Clinton, Iowa

Jeudi 03 juillet 2014, 11:00 pm

Clinton, Iowa

Ça y est, on est en juillet putain… Non mais t’y crois à ça ?

Le temps passe à une vitesse maintenant… On dirait qu’il s’accélère, comme mon allure dans les descentes ! Et nous voilà déjà dans cette foutue ville de Clinton, Iowa, en plein sprint final…

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Ah oui, je vous parle, mais je ne me suis pas encore présenté, désolé pour cet oubli…

Je m’appelle RV, Hervé en français donc, mais dans mon pays ça se prononce « Harvy »… C’est en fait le diminutif de « Recreational Vehicle », ce qui fait un peu long quand même comme prénom ! Je me demande encore pourquoi mes parents, avant de m’abandonner dans la première casse venue dès ma naissance, m’en ont trouvé un aussi ridicule…

Mais bon, ce n’est pas le pire que j’ai eu, et celui sous lequel vous me connaissez, Ducon, charmante appellation dont m’a gratifié l’espèce de frisé à lunettes qui me sert de chauffeur, quand ce n’est pas sa bien plus séduisante femme qui est au volant, ne casse pas des briques non plus !

Et comme ils sont tous en train de roupiller les heureux vacanciers, je me suis dit que je pourrais en profiter pour remplacer le temps d’une soirée votre auteur préféré, qui vous en débite un paquet de conneries chaque semaine quand même, et vous raconter par la même occasion tout ce que j’ai sur le cœur… et il y en a croyez-moi…

Et puis ça tombe bien, parce que je n’arrive plus à m’endormir en ce moment… alors autant occuper mon temps à vous parler un peu. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a toujours un truc qui me dérange ces dernières nuits… Un amortisseur qui se contracte, un pneu qui me démange, ou le liquide de refroidissement qui me fait une poussée de fièvre… quand ce n’est pas un ou deux membres de la famille qui ronflent, surtout les filles d’ailleurs, sans vouloir viser personne en particulier !

Et puis il y a les soucis surtout… la peur du futur, dont je n’ai aucune idée de ce à quoi il ressemblera… La même angoisse que lors des années au collège des camping-cars… Tu sais, quand un conseiller d’orientation venait nous saouler pour nous demander ce qu’on désirait faire quand on serait grand, alors que nous, on ne voyait pas plus loin que la prochaine récré, pendant laquelle on allait pouvoir faire des dérapages avec les copains, et montrer nos beaux enjoliveurs à des caravanes bien carrossées…

Mon vrai problème, c’est ça… Que va-t-il m’arriver ? Qu’adviendra-t-il de moi dans quelques semaines, quand mes propriétaires vont rejoindre le vieux continent, sans moi dans leurs valises ?

Pourtant, je sais me faire tout petit, malgré les apparences, je ne fais pas beaucoup de bruit non plus, et je suis sûr que je pourrais passer en douce dans la soute à bagages !

J’aimerais tant partir avec eux, continuer l’aventure encore un peu plus à leurs côtés… et pourquoi pas découvrir l’Afrique, l’Asie, la Creuse… Faire le tour du monde… Le tour du monde mon pote !!!

Mais tu parles, c’est du rêve en boîte tout ça, et la triste vérité, c’est qu’ils vont me vendre au plus offrant dès que l’occasion se présentera, et tout sera fini ! Je suis sûr que je ne recevrai même pas une carte postale de Paris une fois qu’ils seront rentrés chez eux, les ingrats…

Pourtant, je ne peux pas trop leur en vouloir, et je dis ça surtout parce que je suis en colère… Ils me l’ont déjà dit que c’était trop compliqué de m’emmener avec eux, et puis qu’il fallait un permis spécial en France pour me conduire, à cause de mon gros cul, alors tu vois un peu l‘enfer au niveau logistique…

C’est plutôt qu’ils vont me manquer ces cinq andouilles… surtout les trois petites andouillettes, qui en mettent de la vie et du rire dans mon espace… et du bordel aussi !

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Et puis ils ont été gentils avec moi quand même, pour des gens qui n’ont pas de fric… Ils m’ont changé ma batterie, ma pompe à eau, mes six pneus et mes freins, sans compter quelques petits rafistolages à droite à gauche ! Tiens, pas plus tard qu’il y a deux jours, ils m’ont encore emmené chez le docteur, parce que j’avais un clou enfoncé dans un de mes nouveaux pneus… Eh ben je peux vous dire que ça fait mal ces trucs-là, c’est comme quand un gosse a une écharde enfoncée dans le doigt, vous l’entendez gueuler depuis l’autre côté du camping-car !

Non, on ne peut pas le nier, ils sont aux petits soins avec moi… Et puis tout de même, qu’est-ce que j’en aurai vu du pays avec eux… Pour vous dire, en une année, ils m’ont fait doubler mon kilométrage sur le compteur, alors que je suis né en 1998 !

Ils m’ont refilé une seconde jeunesse ces tarés ! Faut dire qu’ils ont la bougeotte, mais ça me va bien, vu que j’avais passé des mois à glander chez un concessionnaire véreux dans le Texas.

