Congers, New York

Samedi 26 juillet 2014, 04:00 pm

Congers, New York

Joe et Beckie… plutôt mignon, non ? Ce sont les petits noms du couple qui a finalement décidé d’adopter Ducon lorsque notre voyage touchera à sa fin, c’est-à-dire dans pas longtemps maintenant…

Sympas comme tout les tourtereaux… Lui est philippin, mais gentil quand même (c’est bon… je rigole !), et elle, latinos aussi, mais on ne sait pas d’où… mais on a bien compris qu’elle a été abonnée à la vie en camping-car depuis toute petite déjà, car elle en connaît un rayon la cocotte !

On vient de les quitter, et ils avaient l’air ravis de leur nouvelle acquisition. On les a emmené en balade dans leur bled, à Congers, environ trente kilomètres au Nord de New York City, et on a même laissé Joe le conduire un peu, histoire de voir la réaction de Ducon quand d’autres mains se posent sur son volant… Eh ben le salopard, il a rien dit ! Il n’a pas protesté, et a même semblé aimer ce moment de complicité avec le premier philippin venu… Quelle ingratitude putain ! Il aurait au moins pu caler une fois, pour nous faire plaisir, ou grincer dans les virages, comme un signe de résistance !

Mais non… il a fait son travail, sagement, sobrement, avec un professionnalisme exemplaire, peut-être car il sentait que ces gens étaient les successeurs rêvés…

Remarque, ils sont un peu comme nous… à peu près nos âges, trois enfants, beaucoup plus âgés que nos asticots, mais ils ont deux clébards en plus à nourrir eux. Mais ça, c’est la différence entre une famille typiquement américaine et les autres, même si Jess navigue entre deux nationalités : il leur faut au moins deux chiens, voire plus, c’est plus fort qu’eux…

Cependant, quel soulagement mes amis, je ne vous dis pas… Et d’une parce que nous n’allons pas saouler les parents de Jess en leur laissant notre gros bolide devant leur maison avant de nous barrer comme des voleurs en Europe, et de deux car ça va nous ramener trois quatre sous, histoire de mettre un peu de terrine de faisan aux noisettes sur notre pain une fois rentré – ça changera des chips à la Bud Light ! – et puis surtout, et c’est le plus important, nous avons désormais la certitude que Ducon sera entre de bonnes mains une fois que nous serons partis vers de nouvelles aventures…

Parce que ça aussi, ça nous foutait les boules… On ne pouvait décemment pas confier celui qui nous a emmené jusqu’au Grand Canyon, offert de sublimes couchers de soleil en Floride, fait traverser le pays d’Est en Ouest, du Nord au Sud, enfin dans tous les sens, et qui file droit vers New York City au moment où je vous parle… qui nous a aussi déposé devant la maison d’Elvis Presley s’il vous plaît, et qui a même logé ma mère pendant dix jours au printemps dernier ! Bref, on n’allait certainement pas le céder au premier Redneck du Midwest venu ! Faut pas déconner tout de même, tu ne te rends pas compte à quel point on s’attache à des bestiaux pareils… J’avais plus ressenti ça depuis ma première 4L !

Et ce ne ce sont pas les guignols qui ont manqué depuis qu’on l’avait mis en vente… Sans blague, en deux semaines, on a eu droit à un allumé à Denver, Colorado, qui nous a carrément demandé de supprimer notre annonce sur ebay tellement il était sûr de le vouloir, et qui nous a laissé sans nouvelles depuis malgré nos appels… On a aussi eu une société de production de cinoche du New Jersey qui voulait Ducon pour loger des techniciens pendant un tournage mais là aussi, silence radio au moment de conclure l’affaire… Et puis en guise de bouquet final, une espèce de flippée de Pennsylvanie qui restait avec Jess pendant une heure au téléphone à chacun de ses appels, racontant sa vie, posant des milliards de questions sur tout et n’importe quoi, et qui a fini en apothéose en lui avouant, le troisième jour de leurs échanges téléphoniques, avoir été attaquée par un essaim d’abeilles dans son jardin la veille, avec tout le traumatisme que ce genre d’événement engendre… On s’en tamponne de ses problèmes à cette gonzesse ! J’ai vraiment eu à ce moment la conviction que cette piste allait nous mener tout droit dans une impasse, et ça n’a pas loupé, le mari de cette charmante angoissée prenant finalement le combiné et la décision que le camping-car ne finirait pas dans leur garage… Tout ça pour ça… Franchement, si j’avais été une abeille, j’aurais fait comme mes copines !

Mais bon, il faut savoir être patient dans ce genre de situation, et je pense, j’espère, que cette fois-ci, nous tenons les bons acheteurs. Il faut dire que Ducon ne pouvait faire que forte impression aujourd’hui. Quelle belle allure il avait… Comme un dimanche, quand on se fait beau pour aller à l’église ! Il avait pris son bain, au « Car Wash » du coin, il sentait bon… Et puis il ne faisait plus de bruit. Vous savez, ces bruits que l’on fait quand on commence à rouiller de partout, quand le poids des années nous joue des tours, et que ça grince à chaque fois qu’on plie le genou, qu’on fait un pas… comme chez ces gens qui vont à l’église le dimanche…

Mais s’il ne faisait plus de bruit, c’est parce qu’il avait encore eu droit à un nouveau lifting, encore très onéreux celui-là… Vivement qu’Obama étende la couverture sociale jusqu’aux camping-cars, ça nous fera économiser un paquet d’oseille, croyez-moi !

