de film à la con entre leurs deux pages de publicités préférées sur la chaîne 785…

Nous n’aurons plus droit à tout ça désormais, mais il faut bien que ça se termine un jour, comme le dit si bien la stupide et implacable morale…

Enfin, c’était tout de même extra de boucler la boucle à New York, qui est une ville hallucinante, démesurée, au dynamisme incroyable… mais où, paradoxalement, tu trouves ta place, dans laquelle tu te sens le bienvenu.

Un passage à New York, il faut prendre ça comme une invitation au grand cirque, au bordel absolu que représente le quotidien ici… et tu te retrouves vite acteur de cette incessante représentation en plein air !

Et puis tu n’es pas le seul, je te rassure… Quel casting nom de Dieu ! Des millions de personnes qui grouillent du matin au soir, arpentant les rues et les avenues, telles des fourmis en plein travail, s’engouffrant dans les couloirs souterrains des stations de métro, essayant de suivre le tempo infernal qu’on leur impose, survivant comme ils peuvent au temps qui passe à vitesse grand V, pour rejoindre le bureau, la maison, la salle de gym ou les restaurants…

New York City, c’est une course contre la montre, c’est infernal… C’est comme Sega, c’est plus fort que toi ! Alors tu te fonds dans la masse, tu suis la cadence tant bien que mal, et tu t’accroches à ce que tu peux… Sauf que comme les buildings n’ont pas de branches, c’est pas si simple !

Parlons-en de ces buildings, sortes de version urbaine des séquoias géants rencontrés en Californie… Sauf qu’ici, ils sont composés de ferraille et de verre, et servent de camp de base aux travailleurs acharnés qui offrent leur vie, leur santé et toute leur énergie – contre quelques dollars évidemment – au bon fonctionnement de leur pays adoré. Businessmen, avocats, traders, banquiers, assureurs, conseillers en tout et n’importe quoi, ça transpire du costard-cravate là-dedans… à toute heure du jour et de la nuit.

Nous, c’est plutôt à cause de la chaleur accablante qu’on a transpiré, guidés par notre curiosité qui nous a entraînée partout dans la cité, de Chinatown à Battery Park, de Little Italy à Central Park, de Brooklyn jusqu’au Bronx… Comme si tu n’avais déjà pas assez le sentiment d’être minuscule dans cette immense ville, il faut que le soleil t’en rajoute une couche, t’écrasant sans pitié de ses brûlants et puissants rayons…

Et ouais mon brave, à New York tu n’es rien… tout petit que tu es, paumé au milieu des tours, mais ça te remet en place finalement… Tu n’es qu’une feuille détachée de sa branche, virevoltant de droite et de gauche, au bon vouloir des courants d’air qui déferlent et s’engouffrent sans cesse au cœur des avenues et des rues quadrillées.

Personne n’est rien ici d’ailleurs, et même un des plus grands footballeurs anglais du moment, du nom de Frank Lampard, peut remonter la cinquième avenue sans risquer de devoir s’arrêter toutes les trente secondes pour signer des autographes à ses inconditionnels fans… Sauf que nous, on s’y connaît plutôt bien en ballon avec Olivier… J’entends par là le vrai ballon, celui qu’on se passe avec le pied, comme le nom de ce sport l’indique… Je ne parle pas du football que l’on joue dans le pays qui nous accueille depuis un an bientôt, où l’on se lance la baballe à la main, en se chargeant comme des bourrins élevés aux hormones de je ne sais quel animal surpuissant, avec nos peintures de guerre sur la tronche pour lutter contre la réverbération du soleil, et nos quelques minutes de pause régulièrement espacées, le temps que les télés se remplissent les fouilles à coups de publicités plus délirantes les unes que les autres…

Enfin, toujours est-il que le football européen essaie de se développer tant bien que mal en Amérique depuis des années, et monsieur Lampard fera ainsi bientôt partie de l’effectif du New York Football Club, une nouvelle franchise pleine d’ambitions, et ceci explique la raison de sa présence dans les rues de sa nouvelle ville. On a profité de cette inattendue rencontre pour photographier Tom en sa compagnie, ce qui a rempli de joie le cœur du gamin, et sûrement rassuré l’égo du sportif, enfin reconnu par quelqu’un dans ce fichu pays !

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Après, si tu tiens absolument à sortir du lot, et marquer de ton empreinte l’Histoire de cette ville, tu dois vraiment faire fonctionner ton imagination, et te préparer aux plus grands sacrifices… Et même avec tous ces efforts, ce n’est pas gagné…

Ils sont nombreux ceux qui ont essayé, et on en a croisé quelques-uns d’ailleurs, notamment à Times Square, la cour des miracles par excellence…

Entre le faux rastaman qui fait croire aux plus naïfs d’entre nous qu’un peu d’argent lui permettrait de résoudre ses problèmes de manque en pelouse, et le « Naked Cowboy », te laissant imaginer, de face, qu’il est totalement à poil derrière sa guitare, alors que, pour la plus grande désillusion de ces dames qui contournent en douce l’obstacle, il porte un affreux slibard qui n’est pas loin de nous rappeler les gaines que nos grands-mères étendaient chaque dimanche sur la corde à linge pour les faire sécher au soleil… entre tout ça disais-je donc, tu te dis qu’il vaut mieux savoir parfois être « monsieur tout le monde », se fondre tranquillement dans la masse, et que Bob Marley ou Joe Buck, le sublime personnage incarné par John Voight dans le film « Midnight Cowboy », n’ont pas besoin de telles caricatures pour rester dans le cœur de leurs admirateurs pour toujours…

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Pour vous dire à quel point ce besoin de reconnaissance est fort ici, même Jeanne s’est essayée à ce petit jeu, nous plagiant Marilyn à la première occasion, laissant s’envoler sa robe sous l’effet des bouches d’aération ! Mais là, ça faisait vrai pour le coup… et je ne dis pas ça parce que c’est ma fille !

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Ah, il n’y a pas à dire… achever cet incroyable voyage par New York City, c’est comme avoir droit à « Manu » comme morceau de fin d’un concert de Renaud… comme terminer un délicieux repas par un verre de Poire Williams, ou deux d’ailleurs… c’est comme emballer ta voisine de classe dont tu es éperdument amoureux au tout dernier slow du quart d’heure américain de la boom de fin d’année, alors que tout espoir semblait perdu… c’est comme la cigarette après l’amour… encore faut-il être fumeur… et avoir une gonzesse !

Au fait, je vous parle d’Olivier et de Tom depuis tout à l’heure, mais il serait grand temps maintenant de vous les présenter… En fait, ce sont les deux amours de ma cousine Nadine, son mec et son fiston, qui sont venus tous les trois partager nos derniers jours de virée à bord de Ducon… Sympa, non ?

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Je peux vous dire qu’il y en avait un qui était surexcité à l’idée de savoir que son cousin était sur le point de débouler parmi nous, et ce quelqu’un, c’était Jules…

Son cousin Tom, c’est pas rien, croyez moi ! C’est son modèle, l’allié idéal pour Jules… le seul à y voir clair dans ses délires Pokémoniesques ! Alors, vous imaginez un peu sa joie à mesure que l’heure des retrouvailles approchait… Enfin notre petit gars allait à nouveau se sentir compris par quelqu’un sur cette planète !

Pour entrer directement dans le vif du sujet, et comme la famille débarquait à l’aéroport JFK, à Brooklyn – le quartier où Mike Tyson a vu le jour – l’idée était de passer tout d’abord deux ou trois jours à New York City, histoire de se mettre d’emblée dans le bain, sans round d’observation !

Et il a fallu déjà courir afin d’être dans le timing… Tout d’abord, rejoindre Astoria, situé à l’Ouest du Queens, un autre quartier de la grande ville, là où Cyndi Lauper a poussé son premier cri, avant d’en faire son métier quelques années plus tard, et où Jess nous avait dégotté un hôtel Marriott qui allait nous accueillir pour deux nuits… C’est que ce n’est pas si simple de rejoindre New York en camping-car… Le réseau routier est truffé de pièges, plus vicieux les uns que les autres, qui te forcent à mille et un détours inattendus, tout ça parce que tu es trop large, trop long, trop haut, trop gros, ou bien les quatre à la fois ! Ajoutez à cela le fait que tu carbures au propane pour chauffer ton eau ou faire tourner ton frigo, et cela fait alors de toi une réelle menace pour la ville, une potentielle bombe à roulettes, ressassant dans leur mémoire le souvenir d’un jour cauchemardesque de septembre où le danger était arrivé depuis le ciel… Bénéfice net, tu es privé de tunnel, et ça n’arrange pas tes affaires…

Ne vous en faites pas pour nous, on y est arrivé finalement dans le Queens, et à bord de Ducon bien évidemment… Tu ne crois quand même pas qu’on allait le priver du bonheur de découvrir « la ville qui ne dort jamais », comme le chantait si divinement Franck Sinatra, un gars qui a plutôt bien réussi dans le coin…

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Juste le temps de faire une lessive au lavomatic du coin, de nous installer dans notre chambre et nous assurer que celle des cousins était prête également, nourrir les gamins avec les quelques restes disséminés dans les placards et le frigo de notre resto ambulant, et l’heure était déjà venue d’aller récupérer la famille à l’aéroport.