J’ai enfin pu découvrir l’Amérique moi aussi, et c’est un luxe, car même les gens nés ici que l’on croise sur notre route, et à qui on raconte notre périple, nous regardent avec des yeux aussi gros que leur bide, en nous disant que l’on connaît dix fois plus leur propre pays qu’eux-mêmes ! Ben ouais mon gars, mais t’as qu’à arrêter de vivre affalé dans ton canapé, devant ta téloche, à tenir la zapette d’une main, pendant que l’autre est plongée dans la barrique de pop-corn…

Tiens, par exemple, je n’avais jamais vu toutes ces curiosités que l’on a visitées ces jours derniers, depuis qu’on a quitté Denver et leur copine Aline, rentrée à Paris pour l’anniversaire de son cher et tendre, qui tombe aujourd’hui à ce propos (l’anniversaire bien sûr, pas son mec !)…

Pourtant, ces genres d’endroits, il faut être aveugle pour les louper… C’est vraiment la folie des grandeurs dans toute sa splendeur dans le coin !

Prenez « Devil’s Tower » par exemple, dans le Wyoming, c’est pas rien comme truc ! Moi, au départ, quand on l’a aperçu de loin en nous en approchant, j’ai pris ça pour un dé à coudre géant !

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Après, ça m’a plutôt fait penser à une toque d’un grand chef cuisinier parisien, mais je ne vois pas comment elle aurait pu atterrir ici…

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Au bout du compte, personne ne sait réellement ce que c’est, ni d’où ça vient… Différentes tribus indiennes avaient leur petite idée à ce sujet, dont je vais vous narrer la plus mignonne. C’est l’histoire de huit enfants, sept sœurs et un frère, qui jouaient ensemble dans la forêt. Tout à coup, le garçon a reçu un choc, qu’on n’arrive pas trop à expliquer, nous les occidentaux, trop terre-à-terre pour saisir la subtilité de ce genre de récit, et il s’est mis à trembler, puis à courir en s’aidant de ses mains et de ses pieds. Ses doigts sont ensuite devenus des griffes, et son corps s’est recouvert d’une fourrure, un peu comme ce qui est arrivé à Jess et Aline la semaine dernière, quand elles ont essayé des manteaux en peau de bison dans un ancien village de « Rocky Mountain National Park » ! Bref, ça n’était plus un p’tit mec qui était là, mais un gros ours ! Du coup, les filles ont bien flippé, et elles ont couru aussi vite que possible jusqu’au pied d’un gigantesque arbre, pendant que leur frangin, tout relooké qu’il était, tentait de les rattraper pour leur faire la peau… Heureusement pour elles, l’arbre savait parler, et leur a conseillé de vite grimper sur lui, pendant qu’il commençait à s’élever vers le ciel… L’ours, s’est alors jeté sur l’arbre pour tuer ses sœurs, mais n’a pas réussi à les atteindre. Par contre, et comme on peut le constater en un coup d’œil sur place, le tronc porte encore les marques des griffes de l’animal, enfin du frère, s’agrippant tant bien que mal tout autour de l’arbre qu’il ne voulait laisser s’enfuir… Cet endroit sera ainsi baptisé « Bear Lodge » par la tribu, la « piaule de l’ours » si vous voulez…

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Et les frangines dans tout ça, me demanderez-vous ? Eh bien, elles ont fini par atteindre le ciel, et sont devenues les étoiles de La Grande Ourse…

Un peu tirée par les cheveux comme histoire, non ? Mon patron, lui, il veut bien consentir à y croire, parce qu’il a un peu tourné au même carburant que nos amis indiens à une époque, lors de quelques soirées « calumet »… mais il comprend aussi qu’un esprit sain puisse y trouver quelque chose à redire…

Alors pour ceux qui doutent de la fiabilité de cette version, il y a une autre rumeur qui court dans les environs, et qui tendrait à affirmer que ce rocher est le résultat de la solidification sous terre d’un amas de magma, il y a fort longtemps. C’est d’ailleurs son refroidissement qui aurait provoqué ses longues fractures en forme de colonnes. Et puis il est sorti à la surface après, suite à l’érosion des roches sédimentaires, et patati, et patata… C’est moins sexy comme explication, mais bougrement efficace et rationnel… À l’occidentale quoi !

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Enfin, en tout cas, cela reste un endroit assez mystérieux, et c’est certainement la raison pour laquelle Steven Spielberg s’en est servi pour le tournage de sa « Rencontres du Troisième Type ».

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Vous pouvez tout de même constater qu’en plus de me promener, ils m’instruisent les Gorin !

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Quand ce n’est pas la nature qui fait les choses en grand, pas de panique, l’homme prend le relai et s’en charge ! Et dans ce cas-là, l’américain n’y va pas avec le dos de la cuillère…

On s’en est aperçu dans le Dakota du Sud, plus précisément dans les « Black Hills », où un véritable concours a vu le jour au siècle dernier, dont le vainqueur final n’est toujours pas connu d’ailleurs.