C’était à Detroit ce passage chez le garagiste, mais avant cela il y avait eu le week-end chez Rose, le Lac Michigan, Chicago, Gary… enfin plein de choses quoi !

J’ai tellement de mal à remettre tout ça en ordre dans ma tête que je préfère vous retranscrire par écrit les premières impressions que j’enregistre régulièrement sur mon dictaphone, au fil de notre périple…

Samedi 12 juillet : « Bien arrivés chez Rose et son mari Don. Les enfants sont déjà potes avec leurs trois filles, qui ont à quelque chose près l’âge des nôtres… Ils vivent à Lake Zurich, en banlieue Nord de Chicago… La jolie banlieue, croyez-moi ! Ce n’est pas une maison comme les autres dans laquelle ils habitent, c’est un château qu’ils ont déguisé en maison, pour tromper l’ennemi… Trois niveaux, des pièces immenses, une chambre pour chaque enfant, décorée comme dans les films américains, des salles de bain démesurées avec option hammam et la vapeur qui sort des murs comme par magie… Attends, j’ai pas fini ! Il y a aussi un grand bar en bas, entre les salles de jeux pour les gamins et la salle de sport, dotée d’un équipement qui ferait rougir de jalousie bon nombre de patrons d’espaces fitness dans le monde… C’est dans cette zone géographique qu’on a notre chambre. T’as intérêt à bien te rappeler le chemin pour aller dans les autres endroits de la propriété, car sinon, c’est un vrai casse-tête ! Pour te dire, on avait dit qu’on prendrait l’apéro vers 18 heures 30 ce soir, eh ben j’ai réussi à me paumer dans les couloirs, les innombrables pièces, et du coup, je ne suis arrivé qu’à 21 heures 15 au salon, donc très en retard, épuisé, assoiffé, ruisselant de sueur, mais tellement soulagé d’avoir enfin retrouvé mon chemin dans ce labyrinthe géant… C’est sûr que là, faut sacrément bosser pour s’offrir ce genre de palace, c’est pas à moi que ça arriverait ! Et puis franchement, si j’avais tout ce fric, j’en ferais autre chose.

Je t’ai dit pour les télés ? Y’en a partout ! Dans la cuisine, dans la salle de muscu, au-dessus de la baignoire, dans toutes les chambres, les salles de jeux, y’en a même une dans la salle télé !!! Tu sais quoi, Jules a demandé à Rose combien ils en avaient dans la maison, et elle n’a pas su lui répondre avec certitude, c’est pas la classe, ça ? Au moins, quand eux viendront dans notre petit 40 mètres carrés de Belleville et nous demanderont combien de téloches on a, ce sera vite réglé… On n’en a pas mon pote !

Quoi d’autre ? Trois bagnoles… alors qu’ils sont deux en âge de conduire. Essaie de m’expliquer ça, ça me ferait plaisir… Sinon, ils sont adorables les copains, et Jess va pouvoir profiter de sa copine Rose pendant tout le week-end. Ce ne sera pas de trop, car elles ont environ sept ans à rattraper les filles ! »

Dimanche 13 juillet : « Journée noire… il y en a comme ça… Ma carte mémoire décide tout d’abord d’effacer mes trois derniers jours de photos, comme ça devant mes yeux médusés, me déclarant sereinement sur l’ordinateur que les fichiers sont corrompus, et que la vie est ainsi faite… Je sais, et ce n’est pas la peine de me le dire, j’aurais dû copier mes photos au fur et à mesure, comme un bon garçon… mais je ne suis pas un bon garçon, voilà ! J’irai chez le docteur des cartes mémoire à l’occasion, et on verra ce qu’il peut faire… C’est quand même dommage, car j’avais oublié de vous dire qu’hier, les copains nous ont invité au bowling, et que j’avais ramené de sacrés clichés… D’abord, j’avais photographié mon score sur l’écran à la fin de la partie… 714 points mon pote, alors que c’est 300 le maximum normalement !!! Le meilleur score jamais enregistré sur une piste de bowling ! T’y crois à ça ? Non ? C’est pourtant la vérité, mais je ne pourrai malheureusement pas te montrer les photos… Alors du coup, tout le monde s’agglutinait autour de moi pour me demander le secret de ma réussite, ou juste pour me serrer la main, c’était de la folie. Il y a même Michael Jordan, ancienne gloire des Chicago Bulls, qui faisait une partie sur la piste juste à côté de la nôtre, qui a insisté pour que je lui signe un autographe ! Vous vous rendez compte ? Comme je n’avais pas de papier, j’ai signé sur son joli polo Adidas… Il était avec un pote à lui, le petit fils d’Al Capone je crois… Vous savez, c’était ce monsieur qui a eu quelques démêlés avec la police de Chicago car il avait essayé de vendre deux ou trois binouzes tombées du camion à une période où cela ne se faisait pas trop… Toute une époque… Mais là non plus, pas de photos, à cause de cette satanée carte mémoire…

