Gillette, Wyoming

Lundi 23 juin 2014, 01:30 pm

Gillette, Wyoming

Alors les mecs, vous vous éclatez bien avec la Coupe du Monde ? J’espère pour vous… Parce que pour moi, c’est disette, nada, que dalle…

Remarque, je savais bien qu’en déboulant dans un tel pays, je ne risquais pas de ressentir autour de moi un engouement démesuré pour cette compétition, et surtout ce sport, auquel l’américain moyen ne comprend absolument rien, et n’a pas envie d’en savoir davantage d’ailleurs…

Faudrait commencer par leur expliquer ce que c’est qu’une position de hors-jeu, du temps additionnel, et même leur faire rentrer dans le crâne qu’il est possible, sur cette Terre, d’en rester à un résultat nul entre deux équipes dans un sport, ce qui est le cas pour les matchs du premier tour du tournoi.

Parce qu’ici, il n’y a pas de place pour le partage, dans le sport comme dans le reste… Soit tu es en haut, un « winner » comme ils aiment à dire, soit t’es un naze et tu ne comptes pas, et te voilà « loser » de service…

Alors sortir d’un terrain de sport sur un score de parité, cela n’a pas de sens, vous pensez bien !

Ils sont cons en plus de ne pas s’intéresser, parce que leur équipe est plutôt bien partie jusque-là…

Je le sais, parce qu’heureusement, j’arrive quand même, de temps à autre, à suivre les résultats, même si ce n’est pas toujours simple… J’ai ainsi appris le résultat de France-Honduras avec un décalage horaire de deux jours ! Le même jour d’ailleurs où l’on a reçu un mail du CNED nous annonçant le passage en CM1 de Jules pour la rentrée prochaine…

Pour ceux qui me connaissent un peu, vous imaginez l’attente interminable, les nuits sans sommeil à faire les cent pas dans le « Ducon Motel » en me demandant quel a été l’issue du match, le nom des buteurs, et à quelle minute… Le supplice absolu !

Eh ben même pas mes braves amis… Je ne vais tout de même pas vous dire que je n’en ai rien à foutre de cette Coupe du Monde, mais pas loin… Ou alors peut-être que j’essaie de ne pas trop y penser, ni trop m’y imprégner, sachant que je ne peux pas la suivre comme il faut, j’entends comme un abonné à beIN Sport…

Donc je vais immédiatement arrêter de vous en parler, pour vous prouver à quel point je m’en tape de ces charlots qui courent après la baballe !

Et d’ailleurs, pour tous ceux qui, contrairement à moi, ont une dent, voire plusieurs, contre cette si magnifique compétition, j’ai la solution à votre problème. Et croyez-moi, c’est infaillible ! Et vous n’entendrez absolument plus parler de foot, même si l’envie vous en prend subitement…

C’est un peu la même épreuve de force que pour un pochtron qui part se soigner dans un centre de désintox à mon avis, enfin j’en rajoute peut-être un peu là… À ce propos, j’espère qu’on leur met au moins les matchs à la télé à ces braves gens, parce que si déjà on les prive d’un p’tit canon, je te dis pas l’angoisse s’ils n’ont pas droit aux éclairs de génie de Patrice Évra, que ce soit sur le terrain ou en salle de conférence…

Bon, bref… fais-toi les parcs nationaux du Montana, du Wyoming ou du Colorado et crois-moi, t’es peinard… Et puis tu en prends plein les yeux, même si tu ne peux pas comparer ça avec les inspirations sublimes de Lionel Messi, qui porte sacrément bien son nom, mais j’ai dit que je ne parlerai plus de foot à partir de maintenant…

Pourtant, la visite de « Glacier National Park » a commencé par une trahison, un peu comme celle qu’a dû ressentir le meilleur joueur du monde, Samir Nasri, lors de sa non-sélection pour le mondial (et merde, je remets ça…). Non mais c’est des conneries en plus… il n’a pas été trahi, il n’est peut-être tout simplement pas le meilleur joueur du monde, ni le plus futé non plus… et puis comme ça, il a droit à des grandes vacances !

De notre côté, c’était beaucoup plus sérieux, et injuste. Vous savez ce qu’on a osé faire ? On a laissé Ducon toute la première journée seul au parking, à l’entrée Ouest du parc, et on s’est fait une virée sur la fameuse « Going-to-the-Sun Road » en voiture de location !

L’affront…

Vous auriez dû le voir le pauvre, seul… abandonné par sa famille… comme un chien qu’on dégage de la bagnole quand on part en vacances, ou la belle-mère, quand on l’envoie à la maison de retraite parce qu’elle a un peu trop la tremblote… C’est affreux quand on y pense… surtout pour le chien !

Pour notre défense, on s’était renseigné avant et on avait appris que les véhicules « Format Ducon » n’étaient pas admis sur cette route, d’où cette cruelle décision de l’abandonner comme une merde pour un jour au rayon des laissés pour compte…

Le seul truc dont on ne s’était pas rendu compte, c’est que cette voie, pas encore totalement déneigée, ne pouvait nous emmener que jusqu’à « Avalanche Creek », c’est-à-dire l’endroit jusqu’où les camping-cars étaient encore tolérés !

En constatant cela, on s’est fait la promesse, avec Jess, de ne jamais dévoiler ce secret à Ducon, car là, les bras lui en seraient tombés illico, ou plutôt les pneus…

La route est effectivement très belle, on remonte « McDonald Creek », qui pète plutôt la forme pour un petit ruisseau !

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Et puis donc, par la force des choses, tu dois t’arrêter à Avalanche… mais ne le dites jamais à Ducon !

Là, tu t’engages dans une randonnée de plus de trois kilomètres, à travers cascades et forêts, qui te conduit à « Avalanche Lake », destination finale de la balade…

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C’est un endroit très apprécié, et l’on s’est vite aperçu que l’on n’était pas les premiers à venir y faire un petit tour, pour y découvrir les joies de la nature…

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Après cette longue marche, durant laquelle Jeanne m’a fait étalage de ses nombreuses connaissances sur les chevaux, race que je ne peux plus sacquer tellement j’en ai entendu parler pendant plus d’une heure, nous sommes enfin arrivés au lac, sublime flaque cachée comme un trésor au milieu des montagnes.

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On y a passé un long moment, à admirer le paysage, à tremper les pieds dans l’eau, et un peu plus pour Jack, couche comprise, et à observer les petites criques en face où, quelquefois, un ours vient se rafraîchir entre deux siestes.

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Malheureusement pour nous, il n’est pas venu se donner en spectacle ce jour-là, mais ce ne sera que partie remise…

Une fois revenus du lac, et après avoir encore fait de jolies rencontres, dont une avec la plus petite pomme de pin du monde – car même dans ce sens-là, ce sont eux qui détiennent les records ! – nous avons repris la route vers la sortie du parc, et vers les retrouvailles avec Ducon.

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Comme on s’en voulait un peu de l’avoir lâché toute la journée, et puisque ce n’est certainement pas une route enneigée qui va nous empêcher d’aller au bout de nos rêves – t’as vu comment je te cite du Jean-Jacques Goldman comme ça en passant ! – on s’est barré de l’autre côté du parc, en le contournant par le Sud, pour rejoindre le lendemain Saint Mary, terminus de la route qui mène au soleil.

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On a dormi sur un bord de route, sans aucune appréhension des ours qui pourtant vivent à plusieurs dans le quartier. Mais on s’est dit que comme aucun n’était venu nous voir au bord du lac en pleine journée, il n’y a aucune raison qu’ils aient plus envie de se pointer pour frapper à notre porte à des heures pas possibles… Et puis ça ne se fait pas ce genre de chose…

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Au petit matin, je suis sorti voir le jour se lever sur les montagnes, trop beau… Une frêle biche se promenait non loin de moi, à la recherche de son petit-déjeuner. Nous sommes restés ainsi à distance pendant quelques temps, nous observant mutuellement… Drôle de rencontre pour commencer la journée !

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Puis le soleil a pris sa place doucement, changeant les couleurs, et faisant passer les cimes des montagnes du rose au jaune. C’était ensuite l’heure d’aller rejoindre la famille pour un bon café…

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Puis le temps s’est gâté au fil de la journée, mais cela ne nous a pas empêché de profiter des belles vues du coin, notamment à « Many Glacier », où tu es totalement encerclé par les sommets.

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Un petit tour du « Swiftcurrent Lake » pour finir, dont les montagnes se servent de miroir pour s’admirer. Au final, on ne sait plus où donner de la tête ici, ni dans quel sens la tourner…

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Et vous savez quoi ? On a même vu tout au loin, au moment de quitter les lieux, un élan traverser le lac à la nage, avec une aisance déconcertante. Incroyable spectacle…

Jess s’est empressée d’enquêter ensuite sur ce phénomène, nous apprenant ainsi que ces bestiaux sont très à l’aise dans le domaine de la natation, et peuvent même rester jusqu’à une minute d’affilée sous l’eau pour partir à la recherche de plantes sous-marines, dont ils raffolent.

C’est vrai que c’est toujours une incroyable surprise de croiser comme ça un animal sauvage en pleine nature, vivant sa vie sans trop se préoccuper de nous. Car, contrairement à un zoo par exemple, il évolue sur son terrain ici, comme le Brésil en ce moment avec la Coupe du Monde, mais c’est pas ça le sujet.  C’est donc lui le patron des lieux, pas comme l’équipe du Brésil jusqu’à maintenant, même s’ils vont bien évidemment monter en puissance au fil de la compétition, mais on n’est pas là pour parler football on a dit !

Alors si c’est ça ton truc, de partir à la recherche d’animaux sauvages dans les grands parcs américains, tu ne peux définitivement pas passer à côté de Yellowstone, dans le Wyoming… C’est la référence en la matière !

Rien qu’en deux jours et demi dans ce parc, on a croisé tout plein de wapitis, des bisons aussi, dont un s’est offert son heure de gloire en bloquant le trafic en plein dimanche, déclenchant l’hilarité chez nos enfants dans le camping-car.

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C’est Ducon qui n’en menait pas large par contre, parce que jusqu’au dernier moment, il s’est demandé si cet animal, sur un coup de tête, et il est plutôt bien fourni à ce niveau, n’allait pas lui voler dans les plumes !