C’est moi qui m’y suis collé, et après un premier transfert à l’aéroport de La Guardia en navette, suivi d’un autre jusqu’à JFK, j’arrivais enfin à destination, dans les temps s’il vous plaît, épuisé mais le cœur débordant de fierté et de joie par tant de ponctualité, avec le sentiment du devoir accompli… Merde alors, mais qu’est-ce qu’il m’arrive…j’ai l’impression que je suis en train de me transformer en américain modèle, et ça craint à mort ! En plus, ça n’a servi à rien au bout du compte, l’avion avait plus d’une heure de retard…

Après d’émouvantes retrouvailles au beau milieu des voyageurs fourmillant dans tous les recoins du Terminal 4, cocktail émouvant de larmes mêlées aux rires, comme dans les films hollywoodiens, nous sommes repartis direct vers Astoria, pour rejoindre l’hôtel, en taxi cette fois-ci… En vrai, on n’a pas pleuré, mais je trouve que ça fait bien dans le texte… pas vous ?

Quand on arrive à l’hôtel, après avoir admiré les lumières de la ville au loin, les enfants dorment déjà, ce qui est somme toute assez normal à une heure du matin passé. Nous retrouvons Jess, avec qui nous écoutons les derniers potins français rapportés par les cousins… Débriefing de la récente Coupe du Monde de football, la vente d’une maison de famille qui, comme dans les plus bouillants épisodes de « Dallas », la série culte des années 80, déchaîne les passions au cœur de celle-ci, et le nouvel amoureux de ma frangine Fanette… tous les sujets sont passés au crible, et nous n’en perdons pas une miette…

Nous nous retrouvons après une courte nuit dans la salle du petit-déjeuner, prêts à dévorer cette putain de ville, après en avoir fait de même avec les victuailles mises à notre disposition à l’hôtel. Un p’tit dej sans histoire d’ailleurs, la routine quoi… avec un Jules qui veut bien avaler son muffin aux myrtilles, à condition qu’on les lui enlève toutes… une Jeanne qui vit toujours avec une heure de décalage par rapport au reste du monde, et qui se décide enfin sur ce qu‘elle veut manger au moment où l’on débarrasse nos plateaux… et un Jack qui balance ou détruit tout ce qui se trouve à portée de ses mains, en invitant tout contrevenant mécontent à la boucler illico, le pointant du doigt, en accompagnant ce geste de son célèbre « Chut ! », bref et direct, qui te glacerait le sang des chevaliers les plus hardis, et qui lui a rapporté la distinction de « l’enfant le plus flippant de toute l’Amérique du Nord de l’année 2014 » durant la dernière cérémonie des « Children Awards », à Hollywood !

Ensuite, c’est de l’impro totale… Nous rejoignons d’abord la station de métro la plus proche, achetons, dans un souci d’économie, une carte avec transports illimités d’une période de sept jours, ce qui s’avèrera plus tard être un investissement un peu hâtif et peu utile, et partons pour Times Square.

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C’est en arrivant là-bas que, noyés dans une foule en perpétuel mouvement qui doit ressembler à une immense vague humaine depuis l’hélicoptère de Yann Arthus-Bertrand qui, tout comme Dieu, nous voit du ciel… c’est donc face à cette situation que nous avons tout de suite décidé de prendre un peu de hauteur. Comme nous n’avions pas d’hélico à portée de main, car n’est pas Arthus-Bertrand qui veut, pas plus que Dieu d’ailleurs, nous avons opté pour une autre solution…

Comme on rêvait de se faire la ville en camping-car et que ce n’était pas possible, car Manhattan dans ce genre de véhicule, c’est uniquement jouable la nuit, voire le week-end, et encore faut-il que la jauge à propane soit au niveau zéro, on a trouvé un compromis en empruntant les bus à étage. Ca fait un peu touriste, j’en conviens, mais ça va les mecs ! Ça fait un an qu’on bourlingue à travers le pays, alors on peut se détendre un peu, et laisser les autres conduire à notre place…

Et puis c’est comme visiter la ville sur le toit de Ducon ! Sans compter qu’on ne l’avait jamais vue depuis cet angle, à mi-hauteur, avec ce sentiment d’être en apesanteur… On se sent un peu moins écrasé par l’immensité des buildings du coup !

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Et puis Ducon, ce n’est pas comme si on l’avait laissé seul durant nos escapades… Il est en effet rapidement tombé sous le charme de sa voisine, une envoûtante Cadillac Fleetwood, certes un peu sur le retour, un tantinet cabossée, mais comme il le dit si bien, « c’est sous les vieilles carrosseries déglinguées que se cachent les plus sensibles moteurs… ».

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On peut dire qu’il sait parler aux femmes Ducon, et leur idylle aura été si douce et passionnée qu’il décidera même de rester une nuit de plus à Astoria auprès d’elle, et loin de nous, partis nous installer dans un autre hôtel à Manhattan… C’est pas mignon, ça ? N’empêche qu’avec Jess, on a mis du temps à accepter ça… Comprenez-nous, c’était la première fois qu’il découchait…

C’est un sénégalais qui nous a dealé nos tickets de bus, en français bien sûr, et à l’amiable… T’as même pas le temps d’entamer les négociations pour essayer de discuter le prix, qu’il t’a déjà fait un premier rabais sur le tarif initial, qu’il t’a offert les tickets de Jack, Jeanne et Jules, et t’a prolongé leur validité à trois jours, au lieu d’un !

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Bon, on est pas cons, on sait bien que c’est le même cinoche avec tout le monde, mais sur le coup, tu te dis que c’est une excellente affaire, et c’est vrai qu’on en a bien profité de ce moyen de transport, au point de rendre jalouses nos cartes de métro aux trajets illimités, qui se sentaient bien inutiles tout à coup…

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Et après ceci ? C’est pas compliqué… Tu poses ton cul sur le siège et tu te laisses guider à travers les avenues, et puis quand tu as envie de te dégourdir un peu les cannes, tu t’arrêtes et tu marches…

On a ainsi remonté quelques artères de Chinatown à pied, où l’immense communauté chinoise présente sur le sol new-yorkais t’offre un aperçu coloré et décapant de sa vie quotidienne…

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Les étals présents tout au long des larges trottoirs proposent toutes sortes de produits, principalement de la nourriture, laissant planer dans l’air de drôles d’odeurs, pas toujours rassurantes, et pouvant rapidement installer le doute dans l’esprit des potentiels acheteurs de passage dans le quartier… La viande commence à cuire avant même l’achat, toute exposée qu’elle est au brûlant soleil qui sévit du matin au soir, ceci te permettant au moins de te passer de l’achat d’un four à la maison, puisque c’est déjà prêt ! Côté poisson, c’est à peu près la même ambiance… et pas de glaçons qui traînent au fond des cagettes pour garder un brin de fraîcheur dans cette ambiance déjà quasiment irrespirable !

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On a beau être plutôt du genre aventurier depuis le début de ce voyage, on se dit qu’on va quand même aller s’aventurer du côté de Mulberry Street, un peu plus au Nord, pour se trouver à manger pour le déjeuner !

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Voilà, c’est ça New York… tu prends la prochaine à gauche, et tu passes tout à coup de Chinatown à Little Italy, un simple petit virage te fait changer de continent, et te voilà plongé dans une toute autre atmosphère !

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Le vert et le rouge sont les couleurs les plus présentes ici, sur les façades des immeubles, les enseignes des restaurants, ou même les drôles de fresques peintes aux murs…

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Ça sent bon les tomates et le basilic, jusque dans la rue, et les serveurs surexcités te supplient de venir déguster une pizza, ou un plat de pâtes chez eux, se vantant chacun de travailler pour la meilleure cantine du monde ! On opte pour une pizzéria parmi tant d’autres, mais dont la terrasse profite encore bien du soleil, perché très haut en ce milieu d’après-midi.

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Non loin de nous, un vieux monsieur déguste son café, silencieux, le regard dissimulé derrière ses lunettes noires, le peu de cheveux qui lui restent bien plaqués en arrière, et paré d’un impeccable costume trois pièces qui ne souffre d’aucun faux pli. Je pense que ce bonhomme a dû en voir des choses se passer dans cette rue, dans le quartier tout entier, tout du moins il en donne l’apparence… Si je parlais l’italien, je serai bien allé passer un petit moment avec lui, histoire d’en apprendre un peu plus, même s’il ne doit pas se confier aussi facilement que ça le bougre !

À table, tout le monde se régale, même les enfants, et nous éprouvons les pires difficultés à nous remettre en route à la fin du repas, tellement on est bien là… Et puis t’enfiler comme ça environ un litre de bière en plein cagnard ne te fait pas pousser des ailes… mais là, je parle de nous, les grands!

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Après le métro, le bus, et la marche à pied, nous décidons de poursuivre la visite de la ville par un nouveau moyen de transport, à savoir le bateau, et la destination sera Staten Island… certainement le coin de New York le moins visité par les touristes de passage.

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Cela vaut pourtant le détour, car outre le plaisir de te faire une petite balade en ferry, gratuite par-dessus le marché, tu ne passes pas trop loin de Liberty Island, ce qui te permet de saluer à l’occasion une célèbre statue, et une fois arrivé, tu as droit à une jolie vue de Manhattan depuis les docks.