Journée noire également car l’Argentine échoue en finale de la coupe du monde face à l’Allemagne, malgré son courage, malgré ce superbe public qui la soutient jusqu’au bout, malgré mes encouragements quasi hystériques devant l’écran plasma de huit mètres cinquante de large du salon chez Rose… Cruel…

Heureusement, la journée se finira à coup de pizzas maison, préparées dans le super four conçu exprès pour ça, et qui monte à une température de 600 degrés en un temps record pour nous offrir la meilleure cuisson du monde, bien évidemment !

Je prépare pour le dessert un gâteau au chocolat, en pensant aux photos perdues du regard plein d’étoiles et d’admiration que Michael Jordan me porte à la salle de bowling, à la détresse de Lionel Messi au coup de sifflet final du match de foot… Journée noire… »

Lundi 14 juillet : « Nous quittons Rose et son monde merveilleux en matinée… Étape de transition… Photos sur la carte mémoire irrécupérables, malgré tous les efforts et les tentatives du docteur… Nous croisons le premier McDo ouvert dans ce pays, tout près de Chicago, et transformé désormais en musée… Nous décidons de partir au bord du lac Michigan, au Illinois State Beach Campground… C’est beau… Over. »

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Mercredi 16 juillet : « Après deux nuits passées au camping, il est temps de lever le camp pour nous diriger vers Chicago… C’était bien cool ce passage au bord de l’eau, et plutôt reposant. Le lac Michigan est immense, comme tout dans ce pays… À côté de lui, celui d’Annecy ressemble à une flaque ! Je déconseille fortement à quiconque d’essayer de le traverser à la nage, même un Johnny Weissmuller en grande forme y laisserait sa peau.

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Nous avons eu beau temps, et avec l’humidité ambiante, c’était le climat idéal pour lâcher les moustiques ! Et comme toujours dans ce cas, ce sont Jess et Jules, les martyrs de service, qui ont trinqué… En parlant de Jules, il a découvert une nouvelle passion depuis son passage chez Rose, les bracelets en élastique. C’est sa fille aînée, Sydney, qui lui a refilé le virus, et depuis, on ne peut plus l’arrêter. Ça tombe bien, il paraît que ça cartonne en France cette activité, comme ça il ne sera pas trop à la rue une fois rentré, au moins à ce niveau-là !

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Nous avons aussi sorti les vélos, bien évidemment, et même le père Jack s’y colle maintenant, taxant le bicloune de sa grande sœur dès qu’elle a le dos tourné ! Elle, elle s’en fout un peu, tant qu’il y a quelques fleurs à cueillir dans le coin…

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À part ça? Barbecue le midi, barbecue le soir, maïs et aubergine à gogo, la belle vie quoi… Non seulement on s’en met plein le bide, mais en plus, ça éloigne les moustiques avec la fumée ! »

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Samedi 19 juillet : « Comment résumer la ville de Chicago en quelques mots ? Pas facile… En tout cas, c’est une immense cité, avec une sacrée dynamique.

Dans ce pays, tu ressens la grandeur d’une ville quand tu as mal aux cervicales le soir, à force de lever la tête vers le ciel pour voir le sommet des buildings ! Ben là, c’était le cas ! C’est comme un avant-goût de New York City dirait-on.

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C’est aussi très bruyant, avec les sirènes des ambulances et des voitures de police en permanence dans la rue, mêlés aux concerts de klaxons des automobilistes pressés et stressés, sans oublier le métro aérien qui zigzague au-dessus de nos têtes en guise de couvercle… Infernal…

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C’est également une ville d’eau, avec la « Chicago River » qui la traverse, constamment envahie par des bateaux occupés à leur propre tâche. Garde-côtes, taxis, bateaux-mouches, yachts pour milliardaires, transporteurs de marchandises, il y en a pour tous les goûts.

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Malgré toute cette agitation, Chicago est une ville qui sait respirer à pleins poumons de temps en temps, notamment au cœur de son Millenium Park, sorte d’oasis de verdure au milieu du béton… Cet immense parc regorge de surprises plus originales les unes que les autres, des sculptures, des fontaines jaillissant de bouches démesurées, un haricot géant, de beaux jardins, l’endroit idéal pour souffler cinq minutes…

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Des concerts de musique classique y sont même donnés plusieurs fois par semaine, et nous avons pu ainsi en profiter à deux reprises, lors de notre première soirée dans la ville, et lors de la dernière… Comme quoi on peut se beurrer tout le pays pendant une année en camping-car, à raison d’une douche par semaine, et faire malgré tout partie du grand monde le temps d’une douce fin de journée d’été au cœur du Millenium Park ! Le second récital, auquel nous avons assisté avec Yannick, habitant sans histoire de cette bonne ville de Normal, et sa future femme Jennifer, tous deux en week-end à Chicago, était tout simplement magnifique. C’était du Beethoven… Et vous savez quoi ? Je préfère largement les sublimes symphonies allemandes à leur équipe de foot !