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Finalement, il est passé à côté de nous, nous a gentiment salué d’un hochement de tête, et a continué sa marche solitaire, fermement décidé à provoquer le plus grand bouchon jamais enregistré ici depuis la grève de la faim entamée par son oncle au même endroit il y a quinze ans, protestant à l’époque contre le projet de construction d’un McDo dans le parc, qui ne verra heureusement jamais le jour par la suite… Le pauvre avait certainement dû flipper à l’idée que l’on intègre sur la future carte des menus une spécialité locale nommée McBison, ou un truc de ce style…

Mais le clou du spectacle a été sans aucun doute notre rencontre, à distance raisonnable je précise, avec un énorme grizzly qui rodait de l’autre côté d’une rivière que nous longions tranquillement…

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C’est une masse ce bordel, le genre de rencontre à ne pas faire de trop près, surtout s’il est de mauvais poil…

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Apparemment, ils foutent la raclée à tous les autres animaux, et c’est assez douloureux quand ça arrive… On a notamment entendu parler d’un loup qui aurait récemment pris une droite par le même genre de spécimen que celui qu’on a croisé, et qu’il a fallu abattre car il était trop amoché pour espérer s’en remettre un jour… Tu vois un peu le tableau !

Sinon, et comme je te le disais tout à l’heure, t’es pas emmerdé avec le foot ici, au cas où ce sport te dérange. Pas d’internet, donc tu ne peux pas regarder les résultats… Tu ne peux même pas appeler tes potes en France pour qu’ils t’informent des dernières nouvelles, le téléphone non plus ne passe pas !

Et puis t’es pas dans l’esprit de toute manière… T’as qu’à voir les terrains ici, c’est impraticable ! Non mais sans blague, comment veux-tu faire trois dribbles avec de telles conditions de jeu ? C’est juste impossible, même si tu fais appel à Platini, ou Pelé, qu’étaient pas des rigolos je vous signale !

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Sans compter que tu sais pas trop ce que tu vas choper comme maladie, si tu fous les pieds là-dedans, parce que c’est bizarre quand même… Ça gigote dans tous les sens, ça fait des bulles, ça pue ! Même mes gosses, qui sont d’habitude très obéissants, ont refusé d’aller y faire quelques foulées lorsque je leur ai demandé ce service, t’as qu’à voir…

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Tu sais ce que ça me rappelle comme ambiance ? Eh bien j’ai l’impression de me plonger à nouveau dans les vieux atlas que tu dévores des yeux quand tu es minot… Au départ, on te présente tout le temps le système solaire dans lequel on évolue, avec des images des copines de la Terre, j’entends Mars, Saturne, Jupiter, et le reste de la clique…

Elles ont des couleurs incroyables ces planètes, de quoi te créer un joli nuancier, et puis des bouts de croûtes à droite, et des cratères à gauche, exactement comme à Yellowstone…

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Comme on est privé de ballon quand on déboule ici, on s’est dit qu’on allait se rattraper en allant se baigner, au « Grand Prismatic Spring », mais là aussi, le terrain ne semble pas vraiment adapté pour ce genre d’activité.

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Parce qu’OK, c’est cool les sources chaudes, et très bon pour la peau paraît-il, mais là, si tu y vas, c’est du décapage assuré à mon avis!

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Dommage, l’eau avait enfilé son joli manteau turquoise, ça donnait envie… et les plages avaient une belle couleur orangée, comme le sable fin où l’on se dore au soleil, serrés comme des sardines dans leur boîte, chaque mois d’août, sur les plages du monde entier…

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Sauf qu’après vérification, on a appris que les différentes teintes du sol n’étaient que le résultat des divers microbes qui s’y installent et le colorent, certains aimant être au chaud, les bestioles oranges en l’occurrence, et d’autres préférant les climats plus tempérés, ceux qui sont gris par exemple…

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À part ça ? Ben le moins que l’on puisse dire, c’est que Yellowstone a de gros gros problèmes de tuyauteries, dus à son âge certainement…

Il fuit de partout ce parc, offrant aux visiteurs comblés des éruptions de geysers en veux-tu en voilà, à tous les coins de rue…

Nous, on a eu la chance de voir celui de « Old Faithful » se mettre en activité, et c’est quand même assez délirant comme truc… Il porte ce nom, le « Vieux Fidèle », car il est extrêmement régulier dans ses apparitions. C’est un peu comme ces gens qui ont de vieilles habitudes bien à eux et ne bouleverseraient leur ordre, ni l’heure de leur exécution, pour rien au monde…

Donc, pour ce bon vieux « Old Faithful », qui n’a aucun lien de parenté avec Marianne, qui a deux « l », sinon elle aurait passé sa vie à tourner en rond ! – tu consultes carrément un panneau qui t’annonce à quelle heure aura lieu sa prochaine fuite, à dix minutes près. C’est fort tout de même… et plus fiable que les horaires de la SNCF !

Alors tu t’installes, tranquille, et tu attends… Il fume en permanence le geyser, comme Gainsbourg, mais quand l’événement tant attendu approche, le nuage s’épaissit, et de petits gargouillements se font entendre au loin. Et puis l’eau sort enfin, sauf qu’au départ, c’est pas bien violent. Tu te dis du coup que ce n’était pas la peine d’en faire toute une histoire de ce phénomène paraît-il extraordinaire, alors que ça ne t’impressionne pas plus que quand tu tires la chasse d’eau à la maison…

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Mais au bout de quelques minutes, on passe à la vitesse supérieure, et là mes poteaux, ça dépote grave ! L’eau gicle à une vitesse hallucinante, on dirait un boulet de canon dont Cristiano Ronaldo a le secret quand il tire un coup franc, mais je ne vois vraiment pas pourquoi je pars dans de telles comparaisons, alors que la Coupe du Monde, je n’y pense absolument pas ici…

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Et puis au bout de quelques minutes, sa colère diminue, le geyser se calme, tout doucement, comme si sa saute d’humeur était passée, et tout redevient normal et paisible…

Bon sang, quelle claque… on en reste bouche bée pendant un bon paquet de secondes, le temps de récupérer, et de compiler ce qui vient de se passer devant nos yeux…

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On n’était pas au bout de nos surprises, car après avoir vu le plus célèbre geyser du monde, on allait avoir droit dans un deuxième temps au plus explosif du parc, « Beehive Geyser », qui se permet d’encore plus hautes envolées…

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En plus, il est bien plus capricieux que son fidèle camarade et dégaine un peu au gré de ses envies, alors on est vraiment vernis d’avoir traîné dans le coin au bon moment ! Le seul détail que l’on n’avait pas prévu, c’est que des fois, le vent change de direction, et on a eu droit à une mémorable douche, sans avoir le temps d’aller nous mettre à l’abri ailleurs !

S’il n’avait que des fuites ce parc, ça irait… mais au niveau des gazes, il n’a rien à envier à personne non plus… Le plus impressionnant étant « Dragon’s Mouth », une grotte en constante activité, recrachant inlassablement d’énormes nuages de fumée, accompagnés d’angoissants bruits rappelant les cris du légendaire animal…

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Sacré endroit que ce parc tout de même, le plus ancien des États-Unis, et l’un des plus grands aussi… et peut-être le plus beau.

De fracassantes cascades peuplent, elles aussi, les lieux, et c’est magnifique de les contempler, et les voir tracer leur chemin au milieu des immenses falaises. Tu les aperçois quand tu remontes le Grand Canyon de la rivière Yellowstone, où de sublimes points de vue sont accessibles pour les visiteurs. La nature dans toute sa splendeur…

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Les magnifiques couleurs du Canyon sont le résultat de la rencontre entre les sources chaudes et la roche volcanique présente sur place, mais ce mélange tend aussi à affaiblir la roche au fil des siècles.

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La « Yellowstone River » a vraiment trouvé le lit idéal pour faire sa route, et ça se sent qu’elle est heureuse ici, serpentant au milieu des montagnes, comme l’avait fait le plus grand joueur de tous les temps, Diego Maradona, au milieu d’un troupeau d’anglais impuissants lors du Mondial 1986 au Mexique, sur lequel je ne m’étendrai pas, puisque j’ai bien précisé que je ne parlerai pas de foot dans ce récit…

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Pour continuer ton sevrage de ballon rond, file au Sud, en passant par Tower et Bridge Bay, d’autres très jolis coins de Yellowstone, pour aller rejoindre « Grand Teton », un autre parc national encore plus paumé, et dont le nom laisse rêveur…

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On a roupillé dans le camping du parc, et je crois qu’il n’a pas cessé une minute de pleuvoir durant toute la nuit…

Heureusement, le lendemain matin, c’en était fini de la tempête, et malgré quelques nuages persistants, le temps était plutôt beau…

Il était donc grand temps de partir à la découverte de ce « Grand Teton », qui flirte tout de même avec les 13 770 pieds, soit environ 4 200 mètres ! T’imagines le morceau un peu…

Pour ceux que ça effraie trop, il y a cependant d’autres modèles, à savoir le « Middle Teton », le « nichon moyen » en français, qui lui se contente de 12 804 pieds, soit un 90B environ…

Et puis comme il en faut pour tous les goûts, vous avez le « South Téton », modèle plus petit, plus léger, mais sympa quand même, d’une hauteur tout de même respectable de 3 814 mètres.

Moi, je me suis dit que comme je ne serai là qu’une fois, j’allais opter pour le « Grand Teton », qui reste la spécialité locale quoi qu’on en dise… Mais malheureusement, les nuages n’ont jamais décidé de se faire définitivement la malle ce jour-là, et manque de bol, je n’en ai jamais vu la pointe !

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Vous imaginez un peu ma frustration…

Alors certes, j’ai pu me consoler en allant récupérer quelques revues spécialisées au « Visitor Center », où l’on peut voir de très belles photos du « Grand Teton », sous tous les angles, et dans des positions on ne peut plus avantageuses parfois… Mais bon, c’est quand même mieux quand on le voit pour de vrai…

Bon, c’était quand même sympa comme parc, les bisons étaient de sortie, et puis les enfants se sont bien amusés, les deux plus âgés engrangeant une nouvelle distinction de Junior Ranger, dont ils ont largement dépassé la trentaine !

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S’en sont suivis deux jours de route pour traverser le Wyoming, du Nord-Ouest au Sud-Est de l’État, en passant par Rock Springs, où nous avons passé une nuit au très luxueux Wal Mart Hotel.

Quand tu rejoins « Grand Teton » à Rock Springs, tu passes dans des endroits très haut perchés, et on a même réussi à se retrouver au milieu d’une énorme tempête de neige, à pas pouvoir y voir à plus de cinquante mètres. Un truc de dingues… En plus, le vent soufflait très fort, et Ducon se déportait dans tous les sens, essayant tant bien que mal de garder le cap…

Le lendemain, nous avons notamment fait une courte escale dans la petite ville de Rawlins, dont l’ancienne prison est devenue l’office de tourisme ! Accueillant comme bled, vous ne trouvez pas ?