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D’un côté, le « Mount Rushmore National Memorial », célèbre dans le monde entier, représentant les visages de quatre des présidents les plus marquants de l’histoire américaine, sculptés dans le granite. Je vous les cite donc dans leur ordre d’apparition sur la roche, de gauche à droite… Tout d’abord, et honneur au plus ancien de tous, Monsieur George Washington, suivi de très près par Thomas Jefferson, qui était au départ à la droite de George, mais un défaut du granite a contraint le sculpteur Gutzon Borglum a lui exploser la tronche à coups de dynamite pour le réinstaller plus tard à gauche. Puis vient Theodore Roosevelt, un peu en retrait, et enfin Abraham Lincoln, avec son fameux collier de barbe s’il vous plaît !

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Les visages mesurent tout de même dix-huit mètres de haut chacun, et la réalisation de cette œuvre est très intéressante, et complètement folle… à coups d’explosifs à droite, de marteaux-piqueurs à gauche, plus les finitions au burin réalisées par des ouvriers suspendus dans leurs baudriers. Et fait rarissime, aucune mort ne sera à déplorer au cours de ces travaux, qui vont durer tout de même de 1927 à 1941 !

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Seulement, ils seront interrompus car les fonds initialement prévus pour la réalisation de cette sculpture monumentale vont finalement aller financer l’entrée dans la Seconde Guerre Mondiale des États-Unis…

Et oui, parce que ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu‘à l’origine, les bustes des quatre présidents devaient accompagner leurs visages, mais du coup, ils ont laissé tombé l’affaire… Encore heureux qu’ils aient eu la bonne idée d’attaquer par la tête des personnages, sinon tu n’aurais eu droit qu’à quatre costards taillés dans la pierre en 1941, ils auraient eu l’air con quand même !

Mais au final, il faut bien reconnaître que ça a de la gueule, et que l’ensemble est très impressionnant.

Cet endroit aussi a inspiré de nombreux réalisateurs d’ailleurs… notamment Alfred Hitchcock bien sûr, qui y a tourné la scène finale du film « La Mort aux trousses » en 1959.

Et tous les soirs, le cinéma continue d’ailleurs ici, et c’est le show à l’américaine crois-moi ! J’ai pu assister à ça depuis le parking, et j’ai bien rigolé… D’abord, ils te bassinent pendant une demi-heure avec le pourquoi de cette œuvre, son importance pour les générations à venir, pourquoi ces quatre présidents, et j’en passe… tout ça sur fond de musique patriotique et projection d’images d’archives… Et puis après, tu ne sais pas pourquoi, ils demandent à tous les vétérans militaires présents dans la foule de venir sur scène pour recevoir une ovation, et se présenter un par un, une larme à l’œil accompagnant leur fierté d’avoir servi leur nation au péril de leur vie, alors que merde, s’ils n’avaient pas fait la guerre, on aurait eu droit à leurs bustes à nos quatre présidents !

Enfin, c’est leur truc ça. Il faut s’y faire, c’est tout…

Et puis pour finir, ils t’éclairent les quatre vedettes à coups de projos surpuissants, et puis tu peux aller te coucher après…

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D’ailleurs, ils m’ont trouvé un coin sympa pour reposer mon moteur mes patrons, juste à côté, au bord d’un joli point d’eau. Le seul truc un peu flippant, mais que je n’ai remarqué qu’au réveil, c’est qu’on était en permanence sous la haute surveillance du père George, le premier président américain. Et il avait beau être de profil, et occupé à d’autres affaires, on sentait qu’il nous tenait à l’œil malgré tout, et nous du coup, on se tenait à carreau !

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Jules et Jérôme sont retournés voir le mont Rushmore au petit matin, au cas où une nouvelle tête ait décidé de faire son apparition dans la montagne durant la nuit, et puis on a bougé.

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Il y avait un peu de fatigue dans les rangs d’ailleurs ce jour-là, et ceci est facilement repérable grâce à Jeanne, qui est en quelque sorte le baromètre de la famille… Et là, il était au bord de l’explosion ! Cela se traduit principalement par un pétage de plomb totalement ingérable, face auquel il n’y a pas grand-chose à faire, à part laisser passer l’orage de la façon la plus zen possible…

En parlant d’orage, c’est la mode par ici à cette période… Franchement, on voit le ciel s’assombrir, puis se déchirer au moins trois fois par jour, et c’est plutôt violent comme colère ! Mais bon, on s’en sort pas trop mal jusque-là, car on n’a pas eu droit encore à une petite tornade, phénomène apparemment fréquent dans le coin à cette période de l’année…

D’ailleurs, ce soir-là, ils ont été obligés d’interrompre le match de baseball qui se jouait à côté du square où on zonait, dans la petite ville de Custer, car les éclairs commençaient à viser les joueurs au bout d’un moment !

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C’est là que les enfants se sont faits de nouveaux copains, Abby et Alex, qui sont tombés amoureux de moi en un rien de temps ! Leur père n’arrivait plus à les récupérer, ils voulaient rester à l’intérieur et sauter sur mes canapés !

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Ça suffit trois petits diables à la maison, je ne vais pas en loger deux de plus tout de même !