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C’est d’ailleurs à mon avis l’activité principale de fin d’après-midi de nombreux habitants de cette île, qui viennent s’offrir, les soirs de beau temps, de jolis couchers de soleil sur la partie grouillante de leur ville, assis tranquillement sur leur banc, ce qui est nettement plus fun que de scotcher devant « Questions pour un Ducon », ou toute autre émission bien niaiseuse que propose le programme télévisuel…

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Puisque, paraît-il, cette ville ne roupille jamais, nous avons tenu ensuite à respecter ce dicton… Et au lieu d’aller nous écrouler comme des merdes dans les lits douillets qui nous attendaient à l’hôtel, en regardant à la télé « Qui va pas gagner des millions ! », qui prend le relai de « Questions pour un Ducon », dont je vous parlais précédemment, nous avons repris le chemin de Times Square, histoire d’assister à l’incessant défilé de visiteurs, dont nous faisions partie bien sûr, au cœur de cet endroit surréaliste. Sans déconner, ça clignote de partout ici, et sans interruption… Ça empêcherait un aveugle de dormir tellement ça cartonne ! Je ne sais pas combien de zéros il y a sur la facture d’électricité à la fin de chaque mois, mais je n’aimerais pas être celui qui doit signer le chèque !

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Ajoute à ça le folklore local, assuré par l’arrivée sur place de la police montée, plus utilisée ici pour faire sensation auprès des touristes émerveillés que pour autre chose, et tu te dis que tu es en plein cinoche, et qu’ils savent y faire dans ce domaine nos amis ricains…

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Nous avons terminé la soirée par une virée nocturne en bus, toujours grâce à nos billets achetés le matin même, nous promenant jusqu’au cœur de Brooklyn, après avoir emprunté le Manhattan Bridge, et nous offrant ainsi une vue magnifique sur les buildings éclairés de Manhattan, la grande classe quoi…

Quelques enfants avaient déjà déposé le bilan lors de cette escapade, partis qu’ils étaient au pays des rêves… Il faut dire que ça te pompe une ville comme celle-ci, et il faut avoir sacrément la caisse pour tenir le rythme qu’elle t’impose… Et dire qu’on remet ça le lendemain !

Parlons-en du lendemain… à peine as-tu l’impression de t’être installé confortablement dans ton pieu le soir, que déjà le doux soleil du petit matin te réveille, et que la grande aventure recommence, pour une journée de plus ! Tout ça, je parle des jours qui défilent de plus en plus vite, nous rapprochent encore plus dangereusement du retour vers nos terres parisiennes…

Des fois, quand j’y pense, je n’y comprends plus rien, j’ai l’impression d’être parti il y a dix ans, tout en ayant le sentiment que notre fête de départ à Olivet en septembre dernier, 2013 donc, date de la semaine dernière… Tu peux m’expliquer ça, toi ? Moi, j’ai trouvé une solution… j’ai arrêté d’y penser !

De toute façon, le temps dépote à une vitesse phénoménale, et on n’y peut rien… C’est beau ce que je dis, non ? Et puis c’est ce que ça donne quand je pense très fort ! Cette lucidité face au temps qui passe me fait regretter tout à coup de ne pas être devenu un grand philosophe contemporain, ce qui m’aurait au moins permis d’avoir droit, moi aussi, à mon moment de gloire, comme nous l’a tous promis Andy Warhol, en m’offrant un passage à la télé un jeudi soir par exemple, vers 23 heures 45, lors d’une émission soporifique d’une des chaînes du service public, que seule ma mère et quelques fidèles potes auraient regardée, plus par solidarité que par l’envie de se cultiver en écoutant mes salades que je remue tout seul dans ma tête détraquée…

Un exemple concret, et pertinent, sur ma théorie du temps qui passe vite ? Tiens, puisqu’on est à New York City, comment ne pas penser aux attentats de 2001 – vraiment un exemple au pif ! – et avoir l’impression que c’était hier, ça aussi… D’ailleurs, tout le monde se souvient de ce qu’il était en train de faire au moment précis où cet événement a eu lieu… et ceux qui prétendent ne pas s’en rappeler ont, à mon humble avis, un secret à cacher… Soit ils étaient aux chiottes, et c’est un peu nul comme situation, soit avec leur amant(e), et vaut mieux pas se griller dans ce cas-là… soit ils étaient aux chiottes avec leur amant(e), et là c’est carrément dégueulasse !

Pour ma part, j’étais à Olivet, chez ma tante Cécile, qu’on appelle Goune en famille… Plus précisément, j’étais dans son petit labo photo, installé dans le sous-sol, en train de réaliser quelques tirages pour une exposition que je devais faire, quelques semaines plus tard, aux Etats-Unis, pas dans une grande galerie new yorkaise, mais plutôt dans le restaurant des parents de Jess à Lancaster, Pennsylvanie… Mais bon, c’est déjà ça… et ça reste quand même une expo en Amérique, merde !

Goune m’avait dit, à un moment où je suis remonté prendre un peu l’air, mon nez et mes poumons commençant à être un peu trop chargés de chimies toxiques diverses et variées, elle m’avait donc annoncé qu’apparemment, d’après la radio qu’elle écoutait à ce moment précis, c’est-à-dire entre son shampoing hebdomadaire et son programme télé de l’après-midi, un avion venait de percuter un bâtiment de Manhattan, et qu’on n’en savait pas plus pour l’instant…

Quelques minutes plus tard, on était déjà un peu plus au parfum… Tout d’abord, ce n’était plus un avion, mais deux, qui avaient joué à « chamboule-tout » au milieu des buildings, et les deux cibles concernées n’étaient pas n’importe lesquelles, puisqu’il s’agissait des célèbres « Twin Towers », symboles de la réussite et de la prospérité américaine…

Toutes proportions gardées, et juste pour te donner une idée, c’est un peu comme si tu crashais un zinc sur le complexe sportif du Donjon, symbole du dynamisme et de la santé de la ville d’Olivet, un jour de match de coupe du Loiret… Faut pas l’faire !

C’est à se demander ce qui passe par la tête de certains fêlés en visite sur Terre… Déjà que le stage n’est pas bien long, ça ne sert vraiment à rien de l’écourter en faisant des trucs pareils, et surtout d’emmener avec toi un paquet de gens qui ne t’ont rien demandé, tout ça parce que tu ne tournes pas au même Dieu, ou parce que tu n’aimes pas leur couleur (il est pourtant beau l’orange des maillots des joueurs de foot de l’Union Sportive Municipale d’Olivet, surtout qu’avec le short noir, ça donne un joli contraste…).

Si avec tant d’audace, et de prises de position gonflées qui rendraient jaloux Francis Lalanne, je ne me retrouve pas invité sur le plateau d’un journal télévisé d’une chaîne privée pour guérir le monde, ou au moins tenter de donner des pistes pour y parvenir, je vous préviens que je balance ma télé par la fenêtre sur le champ ! Même si pour ça, il faudrait déjà que je commence par en acheter une, et que j’arrête d’habiter en rez-de-jardin…

Ou alors j’arrête la philo, et je laisse ça à des spécialistes… comme Jean-Marie Bigard par exemple, dont les diverses théories sur les attentats du 11 septembre justement, méritaient vraiment le détour, surtout concernant le Pentagone, et plaçaient la barre très très haut sur l’échelle de l’excellence… à peu près à la hauteur de sa connerie !

Maintenant, à la place des ces deux immenses édifices autrefois érigés vers le ciel, se trouve un mémorial, plutôt sobre, plutôt joli… Un bel hommage est rendu aux milliers de victimes disparues ce jour-là, leurs noms étant tous gravés dans le bronze qui borde deux grands bassins, où l’eau coule inlassablement.

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Parmi ces anonymes devenus célèbres – comme quoi Warhol était dans le vrai avec ses histoires de moment de gloire, au détail près que lui nous avait promis ça de notre vivant ! – on peut trouver Swarna Chalasani, qui a dû laisser sur place d’inconsolables amis, ou membres de sa famille, venus lui déposer une belle rose pour lui dire qu’ils penseront toujours à elle.

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Eh oui mes amis… on a tendance à oublier que cet endroit n’est pas un décor de film ou un parc d’attractions, mais réellement un lieu de recueillement pour des centaines, des milliers de personnes qui ont perdu au passage un ami, un amour, un collègue… et ici pèse en permanence une atmosphère quasi religieuse, comme le sentiment qu’une présence divine veille sur ce lieu désormais, et le protège…

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Il n’y a pas qu’en cette place que l’on se remémore les malchanceux d’un jour, et j’avais oublié de vous dire que le quartier de Staten Island, que nous avions visité la veille, a lui aussi dressé une liste de ses habitants morts ou disparus sous les décombres, y allant aussi de leur petit mémorial local…

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Alors, pour en revenir au World Trade Center, c’est bien beau de faire deux trous où coule de la flotte pour se souvenir du passé, mais il s’agirait peut-être de penser à l’avenir aussi, et cet avenir en question, désormais, repose sur les épaules de la « Freedom Tower », qui, du haut de ses 541 mètres, rappelle au reste du monde qu’ici, quand on arrose les morts, pousse un building encore plus haut, symbole de la liberté toute puissante de cette fière nation !

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Pour la petite histoire, 541 mètres, ça représente 1776 pieds, le système de mesure américain, soit un clin d’œil vibrant à l’année de la Déclaration d’indépendance du pays… Eh ouais mon gars, rien n’est laissé au hasard ici !