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Chicago est aussi une ville très généreuse, Jess pourra vous le certifier, elle qui a trouvé dans le métro un « City Pass », ouvrant les portes de moult musées et diverses visites de la ville, qu’un pauvre touriste, ou peut-être trop riche, a perdu ou abandonné à son triste sort dans les transports en commun…

Eh bien nous, nous savons quoi en faire de ces trésors… nous les utilisons ! Nous avons pu ainsi continuer sur notre lancée culturelle, et après la musique classique, nous sommes passés à la peinture et la sculpture au « Art Institute », truffé de joyaux plus beaux les uns que les autres. Je comprends mieux maintenant pourquoi Jean-Pierre Marielle est si fasciné par cet art dans « Les Galettes de Pont-Aven », film culte de l’Histoire du cinéma français…

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Nous avons eu la chance de découvrir le tableau de Georges Seurat, « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte », tellement beau, même à mes yeux pourtant peu habitués à la contemplation de telles œuvres, en fait pas plus que mes oreilles ne le sont avec la musique classique, sauf depuis deux ou trois jours !

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Avec le fameux « City Pass », tu peux aussi monter tout en haut du plus grand building de la ville, « Willis Tower », juste devancé en hauteur dans tout le pays par la récente « Freedom Tower » à New York City, celle qui a pris la place de deux célèbres jumelles disparues par un sale jour de septembre 2001.

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« Willis Tower » culmine à 442 mètres, mais avec ses ascenseurs venus d’ailleurs, tu es là-haut en 45 secondes chrono ! J’y suis allé tout seul un samedi matin, j’avais essayé le vendredi après-midi, mais tu en as pour au moins deux heures d’attente tellement c’est bondé… Je sais qu’on ne paye pas, mais ce n’est pas une raison pour faire la queue quand même !

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La vue est rigolote, et c’est bien la première fois que je dois baisser la tête pour regarder des buildings, qui ressemblent plus à des Légo qu’à des forteresses d’acier !

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Tu peux aussi t’offrir la sensation d’être suspendu dans les airs, grâce à quelques cages de verre mises à disposition des visiteurs. Certains en profitent du coup pour faire le spectacle, plutôt agréable à voir…

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Chicago, c’est aussi une ville chargée d’histoire. Elle fut dévastée en octobre 1871 par un gigantesque incendie, dont on ignore encore aujourd’hui l’origine… Pourtant, les spécialistes se sont creusés la tête pour déterminer d’où cela pouvait venir, et aux dernières nouvelles, ils hésitent entre accuser une vache, qui aurait bousculé une lampe dans la grange de la famille O’Leary, déclenchant l’immense brasier, ou alors mettre ça sur le dos d’une pluie de météorites, qui seraient passées dans le coin sans prévenir… De toute façon, qu’on soit une vache ou un morceau d’étoile, on ne peut pas témoigner, alors on ne connaîtra jamais le fin mot de l’histoire…

L’autre témoin qui pourrait peut-être aussi nous donner sa version des faits, car il était là à l’époque, c’est la « Water Tower », le château d’eau si vous préférez, mais il préfère garder le secret au creux de ses épais murs de pierre. Il n’y a que lui qui a survécu à ce carnage dans le quartier du « Magnificent Mile », là où nous sommes allés nous balader par un beau jeudi. Il est maintenant perdu au milieu des récents buildings et des grands magasins.

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J’ai bien essayé de lui tirer les vers du nez, pour avoir une info ou deux, lui précisant que j’étais même pas américain, donc qu’il pouvait me dire ce qu’il avait vu ce jour-là, que je n’allais pas le répéter, mais le château d’eau n’est apparemment pas plus loquace qu’un bovin ou un caillou tombé du ciel…

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Chicago est aussi le point de départ de la Route 66, celle qu’on aura le plus fréquentée durant notre long voyage… Et paradoxalement, c’est quand il touche à sa fin qu’on découvre le début de cette voie mythique ! « Étonnant, non ? » comme le disait un humoriste comme on n’en fait plus de nos jours.