Alors j’en reviens à la démesure locale, et la folie des hommes, car il y en a qui ont décidé de faire encore plus fort que le Mont Rushmore… Ce sont nos potes les indiens, mais il faut les comprendre aussi… Il s’agit des Amérindiens Lakotas plus précisément, qui n’ont jamais digéré le fait que les Blancs aient réalisé cette sculpture sur ces collines qui étaient sacrées pour eux. Sachant qu’en plus, les quatre présidents représentés étaient en fonction quand les peuples indiens se sont fait chouraver leurs terres ancestrales, alors là, ça devient de la vraie provoque…

Du coup, le chef Henry Standing Bear a fait appel au sculpteur Korczak Ziolkowski, afin qu’il réalise un monument représentant le guerrier sioux « Crazy Horse », monté sur un cheval et pointant le doigt vers l’horizon, toujours dans le secteur sacré des « Black Hills ».

Le projet, très ambitieux, a débuté en 1948, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il peine à se concrétiser.

Nous, on y est passé au « Crazy Horse Memorial », et pour l’instant, il n’y a que la tête du grand chef indien qui a été réalisée. Mais elle est balèze en tout cas… elle mesure vingt-sept mètres de haut ! Alors les présidents, ils peuvent trembler…

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Le problème maintenant, c’est qu’il va falloir faire le bras avec le doigt tendu au bout, puis le buste, et le canasson, alors ça fait du taf quand même… Et puis ils refusent les propositions de subventions du gouvernement fédéral, alors ça n’arrange pas les choses…

Mais ils avancent, tranquillou, et on dit que tout ça pourrait être achevé d’ici une cinquantaine d’années, et au final, ça ferait de ce monument la plus grande sculpture au monde !

On a choisi d’y aller un soir car justement, il était prévu qu’ils fassent exploser quelques bâtons de dynamite, histoire d’avancer les travaux. On s’est encore beurré un orage XXL en arrivant, c’était de la folie…

Les indiens ne sont pas différents des autres quand il s’agit de gérer un parc d’attractions, c’est plein de musées et de boutiques à la con partout, et puis dehors, sur l’esplanade, tu as un grand chef qui fait l’animation, tout bien sapé comme s’il allait au « Tipi Fever », la discothèque du quartier…

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Après, tout comme à Rushmore, tu as droit au spectacle « son et lumière », et puis vers vingt-deux heures trente, c’était le moment tant attendu du grand bombardement…

Et là, on en a pris plein les yeux les copains… Je n’ai pas compté le nombre de détonations, mais il y en a eu au moins vingt, ça c’est certain ! Ça pétait dans tous les sens, et ça a duré peut-être deux minutes, un truc de dingue…

Alors au final, je ne sais pas ce que ça donne concrètement sur la roche, puisqu’il faisait déjà nuit et qu’on n ‘a pas pu voir le résultat, mais en tout cas, c’est très impressionnant…

Mais après tout ça, on se demande quel est le but précis de ce projet… Parce que pour le Mont Rushmore et ses quatre présidents, il n’y a pas de surprise… L’idée était de promouvoir le tourisme local, en attirant les visiteurs dans la région des « Black Hills », mais du côté des amérindiens, qu’en est-il ?

On se laisserait volontiers séduire par l’idée que c’est un vibrant hommage que son peuple a voulu rendre à cet homme, mais beaucoup de Lakotas pensent que cela va à l’encontre de l’esprit de « Crazy Horse », qui n’aurait jamais voulu transformer une belle montagne sauvage en statue, même si elle le représentait lui. Et puis en plus, pointer du doigt est un geste impoli dans la culture amérindienne, alors pourquoi lui faire adopter cette posture ?

De toute façon, ce n’est pas ça qui va réécrire, ou modifier l’Histoire… Faites comme à Rushmore les gars, contentez-vous du visage, et puis ça fera match nul comme ça… au moins pour la note artistique…

Du coup, d’autres villes d’États voisins ont suivi le mouvement, ne voulant pas rester sans réaction face à cette course effrénée vers les sommets.

Ainsi, un patelin du nom de Blue Earth, dans le Minnesota, a voulu célébrer son héros local, « Green Giant », en lui édifiant une statue d’une petite vingtaine de mètres.

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Il faut dire que c’est quelqu’un d’important ici, même si je n’ai pas tout compris à son histoire, mais il aurait apparemment sauvé la ville en virant l’ennemi à coup d’épis de maïs dans la tronche, tout en le bombardant de tonnes de petits pois, façon mitraillette…

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Je n’ai pas tout à fait saisi non plus qui était l’ennemi, mais bon, lui c’était le sauveur en tout cas, même s’il n’a rien pu faire récemment contre l’incendie qui a ravagé l’usine du quartier…

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Ben quoi, c’est pas parce qu’on est le « Green Giant » qu’on peut arranger toutes les situations quand même !

Il a son sosie en France à ce propos, en la personne du « Géant Vert », qui s’est spécialisé dans la vente de munitions en boîtes au rayon légumes de vos supermarchés, d’après ce que m’ont dit les Gorin…

J’ai fait aussi la connaissance de nombreuses personnalités marquantes de l’Histoire de ce pays ces jours derniers. Enfin, je ne les ai pas rencontrées personnellement, parce que ça fait un moment qu’elles ont été bouffées par les vers, mais ça compte quand même !