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Nous avons ensuite quitté le Wyoming pour retrouver le Colorado, qu’on avait brièvement fréquenté il y a quelques semaines maintenant, du côté de Mesa Verde…

Cette fois-ci, c’était à Denver que nous nous rendions, afin d’y retrouver Aline, notre copine de Paris, qui passait nous rendre visite après avoir fait un Salon à Las Vegas pour son boulot… Ben voyons ! Je pense plutôt qu’elle était partie, comme chaque année, claquer toutes ses économies pour essayer de décrocher le jackpot dans les salles de jeu de la célèbre cité du Nevada !

On s’est magné pour la retrouver à l’aéroport en milieu d’après-midi, tellement magné qu’on s’est engagé vers le parking des arrivées, sauf que Ducon était trop grand pour pouvoir y accéder, ce qui a fait que notre arrivée triomphale s’est transformée en marche arrière assez périlleuse !

Comme on avait que deux jours devant nous avec Aline, on est tout de suite passé à l’essentiel, en nous rendant directement au « Rocky Mountain National Park », à une heure et demie de bagnole de Denver.

Comme on voulait la recevoir au mieux, et avant de lui faire le coup des parkings de Wal Mart pour les deux nuits suivantes, on avait réservé un emplacement dans le camping du parc pour le premier soir, où l’on est arrivé pile pour l’heure de l’apéro.

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C’était cool de se retrouver après tout ce temps, on a eu des nouvelles de Paris, des copains, et du niveau de jeu de l’équipe de France, dont Aline n’avait pas raté le premier match face au Honduras !

Le lendemain, on a attaqué la visite du parc par sa traversée d’Est en Ouest, pour en voir le plus possible.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça grimpe ici… C’est d’ailleurs à Rocky Mountain où l’on sera allé le plus haut dans ce voyage, la route atteignant son point le plus élevé à une altitude de 3 713 mètres !

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Et qui est-ce qui nous a emmené tout là-haut, s’il vous plaît ? Sans choper le mal des montagnes, se jouant des pentes les plus abruptes avec une aisance exceptionnelle ? Ducon, bien évidemment !

Ducon, notre star, notre fidèle compagnon, même pas rancunier malgré la trahison de « Glacier National Park »… Ducon, sur le toit de « Rocky Mountain », au sommet de son art…

Au milieu des montagnes, des sapins et des gros cailloux, des marmottes bien dodues ont fait le spectacle devant nos yeux émerveillés… Pas farouches, les cocottes !

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De l’autre côté du parc, on a fait un saut au « Holzwarth Historic Site », un ancien petit village genre « La petite Maison dans la Prairie », où tu peux essayer plein d’anciennes tenues typiques de l’époque, c’est à dire d’il y a 150 ans environ. Jeanne s’en est donnée à cœur joie, c’était pire qu’une virée aux Galeries Lafayette en période de soldes !

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Et puis si tu as toujours rêvé de voir ta femme emmitouflée dans un grand manteau en peau de bête, c’est le moment ou jamais… et crois-moi, tu ne seras pas déçu !

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Tout près d’ici se trouve la source de la « Colorado River », petit filet d’eau insignifiant qui prend plus loin de l’ampleur, traversant au final pas moins de sept États du pays !

On s’est dirigé ensuite un peu plus au Sud, pour rejoindre « Grand Lake », où un gentil trail nous attendait…

Sur la route, on a fait une drôle de rencontre avec une maman élan qui prenait son goûter sur les branches des arbustes environnants.

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C’est cool d’en avoir vu un d’aussi près, car Jess en rêvait depuis le début du voyage, et jusqu’ici, on n’en avait vu qu’un seul… Vous vous rappelez, c’est celui qui faisait des longueurs dans un lac du parc « Glacier », dont je vous ai parlé tout à l’heure…

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Pour la satisfaire totalement, il faudrait désormais qu’on arrive à croiser un « Big Horn Sheep », un mouflon en fait, avec des cornes en forme de tire-bouchon, pas facile à dégotter, mais dernière pièce manquante au puzzle des animaux qu’elle voulait absolument voir à l’état sauvage…

Ah…que les femmes sont exigeantes parfois…

Avant de nous engager sur le trail, nous sommes passés vite fait au Visitor Center, pour valider les diplômes de Junior Ranger de Jules et Jeanne, un grand grand moment de l’Histoire des États-Unis, dont Aline n’est pas prête de se remettre je pense…

Ce fut effectivement le grand cinoche au comptoir des Rangers, et c’est d’ailleurs la première fois que l’on assistait à ça…

Après avoir fait réciter à Jules son « pledge », la fameuse promesse qu’il sera un bon Junior Ranger toute sa vie, et même plus peut-être, le Ranger a subitement interpelé toute la foule présente dans la salle, soit deux personnes en plus de nous, pour faire l’éloge de notre enfant et de ses compétences, malgré le fait qu’il soit français, avec toutes les difficultés que cela devait engendrer à son avis…

Bon, déjà, mec, si tu fouines un peu plus dans les détails, il est franco-amerloque le p’tit gars, et puis de toute manière, on n’est pas plus con que vous, je te signale !

Bon, il faut juste se faire une raison en se disant qu’ils sont très protocolaires, et puis c’est tout… Ça nous promet un 4 juillet d’anthologie !

La balade sur laquelle on s’est engagé ensuite remonte la rivière « East Inlet », en passant par « Adam Falls », les cascades du coin…

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On a poussé un peu plus loin la visite, sur les conseils d’un Ranger qu’on a croisé, carabine à la main, qui était quant à lui à la recherche d’une chèvre des montagnes qu’il voulait abattre, car elle était blessée. Heureusement ou pas pour elle, il ne l’a pas trouvée, et comme Jess l’a justement fait remarquer ensuite, c’était peut-être aussi bien que la nature fasse son travail toute seule, et puis comme ça au moins, t’es sûr que les autres animaux trouveront facilement quelque chose à becqueter l’heure du dîner venue…

On s’est arrêté un peu plus loin, surplombant une plaine au milieu de laquelle la rivière poursuivait son sinueux chemin. Bel endroit…

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Il fallait après cela se tartiner tout le même trajet en sens inverse pour quitter le parc, afin de nous rapprocher le plus possible de Denver le soir même, vu qu’on avait prévu de visiter la ville le lendemain.

Ce qui est bien tombé, c’est que c’était juste l’heure où les animaux avaient décidé de s’offrir une petite sortie pour le dîner, surtout que c’était vendredi soir, et donc la semaine était terminée ! On en a bien profité du coup, et on s’est retrouvé en plein « Wapiti Land » au beau milieu des montagnes ! Trop cool…

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Denver aussi est un endroit sympa à visiter. La rue principale du centre-ville est piétonne, et c’est donc très agréable de la remonter tranquillement, tout en découvrant les curiosités locales.

La musique est très présente ici, et tous les vélos-taxis sont équipés d’une petite sono qui fait défiler les plus grands hits du répertoire américain… et il y a matière !

Des pianos sont installés régulièrement tout au long de cette avenue, et chacun est libre de s’y installer pour régaler, ou casser selon leur niveau, les oreilles des passants.

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Tout au bout, tu arrives au Civic Center Park, où un grand événement avait lieu ce week-end, à savoir la « Pride Fest », un peu l’équivalent de la « Gay Pride » chez nous.

On y a fait un petit saut, le temps que Jeanne se fasse dessiner le logo officiel de la manifestation sur la joue, et que Jess et Aline puissent fantasmer sur les beaux gosses qui traînaient dans le coin…

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Ravissant, non ?

Plus tard, on est allé à « confluence Park », le « Denver Plage » du quartier, un petit coin au bord de l’eau où les enfants peuvent faire trempette, pendant que les amateurs de kayaks descendent la rivière à fond les gamelles…

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C’est vraiment le rendez-vous des sportifs par ici, car on y croise aussi des skaters, des marathoniens, et des cyclistes en pleine action… mais toujours pas de footballeurs !

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Toute cette dépense d’énergie nous avait donné faim, et nous avons fini la soirée dans un super Diner, le « Sam’s #3 », où Aline nous a gentiment invités, histoire de finir en beauté ces deux jours ensemble.

Margaritas, Burgers et frites, on n’a pas fait dans l’exotique, mais on s’est régalé, et l’endroit est vraiment typique !

Aline nous a dit au-revoir le lendemain matin, après avoir posé devant Ducon pour une photo souvenir, et avant de sauter dans l’avion qui allait, après une escale à Charlotte, la ramener près des siens dans le dix-huitième arrondissement de Paris.

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De notre côté, on a encore un peu profité de Denver. On a voulu aller assister au défilé de la « Pride Fest », mais c’était la fin quand on est arrivé… On a tout de même eu le temps de croiser une fille en robe arc-en-ciel qui discutait avec un papillon… mignon tout plein !

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J’ai aussi eu la preuve définitive que la Coupe du Monde de football laissait de marbre ce peuple, car en passant devant un écran géant, en plein centre-ville, qui diffusait en direct le match États-Unis face au Portugal, je n’ai compté que quatre personnes assistant à l’événement, dont une lui tournait carrément le dos, préférant discuter avec le mec qui tenait la buvette installée pour l’occasion, et dont le chiffre d‘affaire du jour n’allait pas casser des briques, sans être pessimiste…

Quand on a retrouvé Ducon, on a eu droit à la visite d’un type qui, depuis le jour précédent, était tombé amoureux de notre brave camping-car, et qui, après l’avoir regardé d’un œil la veille, avait décidé d’en jeter un autre, le deuxième donc, accompagné de sa femme cette fois-ci. Affaire à suivre… en temps voulu !

J’ai ensuite fait une petite photo de la station de pompiers qui se trouvait juste en face de nous, et puis on s’est dit qu’il était vraiment grand temps de dégager d’ici, avant que Jack ne se transforme définitivement en Elton John !

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Ce soir-là, beaucoup plus tard, Jeanne a réclamé une chanson de Renaud, je ne sais plus laquelle, parce qu’on danse de temps en temps après le repas, histoire de digérer. Et du coup, j’ai voulu prendre de ses nouvelles au chanteur énervé, parce que ça faisait un bail que je n’avais pas entendu parler de lui…

Comme j’avais paumé son numéro de téléphone, j’ai fait une recherche sur Google, et j’ai vu qu’une compile à la con, dans laquelle plusieurs « artistes » reprennent ses plus grands tubes, avait vu le jour en ce début de mois de juin…

« La Bande à Renaud » qu’ils se font appeler ces crétins ! Tu parles… un troupeau de nazes qui n’ont trouvé que ça pour se faire leur promo à eux, ouais ! Et quel dommage qu’Hubert-Félix Thiéfaine fasse partie du lot quand même…

Tu veux que je te dise, s’ils étaient vraiment des potes de Renaud, ils lui auraient foutu un coup de santiag au cul pour qu’il se remette au turbin, mais ils n’auraient sûrement pas fait ce disque pourri que je n’écouterai jamais ! Ce dont ils peuvent être sûrs les Bénabar, Raphaël, et autre Nolwenn Leroy qui, à ce que j’ai lu, font partie de la liste, c’est que personne ne viendra écorcher leurs chefs d’œuvres quand leur carrière battra de l’aile, vu qu’ils s’en sont déjà chargés eux-mêmes ! Merde alors, ils le considèrent comme déjà mort, ou quoi ?