Putain, ça me fait penser que s’il faut un jour reconstruire une nouvelle Tour Eiffel d’une hauteur de 1789 mètres, en référence à la Révolution Française, je te raconte pas le chantier…

Voilà, que dire de plus, si ce n’est que c’est encore plus haut qu’avant, même si je n’avais pas eu l’occasion de voir les « Twin Towers » de mes yeux, que ça doit remplir de fierté une grande majorité de gens de ce pays, mais pour ma part, je ne suis pas vraiment tombé sous le charme de sa structure octogonale, lui préférant sans conteste les mythiques et irremplaçables Empire State, Chrysler ou encore Flat Iron Buildings… Mais bon, tous les goûts sont dans la structure…

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Avant d’aller traîner nos guêtres autour de cet incontournable édifice, nous avions quand même pris le temps d’en faire des choses… même si, toujours débordés par le temps qui file à toute vitesse, nous avions connu quelques ratés…

L’idée première avait été, après avoir déposé nos bagages au Marriott situé non loin du WTC justement, qui allait nous servir de dortoir pour la nuit prochaine, d’aller faire une petite virée en ferry jusqu’à Liberty Island, pour aller voir de près la statue la plus célèbre du monde. Mais alors là les potes, on s’était réveillé un peu tard… T’en avais pour deux heures de queue pour espérer atteindre la caisse et acheter ton billet, après quoi tu signais pour un bon moment supplémentaire, le temps qu’un bateau te trouve quelques places pour t’emmener faire la visite. On est en vacances mec, on vient pas pointer ! Alors tant pis, on trouvera une autre combine plus tard pour ça…

Nous nous sommes ensuite rabattus sur nos fameux trajets en bus, dont nous pouvions encore bénéficier, et nous nous sommes laissés escorter ainsi jusqu’au Rockefeller Center, le long de la Cinquième Avenue, celle où il faut avoir un compte en banque légèrement velu pour espérer y acheter une montre, voire même un appartement !

C’est ce jour-là d’ailleurs que Tom avait eu le bonheur de poser aux côtés de Frank Lampard, le footballeur londonien errant qui, dans ce quartier ultra chic de la ville, était probablement à la recherche d’un marchand de Ballon d’Or, haute distinction qu’il n’avait pu obtenir sur les terrains européens, malgré sa riche carrière…

En face, nous sommes allés jeter un œil à la magnifique « Saint Patrick’s Cathedral », qui, bien que le bas empêtré dans les échafaudages, a toujours autant d’allure, pour ceux qui aiment l’architecture, et de hauteur, pour ceux qui s’en servent de rampe de lancement pour chercher quelque chose, ou quelqu’un, dans le ciel…

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Quand tu remontes l’avenue à pied, tu arrives à Central Park, et très vite sur la droite, tu arrives au zoo… Mais attention, pas n’importe quel zoo ! Je parle de celui où tu peux rencontrer tous les héros de « Madagascar », à savoir le lion, la girafe, un zèbre aussi je crois, et puis j’en oublie un autre, mais bon c’est du sérieux quoi !

Malheureusement, il ferme assez tôt cet endroit, et encore une fois, on est arrivé trop tard pour en profiter… Au fur et à mesure qu’elle avançait, cette journée nous rappelait celle que nous avions connue à Las Vegas, avec constamment un quart d’heure de retard sur le planning !

Cela ne nous a pas empêché de prendre un petit goûter sur place, et « place », ça rime avec « glace » !

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Puisque nous étions là, il aurait été stupide de ne pas profiter de la beauté de ce parc, planté au beau milieu de la jungle urbaine. Nous l’avons donc traversé tranquillement d’Est en Ouest, baignés par le soleil, jusqu’à Strawberry Fields.

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Ça te dit quelque chose Strawberry Fields ? C’est un mémorial de plus dans cette ville, dédié quant à lui à la mémoire de John Lennon, ancien Beatles, d’où le nom de l’endroit inspiré du titre d’une de leur chanson (Strawberry Fields Forever pour être précis), et compositeur plus tard de la sublime chanson « Imagine », d’où l’explication de l’inscription de ce mot au centre de la plaque…

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Des fans du monde entier affluent chaque jour ici, y déposant bougies, pommes, fleurs, tout ce qui peut faire référence au bonhomme et à sa carrière avec, puis sans ses copains de Liverpool.

Et puis bien sûr, tu tombes toujours sur un mec, un peu plus destroy que les autres, qui, de sa voix pourrie et sa guitare mal accordée, t’écorche une à une toutes les chansons du répertoire de son héros disparu, mais avec tant d’amour et de nostalgie que tu te laisses bercer quelques minutes… Après, tu te casses parce franchement, c’est inaudible son concert, et c’est ça où tu lui casses sa gratte sur la tronche au baba-cool !

De l’autre côté de la rue, tu as le Dakota Hotel, là où le chanteur vivait, et là où il est mort par la même occasion, non pas parce qu’il chantait trop mal lui, mais parce que c’est comme ça, c’est pas de bol…

La fin de journée sera composée de coups de métro à droite, à gauche, direction le mémorial du 11 septembre dont je vous ai parlé plus tôt, puis Times Square ensuite, pour une promenade nocturne en plein cœur de l’action.

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Histoire de nous nourrir avant d’aller nous coucher, nous nous sommes arrêtés dans une espèce de cantine sur le chemin du retour, perdue à un coin de rue, où l’on te propose un buffet servant des spécialités de tous les continents qui composent notre planète… Pas si mauvais que ça d’ailleurs la bouffe… et puis ce qui est bien, c’est que tu trouves de tout dans des endroits comme ça… Je suis même sûr que tu peux demander au patron s’il n’a pas en stock de l’huile pour ton moteur, et il va t’en trouver au fond de sa réserve ! Tant qu’il ne s’en sert pas pour préparer ses salades grecques, tout me va…

L’hôtel est à côté, nous dormons à Manhattan ce soir, pendant que Ducon traîne dans le Queens avec sa Cadillac préférée, anticipant déjà tout doucement notre imminente et inéluctable séparation…

Le lendemain, c’est un peu spécial, car nous devons quitter New York avant le soir, n’ayant aucune réservation d’hôtel en vue, et puis de toute façon, c‘était prévu ainsi… Mais avant de nous barrer, nous décidons de profiter encore de la ville, sachant qu’on y reviendra tout de même en août, c’est à dire dans quatre ou cinq jours !

C’est aussi la dernière journée de validité de nos tickets de bus touristique, du coup, après avoir laissé nos sacs à la consigne de l’hôtel jusqu’au soir, nous sautons dans le premier venu, direction le Bronx, au Nord de Big Apple…

Qui dit virée dans le Bronx, dit traversée obligatoire de Harlem, quartier qui débute juste au-dessus de Central Park, et qui a vu de nombreuses personnalités afro-américaines bâtir sa réputation, notamment grâce à de mythiques lieux, tels le très renommé club de jazz, l’Apollo Theater, ou le Cotton Club… Quoi qu’avec ce dernier, le deal était un peu salaud, car autant les artistes sur scène étaient noirs – et quand on parle de Duke Ellington, Joséphine Baker, Louis Armstrong ou Dave, on peut constater qu’ils étaient loin d’être des billes – autant l’entrée n’était généralement admise qu’aux blancs…

La population afro-américaine, pour se rattraper, pouvait toujours aller écouter un bon gospel dans les églises où, paraît-il, en surface au moins, tout le monde il est égaux ! Mais ça, c’est un tout autre débat…

Il y en avait une d’église au coin de la 120ème rue, du nom de « Mount Olivet Baptist Church », rue où l’on avait passé quelques jours avec Jess dans une sorte de maison d’hôtes non déclarée, il y a plus de dix ans maintenant, chez un drôle de bonhomme qui s’appelait – et qui s’appelle toujours, j’espère pour lui – Lenny, et qui, pour vingt dollars par nuit, mettait à ta disposition la chambre la plus rock n’roll de tous les temps. Je m’en rappelle encore de cette chambre, avec ses rideaux blancs, jaunis par le temps, ce grand lit qui craque dès que tu l’effleures, la tapisserie sur les murs qui date d’une autre époque, et la vieille machine à écrire dont Christophe, le frangin de Jess, était tombé amoureux…

Car il faut vous dire qu’après avoir découvert ce lieu, on a voulu en faire profiter à tout le monde, et il est vite devenu notre repère new-yorkais à chacune de nos visites. Ainsi, Fanette, ma sœur, et son chéri de l’époque Fred, parti depuis pour un voyage beaucoup moins rigolo, se sont pointés ici avec nous, mais aussi mon pote Benoît, pour un mémorable tournage de clip sur les toits de la ville…

Je ne sais plus lors de quelle visite nous avions connu ce moment magnifique, mais une fois, nous pouvions écouter, et regarder, car la porte de sa chambre était constamment à demi ouverte, un violoncelliste qui répétait ses morceaux à longueur de journée, ajoutant à l’ambiance déjà surréaliste de cet endroit une atmosphère encore plus irréelle… Il n’avait pas l’air tout jeune ce monsieur, même si c’était dur de se faire une idée précise sur son âge, car il était toujours de dos, face à la fenêtre de sa chambre, comme si ça l’inspirait d’avoir la vue sur les façades cradingues des immeubles d’en face, repeintes régulièrement par les pigeons de passage, qui n’ont franchement rien à envier à leurs cousins parisiens au niveau hygiène…

Enfin tout ça pour dire que Harlem n’est pas que ce coupe-gorge tant redouté, dont on vous annonce que vous sortirez en minimum huit morceaux, malheur qui d’ailleurs peut vous arriver sans payer un billet d’avion par les temps qui courent, simplement lors d’un footing non loin de chez vous par exemple, comme quoi c’est hyper dangereux de faire trop de sport…

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Et le Bronx ? Pas bien méchant non plus à première vue, même si nous nous sommes contentés d’une courte visite au Sud du quartier, avec un passage obligatoire devant le stade de baseball des Yankees, qui célèbrent cette année la dernière saison de leur joueur emblématique que vous connaissez tous bien sûr, j’ai nommé Derek Jeter !