Je suis désormais pote avec des figures emblématiques de la conquête de l’Ouest américain, qui logent maintenant, et pour un bail, au « Mount Moriah Cemetery », dans la ville de Deadwood, South Dakota, réputée aussi pour le port de moustaches quasi systématique de tous ses habitants masculins, et féminins parfois, à l’époque des cowboys…

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Parmi ces grands noms, on retrouve James Butler Hickok, plus connu sous le nom de Wild Bill. Une fine gâchette le mec, aussi à l’aise de la main droite que de la gauche, quand il s’agissait de manier le revolver… Et c’était son meilleur moyen de communication apparemment. Il en a fumé du monde le salopard, pour un oui ou pour un non, mais toujours dans le sens de la justice paraît-il… En tant que soldat pour l’armée de l’Union, shérif adjoint à Fort Riley, Kansas, puis shérif à Hays City et Abilene, toujours dans le Kansas, il exécute de nombreuses personnes, souvent victimes de son tempérament légèrement impulsif…

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De temps en temps, histoire de se détendre un peu, et ne pas trop affoler les compteurs, il part en virée avec son pote William Cody, Buffalo Bill si vous préférez, pour l’accompagner et jouer dans son spectacle itinérant.

Pour finir, il est très joueur… de poker notamment, et c’est un sport qu’il aime pratiquer dans les différents saloons qu’ils croisent sur sa route. Le seul détail auquel il tient particulièrement, c’est de ne jamais prendre le siège qui tourne le dos à la porte d’entrée.

Manque de bol, en ce 2 août 1876, au « Nuttal & Mann’s Saloon » à Deadwood, c’est la seule place vacante quand il s’installe à la table. Ce sera sa dernière partie de poker… Il est abattu d’une balle dans la nuque par un certain Jack McCall, avec dans ses mains une paire d’As, une autre de Huit, et un Neuf de carreau, combinaison qui, depuis, porte le nom de « Dead Man’s Head », la main du mort.

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Parmi ses nombreuses expéditions, il a fait un bout de route dans les « Black Hills » avec une autre vedette locale, enterrée d’ailleurs juste à ses côtés à Deadwood, selon ses dernières volontés… Il s’agit d’une femme, et quelle femme… du nom de Martha Canary, mais dont le surnom « Calamity Jane » lui collera à la peau durant toute son existence…

Orpheline à dix ans environ, elle devra vite apprendre à se démerder, en se forgeant une sacrée réputation.

Tour à tour danseuse, puis serveuse, éleveuse de bétail, lingère dans des bordels, voire même plus selon certaines sources, elle fera également campagne contre les amérindiens aux côtés du général George Custer. C’est durant ces périodes de conflit qu’elle commence à s’habiller comme un garçon, devenant par la même occasion une sacrée tireuse… c’est le général qui l’avouera plus tard ! Elle sauvera aussi la vie du capitaine James Egan lors d’une embuscade tendue par les amérindiens à Goose Creek, dans le Wyoming. C’est ainsi lui qui la baptisera « Calamity Jane, heroine of the Plains », au sortir de cet événement.

Plus tard, après avoir pas mal vadrouillé dans le pays, elle s’installera à nouveau à Deadwood, puis donnera différents spectacles traitant du mythe de l’Ouest américain, à Minneapolis notamment. Elle publiera une autobiographie également, et deviendra une véritable célébrité de son vivant.

Cela n’empêchera pas la pauvre femme de mourir pauvre et alcoolique, en 1903, rongée par cette vie de dingue…

Au moins maintenant, elle est auprès de son pote « Wild Bill », et reçoit toujours autant de visites… et quelques fioles de whisky de temps en temps !

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Quelles destinées pour ces petites créatures du Bon Dieu quand même… mais elles auront au moins servi à développer un sacré filon, celui des westerns, dans l’industrie du cinéma. Et à faire naître par la même occasion de nouvelles légendes, celles du grand écran…

En parlant de ça, on a traversé dans l’Iowa le bled où est né, en 1907, l’un des cowboys les plus célèbres de l’histoire du septième art, à savoir John Wayne. La ville s’appelle Winterset…

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Je te raconte pas la fierté ici… et puis ils ont fait les choses bien comme il faut, en transformant sa maison en musée, et en édifiant une statue grandeur nature à son effigie, en tenue de travail évidemment, carabine à la main bien entendu, le tout entouré de drapeaux américains parce qu’il faut pas déconner quand même, il a sauvé le pays pas mal de fois dans ses films le mec !

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Un peu plus loin, dans la rue principale, tu passes devant le vieux cinéma, qui a dû en passer et en repasser des exploits de son héros…

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Mais ce n’est pour cette raison, à l’origine, que la petite famille m’avait traîné dans le coin (Tiens, voilà que j’inverse les rôles moi…).

L’idée première était de venir par ici pour trouver le « Roseman Bridge », le fameux pont couvert qui avait servi de décor pour une scène du film « Sur la Route de Madison ».