Bon, voilà, c’est passé… et je m’excuse auprès de ceux qui, parmi vous, ont dépensé leur fric pour acheter cette merde. Mais maintenant que vous l’avez écoutée, balancez moi ça à la poubelle, et allez acheter les vrais disques de Renaud !

Un des avantages d’être ici, c’est qu’au moins, on n’entend pas un seul de ces titres à la radio … Et puis pendant ce temps-là, on continue à en voir de belles choses…

Mais le truc qui me fait flipper, en plus de rater la Coupe du Monde, c’est cet inquiétant retour vers l’Est du pays… Mine de rien, ça pue la fin du voyage…

Et il n’y a pas que moi que ça emmerde, car je vois bien que Ducon n’est pas dans son assiette depuis quelques temps… Il faudrait être aveugle pour ne pas s’en apercevoir, et comme je le conduis, ça n’est pas le cas !

Mais qui ne serait pas mal-à-l’aise à sa place ? Je vous rappelle pour commencer le coup de poignard dans le dos, qu’il a reçu lorsqu’on a loué une caisse flambant neuve pour le remplacer à « Glacier National Park »…

Il nous a fait payer cet affront deux jours plus tard d’ailleurs, sur la route pour Yellowstone, où nous avons dû faire changer ses freins d’urgence dans le premier garage venu, et ce contre un sacré billet… Je pense que c’était sa façon à lui de prendre sa revanche, et l’on ne pouvait guère lui en vouloir…

Au moins, les enfants avaient bien rigolé pendant la réparation, car tout plein d’activités étaient mises à leur disposition pour passer le temps.

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Mais s’il n’y avait eu que ça pour notre pauvre Ducon, peut-être que tout se serait arrangé tranquillement… Seulement, ce ne fut pas tout, et la goutte d’huile qui a fait déborder le réservoir, c’est quand il nous a vu placarder des affiches « For Sale » sur la vitre arrière. Là, je crois que ça a été le pompon !

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Alors j’ai essayé de lui expliquer le truc… qu’on ne pouvait pas le ramener en France avec nous, que cette décision était déchirante pour nous aussi, et qu’il fallait bien qu’on anticipe, vu qu’il ne restait que quelques semaines de voyage…

Il le savait depuis le début tout ça d’ailleurs, mais comment voulez-vous bien prendre les choses dans ce cas ? Il a gueulé Ducon… Remarque, tu te vois toi, à défiler devant les collègues, avec une pancarte « À Vendre », collée à ton cul ? Alors oui, je sais que certains en font leur métier, et il n’y a pas de sous-métier, mais ont-ils vraiment le choix pour la plupart ?

Puis au bout d’un moment, il m’a même dit : « Non, mais vas au bout de tes idées mon gars… T’as qu’à me foutre en vente sur ebay, pendant que tu y es ! »

Là, je n’ai même plus pu soutenir son regard, j’ai fixé mes grolles, comme un idiot, et forcément il a deviné…

Pour finir… pour me finir, il m’a dit que de toute façon, quand on appelle quelqu’un Ducon, c’est qu’on n’a que très peu de considération pour lui, et puis il a fait demi-tour, ou marche arrière, je sais plus… J‘étais trop sous le choc pour dire ou faire quoi que ce soit…

Moi, j’aime bien Ducon comme petit nom pourtant…

C’est pas facile vous savez, et je ne vous souhaite pas de prendre un jour la réalité en pleine face comme ça dans votre existence, parce que ça laisse des traces…

Et je n’ai même pas un petit Brésil-Cameroun à me mettre sous la dent pour me changer les idées…

Enfin bon, ne vous inquiétez pas pour moi, je suis tout ça de loin tant bien que mal malgré tout, et puis je vous annonce que c’est l’Argentine qui va la ramener cette coupe, parce qu’ils ont le meilleur joueur du monde avec eux, parce qu’ils ne sont pas du genre à faire la grève dans un bus pour un pet de travers, et parce que j’ai toujours leur maillot dans ma garde-robe, même au fin fond du pays qui n’aime pas le foot…

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West Glacier, Montana

Mardi 10 juin 2014, 09:30 pm

West Glacier, Montana

C’est l’hiver dernier, le 11 janvier très précisément, que durant un soir de déprime, seule chez elle à regarder par la fenêtre les flocons tomber sur les plaines ennuyeuses à mourir de sa Beauce profonde, elle a pris sa décision…

Elle ne reviendrait pas là-dessus, c’était définitif, et cela se passerait l’été prochain…

Marie Zona, puisque c’est elle dont on parle, allait, pour la première fois, tirer un trait sur ses habituelles vacances au camping municipal d’Angerville, et connaître enfin le grand frisson en partant découvrir l’Amérique !

Après quelques recherches faites sur internet chez son voisin Émile Waukie, qui, en plus d’avoir un ordinateur, lui fait son affaire deux à trois fois par quinzaine, mais ça c’est pas nos oignons, elle semblait plutôt attirée par l’Ouest, parce qu’il y a l’océan Pacifique là-bas, et ça la faisait bien rêver ça. Mais elle aurait bien aimé voir les montagnes aussi, un peu de relief quoi, histoire de changer un peu d’Angerville, aussi plat que la poitrine de Jane Birkin…

Elle aurait bien voulu y aller avec Émile, mais cette andouille avait déjà réservé un mobil-home au camping de Jargeau, lieu de vacances auquel il restait fidèle depuis plus de quinze ans maintenant…

Tant pis pour lui, elle demanderait à ses amis rencontrés aux séances d’aquagym du samedi matin de l’accompagner, ou alors à ceux des cours de Zumba, chaque mardi soir, il y en aura bien quelques-uns que ça brancherait…

Et en effet, ce projet en a séduit plus d’un, puisqu’ils étaient désormais cinq, en comptant Marie, à désirer faire le grand saut ! Il y avait Zineb Raska, la prof de danse, Nicole Oradeau, qu’elle connaissait depuis toute petite déjà, Louis Ziane, un autre gars du coin qui lui fait aussi son affaire deux à trois fois par quinzaine, mais ça c’est pas nos oignons non plus, et enfin Raymond Tana, qu’elle connaissait moins, mais qui avait eu un DEUG d’anglais à la fac d’Orléans, alors ça servirait forcément pour demander leur chemin là-bas…

Alors un samedi midi, après l’aquagym, ils se sont tous réunis chez Marie, car maintenant était arrivé le moment crucial de décider quelle serait la destination précise de leur périple… L’excitation était palpable dans la maison, Nicole n’avait même pas pris le temps de sécher ses cheveux après la piscine – la première fois en deux ans ! – et Raymond avait emporté avec lui son vieux dico Français-Anglais en cas de besoin. Zineb, quant à elle, revenait d’Auchan où elle s’était fait tirer le portrait au photomaton pour le passeport, et elle y avait croisé Louis, qui s’était acheté un nouveau flacon de son parfum préféré, Axe pour Homme, parfum vanille, histoire de sentir bon au cas où il reste un peu chez Marie après la réunion… Et Marie, comment vous dire ? Contrairement à Louis, elle ne se sentait plus, n’avait quasiment pas dormi de la nuit, toute occupée qu’elle avait été à trouver l’endroit idéal pour installer son tout nouveau téléphone fixe, avec haut-parleur intégré, acheté exprès pour l’occasion, et qui allait bien servir pour cette réunion au sommet. Si bien qu’elle avait failli se noyer pendant l’aquagym, buvant la tasse lors d’une tentative d’appui tendu renversé dans l’eau, ou je ne sais quelle connerie du genre, exercice pendant lequel elle avait trouvé le moyen de s’endormir, vaincue par la fatigue…

En surfant sur internet l’autre jour, elle avait repéré une agence de voyage lui semblant plutôt crédible, de plus spécialisée dans le continent américain, et dont elle avait commandé, reçu, et consulté le catalogue, pleine d’enthousiasme devant les différentes formules proposées…

L’heure était donc venue de composer le numéro de téléphone inscrit sur fond de drapeau amerloque, en bas à droite de la quatrième de couve du précieux sésame qui était devenu son livre de chevet favori depuis plusieurs jours, et qu’elle avait déjà lu au moins dix fois, record qu’elle n’avait atteint qu’une seule fois auparavant avec la lecture de « Un seul instant suffit », un chef d’œuvre de la collection Harlequin, et son roman préféré…

Entourée de ses nouveaux meilleurs amis pour la vie, elle tapota sur le combiné le numéro qu’elle ne prit même pas la peine de relire, car elle le connaissait maintenant par cœur, mit fièrement sur la position « On » la fonction haut-parleur de l’appareil, et attendit qu’enfin quelqu’un réponde…

Après quatre sonneries, représentant une attente insupportable, l’on décrocha…

« Allo ! Qui c’est ?! » demanda grossièrement la voix masculine à l’autre bout du fil.

Surprise et assez décontenancée par cette entrée en matière, Marie regarda l’assemblée regroupée autour d’elle, semblant aussi incapable qu’elle de trouver une parade.

« C’est toi maman ? reprit l’interlocuteur, inquiet…

_ Bonjour monsieur, je m’appelle Marie Zona, et j’appelle avec mes amis pour avoir de plus amples précisions concernant vos prestations…

_ Ah ah ah ! Ben tu les connais mes prestations ma cocotte, et pour toi, le bureau est toujours ouvert ! Allez, viens donc ma jolie si le cœur t’en dit, et tu peux ramener tes amis, j’ai la grande forme aujourd’hui ! »

Honteuse, elle raccrocha aussi sec, comprenant immédiatement son erreur… Elle avait fait machinalement le numéro d’Émile Waukie ! Des gouttes de sueur perlèrent sur son front, ce fut le plus grand moment de solitude de toute son existence, à égalité avec la fois où elle s’était rétamée devant tout le monde à la grande représentation annuelle de l’école de danse, où elle donnait un petit spectacle de Zumba…

Conscients qu’elle avait fait une belle bourde, les autres firent comme si de rien n’était, à part Louis qui avait l’air d’en avoir gros sur la patate, et dont l’égo en prenait un sacré coup !