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Ajoutez à cela tous les héros nationaux nés dans cette ville, tels Walt Disney, Eliot Ness, Quincy Jones, Harrison Ford, ou bien Hugh Hefner, et vous comprendrez qu’un passage ici est indispensable… Au fait les mecs, pour ceux d’entre vous qui ne le sauraient pas encore, Hugh Hefner est celui qui a toujours été présent pour nous remonter le moral, pour rester poli, lors des périodes les plus sombres de nos vies amoureuses… c’est le fondateur de Playboy !!! »

Dimanche 20 juillet : « Après le week-end au Relais & Châteaux 18 étoiles de chez Rose, en pension complète s’il vous plaît, le charmant petit camping au bord du lac Michigan, et la plongée dans le bouillon culturel de la ville de Chicago, où nous avions totalement délaissé Ducon pour nous déplacer uniquement en métro, au grand plaisir de Jack, il était temps pour nous de reprendre la route, et de remettre les mains dans le cambouis… et vous allez vite comprendre à quel point nous allions être servis…

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Surtout que l’arrivée de ma nièce Marie, jeune adolescente en pleine recherche de sensations fortes, et qui vient nous accompagner pour une semaine, se prêtait tout à fait à ça… Nous avions donc décidé de lui concocter une petite semaine au cœur de l’Amérique destroy, de l’Amérique brisée, cassée, paumée, crade et sans illusion aucune… Nous étions prêts à l’embarquer dans le « Dirty Tour » ! Et elle n’a pas été déçue je pense par cette mise en bouche qu’a été ce premier jour… Car là, sans déconner, cela va au-delà de toute attente, même des nôtres, et ça promet pour la suite…

On a en effet commencé par faire une petite virée à Gary, tout près de Chicago, à l’Est. C’est dans l’Indiana que ça se trouve. On n’avait pas forcément grand-chose à y foutre, ni une envie débordante de visiter cette ville… En fait, on voulait juste y passer car c’est ici qu’était né Michael Jackson, au début de sa vie ! Mais à l’image du tant regretté génie de la pop, cet endroit a bien perdu de ses couleurs au fil de son existence… et c’est devenu désormais une ville déserte, silencieuse, livrée à elle-même, d’une tristesse absolue, avec à son actif le triste record du plus haut taux de criminalité jamais atteint… La tension est d’ailleurs encore palpable dans les rues, et du coup on a évité de se balader n’importe où, car si tu as une embrouille ici, tu ne sais pas qui va venir à ton secours, ni quand !

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Gary, cité abandonnée… Moi, je me suis dit que son cœur avait cessé de battre depuis la disparition de l’étoile qu’elle avait mise au monde, il y a une cinquantaine d’années, mais ici, on raconte que c’est plutôt la faute des russes… Il paraît qu’avant, ça prospérait grave dans le coin avec la production d’acier qui tournait à gogo, des usines partout et forcément, du taf pour le brave américain qui poursuit son rêve… Mais un jour, on s’aperçoit qu’on peut en trouver ailleurs de l’acier, et bien moins cher qu’ici, livraison comprise… Alors Gary, comme d’autres endroits du pays, ne sert plus à rien, et peut aller se faire foutre.

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Le résultat est flippant, et semble malheureusement irrattrapable…

Nous sommes allés constater les dégâts à la « St Stephen’s Missionary Baptist Church », magnifique église, enfin ce qu’il en reste…

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Tu peux entrer sans frapper, tu y croises quelques curieux de passage… Il y avait même une séance photo organisée à l‘intérieur, genre un créateur qui venait faire poser des modèles parés des joyaux de sa nouvelle collection, histoire de montrer que quand tu portes ses fringues, tu peux même aller dans les endroits les plus craignos, et tu t’en sors toujours !

Alors effectivement, on peut éprouver une immense désolation en pénétrant dans cette enceinte, mais personnellement, j’ai adoré. Et puis ça laisse aussi imaginer à quel point ça devait être somptueux avant ce passage à tabac des lieux. Des cheminées immenses dans chaque pièce, une scène qui a dû abriter de jolis concerts de musique classique (ça, c’est vraiment devenu mon truc depuis Chicago !), ou quelques représentations de théâtre, va savoir…

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Voilà ma petite Marie… Welcome to America !!! Dis merci à Tonton La Gère et Tata Jess pour l’accueil !

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Alors, pour que cette ville connaisse des jours meilleurs, et comme on était dans une église, Jeanne a tenu à faire une petite prière, visant à redonner à Gary sa prospérité d’antan, de nouvelles commandes d’acier de la part des compagnies automobiles, et pour elle, un paquet de Carambar pour le goûter !

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Non, non… rassurez-vous, ou désolez-vous d’ailleurs, ça dépend à quoi vous tournez au niveau convictions, mais cette scène n’est que pure fiction… J’en veux pour preuve que Jeanne m’a regardé d’un drôle d’air juste avant la photo, me demandant « Mais papa, ça veut dire quoi, prier ? Et comment on fait ? », quand je lui avais suggéré de mimer cette action…

Pour poursuivre dans l’exotisme, nous nous sommes rendus à la gare qui, elle aussi, a subi quelques transformations ces dernières années… Le plus étonnant, c’est qu’on voit par la fenêtre les trains passer sur la voie ferrée, à la différence que maintenant, ils ne s’arrêtent plus ici !

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Qu’est-ce que tu peux en faire de tous ces édifices sans déconner ? Y’a trop de boulot, et pas assez de fric, pour les retaper… Y’a pas assez de touristes de passage dans le coin pour tenter d’en faire des musées, personne n’y foutrait les pieds… Y’a même plus Michael Jackson pour venir faire un concert de soutien, ou donner un petit coup de pouce à la ville, ou je ne sais quoi… Y’a plus rien…

Plus tard, la route jusqu’à Detroit, Michigan, s’est passée sans encombre… on a même vu à nouveau des maisons normales, qui tiennent debout, avec de belles couleurs !