En effet, Jérôme s’était mis en tête de le photographier en guise de petit clin d’œil à Jean-Marc, le papa de sa pote Émilie, qui lui avait parlé de cet endroit dans un mail il y a quelques mois, sûrement parce qu’il avait aimé le film.

Alors voilà, c’est chose faite, et même si la lumière était bien pâlotte ce jour-là, même si ce n’est jamais aussi beau qu’au cinéma, et bien que ni Meryl Streep, ni Clint Eastwood ne soient venus poser pour l’occasion, c’est sûr que ça lui fera plaisir malgré tout…

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Ah, Émilie… Je me souviens quand elle est venue passer quelques temps avec nous cet hiver, en Louisiane. Quel beau souvenir…

Jess et Jérôme parlent beaucoup d’elle en ce moment car nous avons retrouvé les rives du Mississippi depuis deux jours, et ça lui aurait plu d’être ici avec nous. Surtout qu’il est d’une beauté incroyable dans le coin, beaucoup plus sauvage qu’aux alentours de New Orleans, où des digues l’emprisonnent pour une bonne raison…

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Leur idée aux patrons, c’est de le descendre depuis Minneapolis, Minnesota jusqu’à Saint Louis, dans le Missouri. Ils n’avaient juste pas prévu que récemment, d’énormes orages et autres tempêtes ont créé d’immenses inondations dans la région, et beaucoup de routes sont fermées pour le moment.

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Enfin bon, c’est comme ça, et ils prendront ce qu’il y a à prendre, comme d’habitude…

On est resté une nuit à Minneapolis, très agréable ville aux jolis parcs, et où le grand fleuve se déchaîne comme un taureau dans l’arène.

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C’est la « City of Lakes », la ville des lacs, comme elle aime se surnommer ici. Mais ça n’a rien d’étonnant, car le Minnesota, où elle se trouve, est appelé quant à lui « l’État aux 10 000 lacs ». Il en comporte en réalité 11 842.

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Alors franchement, quand tu as tellement de flotte à disposition, je ne vois pas l’intérêt d’en rajouter une couche avec des inondations !

Il a fallu aussi absolument passer en banlieue Ouest de la ville, à Chanhassen, parce que Jérôme, encore lui, voulait voir Paisley Park, qui abrite les studios de Prince, un de ses chanteurs préférés…

Alors, pour rigoler, je lui ai dit : « Ah bon ? Tu veux dire l’asticot qui mesure un mètre douze et qui saute comme une puce dans tous les sens ? »

Putain, ce que j’avais pas dit là… Il m’a rembarré en me lançant qu’on ne se foutait pas d’un génie de la musique comme lui, qui joue tous les instruments, danse comme un dieu, et a séduit les plus belles femmes du monde, sauf la sienne heureusement !

Que voulez-vous, il y a des sujets tabous avec lui… Prince, Renaud, et l’équipe de foot de l’Argentine entre autres…

Pour sûr, je préfère parler avec Jessica ! Elle est gentille avec moi elle, et puis elle ne s’emporte pas tout à coup si on la froisse… En plus, c’est toujours elle qui me trouve un petit Camping World quand j’ai un gros bobo, les meilleurs stations service pour me remplir d’essence, d’eau, de bonheur quoi… Elle va me manquer Jessica…

Pour en finir avec Prince, ses studios sont fermés au public, sauf quand l’idée lui prend d’organiser une grosse fête, avec des concerts et d’autres surprises, souvent annoncée le jour même ou la veille, et à laquelle tout le monde est le bienvenu. Ce sera donc pour une prochaine fois…

À part ça, ils ont expédié pas mal de visites sur quelques jours, sans trop s’attarder, genre « Jewel Cave », ou « Wind Cave » des grottes sans intérêt dans lesquelles ils ne sont pas descendus, parce que c’est un peu du racket au niveau tarifs… Le pire, c’est qu’ils me mettent ça sur le dos les salauds, en prétextant que je tête trop d’essence ! Tu parles… ils n’ont qu’à s’acheter un peu moins de bières, et puis ils pourront les faire leurs visites, avec ces économies…

Bon, à défaut de faire de grandes découvertes, les enfants ont continué leur moisson de médailles de Junior Ranger, ce qui est déjà une bonne chose de faite…

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Par contre, ils ont raqué pour entrer dans « Custer State Park », où l’on te promet des rencontres avec tout plein d’animaux sauvages. Ben ils ont eu beau chercher, ils ont dû se contenter de voir en tout et pour tout dix-huit mille « Prairie Dogs » – mais quand tu en as vu un, tu les as tous vus – et puis deux ânes sauvages, limite agressifs…

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Ils ont aussi voulu visiter le « Minuteman Missile National Historic Site », lieu stratégique de la défense américaine lors de la Guerre froide, qui se divise en deux compartiments.

On a tout d’abord le missile nucléaire en lui-même, vidé désormais de son poison fort heureusement, et qui avait la capacité d’atteindre l’ex-URSS en trente minutes à peine, à partir du moment où l’on appuyait sur le gros bouton rouge, situé juste à côté de la cafetière.