Allez, comme on dit, on efface tout et on recommence, et la seconde tentative s’avèrera être la bonne…

Ce fut encore un homme qui décrocha, mais bien plus séduisant cette fois-ci, bien moins bourru dans le verbe, et Marie remarqua tout de suite, rien qu’à son timbre de voix et son assurance, qu’elle avait affaire à une personne du grand Monde…

Et son visage s’illumina, ainsi que celui de ses quatre compères, lorsqu’ils l’entendirent prononcer sa traditionnelle formule d’accueil, imparable, ouvrant subitement les portes du bonheur absolu, un peu comme quand Ali Baba apprend comment faire s’ouvrir la caverne pleine de trésors des quarante voleurs, juste en disant « Sésame, ouvre-toi ! »…

Non, mais d’ailleurs, tu sais qu’avec ces conneries, je me suis tapé, un par un, tous les distributeurs d’argent de Paris une nuit, en leur demandant de s’ouvrir, poliment au départ, comme dans le conte, et puis comme ça ne marchait pas, ça a dégénéré, et j’ai fini devant celui du Crédit Lyonnais, en tapant dessus de toutes mes forces, avec une formule légèrement modifiée, qui disait à peu près « Tu vas t’ouvrir, connard ?! »… ça n’a jamais marché…

Mais crois-en mon expérience, les miracles, ce ne sont pas de la banque qu’ils proviennent… ils viennent des amis, de la famille, des gens qui t’aiment, et j’en veux pour preuve le récent Duconthon qui nous a énormément touché. À ce sujet, un autre don nous est tombé sans prévenir sur le coin de la gueule hier soir, et nous te remercions, Fanette, pour ce geste. Tu nous prouves une fois de plus, mais tous ceux qui te connaissent s’en sont déjà bien aperçus, que tu as un c… gros comme ça ! (je parle du cœur évidemment…)

« Agence de voyages Les Évasions Ducon, Jérôme à l’appareil… Que puis-je faire pour vous ?

_ Bonjour monsieur, je vous appelle car je projette de passer une dizaine de jours en vacances aux Etats-Unis l’été prochain, avec quatre de mes amis. L’idée d’un voyage itinérant en camping-car nous séduit énormément, et je crois savoir que c‘est là votre spécialité, n’est-ce pas ? demanda Marie qui, tout en parlant, enclencha à nouveau le haut-parleur, certaine qu’elle était désormais d’avoir composé le bon numéro.

_ Effectivement madame, vous avez frappé à la bonne porte… ou plutôt, vous avez appelé au bon numéro… enfin, vous m’avez compris ! Et vous savez quel coin de ce vaste pays vous attire plus particulièrement ?

_ Nous aurions bien une vague idée, mais pas définitive, et c’est la raison de cet appel… Nous avons besoin de vos lumières !

_ Eh bien je vous remercie de votre confiance, et je vais m’empresser de vous envoyer un de nos catalogues qui vous aiguillera vers le bon choix !

_ Vous parlez du « Guide Ducon » ? Vous pensez bien que je l’ai déjà commandé, mais je voulais aussi avoir votre opinion pour nous aider, c’est tellement plus rassurant d‘en parler directement avec des gens d’expérience…

_ Je comprends tout à fait madame, et je pense que j’ai avec moi la personne qu’il vous faut dans ce bureau… De toute façon, il paraît que moi, je parle beaucoup trop ! Alors accordez moi quelques secondes s’il vous plaît, et je vous mets en relation avec mon épouse, Jessica, qui va prendre bien soin de vous… En vous souhaitant une bonne fin de journée madame ! »

Et voilà… les choses sérieuses allaient pouvoir commencer, et tout cela s’annonçait sous les meilleurs auspices ! Et puis Marie trouvait ça vraiment plus sympa d’en parler en direct avec un des membres de l’agence. Elle est comme ça Marie, elle est pour le rapprochement entre les humains, c’est d’ailleurs ce qu’elle dit  régulièrement à qui veut bien l’entendre… à Émile et Louis notamment, mais aussi à Didier, Jean-Luc et Régis… et Robert aussi des fois !

Joe Dassin n’avait même pas eu le temps de terminer l’un de ces plus gros tubes, « L’Amérique », judicieusement choisi comme musique d’attente sur le téléphone de l’agence, quand soudain, une nouvelle voix, féminine cette fois, et légèrementteintée d’un charmant accent américain, vint fermer le clapet du chanteur au plus beau brushing de toute l’histoire du Show Business, avec Claude Barzotti…

« Agence de voyages Les Évasions Ducon, Jessica à l’appareil… Alors comme ça, je crois comprendre que vous rêvez de partir à la conquête de l’Amérique ?

_ Exactement madame, et je pense vous nous serez très précieuse pour nous guider sur cette longue route… rétorqua Marie.

_ Je vous en prie, appelez moi Jessica ! Je n’ai que trente-neuf ans vous savez… enfin bientôt quarante… mais tout le monde me dit que j’en fais vingt-deux… Mais revenons-en à votre projet… Qu’est-ce qui vous attire vraiment dans ce beau pays ? Les grandes villes ? Les grands espaces ? La mer ? La montagne ? Dites-moi tout !

_ Eh bien pour être honnête, tout ça à la fois, si c’était possible, ce serait parfait pour nous ! Et en une dizaine de jours maximum car, sans trop rentrer dans les détails, nous sommes un peu limités en budget… Tout le monde ne peut pas avoir le compte en banque de Linda de Suza !

_ Mais certainement, même si je crois que la personne dont vous me parlez n’est pas loin d’être fauchée de nos jours… Mais quoi qu’il en soit, et même si l’on a plus qu’une simple valise en carton comme bagage, c’est exactement la politique de la maison, permettre à toutes les bourses de s’offrir un voyage de rêve, en découvrant un maximum de choses en un minimum de temps, et ce à un prix défiant toute concurrence ! Et pour ce qui est de la destination, je crois avoir deviné l’endroit idéal pour vous… Washington !

_ Washington ? répondit Marie, qui semblait tout d’un coup refroidie par cette proposition…  Pour être honnête, j’étais plus attirée par la côté Pacifique, et je n’ai pas le souvenir que cette ville soit entourée de nombreuses montagnes…

_ Excusez-moi, chère madame, je me suis mal exprimée… C’est de Washington State dont je vous parle, située au Nord-Ouest des États-Unis ! Un vrai paradis sur Terre, dont vous ne reviendrez pas déçus, vous et vos amis, croyez-moi…

_ Un État tout entier ? Et vous êtes sûre que nous aurons le temps d’en faire le tour en si peu de temps ?

_ Mais bien évidemment madame, et ce en optant pour la « Formule Ducon », qui correspond parfaitement à votre profil. Elle se trouve à la page quarante-huit de notre guide, et elle retrace au jour près l’itinéraire que nous avions réalisé mon mari et moi, avec nos enfants, dans cette magnifique région, il n’y a pas si longtemps… Je sais donc de quoi je parle !

_ Et votre mari, ça lui a plu aussi, car il semble qu’il ne souhaitait pas spécialement s’étendre sur le sujet…

_ Oh non, ce n’est pas ça le problème, rassurez-vous… C’est surtout qu’il parle beaucoup trop mon mari… Il faut tout le temps qu’il en fasse des tartines, et ça devient interminable… D’ailleurs, ses potes n’écoutent jamais les messages qu’il laisse sur leur portable, ça leur prendrait des plombes ! Je le soupçonne même de ne plus savoir à la fin de ses monologues la raison précise pour laquelle il appelait… Franchement, même d’un balai à chiotte, il vous en ferait une thèse, alors si vous commencez à le brancher sur les États-Unis, vous n’êtes pas partis en voyage, croyez moi, vous serez encore là, pendue au téléphone, à l’écouter jusqu’à Noël !

_ Très bien Jessica, je crois avoir compris… répondit Marie qui avait là, pensait-elle, mis le doigt sur un sujet sensible, et jugea plus sage de vite passer à autre chose… Alors, racontez-moi un peu à quoi pourrait ressembler ce séjour !

_ Alors le premier jour, commencez donc par une visite de « Mount St. Helen », un endroit magnifique… Encore une montagne qui a sacrément trinqué à cause de l’activité sismique locale, et qui a sérieusement rapetissé à l’occasion d’une gigantesque éruption en 1980, dévastant tous les alentours par la même occasion.

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Tout le monde en a pris pour son grade lors de ce déchaînement de la nature, et il ne valait mieux pas être aux premières loges ce jour-là !

Prenez les arbres par exemple, eh bien plus ils étaient potes avec le volcan, plus la sanction a été lourde. J’en veux pour preuve qu’ils se sont faits purement et simplement trancher la tête au niveau des pieds ! Quant à ses amis plus éloignés, ils ne s’en sont jamais vraiment relevés, condamnés à rester allongés pour le reste de leur existence. Et ceux qui ne le connaissaient que de vue, installés sur d’autres versants à plusieurs dizaines de kilomètres, y ont quand même laissé toutes leurs plumes, enfin leurs feuilles ou leurs épines, selon leur marque…

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_ Mais dites-moi, ce n’est pas dangereux d’aller s’y aventurer dans ce parc au moins ? s’inquiéta Marie.

_ Pas du tout madame, et d’ailleurs, tout un attirail de matériel de surveillance a été mis en place ici, afin de détecter la moindre saute d’humeur des plaques tectoniques, mettant ainsi les visiteurs relativement à l’abri.

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Et puis vous verrez, la vie a repris le dessus petit à petit, avec un petit coup de pouce de l’homme, qui a commencé à planter de nouveaux arbres un peu partout, redonnant des couleurs à ce paysage, et un certain optimisme pour l’avenir…

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_ Très bien… Et ce mont St Helen, c’est la montagne la plus haute de l’État de Washington ?

_  Oh non, loin de là ! Un peu plus au Nord, vous trouverez le lendemain le « Mount Rainier National Park », avec en son cœur la montagne portant le même nom. Et là, ça va chercher dans les 4 392 mètres d’altitude ! Cette montagne est aussi un volcan au repos, mais susceptible de se réveiller à tout moment elle aussi.

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_ Décidément, c’est la mode dans le coin !

_ Vous l’avez dit ! Quand j’y pense, on avait vraiment eu de la chance quand on y était allé… Parce qu’il faut bien l’avouer, ce n’est pas tous les jours qu’il montre le bout de son nez ce pic, et la plupart du temps, il est caché sous les nuages, frustrant les touristes venus exprès pour contempler sa jolie petite trogne. Et ben pour nous, même pas un seul cumulus à l’horizon, c’est du bol quand même ! Et je vous souhaite sincèrement la même veine le jour où vous y serez…

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Et puis vous avez de quoi vous occuper sur place, avec plein de neige pour vous amuser, de très belles randonnées menant à de jolies cascades, et durant lesquelles vous pourrez même découvrir à quoi ressemble un arbre vu d’en dessous – même Arthus-Bertrand n’a pas réussi à trouver ce genre d’angle depuis son hélico, lui qui voyait tout du ciel ! – ainsi que des rochers doux et lisses comme de la soie, polis durant des siècles par des glaciers aujourd’hui envolés…

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_ Tout cela nous semble parfait, mais je pense qu’après ces deux jours dans les montagnes, nous aurons certainement envie de retrouver un peu la civilisation…

_ Tout à fait, et une station service aussi !… Une fois quitté le « Mount Rainier », pensez à faire le plein d’essence et filez vers l’Ouest, car vous ne serez plus très loin de Seattle. Alors pensez à emmener avec vous un CD de Pearl Jam ou Nirvana, et mettez le volume à fond, histoire de vous mettre dans l’ambiance !