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Jess nous a trouvé un Wal Mart à une quinzaine de Miles de la grande ville, qui allait nous servir de camping pour la nuit, et c’est quand nous avons quitté l’autoroute pour nous y rendre, il y a une heure environ, qu’une nouvelle tuile nous est tombée dessus…

Pourtant, jusque-là, tout baignait… Ducon évoluait à sa vitesse de croisière, soit environ 237 kilomètres à l’heure, et on allait pouvoir s’installer tranquillement pour la nuit. Et là, subitement, au premier freinage après la sortie de la Highway, nous voici emportés par de drôles de soubresauts incontrôlables, des grincements insupportables, et une odeur immonde d’huile pourrie, qui nous ferait presque penser que comparé à cela, les couches remplies de Jack sentent aussi bon que les déodorants Ushuaia vanille, qu’on peut trouver au « rayon beauté homme » du supermarché Auchan d’Olivet…

Nous avons atteint tant bien que mal le premier bled pour nous garer pour la nuit, car nous ne pouvons pas être dépannés ce soir, il est trop tard…

Comme on dit, la nuit porte conseil, et nous verrons bien demain comment ce drôle d’épisode va se régler… mais en tout cas, Marie n’est pas prête d’oublier cette première journée ! »

Lundi 21 juillet : « Ça y est, on est en lieu sûr pour la nuit… C’est le patron du garage où Ducon est hospitalisé pour une durée indéterminée qui nous a gentiment déposé au Marriott de Madison Heights, que Jess a trouvé en quatrième vitesse sur internet. C’est plutôt cool d’avoir proposé ça, car il en a eu pour une heure de bagnole pour nous emmener à bon port, et il n’était pas obligé de le faire. D’un autre côté, il va ramasser plus de 1 500 dollars grâce à nous. Et oui… c’est le verdict qui nous est tombé sur le coin de la gueule il y a deux heures environ, et qui correspond à la réfection du train arrière de Ducon, qui ne tenait plus la route… Si j’avais imaginé ne serait-ce qu’une seconde qu’il aurait dû avoir recours à la chirurgie esthétique celui-là, j’aurais réfléchi à deux fois avant de l’acheter…

Mais bon, on ne peut pas arrêter le voyage comme ça, et l’abandonner lâchement dans le Michigan, alors en avant ! On lui refait le derrière et on boucle la boucle…

Ce fut une drôle de journée tout de même… On a d’abord dû trouver un garage, qui voulait bien s’occuper d’un camping-car… et situé à moins de quinze kilomètres si possible, car l’assurance refusait de couvrir une plus longue distance avec la dépanneuse, puis il a fallu mettre la main sur le dépanneur tant espéré… Le premier nous ayant sous-estimé, il a été forcé de rebrousser chemin, car il n’était pas assez équipé pour nous tracter, alors une heure plus tard, l’artillerie lourde est arrivée, enfin…

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Il était alors temps de convoquer un taxi, qui allait transporter Jess, Marie, et nos deux plus petits lardons au garage, pendant que Jules et moi allions nous y rendre avec la dépanneuse… et le pauvre Ducon.

Puis sont arrivées d’interminables heures dans la salle de réception du garage, à attendre le diagnostic du mal qui avait frappé notre véhicule adoré. Et quand on se pose quelque part, on en prend de la place, et ça devient vite le bordel… Demandez donc à la secrétaire !

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Au bout d’un moment, j’ai craqué… l’attente était tellement insupportable, je me sentais oppressé dans ce petit bureau, au bord de la rupture, il fallait que je sorte prendre l’air, très vite…

Je me suis retrouvé à errer au milieu des « School Buses » en réparation qui, chaque jour, quand ils sont en état de marche, transportent des centaines d’enfants vers leur école, les conduisant jusqu’aux portes de la connaissance, en empruntant lentement, mais sûrement, les sentiers de la réussite.

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J’ai donc entamé une étude photographique sur le « School Bus », tout en me disant que j’aurais dû y monter plus souvent, plus longtemps, quand c’était de mon âge… Il est ton ami en réalité, il te montre la voie, la route à suivre… te tenant à l’écart des impasses, des culs de sac et des contre-allées pour lesquels j’ai toujours eu un faible…

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J’aurais dû être plus assidu, comme ils le font maintenant les étudiants… Un petit BAC + 27, et j’aurais été d’attaque pour la vie active ! Et puis j’aurais eu une situation stable, un esprit bien conditionné pour le labeur quotidien, ça m’aurait évité d’avoir ces drôles d’idées de voyage… et de zoner ici, en plein Michigan, par un lundi après-midi, à attendre qu’on me dise de quoi souffre notre maison à roulettes, foutant dans la merde ma femme et nos trois gosses par la même occasion… et ma nièce par-dessus le marché !