Quelques kilomètres plus loin, on trouve la salle de contrôle, où justement se trouvaient le gros bouton rouge… et la cafetière ! Durant ces années de tension, pas moins de mille missiles du même type étaient tous dirigés vers l’URSS, attendant le seul ordre de leur patron pour aller ratiboiser l’immense pays ennemi, et puis le reste du monde avec, et c’est bien pour ça qu’ils sont restés bien au chaud dans leur niche…

Comme il fallait réserver pour visiter la salle de contrôle, et que tout était complet, vu qu’on était dimanche ce jour-là, mes cinq J ont été finalement privés de Guerre Froide, ceci confirmant que cette page de l’Histoire avait été définitivement tournée… Ah ouais ? Mais alors pourquoi les missiles n’ont carrément pas été enlevés ?

Le truc qui m’a le plus plu dans les derniers jours, ça a été  « Badlands »… Bon déjà, pour commencer, cet endroit avait un côté très symbolique, car il était à priori le dernier parc national que nous allions visiter au cours de ce long voyage, et comme je suis très sensible, c’est le genre de détail qui me bouleverse… En plus, j’ai été super agréablement surpris par les beautés qu’il renferme, et personne dans ma carcasse ne s’attendait à un tel spectacle d’ailleurs…

« Badlands » a été un nom donné à cette région suite à celui que lui avaient donné les trappeurs français de passage dans le coin, à savoir « les mauvaises terres à traverser ». Ils s’étaient en effet retrouvés dans le coin, et avaient été bloqués devant ces murs infranchissables, dont on n’a pas idée qu’ils existent cinq kilomètres plus au Nord, ou au Sud, enfin tant qu’on n’est pas planté devant comme un idiot…

D’ailleurs, nous, on ne voyait pas pourquoi cet endroit portait un nom si hostile, car en arrivant depuis l’Ouest dans le parc, tout ce que tu vois, au départ, n’est qu’une immense prairie, peuplée de magnifiques chevaux sauvages, et de panneaux de signalisation…

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Mais plus tu avances, plus le paysage change, se creuse. D’immenses rochers sortent de terre, de toutes les couleurs, et offrent de somptueux trésors aux yeux des visiteurs, et à nos phares, pour nous qui les transportons !

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Que tu te poses au « Pinnacles Overlook », ou bien à celui des « Yellow Mounds », ou encore « Burns Basin », tout est sublime à regarder.

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Et si tu es très sage, et discret, tu auras même droit à une petite rencontre avec les jolies « mountain goats », les chèvres des montagnes, qui se baladent sur la roche avec une aisance et une grâce à tomber par terre, surtout si on essaie de les suivre !

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Là où on a eu du bol en plus, c’est qu’avec l’alternance d’orages et de beau temps que la météo nous avait servi au menu, on a eu droit à des lumières et des couleurs extraordinaires, rendant encore plus étranges et fascinants ces « Badlands »…

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Le plus compliqué dans ces cas-là, c’est de chopper le bon moment pour aller faire une randonnée, pour éviter la douche et revenir trempé.

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Alors Jess, en bonne irlandaise qu’elle est du côté de sa mère, elle sait flairer tout ça, et ne s’aventure pas trop loin quand ça craint, vu que dans son pays d’origine, il pleut toutes les dix-sept minutes…

Mais l’autre grande saucisse qui a grandi à Orléans, il n’a pas le nez du tout pour prévoir ce qu’il va se passer, et à chaque fois qu’il est parti en virée dans les montagnes, il a eu droit à de bonnes saucées, revenant à chaque fois tout crado, et dégueulassant ma moquette sans même me lâcher un petit mot d’excuse !

En plus, avec le climat orageux, les moustiques sont de sortie, et s’en donnent à cœur joie sur les touristes… Ils ont dû lui pomper un demi-litre de sang ces cons-là ! Ça lui a donné une idée d’ailleurs, qu’il a tout de suite exposée à Jess, plein d’enthousiasme… Ça donnait à peu près ça :

« Dis donc Jess, je pensais à un truc pendant qu’il me dévoraient ces sales bêtes… T’imagines le fric que ce ferait le mec qui inventerait le moustique qui suce la graisse, au lieu de te vider de ton sang ? Le business à se faire !!! Tu mets en place les « Liposuccion Trails » un peu partout dans les différents parcs du monde entier, tu y lâches les nouveaux modèles de moustiques que tu viens de créer, et voici le tout dernier moyen révolutionnaire de faire perdre du gras à une vitesse grand V aux touristes de passage, tout en profitant de la nature ! Pas con, non ? »

Effectivement, pas con… sauf que les moustiques, jusqu’à nouvel ordre, c’est après ton sang qu’ils courent, ou volent plutôt, et le reste, ils s’en tamponnent !