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_ Ah merde, j’avais déjà préparé ma compilation de Didier Barbelivien ! laissa échapper Nicole Oradeau, vexée et confuse…

_ Oui, mais ça marche quand même avec d’autres styles musicaux… rétorqua du tac au tac Jessica, qui avait entendu cette remarque et ne voulait surtout pas perdre des clients sur ce genre de détails…

_ Non mais l’emmène pas quand même ton disque, on s’en passera… surenchérit alors Raymond Tana, qui partait du principe que découvrir un pays, c’était aussi découvrir sa culture, et avait ainsi déjà téléchargé quelques pépites locales, tels Michael Bolton, Garth Brooks et Paula Abdul… Dur pour les copains, mais c’est aussi ça, les vacances en groupe…

_ Seattle ! J’ai vraiment hâte d’y être, il paraît que cette ville est splendide ! s’enthousiasma Marie, d’un ton bien trop jovial pour être honnête, son unique but étant de vite passer à un autre sujet que celui des préférences musicales de chacun, surtout qu’elle était mal placée dans l’histoire, avec ses goûts de chiotte dont je tairai le nom par respect pour leurs auteurs. Mais franchement, Grégoire et Patrick Fiori, c’est vraiment naze…

_ C’est une ville très agréable, effectivement… répondit Jessica, heureuse que l’assemblée à l’autre bout du fil ait mordu à nouveau à l’hameçon. Je me souviens que nous, nous avions passé trois journées là-bas, mais la première avait été un peu particulière, car nous avions décidé de la passer à l’hôtel. Ça fait du bien vous savez, excusez d’avance mon langage, de ne rien foutre pendant vingt-quatre heures de temps en temps ! Nous avions profité de la piscine, du sauna, de la salle de jeux pour les enfants, et du petit-déjeuner gargantuesque offert le matin, la totale quoi… Mon mari était même allé faire un peu d’exercice à la salle de sport, en se disant que son pote Nico serait content de voir qu’il essaie de s’entretenir un peu dès qu’il en a l’occasion.

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C’est aussi ce jour-là que Jack, notre petit dernier, à peine deux semaines après avoir renvoyé sa tétine aux vestiaires, a appris à se démerder tout seul dans l’eau, et sans se noyer ! S’il continue à ce rythme, il sait lire et jouer du piano à trois ans, cuisiner et parler cinq langues à six ans, et marche sur la Lune avant d’être majeur !

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Enfin, je ne veux pas vous ennuyer avec tous ces détails, on dirait mon mari ! Et laissez-moi vous dire ce qu’il y a d’intéressant à voir à Seattle… »

À l’autre bout du fil, tout le monde buvait passionnément les paroles de Jessica, sans en laisser une goutte… Tous à part Raymond Tana, qui lui buvait sa bière, et pas proprement quant à lui, car il en foutait partout sur le tapis des gouttes, ce porc ! Il tournait à la Budweiser depuis quinze jours, respectant toujours à la lettre le principe que selon lui, découvrir un pays, c’était aussi découvrir sa culture ! Tous les prétextes sont bons après tout…

« Alors à Seattle, reprit Jessica, vous ne pouvez pas rater le « Public Market Center », avec ses étals de poissons et fruits de mer tout droit venus du Pacifique, et ceux de fruits et légumes, arrivés quant à eux du jardin d’à côté ! L’agitation permanente fait partie du folklore dans ce lieu, ça hurle, ça court, et quand votre commande de poissons est prête ici, on vous l’envoie depuis le comptoir comme on fait une passe au rugby, ce qui peut surprendre la première fois !

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_ Ça alors, ça doit être quelque chose à voir… s’émerveilla Marie.

_ Et puis si vous prenez le temps de vous promener un peu autour du marché, vous trouverez le « Gum Wall », une ruelle dont les murs sont totalement recouverts de chewing-gums aux parfums divers et variés, assez surprenant comme endroit, et même d’utilité publique en cas de carence en sucre après une trop longue marche sans avoir rien avalé…

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Et cerise sur le gâteau, vous avez vraiment le choix au niveau des saveurs, vous trouverez donc forcément votre bonheur même si vous êtes difficile, elles sont toutes représentées !

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Non, il n’y a pas à dire, ce quartier est très original, et on y passe un très bon moment…

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_ Et ce n’est pas dans cette ville qu’il y a une immense tour, un peu comme à Berlin ? J’ai cru voir ça dans un film un jour… demanda Zineb Raska, qui en avait oublié le titre…

_ Tout à fait, même si à part le fait que ce sont effectivement deux tours, elles ne ressemblent pas particulièrement… Ici, son nom est « Space Needle ». On la voit de partout cette tour, où que l’on soit dans la ville, et donc, fatalement, quand on y monte, c’est l’inverse ! En plus, elle a une tête rotative, comme les hiboux, donc je ne vous raconte pas le panorama d’enfer qu’elle vous offre !

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Elle est le symbole de Seattle, et fut édifiée en 1962, pour l’Exposition Universelle qui eut lieu dans cette ville.

Elle est située au cœur de « Seattle Center », un immense parc qui m’avait fait penser à celui de la Villette, si vous habitez Paris.

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_ Non, mais à Angerville, là où je vais en vacances, il y a le parc municipal à côté du camping, et il est immense lui aussi… lança Marie, qui par là voulait faire comprendre à tous qu’il n’y a pas qu’à Paris, ou dans les grandes villes américaines, qu’on trouve des occupations…

_ Je n’en doute pas un seul instant ! répondit Jessica. Et à défaut de voir la « Fernsehturm » de Berlin, dont parlait votre amie il y a quelques secondes, vous pourrez en voir un bout du mur qui est exposé ici, dans une des nombreuses salles d’expositions.

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À côté, vous trouverez l’« EMP Museum », un musée entièrement consacré à la musique, mais malheureusement assez cher, donc on s’est juste contenté d’admirer son architecture, et d’y laisser nos empreintes par la même occasion…

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Les espaces verts sont aussi très présents dans ce parc, et on y trouve toutes sortes de plantes, dont des fleurs géantes qui semblent toucher le ciel, et se mettent à émettre des sons quand on s’en approche !

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Si toute cette marche vous a donné chaud, finissez donc cette visite par un tour près des fontaines, et n’hésitez pas d’ailleurs à vous laisser asperger par quelques jets d’eau, ça fait un bien fou…

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_ Eh bien je pense qu’après tout ça, nous aurons notre compte pour la journée ! remarqua Marie, qui semblait encore bien plus épuisée qu’après deux heures intensives de Zumba, rien qu’à écouter Jessica…

_ Peut-être, mais tant que vous êtes dans le coin, passez rapidement à la « Bill & Melinda Gates Foundation », où vous pourrez vous détendre un peu en faisant quelques autoportraits qui seront projetés sur écran géant, sur une mosaïque parmi des dizaines d’autres personnes, vous sensibilisant ainsi sur le fait que la Terre est une grande famille, et que vous avez votre rôle à y jouer, et qu’on peut tous être un Bill Gates un jour, avec de l’envie et du courage… Noble message, mais un peu utopiste, d’après mon mari… ou alors il n’est pas encore assez américain pour y croire !

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_ Très bien Jessica… Et vous pensez que nous en aurons fini avec Seattle à la fin de cette journée ?

_ Non madame… Vous n’aurez pas trop d’une nouvelle pour découvrir d’autres curiosités de la ville ! Et vous pourriez commencer tout d’abord par rendre hommage aux diverses personnalités qui ont contribué à faire parler d’elle.

_ Bien sûr, approuva Marie, mais de qui parlez-vous au juste ?

_ Il y a Kurt Cobain par exemple, le chanteur du groupe Nirvana, qui a mis fin à ses jours il y a vingt ans cette année, et qui a révolutionné bien plus que Seattle, mais la planète entière avec ses compositions décapantes… Allez donc faire un tour du côté de la dernière demeure où il vécut, sur Lake Washington Boulevard,au cœur d’un quartier très plaisant, et très huppé aussi. Comme quoi on peut appartenir au mouvement grunge et mener une vie de pacha malgré tout, le plus dur étant de garder les pieds sur terre avec tout ça… Vous ne verrez pas grand-chose de la maison, planquée derrière de grands arbres et un imposant portail, mais vous aurez malgré tout le loisir de vous asseoir sur le banc où il venait prendre l’air de temps en temps, dans un square juste à côté.

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Ensuite, passez donc à l’angle de Pine Street et Broadway Avenue, où une statue de Jimmy Hendrix se déchaînant sur sa guitare vous attend. Vous allez me demander pourquoi il se retrouve ici celui-là ? Et bien tout simplement car il est natif de cette ville…

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Et d’ailleurs, l’« EMP Museum », que je vous mentionnais tout à l’heure, lui est en grande partie consacré.

Le hasard a fait que c’est ce jour-ci, précisément, que notre fils aîné, Jules, a réalisé sa dernière évaluation scolaire de l’année pour le CNED, et dans quelle matière à votre avis… ? Je vous le donne dans le mille… Musique, bien évidemment !!!

Mais il n’y a pas que des musiciens qui ont laissé leur empreinte ici, et si vous êtes amateur d’arts martiaux, vous ne pouvez pas rater la tombe de l’inoubliable Bruce Lee, au cimetière de Lake View, et dont le fils, Brandon, repose aussi à ses côtés, disparu encore plus jeune dans de sombres circonstances lors d’un tournage…

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Malgré la vive émotion qui le submergeait, notre petit Jack avait tout de même tenu, ce jour-là, à lui rendre un vibrant hommage, en enchaînant quelques mouvements dont le Maître avait le secret…

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_ Ouais… enfin bon, ils sont morts tous ces gens-là, alors ils ne comptent plus ! Et puis moi, j’ai jamais acheté un disque de Nirvamachinchose, ni regardé un film avec Bruce Lee, alors on ne va pas s’éterniser là-dessus quand même… lâcha, avec un ton plein d’agacement, Louis Ziane, apparemment pas encore remis d’avoir appris la relation secrète que Marie entretenait avec Émile Waukie… Il se foutait un peu du monde d’ailleurs avec ce genre de remarque ce bon vieux Louis, lui qui faisait partie du bureau de l’association « Mike Brant Forever ! », un collectif d’inconsolables fans, toujours sous le choc de la disparition du si séduisant chanteur, qu’à bien y réfléchir j’aurais pu inclure dans ma liste des plus beaux brushings précédemment…

_ Ce ne sont là que des suggestions… précisa Jessica, dont des années d’expérience dans l’événementiel lui avaient appris qu’il faut toujours savoir caresser le client dans le sens du poil, même si c’est techniquement très compliqué à travers le téléphone ! Elle trouvait donc toujours la parade, et savait proposer aussi sec de nouvelles idées.