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Puis la sanction est tombée, pas de camping-car avant quelques jours, une réparation qui coûte bonbon, et nous six, abandonnés à notre triste sort dans une des villes les plus dangereuses du pays… Le « Dirty Tour » à son apogée ! »

Mercredi 23 juillet : « Putain, ça tire la langue quand même à Detroit… même au niveau artistique. Quand je pense qu’il y a quelques jours, on admirait du Matisse ou du Van Gogh au musée d’art de Chicago, le moins que l’on puisse dire, c’est que les galeries sont moins chics par ici, et le contenu moins coloré, moins accueillant…

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C’est au cœur du « Heidelberg Project » que ça se passe ici, une rue de la ville que l’artiste Tyree Guyton a configuré à sa sauce dans les années 80… Il a son style à lui le bonhomme, c’est incontestable, et puis au moins ici, ce n’est même pas la peine de trouver un « City Pass » dans le métro pour y entrer gratuitement, ça se passe dehors !

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Et puis à défaut de crier au génie, on peut au moins reconnaître que ce quartier apporte un peu d’originalité au milieu de la tristesse ambiante, parce que cette ville a tendance à faire grise mine globalement…

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Vous saviez que Detroit était la première grande ville américaine à avoir déclaré faillite, et ce depuis juillet 2013 ? Incroyable pour cette cité tellement réputée pour son industrie automobile, qui est à l’Amérique ce que le calendos est à la France ! Mais des tensions entre les populations noires et blanches à partir des années 50, accompagnées d’énormes émeutes, d’un taux de criminalité très élevé, ont entraîné un déclin démographique et économique sans précédent, poussant la ville entière dans le chaos. Du coup, son état de santé en a sérieusement pris un coup, et tout a été laissé à l’abandon, les bibliothèques, les théâtres, les boutiques, les hôtels… tout !

Detroit ressemble aujourd’hui à une immense cité désertée, sans vie, qui a du mal à relever la tête… Sans blague, avec Jess, en découvrant les différents quartiers, et l’état des maisons, on en a déduit qu’une sur trois ou quatre seulement semblait être habitée.

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Et puis il y a un autre signe qui ne trompe pas, tu n’as même plus de « Visitor Center » dans cette putain de ville…

Nous avons loué une caisse pour pouvoir nous balader un peu partout en attendant de récupérer Ducon, et c’est vrai que partout où tu zones, tout n’est que désolation… T’as déjà vu un centre-ville digne de ce nom en Amérique où il n’y a pas d’embouteillages ? Eh bien ici, ça va au-delà de l’imagination… tu ne vois quasiment aucune bagnole, même aux heures normales de pointe !

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Et puis les plus beaux bâtiments ne sont plus que ruines, abandonnées à leur triste sort… Je parle tout de même du « United Artist Theatre », de la « Central Station », ou encore du « Lee Plaza Hotel ». Ces lieux ont été pillés, squattés, détruits ou brûlés, et sont désormais inaccessibles, en attendant qu’un multimilliardaire ne se décide à les racheter, et à leur redonner une âme…

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Difficile au milieu de cet environnement de trouver de quoi se distraire… Même le minuscule musée de la Motown semble être fermé en permanence… Merde, t’as quand même du beau monde qui est passé par là pourtant, du genre Michael Jackson et ses frangins, Stevie Wonder, ou encore Diana Ross !

On a tout de même réussi à trouver un coin sympa au bord du fleuve, avec des fontaines, pour que les enfants se défoulent un peu, et pour le dîner, un petit resto en ville, dont les pizzas faisaient soi-disant partie des plus réputées aux Etats-Unis. On a fait comme si c’était vrai… »

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Jeudi 24 juillet : « On ne pouvait évidemment pas quitter Detroit sans aller faire un tour vers l’usine automobile Packard », fermée depuis 1958, et symbole à elle seule du déclin de cette ville… Faut dire que ça devait avoir de l’allure à l’époque, quand ça turbinait à plein gaz, car elle regroupe pas moins de quarante-sept bâtiments, qui durant les grandes années fournissaient du turbin à 40 000 employés ! Belle réussite tout de même…

Puis ensuite est venue la période des pillages, du vandalisme, comme dans bon nombre d’autres sites de la ville, et le résultat laisse sans voix…

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Tu as l’impression que cet endroit vient d’essuyer des mois de guerre, avec bombardements et tout le reste, c’est saisissant…

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On a eu du bol de pouvoir jeter un œil sur ce lieu car dans peu de temps, ce ne sera plus possible. Un investisseur a en effet racheté l’usine il y a quelques mois, et va prochainement attaquer de gigantesques travaux, selon les dires du type de la sécurité que l’on a croisé dans le coin, et qui nous a gentiment permis de faire trois ou quatre photos souvenir…

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Nous avons donc eu droit de visiter la propriété privée la plus défoncée du monde je pense ! Mais quand elle aura fait son lifting, ce qui apparemment est en bonne voie, je vous parie deux dollars que cela sonnera le renouveau de toute la ville.