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Superstar ici, et dans tous le pays d’ailleurs, il est à peu près aussi connu en Europe que le footballeur Frank Lampard ne l’est dans le sens inverse, comme quoi ça peut être hyper démoralisant d’être une vedette de sport, quand tu débarques sur un autre continent !

Alors que quand tu bosses dans la chanson, ce n’est pas du tout la même limonade mon pote… J’en veux pour preuve notre ami Charles Aznavour qui, du haut de ses quatre-vingt-dix balais, va s’offrir le luxe de régaler ses nombreux fans américains lors d’un concert au Madison Square Garden en septembre prochain… C’est pas la classe, ça ? Comment on dit dans ces cas-là déjà ? Ah oui… Chapeau l’artiste !

Cela dit, ce privilège n’est pas donné à tout le monde, et bien qu’ils portent haut et fort les couleurs de la chanson française, ce ne sont pas des M. Pokora ou des Calogero qui vont te le remplir le bordel… Et pour ceux qui disent que je critique beaucoup nos vedettes locales, ne vous inquiétez pas, je sais très bien que ce n’est pas demain la veille que j’aurai mes photos au MoMa, pas plus que sur les murs du resto du coin de ma rue à Belleville !

À part ça? On s’est encore cassé le nez, et le reste, devant les portes du zoo de Central Park que, décidément, les enfants ne connaîtront que dans un de leurs dessins animés préférés. Suite à cette énorme frustration, Jeanne a cependant pu se consoler en approchant de près les chevaux des calèches qui longent le parc, arborant de sublimes plumes de sa couleur fétiche sur leurs têtes… C’est quand même un autre style, comparé aux canassons qui trimbalent nos potes les Amishs à Ephrata !

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Et puis on a fini l’après-midi en descendant la récente Hi-Line, promenade au milieu de jardins suspendus surplombant les rues du Sud-Ouest de Manhattan, qui a pris le relai sur l’ancienne voie ferrée aérienne. Plutôt agréable comme balade, avec quelques troquets et restaurants parsemés le long du chemin, de petits concerts de musique comblant de bonheur les visiteurs qui improvisent à l’occasion quelques pas de danse, et une vue amusante sur la ville depuis ta bulle…

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Voilà les copains, l’heure est maintenant venue de filer vers d’autres horizons… Et pour ça, récupérer d’abord les bagages qu’on avait laissés à l’hôtel, puis rejoindre le Queens en métro, afin de retrouver Ducon.

Mais ce que nous avions omis dans cette histoire, c’est que Ducon n’était pas forcément d’accord sur le principe, et partir pour Baltimore, Washington DC et Ephrata, en laissant sur place sa nouvelle conquête, n’avait rien d’excitant à ses yeux, ou à ses phares pour être précis…

Du coup, il nous a fait le coup de la panne le salopard ! Impossible de le démarrer, malgré tous nos efforts… C’est quand même dur, surtout quand tu as de la famille à bord ! T’as l’air con sur le moment…

Alors c’est certain, et il faut le comprendre, il y a des séparations qui vous mettent les batteries à plat, et ça lui arrachait le cœur de s’en aller comme ça, subitement, après quelques jours de passion intense, et qui plus est dans cette ville magique…

Finalement, et avec l’aide de la navette qui, à longueur de journée, effectue le trajet Marriott Astoria – Aéroport de La Guardia, nous avons pu le remettre en route, à coups d’électrochocs répétés qui lui ont rendu le souffle.

En avant pour Baltimore donc… mais si possible, en offrant à Ducon une traversée de Manhattan, histoire de lui changer un peu les idées… T’imagines ça un peu… une virée au milieu des buildings à bord de notre roulotte, descendre la cinquième avenue, poser pour la photo en plein cœur de Times Square, cela aurait été magique…

Mais malheureusement, les rêves parfois ne se vivent que dans l’esprit, et notre bon vieux Ducon ne connaîtra jamais ce plaisir, immobilisé qu’il a été à l’entrée d’un des ponts reliant le Queens à Manhattan, pour une sombre histoire de propane…

Allez, on oublie, on fait demi-tour et l’on rejoint le New Jersey via le Verrazano Bridge, beaucoup plus tolérant pour des véhicules comme le nôtre…

Vu l’heure tardive avec tous ces événements, nous décidons de nous échouer sur un parking d’un Wal Mart de je ne sais plus quelle ville du New Jersey, afin de reprendre quelques forces avant de poursuivre notre infernale cadence.

La route vers Baltimore se fait pépère le lendemain, mon cousin Olivier joue les copilotes, pendant que Nadine et Jess papotent dans le salon, au milieu du troupeau d’enfants qui courent partout. Nos compagnons de route découvrent les joies du dump, ou l’art de se débarrasser des eaux usagées à la première station service qui offre l’hospitalité, et pour leur faire vite oublier ce moment plein de poésie, Jess leur fait découvrir sa spécialité culinaire, dont elle est passée maître dans la préparation, à savoir le Burger maison !

Tout ça nous fait arriver assez tard à Baltimore, et la visite de cette ville sera donc écourtée, puisque nous sommes attendus pour le dîner à Washington DC… De toute façon, tu en as vite fait le tour de Baltimore, aux mensurations bien plus modestes que New York City, et à l’intérêt moindre.

C’est malgré tout assez agréable de s’y promener, surtout quand le soleil est au rendez-vous… Nous longeons les vieux bâtiments en brique rouge qui bordent l’eau, nous nous abstenons de visite de l’aquarium, pourtant réputé comme l’un des plus beaux du monde, en bon américain qui se respecte, et nous embarquons enfin dans un petit bateau à moteur pour une mini croisière dans l’estuaire de la ville.

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Environ une heure et demie plus tard, la visite se termine par quelques détours au hasard des rues dont l’architecture pourrait rappeler un peu l’Irlande, enfin du moins ce dont je m’en rappelle…

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L’étape suivante se trouve en banlieue de Washington DC, chez Olive et Bob, tante et oncle de Jess, chez qui nous avions passé le réveillon du Nouvel An il y a quelques mois. Jules et Jeanne appréhendent un peu l’arrivée chez eux, vu qu’un toutou un peu colérique y réside, et qu’il s’était déjà amusé à chiquer la tronche de Jeanne lors de notre dernière virée ici… mais cette fois-ci, il n’y aura pas d’incident à déclarer à ce sujet.

Pour ce qui est de la visite de la capitale, nous décidons, puisque nous ne sommes ici qu’une seule journée, de continuer sur notre lancée new-yorkaise, en optant pour le transport en bus touristique, le moyen le plus sûr pour couvrir un maximum de terrain en un minimum de temps… et d’efforts !

En plus de ça, nous apprenons qu’ici aussi, dans le cadre de la visite des monuments, il y a un programme de Junior Ranger, et donc une nouvelle médaille à gratter, dont le cousin Tom va pouvoir profiter également. Les enfants partent donc à la découverte des secrets cachés dans le marbre ou le bronze des diverses statues qui peuplent la ville, et bien sûr, en récompense, reçoivent au final les félicitations du jury, faisant une fois de plus d’eux de petits apprentis Indiana Jones plein d’avenir !

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Le bus nous emmène plus tard vers le fameux Capitole, nous passons devant le théâtre où l’ancien président Abraham Lincoln se rendit pour assister à son dernier spectacle, avant d’y être fumé en public à l’occasion, devenant ainsi la vedette de la soirée malgré lui…

Au départ, Olivier voulait aller faire la visite de la Maison Blanche avec Tom, mais malheureusement, et après renseignements, les réservations se font en moyenne six mois à l’avance, donc c’était un peu court pour cette fois-ci !

Mais avec le Capitole, on s’est bien rattrapé malgré tout… Après un passage par je ne sais combien de postes de sécurité qui te scannent jusqu’au petit doigt de pied, nous sommes accueillis dans le grand hall par l’ancien astronaute Jack Swigert, enfin sa statue, car lui n’est plus très frais de nos jours…

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Vous savez qui c’est ce mec ? C’est un des trois astronautes qui faisait partie de la mission lunaire Apollo 13 en 1970, donc avec ses copains Tom Hanks et Bill Paxton si je me souviens bien ! Mais lui a ça de particulier qu’il est l’auteur de cette célèbre phrase : « Houston, we’ve had a problem »… ce qui, une fois traduit, veut à peu près dire : « Allo Houston ? On est légèrement dans la mouise ici ! ». Au bout du compte, ces trois mousquetaires de l’espace ont gagné un tour de Lune gratuit, mais sans y poser les pieds…

Tu es ensuite pris en charge par un gentil accompagnateur, qui te fait découvrir une à une les magnifiques salles qui composent cet édifice, remplies de sculptures ou tableaux en hommage aux grandes personnes qui ont écrit l’Histoire de ce pays.

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C’est très beau, c’est immense, et c’est gratuit… Tellement gratuit que même lorsque tu glisses discrètement un pourboire dans la main de ton guide pour le remercier, comme l’a tenté Olivier, il te rend gentiment ton billet, et montre bien aux caméras de surveillance qu’il n’a pas encaissé d’oseille, ce qui est, semble-t-il, un motif de renvoi immédiat s’il se fait choper !