Enfin, ils pourront toujours se consoler en se disant qu’ils n’ont pas tout perdu, à revenir dans mes locaux, détrempés, et avec soixante et onze piqûres de moustiques, si entretemps ils ont eu l’opportunité et la chance de croiser quelques rares et magnifiques « Big Horn Sheep », les fameux mouflons tant espérés par Jess…

Car la magie a bien eu lieu, sur le « Notch Trail », en haut d’un petit mont où tu accèdes après avoir grimpé de drôles d’escaliers posés sur la roche…

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Assez agiles les bestioles, et sauvages avec ça ! D’ailleurs, au bout d’un moment, y’en a un qui commençait à en avoir marre que Jérôme s’obstine à s’approcher un peu trop près, et il a commencé à lui faire face avec provocation, un peu façon Wild Bill, l’un des précurseurs des duels entre cowboys !

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Il paraît même qu’il lui a parlé, un peu comme dans les légendes indiennes de « Devil’s Tower », lui disant :

« Dis donc mon vieux, c’est pas toi qui a saoulé ma femme et mes gosses à vouloir les photographier hier soir dans le parc ? »

Sur le coup, Jérôme n’a que su répondre, ne voyant pas du tout où le mouflon voulait en venir…

C’est plus tard que tout s’est expliqué. Un Ranger a rapporté à nos amis qu’il n’y avait aucune chèvre des montagnes dans le parc, et qu’ils avaient donc vu des mamans mouflons – des mouflettes peut-être ? – avec leurs bébés la veille au soir… Et pendant qu’elles éduquent leurs gosses, les mecs sont à l’amende et doivent se démerder entre potes dans les hauteurs…

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« Door Trail » et « Window trail » leur ont à leur tour offert de très belles vues, surtout que le soleil commençait à décliner, invitant à sa table un arc-en-ciel de passage.

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Juste avant de tirer sa révérence pour laisser place à la nuit, il a transformé les montagnes en or l’espace de quelques secondes, un dernier cadeau somptueux avant notre départ des « Badlands », qu’on n’est pas prêts d’oublier…

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Ce soir-là, on avait dormi sur le parking d’une station service fermée à White River, une petite ville qui se meurt à petit feu, comme beaucoup d’autres par ici, abandonnée par ses commerçants, et donc ensuite par ses habitants, tout doucement… Les rues, en terre pour la plupart, sont désertes et tristounettes, et on sent bien que plus personne n’attend de miracle ici, on n’attend plus rien…

Mais on savait où l’on mettait les pieds dans le coin, car tous les gens qui s’y sont déjà promenés dans la région, nous avaient tous dit qu’il n’y avait pas grand-chose à y voir, ni à y faire.

Mais que voulez-vous, en-dessous se trouvait le Nebraska, et comme Bruce Springsteen avait pris la peine de donner à l’un de ses albums le nom de cet État, c’est qu’il y avait forcément quelque chose à y découvrir… Alors on l’a passé en boucle dans le poste, tout en traçant sur l’interminable ligne droite…

Qu’est-ce qu’on y a vu au bout du compte dans le Nebraska ? Valentine, la ville au grand cœur… La piscine de Ainsworth, qui arrivait à point nommé tellement il faisait chaud ce jour-là, ce qui m’a permis de me reposer à l’ombre pendant que la petite famille barbotait dans l’eau. Sauf que les pauvres, on les a subitement foutus dehors au bout d’une heure environ, car apparemment le niveau de chlore dans l’eau était insuffisant, et dans ces cas-là, tu prends ta serviette et tu te casses… Johnstown, avec sa vieille fausse banque, ancien décor en fait pour le tournage d’un téléfilm méconnu, qu’on n’a jamais voulu détruire ici… Le coucher de soleil à Wisner, dans un parc où l’équipe de baseball locale jouait ce soir-là… Les champs de chaque côté de la route, illuminés la nuit par les centaines de lucioles qui les peuplent, beau et étonnant spectacle… Omaha enfin, « somewhere in middle America », comme le chantaient les gars du groupe Counting Crows, où l’on a fait un passage éclair.

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Voilà… Comme vous pouvez le constater, je ne chôme pas avec les Gorin ! Tout ça défile à un train d’enfer, et même si la fin approche, non, rien de rien… non, je ne regrette rien… comme le disait une chanteuse de chez vous, très connue il paraît !

Et puis de toute façon, toutes les choses prennent fin un jour, alors je préfère en profiter tant que ça dure, sans trop y penser… Et puis quand j’ai un coup de blues, ils sont gentils avec moi car ils me redonnent le sourire en me passant notre nouvel hymne dans le poste. C’est une chanson qui s’appelle « Smile », que les enfants de la classe de Tateu, la grande sœur de Jérôme, nous ont envoyée avant de partir en vacances. Trop mignons ces gamins…

Bon, ben je vais vous laisser maintenant, et faire un peu reposer la machine avant de remettre le couvert demain matin, pour de nouvelles aventures…

J’ai été ravi de parler un peu avec vous en tout cas… Je vais désormais profiter encore quelques semaines de vos potes, et je vous promets de les ramener sans encombre jusqu’en Pennsylvanie, avant qu’un avion ne prenne le relais pour leur retour en France…

Et puis si vous vous faites du souci pour moi, tout ira bien, ne vous inquiétez pas… J’aurai des gallons de souvenirs à raconter à mes copains pour mes vieux jours…

Ducon.

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Une réflexion sur “Clinton, Iowa

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