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Si je pouvais miser plus, je le ferai, mais avec la réparation de Ducon, on est vraiment fauché maintenant… Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a enfin récupéré notre maison à roulettes, contre un petit chèque de 1 700 dollars à peu près.

Il ne nous restait plus qu’à ramener la voiture de location, et quitter cette ville pour passer à autre chose, car on en avait bouffé du Detroit depuis quelques jours, et je pense que Marie en avait peut-être sa dose du « Dirty Tour », qui commençait à prendre une ampleur démesurée.

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Enfin je dis ça, mais elle avait quand même été aux petits soins la nièce, abonnée aux lits douillets des hôtels Marriott depuis trois nuits, condamnée à passer ses soirées dans la piscine ou le jacuzzi mis à disposition, ou les deux, et à manger au resto midi et soir…

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Et puis en plus, avec Jess, on s’était dit que pour la suite du programme, on allait bifurquer par le Canada, laissant de côté pour un moment les champs de ruine des villes désolées de l’Indiana ou du Michigan, pour aller voir le sublime spectacle des chutes du Niagara.

On a roulé toute la fin de journée et rejoint d’un trait la ville de Niagara Falls, juste pour la tombée de la nuit… Cela nous a permis d’avoir un premier aperçu des chutes by night, et là, c’est Jeanne qui n’en est pas revenue.

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Parce qu’il faut que je vous précise que la nuit, ils éclairent le bordel de toutes les couleurs, et on a vraiment l’impression de voir flotter tout plein d’arcs-en-ciel dans les environs…

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C’est ça que la gamine a adoré… Elle a même cru un moment qu’ils étaient en train de préparer le décor pour une adaptation au cinéma des aventures de « Mon petit Poney », c’était magique… »

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Samedi 26 juillet : « Ça y est, on vient de livrer le paquet… Tout s’est bien passé… Philippe et Marie-Pierre étaient à l’heure pour venir le récupérer, à 8 heures 30 comme prévu, et maintenant les voilà repartis tous les trois… Je dis trois car le paquet, c’est Marie en fait, que nos amis de Boston venaient chercher pour l’emmener plus tard à l’aéroport, d’où elle s’envolera pour rentrer en France… Finies les vacances !

Donc si vous lisez bien ce que je vous raconte, vous comprendrez qu’on n’a encore pas chômé ces dernières vingt-quatre heures, car aux dernières nouvelles, nous étions au Canada, à Niagara Falls plus précisément, et maintenant, nous sommes en banlieue de Boston, à siroter du café sur le parking d’un Wal Mart…

Comment a-t-on fait pour en arriver là ? Ben c’est simple… Hier matin, on a d’abord voulu commencer la journée en admirant les chutes à la lumière du jour, en essayant d’oublier qu’elles sont entourées d’hôtels trois fois plus hauts qu’elles, de casinos où les touristes viennent claquer leur oseille, oubliant presque pourquoi ils sont venus dans le coin au départ…

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Puis vint l’heure de rejoindre les États-Unis pour filer vers Boston. Et là, ils n’ont pas voulu de moi dans un premier temps ces cons-là… Problème avec mon visa, qu’on n’aurait jamais dû étendre à un an… Problème avec les papiers du véhicule, enregistré à nos deux noms à l’adresse des parents de Jess, donc en Pennsylvanie… Donc problème car si mon adresse est en Pennsylvanie, c’est que je mens aux autorités, et que j’essaie de m’installer en douce aux US… Ben non, madame, c’est juste mon camping-car qui habite ici, pas moi… Moi, je veux rentrer chez moi, ne vous inquiétez pas… Ah bon, alors allez là-haut, à l’immigration, pour expliquer votre cas…

Après une petite heure d’attente, la situation s’est arrangée en deux minutes, comme pour tous les gens qui faisaient la queue avant nous, comme pour tous ceux qui la feront ensuite… Ils essaient juste de t’avoir en te faisant bouillir, ils te testent, ils attendent que tu pètes un plomb, et puis si tu restes tranquille, tu passes, en les remerciant de t’avoir fait perdre du temps pour rien…

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Ensuite, ce n’est qu’un long et interminable trajet pour rejoindre le Massachusetts, qui s’achèvera à quatre heures du matin, les mains n’arrivant plus à se décoller du volant, les yeux écarquillés et rougis d’avoir tant lutté pour les garder ouverts… Mais le contrat est rempli, et la livraison du colis pourra bien avoir lieu quelques heures plus tard…

Et pourquoi avoir organisé ce rendez-vous sur le parking crado d’un Wal Mart, me demanderez-vous… N’y avait-il pas plus charmant, plus sexy comme endroit pour se dire au revoir ? Ben, je vous l’ai déjà expliqué… ça faisait partie du programme de son « Dirty Tour », à notre petite Marie ! »

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2 réflexions sur “Congers, New York

  1. Mon petit doigt m’a dit que vous étiez bien rentrés en France. Que vous aviez fait une teuf de 2, 3 jours, voir plus…
    Mais moi… « JE VEUX LA FIN DE MON LIVRE !!!!! ».
    Bises à vous 5 !
    Flo

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