Comme je vous le disais, le pauvre Jack Swigert n’a pas réussi à aller sur la Lune avec ses copains d’Apollo 13, mais nous, ce soir-là, chez Olive et Bob, on a dû poser un pied dessus sans s’en rendre compte, tellement la situation était totalement surréaliste…

Je vous explique… Nous sommes rentrés tranquillement chez eux en fin de journée, attendus qu’on était pour un super barbecue sur la terrasse, côté jardin, en compagnie de Maeve, leur fille, de Bonnie, la sœur d’Olive, accompagnée de ses deux fils, Nick et Ryan, qu’on avait déjà vus en décembre dernier ici même… Et comme Maeve habite à nouveau chez ses parents depuis quelques semaines, car des fois le vie ne se passe pas tout à fait comme on l’avait prévue, elle a ramené avec elle trois ou quatre chats, développant chez sa mère des allergies insupportables qu’elle doit absolument éviter, sous peine d’hospitalisation sur le champ…

C’est alors qu’une idée de génie a traversé l’esprit collectif de ce foyer, une vision, un projet à l’américaine pour résoudre cette situation quasi désespérée : la maison pour chats ! Et sa construction venait tout juste d’être achevée pendant notre escapade en ville…

Cette soirée prenait ainsi des airs d’inauguration de ce nouveau bâtiment… Un truc de dingues mes amis… Installée là, devant nos yeux ébahis, au beau milieu du jardin, flambant neuve, nous la regardions sans trop comprendre ce qui se passait ici… J’en ai même oublié ma conscience professionnelle, omettant de la photographier tellement j’étais abasourdi par cette découverte…

Ce petit joyau architectural de vingt-quatre mètres carrés, destinés à abriter quatre chatons, pendant qu’un bon paquet d’habitants de ce pays crèvent la dalle, ou se pèlent les miches sous un abri de fortune, comportent toutes les options…

Écoutez moi bien : Musique d’ambiance en permanence pour le confort de leurs oreilles, climatisation, mobilier adapté et petit espace de repos, rien n’est laissé au hasard, pour le plus grand plaisir de ces boules de poils tellement fragiles… et j’oubliais… le tout pour la modique somme de 30 000 dollars messieurs-dames, soit environ le budget pour un tour du pays en camping-car sur une année !

C’est devant ce genre de situation que tu te dis que tu as bien fait de ne jamais avoir de chats à la maison… ni de chiens d’ailleurs, ou de girafes… enfin toutes ces galères à quatre pattes qui ne savent même pas parler, ne servent à rien, et attendent juste que tu leur donnes à bouffer deux ou trois fois par jour !

Le pire dans tout ça, c’est qu’ils ont la tête sur les épaules Olive et Bob, et je ne vous raconte pas d’histoires… Enfin, il vaut mieux prendre ça à la rigolade, et se resservir un bon Gin Tonic, à la santé des matous !

Et puis pour ma cousine Nadine et sa petite troupe, on pourra toujours dire qu’ils auront découvert l’Amérique dans toute sa splendeur, même ses côtés les plus renversants…

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Le lendemain est une journée très particulière, et pour de multiples raisons… C’est tout d’abord le 1er août, soit le début du dernier mois de notre présence sur le sol américain, dans le cadre de ce voyage bien entendu… C’est aussi notre grand retour à Ephrata pour l’année 2014, puisque nous avions quitté la maison des parents de Jess le 28 décembre dernier, si ma mémoire est bonne… Et enfin, grand moment dans la vie d’une femme, Jess fête aujourd’hui ses quarante ans !

Elle n’a pas l’air comme ça, et on lui accorderait volontiers un paquet d’années en moins à la voir, mais c’est pourtant bel et bien son âge mes amis…

Quarante ans putain… quelle femme incroyable que la mienne, qui sait remettre sur le droit chemin tous les travers de son mec et de ses trois petites merveilles… Vendre un camping-car en ligne tout en dénichant trois nuits d’hôtel à New York City pour que dalle, le tout soit en anglais ou en français, selon l’interlocuteur… La classe américaine quoi !

Pourvu qu’elle ne me mette jamais en vente sur eBay… mais elle n’en tirerait pas un bon prix de toute façon !

La journée passe très vite, surtout du fait qu’il y a du pain sur la planche… Ben ouais quoi, on arrive à peu près pour le déjeuner, et à peine celui-ci englouti, direction Park City pour tout le monde, avec une mission toute simple, mais finalement très compliquée… trouver des cadeaux pour Jess ! Surtout que cet endroit, dans le genre, c’est bien velu…

Sans blague, tu dois avoir 250 boutiques dispersées dans cette structure géante, des fringues, des disques, des bouquins, des parfums et divers produits de beauté, à boire et à bouffer, enfin la totale…

Du coup, on s’est dispersé, en fixant une heure de rendez-vous, une fois chacun son petit marché réalisé…

C’est ainsi accompagné de Jean-Maurice, ou beau-papa si vous préférez, que je suis parti à la pêche aux surprises pour ma femme, donc sa fille… Cela a d’emblée provoqué un premier tri dans la liste de cadeaux potentiels que j’avais établie la veille au soir… Ben oui enfin, je ne pouvais raisonnablement pas acheter devant lui un string jaune fluo que je rêve de voir Jess porter, une paire de menottes et une casquette en cuir avec la phrase « Yes, we can ! » inscrite sur la visière…

C’est comme ça, dans la vie il y a des fantasmes qui se doivent de ne rester que de l’ordre de l’utopie…

Rassurez-vous, j’ai réussi à trouver mon bonheur dans d’autres boutiques, en espérant bien sûr que cela fera surtout le sien !

Plus tard, Nadine et Olivier sont allés découvrir les joies des courses à Wal Mart, remplissant le caddie de tout ce qui se fait de meilleur pour célébrer comme il se doit ce passage à la décennie supérieure pour Jess.

Ajoutez à cela un beau et succulent gâteau d’anniversaire commandé par Gabrielle, ou belle-maman si vous préférez, nappé sur les bords d’une crème d’un jaune un peu fluo, qui m’a tout de suite fait penser à la couleur du string que j’avais prévu d’offrir à mon épouse, et tout était réuni pour fêter dignement ce grand jour, et faire scintiller des millions d’étoiles dans les yeux des enfants…

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Et puis au bout du compte, ça ne change pas grand-chose d’avoir quarante ans… Elle est toujours aussi belle Jess, elle a toujours autant la patate, elle a toujours vingt ans…

Qu’est-ce qu’on peut faire à Ephrata quand on a de la famille venue pour l’occasion ? Eh ben tout simplement, leur faire découvrir une autre vision de l’Amérique, côté campagne pour le coup !

Quoi que je dis ça, mais pour commencer, Jess a emmené nos chers visiteurs de la semaine en virée aux « Outlets », sorte de parcs d’attractions pour les amoureux des fringues, des chaussures, et j’en passe… L’unique différence avec Disneyland, c’est qu’à la place des manèges, ce sont des boutiques, et si j’ai bien compris, quand tu y es, tu ne sais plus où donner de la tête, tellement il y en a partout !

Je crois qu’ils sont tombés fous une fois sur place, notamment Olivier, qui a refait sa garde-robe (je ne sais pas vraiment si on dit ça aussi pour les mecs, mais il ne m’en voudra pas…) pour plusieurs années je pense !

Parce qu’en plus d’offrir un choix hallucinant de boutiques des plus célèbres marques, cet endroit propose en même temps des prix défiant toute concurrence, et au final, tu peux aller le samedi suivant au Macumba avec ta nouvelle chemise Ralph Lauren, qui t’aura coûté le même prix que celle que tu t’étais achetée à Kiabi l’année dernière !

Pendant ce temps-là, puisque moi et les magasins, c’est pas compatible, je suis resté à la maison avec mes adorables progénitures, et je me suis découvert un nouveau don que j’ignorais jusque-là… un don extraordinaire, qui devrait très certainement bouleverser ma vie dans le futur… Vous savez quoi ? J’arrive à pronostiquer les résultats des matchs de foot de l’équipe d’Orléans, tout fraîchement remontée en Ligue 2 du championnat de France !

Alors je sais que ça ne va pas forcément impressionner tous mes assidus lecteurs, mais merde, c’est quand même quelque chose quoi !

Et c’est véridique… J’avais annoncé à mon cousin Olivier, lui aussi légèrement accro au ballon rond, quelques jours avant le match de reprise, qu’Orléans irait gagner sur le terrain de Sochaux, pourtant l’un des grands favoris de la compétition… Mais ce n’est pas tout les copains, j’avais en effet aussi annoncé le score, prédisant une victoire des joueurs du Loiret par un but à zéro… et pour enfoncer définitivement le clou, j’avais aussi deviné la minute précise à laquelle ce but serait inscrit, soit à la quatre-vingt-unième s’il vous plaît !!!

Ben croyez le ou non, c’est exactement ce qui s’est passé… comme quoi je n’ai pas trop perdu depuis notre départ au niveau connaissance footballistique !

Mais bon, c’est pas ici que je vais me vanter de ce genre de prédiction, ça n’aurait aucun effet… Et à part Olivier, je n’ai épaté personne avec cet exploit de l’esprit. Et puis déjà qu’ils ne connaissent pas Frank Lampard les ricains, autant vous dire que l’Union Sportive Orléanaise, c’est un monde lointain et inconnu pour eux, c’est sur une autre planète…

N’empêche que c’est assez troublant comme expérience… surtout qu’après, je me suis aperçu que j’arrivais également à savoir très précisément ce qui allait se passer dans ma propre existence… J’en veux pour preuve l’apéro du midi, dont je commençais à sentir l’approche imminente à partir de onze heures et quart, et qui ne m’a pas fait faux bond avant d’attaquer le repas, et à midi pile messieurs-dames !!! Vous vous rendez compte, je sais lire dans l’avenir !