Vous avez d’autres lieux sympathiques à voir au Nord de la ville… Commencez donc par Fremont, le nouveau quartier un peu branché, un peu bobo, là où il faut absolument aller s’installer quand on a tout compris à la vie. Un peu Montreuil quoi, mais sans les intermittents !

Là-bas, vous rencontrerez le fameux « Fremont Troll », planqué sous un pont du bled, la fierté locale ! C’est rigolo, enfin au moins ça amuse les gosses, mais ils en reviennent plein de sable partout, et vous dégueulassent le camping-car en deux minutes chrono !

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Un peu plus à l’Est, faites un détour par « Gas works Park », un beau petit coin avec vue sur « Union Lake ». C’est une ancienne usine désaffectée, servant maintenant de lieu de détente pour ceux qui, comme nous à l’époque, n’ont rien de prévu sur leur planning… On s’y installe pour pique-niquer, dépoussiérer un peu le cerf-volant qui a traîné tout l’hiver dans le grenier, ou pour quelques parties de cache-cache dans les vieilles structures qui se prêtent volontiers à ce jeu…

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Ah, Seattle… Quel souvenir ! Vous ne regretterez pas d’y faire escale, croyez-moi, surtout si comme nous, vous avez la chance de voir cette ville sous le soleil. Nous avions d’ailleurs décidé de refaire un petit saut dans le centre-ville avant de la quitter, à « Pioneer Place » plus précisément, le centre historique de la cité, où les vieux immeubles sont depuis largement concurrencés par les gratte-ciel.

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Quand vous aurez fait tout ça, messieurs-dames, vous pourrez raisonnablement considérer que vous avez fait le tour de la ville, et il sera grand temps d’aller propager votre bonne humeur sous d’autres cieux… »

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Jessica laissa volontairement le silence s’installer, histoire que le Club des Cinq, à l’autre bout du fil, reprenne un peu son souffle, digère ces nombreuses informations, et se rende compte des innombrables avantages de la « Formule Ducon »…

Et dans la maison de Marie, l’optimisme était de mise, et les mines radieuses, à part peut-être celle de Raymond Tana, qui semblait carburer un peu trop fort au niveau Budweiser, et dont le teint commençait à virer vers une drôle de couleur, genre citron vert…

Nicole Oradeau, qu’on n’avait pas beaucoup entendu parler depuis le début, relança alors la conversation au bout de quelques secondes, impatiente qu’elle était de découvrir la suite du programme :

« Donc, Jessica, si j’ai bien compris, nous avons déjà visité deux magnifiques parcs nationaux, et flâné dans la plus grande ville de l’État de Washington… mais nous n’en sommes qu’à la moitié de notre séjour si je ne m’abuse ! Alors que nous proposez-vous pour la suite s’il vous plait ?

_ Pour la suite, chère madame, je vous ai réservé ce que l’on fait de mieux… le clou du spectacle… la cerise sur le gâteau !

_ Ah bon !? Mais qu’est-ce que c’est ??? demandèrent bêtement, et à l’unisson, nos cinq vedettes.

_ C’est Olympic, à qui, si cela ne tenait qu’à moi, je décernerais sans aucune hésitation la médaille d’or des parcs du pays entier ! »

Et voilà, encore une fois elle avait placé cette pauvre vanne foireuse, l’œuvre de son cher et tendre, dont il était extrêmement fier d’ailleurs… Et comme à chacune de ses tentatives, elle avait fait un bide, suivi d’un long blanc, insupportable et dérangeant… Et comme d’habitude, le seul qui était pété de rire au fond du bureau, c’était toujours le même, le fameux « cher et tendre » en question, qui incitait sa pauvre femme à systématiquement emmener leurs futurs clients sur le terrain de l’humour, pour faire pencher la balance de son côté… mais encore fallait-il que ce soit drôle…

Après ce triste épisode, qui laissa Jessica dans une profonde confusion, un peu dans le même état que Marie tout à l’heure avec son appel involontaire à Émile Waukie, elle se devait de vite réagir afin de rattraper la situation, et redresser le niveau…

« Olympic, mes chers amis, vous n’en reviendrez pas… C’est la rencontre de trois écosystèmes, la mer, la forêt et la montagne, unissant leurs trésors pour le plus grand bonheur de la nature, on ne peut plus à l’état sauvage ici ! L’altitude varie de zéro à 2 432 mètres dans ce parc, alors autant vous dire que vous en avez pour tous les goûts.

_ C’est-à-dire ? questionna Marie.

_ Eh bien vous passez du barbotage dans la mer à la combinaison de ski en un rien de temps, et le tout en traversant une forêt tropicale, si le cœur vous en dit ! Le grand luxe, non ? Mon mari aime à dire que vous pouvez, en une seule journée, vous sentir dans la peau du commandant Cousteau, Alberto Tomba, et Tarzan réunis !

_ Et c ‘est aussi l’effet que ça vous a fait ? demanda cette fois-ci Zineb, qui avait toujours été fascinée, et sous le charme, du célèbre bonnet rouge de l’océanographe, de la virilité du slalomeur italien, et du froc en peau de bête de l’homme singe…

_ C’est un peu indiscret comme question, et puis mon mari est à côté de moi ! ironisa Jessica. Mais ce qui est sûr, c’est que vous tomberez sous le charme de tous ces paysages, tellement différents qu’on ne sait plus où donner de la tête !

Nous avions commencé par « Hurricane Ridge », en ce qui nous concerne, au beau milieu des montagnes… et de la neige bien entendu !

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Ici, les seuls arbres présents sont des conifères évidemment, on en voit à perte de vue…

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Ce n’est pas la même végétation que vous croisez quand vous vous engagez dans la randonnée qui vous mène à « Marymere Falls », et le changement de décor est frappant…

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Franchement, au bout d’un moment, vous commencez à vous demander comment on sort d’ici, mais c’est sublime !

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Et puis la cascade vaut le détour elle aussi, et si l’eau n’était pas si glaciale, vous vous laisseriez facilement tenter par une petite trempette dans l’eau transparente…

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_ Comme dans « Le Lagon Bleu »… dit Nicole Oradeau, d’une voix rêveuse…

_ En revenant, vous traversez une jolie prairie, et à cette époque, elle est recouverte de fleurs qui vous confirment que le printemps a bien repris ses droits, et au milieu desquelles nos enfants ont pris plaisir à gambader et courir en toute innocence…

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_ Comme dans « La Petite Maison dans la Prairie »… ajouta Nicole, qui vraiment n’avait que des références à la con à partager…

_ Ah, j’y pense maintenant… Ne passez pas à côté d’une nuit au camping dans ce parc, c’est une expérience fantastique ! Quoi de plus agréable que de se retrouver autour d’un bon feu, au milieu d’un cadre idyllique, à faire griller quelques saucisses achetées pour que dalle dans le dernier Wal Mart que vous avez croisé à la sortie de Seattle… Tout un poème…

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En plus, comme ça, vous êtes déjà sur place pour entamer votre journée suivante par un très beau trail qui vous emmènera jusqu’aux « Sol Duc Falls », de nouvelles cascades à couper le souffle…

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D’ailleurs, on avait croisé un Ranger juste avant de débuter la randonnée, et il nous avait bien dit qu’elles ressemblaient aux Chutes du Niagara…

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_ Les Chutes du Niagara ! s’émerveilla Nicole… Comme dans…

_ C’est ça, comme dans la chanson de Julien Clerc ! s’emporta Raymond, qui commençait à être sérieusement imbibé et ne supportait déjà plus personne…

_ Tu parles ! Il était quand même un peu marseillais sur les bords ton Ranger ! ne put s’empêcher d’intervenir Jérôme. C’est comme si tu ramenais ta nouvelle nana en forêt d’Orléans, en lui annonçant : « Tu ne vas pas y croire poupée, on se croirait en Amazonie tellement c’est beau ! »

_ Voilà exactement pourquoi il ne faut pas parler de ce voyage avec mon mari, dut se justifier Jessica. C’est plus fort que lui, il a toujours des relents d’anti-américanisme qui refont surface, mais ça lui passe très vite… C’est à se demander comment il a fait pour se marier avec une femme de ce pays, vous ne trouvez pas ?!

_ Moi, je ne vois surtout pas ce qu’il a contre la forêt d’Orléans votre époux, s’étonna Marie, qui aimait s’y promener le dimanche avec Émile, ou  Louis, ou bien Didier, Jean-Luc ou alors Régis… ou Robert aussi des fois !

_ Oh, ce n’est rien, répondit Jessica… C’est juste qu’il préfère la mer, et c’est justement là où nous sommes allés ensuite, à Mora, au bord de l’océan Pacifique. Elles sont si belles les plages d’Olympic, et puis c’est très sympa de faire une petite randonnée au milieu des arbres pour y accéder.

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Une fois sur place, vous avez tout ce qu’il faut… le sable, les rochers, les étoiles qui s’y accrochent, la mer évidemment, et le vent qui souffle sur votre visage !

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Pour boucler la boucle, finissez votre visite du parc un peu plus à l’Est, au cœur de la forêt tropicale de Hoh, où là, et je suis très sérieuse, vous pourriez vous croire en pleine forêt d’Orléans… enfin en pleine Amazonie, je voulais dire !

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Et alors là, l’ambiance y est surréaliste… Des fougères plus hautes que nos enfants, de longues lianes qui pendent aux branches, des arbres à cinq troncs, sous lesquels notre petit Jack arrivait à se frayer un chemin, et aussi des rencontres animalières peu communes… »

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À mesure qu’il écoutait la description de cet endroit sauvage, voire même dangereux, Louis Ziane commençait déjà à se faire de sacrés films dans sa tête… Il se voyait là, torse nu, ouvrant la voie à Marie, à coups de machette à travers la gueule de fougères et autres branchages encombrants, vers des contrées lointaines et exotiques… Marie, elle aussi, était torse nu, confiant son propre destin, et le reste, aux mains de son héros… Après, ça devient un peu dégueulasse, alors j’arrête là ce récit…

« Louis ! Ça va? Tu te sens bien ? demanda Marie qui s’inquiétait, parce qu’on a toujours une tête flippante quand on rêve éveillé…

_ Hein ?! Oh oui, ça va… Mais ça ira encore mieux dans la forêt tropicale ! répondit Louis, qui était encore tout paumé, entre le rêve et la réalité.