J’avais déjà ainsi prévu que nous passerions l’après-midi à nous balader dans les alentours de la ville, faisant une petite halte près du pont couvert du coin, et matant, tels des espions en mission spéciale, les Amishs en train de vivre leur vie, si différente de la nôtre…

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Ma cousine Nadine s’est alors essayée à la réalisation d’un reportage photographique sur cette étrange communauté, mais comme elle réalisait ses clichés depuis la fenêtre du véhicule que je pilotais à la vitesse pourtant la plus réduite possible, je crois que le résultat n ‘a pas été des plus probants, les images étant principalement composées de détails sur les clôtures entourant leurs maisons, ou de morceaux de calèches, dont le reste avait décidé de se barrer hors-cadre !

Le dîner, ce soir-là, sera livré sous la forme de géantes boîtes cartonnées, portant l’inscription KFC sur elles, et remplies d’innombrables bouts de poulet frit qu’on dévore avec les doigts !

KFC… je crois que ça veut dire Kentucky Football Club, comme quoi j’ai été bien médisant au sujet des amerloques et de leur intérêt pour ce sport !

Après cette agréable halte au pays des Amishs, nous sommes repartis à New York City, pour passer les deux derniers jours de vacances des cousins, au cœur de la bouillante cité…

Enfin, je dis New York City, mais j’ai un peu menti… Pour être précis, Jess nous avait trouvé un camping du côté du New Jersey, au bord de l’eau, à Jersey City… mais quelle trouvaille !

Sur la route qui nous y a mené, on s’est arrêté déjeuner dans un Diner qui nous a tapé dans l’œil, avec sa vieille enseigne qui te fait croire que tu es en plein tournage d’un nouvel épisode de « Happy Days ! »… Avec aussi la serveuse et son improbable brushing, dans lequel elle arrive toujours à retrouver son stylo au moment de prendre la commande… bonjour l’hygiène ! Avec enfin ces assiettes à peine assez grandes tellement elles sont chargées de milliards de kilocalories sous toutes formes, allant du pancake jusqu’au beefsteak, en passant par les patates… Tout est démesuré… Sans déconner, chez eux, tu ne peux pas croire que l’œuf sort du cul d’une poule, mais plutôt d’un éléphant, ou d’un dinosaure rescapé des temps jadis, et qu’ils gardent secrètement dans une cave ! Tu demandes un Coca, ils t’amènent une citerne… Tu prendrais bien une crêpe ? En voilà dix !

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Et puis t’inquiète pas mon gars, si tu n’arrives pas à engloutir tout ça d’un trait, on te les bourre dans un doggy bag que tu pourras ouvrir ce soir ou demain en cas de fringale inattendue, avec en prime le goût de la boîte en polystyrène, du pur bonheur…

Avant de rejoindre le camping, nous avons traversé Newark, une ville voisine qui, en plus de posséder l’un des trois aéroports qui desservent « Big Apple », a servi de terrain de jeu pour le tournage de « Soprano », une série télé culte dont je n’ai jamais vu un épisode, mais dont mon cousin Olivier raffole, et dit le plus grand bien… Nous n’avons malheureusement trouvé ni les lieux mythiques où l’action se déroule, ni l’un des acteurs ayant participé à son colossal succès, le plus célèbre vivant maintenant, si le verbe peut convenir, dans les nuages, suite à une grève définitive de son cœur trop fatigué…

Puis est arrivée l’heure d’aller s’installer au camping du coin… Comment le décrire cet endroit ? Pas un camping à proprement parler bien sûr, j’entends par là un petit coin de paradis paumé au beau milieu d’une forêt, avec des arbres qui te protègent du soleil, des écureuils et des hiboux comme amis, et des toilettes sèches pour l’ambiance… Non, ce n’est pas ça du tout… Ici, on est plutôt dans l’ambiance parking, et puis c’est tout ! Sauf que si tu regardes à gauche, tu vois les tours de Manhattan, et à droite, tu aperçois au large la Statue de la Liberté, et ça, c’est plutôt agréable…

En parlant d’elle d’ailleurs, nous avions prévu de la visiter le lendemain même… Mais histoire de ne pas poireauter des heures dans les files d’attente, et toujours grâce à la dextérité légendaire de Jess qui, malgré la quarantaine atteinte, garde toujours la même rapidité d’esprit, ainsi qu’une intuition à rendre jaloux son mec, nous avions constaté que nous pouvions la rejoindre depuis le New Jersey, en embarquant au Liberty State Park, situé à deux pas du camping…

Enfin à deux pas, c’est pas tout à fait ça… c’est plutôt à quelques brasses, car nous devons faire une traversée d’environ quinze mètres pour atteindre ce parc, pour laquelle deux dollars par personne, y compris nos gosses, sont exigés à l’entrée du rafiot… C’est un bon business quand même… Mais ça permet de ne pas voir la croisière passer, car le temps que le mec te rende la monnaie sur le bifton que tu lui as filé, tu es déjà en face !

Rien que pour gueuler contre cet évident racket, et en bon français que je suis, j’ai voulu convaincre tout le monde de se taper ce cours passage à la nage – on l’avait déjà fait sur le Rio Grande, au Texas, afin de poser un pied au Mexique – mais c’est vrai qu’après, ça te flingue un peu le reste de la journée… Pour commencer, t’es trempé, et puis si tu as eu le malheur d’avaler la tasse, je te raconte pas les résultats de tes analyses d’urine le lendemain !

Une fois débarqué, tu marches une dizaine de minutes, et tu arrives au quai où t’attendent les ferries, direction la Liberté, enfin c’est le nom qu’elle porte en tout cas, cette grande dame immobile…

Puisqu’on était là, on en a profité pour zoner un peu dans le coin, et admirer la vue sur Manhattan… et c’est vrai que vu d’ici, la « Freedom Tower » a belle allure, et on se rend vraiment compte qu’elle surpasse largement ses copines.

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On peut aussi encore constater les dégâts considérables qu’a fait subir l’ouragan « Sandy » à cette île en 2012… Quand ça souffle ici, ça ne rigole pas, et ils ne s’en sont toujours pas remis dirait-on…

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Après ça ? Ben tu peux remettre la main sur ton portefeuille, vu qu’il faut te payer ta traversée dans l’autre sens pour retrouver Ducon, et les joies du camping…

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C’est agréable de se balader dans ce quartier quand approche la fin de la journée… La lumière est toute douce, et les clochettes fixées en haut des mâts des voiliers font de la musique à chaque fois que la brise se réveille… Avec un petit effort, en fermant tes yeux, et en t’aspergeant d’eau de Cologne parfumée à la sauce d’huître, tu pourrais presque te croire sur le port de Saint-Martin-de-Ré !

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Dans le circuit touristique maritime qu’on te propose ici, il y a une première escale avant d’aller voir la Statue de la Liberté, et ça se passe à Ellis Island, située juste à côté… Cet endroit est chargé d’Histoire, et je vais vous expliquer vite fait pourquoi. Cette île a tout simplement servi de bureau des services d’immigration américains pendant plus d’un demi siècle, et c’est ainsi ici que transitaient tous les immigrants qui arrivaient aux États-Unis, la plupart venant d’Europe, et désirant tenter leur chance dans le Nouveau Monde…

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En gros, et comme si tu n’en avais pas assez chié pour traverser tout l’Atlantique dans des navires surchargés, il te restait encore une épreuve, peut-être la plus dure, et c’était à Ellis Island que ça avait lieu.

Si vous saviez le nombre de personnes qui sont passées par là… Pour être honnête, je ne connais pas précisément la réponse, mais j’ai souvenir d’avoir lu dans le musée que plus de dix millions de gens ont foulé le sol de cette île, en croisant les doigts, en implorant Dieu, Donald ou Goldorak, selon leur religion, pour qu’ils leur viennent en aide…

Alors quand t’avais du bol, un peu de monde déjà sur place que tu connaissais, et quelques économies sur toi, ça se passait plutôt bien en général, mais si tu n’avais rien de tout ça, les choses pouvaient vite se compliquer…

Et puis fallait être en bonne santé mon pote, car il s’agissait de ne pas venir contaminer le pays ! Du coup, tu voyais le docteur, et ce n’était pas le moment d’avoir décidé de passer en douce quelques poux dans ta chevelure, ou encore pire, une maladie honteuse au niveau de l’entrejambe…

C’était dur quand même à cette époque… un peu comme quand tu passes le Baccalauréat de nos jours, pour te faire une comparaison… Car tu avais aussi des épreuves sur place, écrites et orales, pour en savoir un peu plus sur ton compte, et surtout essayer de comprendre ce que tu venais foutre ici. Et là aussi, si tu te plantais, ou si tu copiais sur le voisin, c’était le renvoi direct, retour au bercail, par le même bateau ! Et en plus, contrairement au Bac, tu n’avais pas droit au rattrapage en septembre… Finis les espoirs de grande carrière financière à Wall Street, ou artistique à Broadway, retour à la case départ mon gars, à la galère, au chagrin quotidien… mais t’inquiète pas, on t’enverra une carte postale à chaque Noël, ça te fera au moins un cadeau comme ça !

J’ai regardé les portraits de certains immigrants, exposés sur les murs du musée. Ce sont des photos qui ont été prises lors de leur passage à Ellis Island, certainement histoire de coller un visage aux noms et prénoms de tous ces résidents fraîchement débarqués… et je me suis dis que même si j’avais eu deux ou trois soucis administratifs pour obtenir le droit de réaliser ce magnifique voyage que nous étions sur le point d’achever avec ma petite famille nombreuse – qui, elle, étant américaine, s’en brossait royalement ! – même si, quelques jours auparavant, j’ai galéré pour retourner dans le pays après une virée d’une journée au Canada, et même si j’ai tendance à m’apitoyer constamment sur mon triste sort d’enfant trop gâté par la vie, je pense que tous ces gens en ont bavé mille fois plus que moi pour arriver à leurs fins…

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Tu vois ce que je veux dire ? Ce sont eux les vrais aventuriers ! Ils ne sont pas venus se la couler douce pendant un an à faire des dérapages en camping car sur les parkings de tous les Wal Mart du pays ces gens-là… Ils ont tout abandonné… Leur pays, leur famille peut-être aussi, leurs amis, le petit bar-tabac du coin de la rue où ils allaient boire un canon tous les dimanches… Et aujourd’hui, et toujours d’après ce que j’ai lu sur les murs de cet établissement, plus de cent millions d’américains sont des descendants de ces risquetouts, ces voyageurs pleins d’espoir, la tête remplie d’étoiles… Complètement dingue…

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Après cette belle leçon d’Histoire, il était temps de changer d’île, et c’est tout naturellement que nous avons navigué vers « Liberty Island », là où crèche la fameuse statue portant le même nom.

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Bon ben la Statue de la Liberté, vous connaissez je pense… Je ne vais pas vous faire un dessin ! Déjà que j’aurai l’air con avec mes trois ou quatre photos que tout le monde a déjà faites… Mais c’est quand même sympa d’aller y faire un tour. Sans compter que les gamins adorent… et puis ça vient de chez nous !

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Aller voir ce monument quand on est dans le coin, c’est presque incontournable… C’est comme se rendre aux pieds de la Tour Eiffel si l’on se pointe à Paris, contempler Big Ben lorsqu’on visite Londres, ou bien aller jeter un œil sur la fontaine des Barres à Limoges, et là c’est vraiment le sommet…

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Une fois revenus sur la terre ferme, nous avons été pris d’une faim subite, et avons décidé que le premier vendeur de sandwichs dans sa roulotte ferait l’affaire. Et ben le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous a pas loupés le salaud… Mais déjà, l’absence de tarifs sur son enseigne aurait dû nous interpeler, mais quand tu as les crocs, tu ne t‘arrêtes pas à ça… Au bout du compte, il nous a facturé huit dollars, ou un truc comme ça, par sandwich, alors que t’avais dedans un pauvre bout de saucisse, avec un peu de ketchup et de moutarde qui se battaient en duel… Non mais t’as pas honte mon gars ? Mais bon, c’est comme ça, les prix doivent être à deux vitesses dans le coin, plutôt light pour les locaux, et on récupère sur les touristes !

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Nous avons ensuite remonté Manhattan en métro, plein Nord, pour aller chercher un peu de verdure, direction Washington Square Park…

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C’est l’un des parcs les plus fréquentés de la ville, et vu qu’en ce jour-là, il faisait une chaleur à crever, l’endroit était archi bondé. C’est drôle ici… tu as plein de tables de jeu d’échecs à l’entrée, où les mecs sont installés et t’interpellent, histoire de te plumer ton oseille en trois coups.

Plus loin, tu arrives à un grand espace de jeu dédié aux gamins surexcités qui peuplent la cité, ou qui y sont de passage… Et là, pour les adultes, c’est une sorte de délivrance… Tu peux enfin lâcher les fauves dans la nature pour un moment, à condition de ne jamais les perdre de vue, car t’es comme un con si tu les paumes !

Jess et Olivier en ont profité pour partir à la recherche d’un bureau de change, qu’ils ne trouveront jamais, et avec Nadine, nous avons regardé nos Schtroumpfs respectifs s’affaler dans l’herbe synthétique, s’agripper aux géants fils des toiles d’araignées, ou bien chouraver les ballons de pauvres petits innocents…

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Comme nous étions dans le quartier de Greenwich Village, nous en avons profité pour flâner un peu le long des jolies rues et des boutiques un tantinet branchées, pour finir l’après-midi en beauté…

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C’est charmant comme coin, mais il faut pouvoir se permettre de dépenser sans compter… et je pense que les cousins ont été soulagés d’avoir fait le plein d’emplettes deux jours auparavant aux « Outlets » près d’Ephrata ! Par contre, tu trouves de super disquaires qui te vendent des perles introuvables, des vendeurs de fringues pour déjantés jamais redescendus sur Terre, et de charmants petits bars qui vont jusqu’à se vanter de te proposer du vin qui n’est pas de la piquette… Et ça, dans ce pays, c’est un luxe !

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On sent malgré tout que la folie qui a fait la réputation du quartier s’est bien évaporée avec les années, et que l’embourgeoisement a pris le dessus sur le folklore local. Mais avec la flambée des prix de l’immobilier, c’est dur de faire de la résistance au bout d’un moment… Regardez le quartier Sainte Marthe dans le dixième arrondissement de Paris, mêmes problèmes, mêmes conséquences… Plus d’âme dans ces foutus quartiers…

La soirée s’est achevée le long d’une avenue du Village, dans un Diner un peu claqué, mais comme nous aussi étions vraiment claqués pour le coup, le deal était parfait, et la nuit qui a suivi, réparatrice…

Le soleil était encore plus présent le jour suivant, nous promettant de belles auréoles sous le haut des manches de nos T-shirts avant même midi, surtout que le programme était assez rock n’roll… Il fallait dès le matin quitter le camping, tout en y laissant Ducon en consigne jusqu’au soir, puis aller déposer les bagages des cousins dans une consigne située sur la 36ème rue, à Manhattan, vu qu’ils prenaient l’avion le soir même, avant de pouvoir enfin vaquer à nos occupations touristiques pour la journée…

L’idée est d’aller faire un tour à Brooklyn, alors on rejoint à pied la station de métro la plus proche depuis la 36ème rue… et déjà, tout ce qui fait le charme et le caractère unique de cette ville nous saute aux yeux durant cette mini randonnée… Devant nous, deux nonnes taillent le bout de gras, en attendant le petit bonhomme vert pour traverser la rue, elles m’ont bien l’air parties pour une journée shopping les cocottes…

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Plus loin, Jeanne, solidement cramponnée à la poussette de son petit frère, défie à la course une sorte de camionnette pour policier nain, à moins que ce ne soit la dernière création de Playmobil, exposée en avant-première dans le quartier…

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On apprend même un peu plus tard que Germaine Jackson, qui n’a plus son génie de petit frère pour lui pondre des tubes, galère maintenant à bosser dans le métro new-yorkais… Quelle ville quand même !

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La virée à Brooklyn est un plaisir. On s’offre une belle balade sur la promenade qui surplombe les docks, avec une vue imprenable sur le « Manhattan Skyline »… Ils ont développé le quartier à une vitesse incroyable ici, et désormais, piscines, petites plages et terrains de sport ont remplacé les digues en béton sans vie qui régnaient auparavant.

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On se fait un pique-nique royal sur un banc, en prenant soin de ne pas trop faire fondre les fines tranches de jambon au soleil, car sinon elles vont se transformer en bacon d’ici pas tard, et de planquer nos bières dans de petits sacs en papier, pour pas se faire gauler par les flics… comme si ce procédé n’était pas gros comme une maison…

Les gamins essaient de digérer ce repas en piquant des sprints sur les pavés, et puis après s’être rincé l’œil une dernière fois sur la vue offerte à nos yeux, on se dirige doucement vers Brooklyn Bridge, en passant par le nouveau parc qui a récemment vu le jour ici.

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J’emmène Olivier dans les rues avoisinantes, juste à côté du pont, dont l’une est, selon moi, celle qui fut utilisée pour le tournage de quelques scènes du film « Il était une fois en Amérique »… Tu te rappelles, c’est une rue pavée avec une vue sur le pont de Manhattan au fond, elle a même servi pour l’affiche du film je crois… et pour d’autres magnifiques séquences… notamment celle où le petit gamin, Dominic, est abattu d’une balle dans le dos par Bugsy lors d’un règlement de compte… Une scène très dure, mais sublimement filmée par Sergio Leone… J’ai même cherché sur place s’il ne restait pas encore un peu de sang du petit gars sur le sol, mais on m’a dit qu’en fait, tout ça n’était que du cinéma…

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Pour finir en beauté, on s’est bu une bière dans un bar un peu branchouille du quartier, en terrasse évidemment, avant de retrouver l’île de Manhattan, sa 36ème rue, et les bagages des cousins qui attendaient sagement à la consigne… Quelques tickets de métro tout neufs plus tard, nous les quittions à Penn Station, direction Paris pour eux, et le New Jersey pour nous. Chacun sa route… et bye bye New York.

Allez Ducon, fais pas cette tronche, va… et dis-toi bien qu’une pareille vue sur la Freedom Tower, c’est pas tous les camping-cars qui y ont eu droit durant leur existence.

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Une réflexion sur “Jersey City, New Jersey

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