_ Vous êtes prêts pour la suite ? Ce n’est pas encore fini les vacances, je vous signale ! relança Jessica, qui sentait bien qu’elle n’était pas loin de conclure l’affaire.

_ Nous vous écoutons, Jessica ! rétorqua Marie, au nom de tout le monde.

_ Il y a encore un autre très beau parc, au Nord-Est d’Olympic, qui s’appelle « North Cascades », et qui vaut le détour. Vous devez passer par Seattle pour vous y rendre, si vous ne voulez emprunter que les routes, mais si une petite virée en ferry vous tente, c’est aussi possible par Port Townsend.

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En plus du plaisir de choper un bon mal de mer pendant cette mini croisière, vous croiserez en plus quelques lieux assez originaux le long de la route, comme d’anciens wagons reconvertis en bar-restaurants multicolores, et plus loin, la traversée de Concrete, une ville béton !!! »

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Encore une fois, aucune réaction à l‘autre bout du fil… Et encore une fois, Jessica, seule au monde, ridiculisée, tout ça pour faire plaisir à son comique de mari qui n’en avait jamais assez de pondre des blagues à deux balles qui ne faisaient rire personne, mais qui adorait écouter sa femme les raconter…

«  Ah bon… ? lança Marie, qui ne trouvait rien d’autre à dire.

_ Mais ils sont cons ou quoi ? Ils ne comprennent rien à mes blagues ! » hurla Jérôme qui, ça se remarquait aisément, se trouvait tout à l’autre bout du bureau, ce qui prouve qu’à l’agence Les Évasions Ducon aussi, ils ont des téléphones avec haut-parleurs !

Heureusement, Jessica, qui sentait venir le coup, avait posé sa main sur le combiné juste avant, de manière à ce qu’aucune éventuelle remarque désobligeante de Jérôme n’arrive aux oreilles de Marie Zona and Co… Elle lui suggéra ensuite d’aller faire un flipper au bar du coin, pour le bien de l’agence. Elle put ensuite reprendre sereinement sa conversation…

« Vous serez tout près de la frontière canadienne à « North Cascades ». C’est une jolie chaîne de montagnes, du haut desquelles partent des glaciers, qui se transforment la plupart du temps en cascades, et comme on est au Nord du pays, ce n’était pas compliqué de lui trouver un nom à ce parc ! résuma Jessica.

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_ Et nous sommes toujours dans l’État de Washington à cet endroit ? s’interrogea Marie.

_ Tout à fait, et ça se voit à chaque coin de rue d’ailleurs… Ils ont collé le premier Président des États-Unis sur tous les panneaux routiers dans cet État, comme ça, on est sûr qu’on y est !

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C’est plutôt tranquille la visite de ce parc… Je vous conseille quelques randonnées, en commençant par le « Trail of the Cedars » par exemple, avec ses vieux cèdres plus ou moins en forme…

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Dirigez-vous ensuite vers le « Ladder Falls Trail », alternant entre belles cascades et jardins aux magnifiques couleurs.

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En bas de cette promenade, vous longerez l’un des nombreux barrages hydroélectriques qui peuplent la région, et qui ont comme principal client la ville de Seattle…

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Quittez la forêt après cela, et roulez vers l’Est. Vous prendrez de l’altitude, ce qui vous permettra de contempler le superbe paysage qu’offrent les montagnes avoisinantes. Avec un peu de chance, vous apercevrez peut-être même quelques voisins canadiens de l’autre côté de la frontière !

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Nous nous étions retrouvés au camping de la ville de Bridgeport ce soir-là, qui ne nous avait pas coûté cher à ce sujet !

_ Ah bon… et pourquoi ? demanda Nicole, qui était près de ses sous et ne ratait jamais une occasion de faire quelques petites économies.

_ Oh, c’est juste que nous sommes tombés sur quelqu’un de très sympa sur place… En fait, les campings sont surveillés par des gardiens bénévoles la plupart du temps, qui logent dans leurs caravanes. Nous avions tout d’abord questionné celui qui était présent ici sur les tarifs pour la nuit, mais comme c’était trop cher, nous lui avons juste demandé la permission de nous garer le temps de faire manger les enfants. Nous les avons aussi laissé jouer dans le petit square qu’il y avait à côté du parking, alors je pense que ce brave homme a eu pitié de nous, et nous a dit de nous garer dans un coin pour la nuit si nous le désirions, et gratuitement ! Sympa le type…

Nous avons rencontré un couple et leur enfant près du petit square, on a papauté un peu et le mec nous a dit qu’il était là pour quelques jours, avec comme mission de réaliser tout un tas de sculptures sur bois, à la tronçonneuse, pour la ville.

_ J’espère qu’il n’a pas fait un massacre !!! » gueula alors Raymond, tout torché qu’il était, à l’autre bout du fil.

Aucun autre amateur de films d’horreur n’étant présent dans l’assistance, personne ne comprit sa vanne, et le pauvre bougre eut l’air aussi con que Jessica lors de ses deux tentatives précédentes… Ah, si Jérôme n’était pas allé jouer au flipper…

« Je disais donc, ce garçon a donné un nouvel aspect à tous les arbres de la ville, et nous en avons admiré quelques-uns le lendemain matin, en nous mettant en route… Et même si je ne mettrais pas ça dans mon salon, qui est bien trop petit, je dois bien avouer que c’est du bon boulot…

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_ Eh bien dites-moi, quelle aventure… Ça donne déjà envie d’y être !

_ Et vous savez quoi ? Comme vous ne serez pas dans le coin tous les jours, prolongez donc la fête, et profitez de la proximité de l’Idaho, l’État voisin, pour y faire un saut…

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Vous y trouverez une charmante petite ville, cachée en contrebas de l’autoroute 90, et qui a gardé tout son charme d’antan… C’est Wallace, et je ne sais toujours pas pour quelle raison, mais elle se proclame très modestement « Centre de l’Univers » ! Rien que ça…

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On s’y est promené pendant une petite heure, admirant les vieilles enseignes des bars, Motels, bowling et autres musées… ainsi que l’architecture des vieux bâtiments.

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Je ne connais pas le nombre d’habitants de cette ville, mais l’activité n’a pas l ‘air débordante ici… Tout était fermé, nous étions pourtant en semaine, et l’on n’a pas croisé âme qui vive dans les rues désertes.

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Et puis allez, soyons fous ! Pour votre dernier jour de vacances, poussez jusqu’au Montana, à Bison Range, une réserve nationale où vous aurez la chance de croiser de ces nombreuses mignonnes peluches que l’on adorerait serrer contre nous, si cela ne mettait notre vie en péril !

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Leur terrain de jeu est magnifique, et l’on y croise aussi quelques autres espèces animales, comme les antilocapres, ou antilopes d’Amérique, comme on veut, qui, elles, n’ont daigné montrer que leur derrière !

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Et puis entre nous, quoi de plus symbolique que de finir cet incroyable périple en regardant des animaux sauvages évoluer librement dans les grands espaces de ce pays si merveilleux, si attachant, ou tout semble possible…

_ Mon cul, ouais ! T’appelles ça être libre toi, de bosser comme un taré toute l’année, avec dix jours de vacances par an à tout casser, et tout ça pour rembourser l’emprunt colossal que tu as fait pour torcher tes études ? Sans compter que ta retraite, tu la passes à l’accueil du Wal Mart du coin, avec ton pote Parkinson, à dire bonjour aux consommateurs de service qui viennent remplir leur caddy ! Ben putain, j’aurais les boules moi, de trimer pour ça ! » déblatéra Jérôme en rentrant dans le bureau, un brin énervé… Apparemment, il n’avait pas battu le record du flipper que devait détenir un type qu’il ne pouvait certainement pas encadrer…

Mais Jessica avait heureusement fait le plus dur avant ce léger dérapage de son mari, et chez Marie, la décision semblait déjà être prise… et c’est sans hésitation, et unanimement, que nos cinq compagnons décidèrent de dire oui à la « Formule Ducon » !

Marie se chargea d’annoncer tout de suite la bonne nouvelle à Jessica qui, avant de prendre congé de ses futurs clients, leur promis l’envoi de leur contrat dans les plus brefs délais, afin de valider définitivement cette affaire. Puis elle raccrocha, après une heure dix-sept de communication passionnée…

Voilà… le rêve devenait enfin réalité, et dans la maison de Marie, c’était la liesse, les embrassades, l’explosion de joie. On n’avait pas vu pareille fête ici depuis longtemps… ben tout simplement depuis la victoire en Coupe de la Ligue de l’équipe féminine de Handball de Fleury-les-Aubrais, en 2008, et dont une des joueuses était la cousine de l’ex-fiancé de Marie… Alors ça remonte quand même !

Pendant que Nicole débouchait enfin une bouteille de mousseux dégueu qui attendait dans le placard depuis la dernière soirée « Eurovision », Raymond restait fidèle à ses idées, et entamait sa vingt-deuxième Budweiser… Discrètement, Marie s’était isolée pour laisser un message sur le répondeur d’Émile, lui annonçant qu’il ne fallait pas compter sur elle pour ses prochaines vacances à Jargeau, alors que Zineb dansait la Zumba comme une hystéro au milieu du salon… Les bras levés vers le ciel, Louis, quant à lui, laissait apparaître à travers son polo à manches courtes Lacoste, au niveau des aisselles, la marque de deux auréoles pas très sexy, faisant planer dans la pièce une affreuse odeur de vanille faisandée, subtil mélange de sueur et de parfum de pacotille, qui laissait déjà entrevoir pour les vacances à venir une ambiance de folie dans le camping-car…

Mount Saint Helens, Washington State

Samedi 31 mai 2014, 12:30 pm

Mount Saint Helens, Washington State

Bon ben qu’est-ce que tu veux faire à ça… tu encaisses, en silence, tu prends sur toi, et puis c’est tout…

De toute façon, rien n’est éternel, alors c’est pas la peine de se faire des cheveux blancs  avec ça, j’en ai déjà assez comme ça ! Et comme disait ce bon vieux Léo, « faut laisser faire, et c’est très bien… ».

N’empêche que ça te fout une claque quand même, et cela n’arrange pas tes affaires… Alors que quoi de plus normal à cela finalement ? C’est dans l’ordre des choses… et on n’est pas les premiers à qui ça arrive, ni les derniers d’ailleurs. Et puis franchement, il était grand temps que ça cesse !

C’est surtout tout ce à quoi ça te renvoie qui est flippant, genre le temps qui passe, qui nous échappe, la vie qui défile, toutes ces conneries quoi… parce que lui, il s’en fout en fait…

Mais pour toi, bonjour la mise au point, comme disait Jakie Quartz… Du jour au lendemain, c’est la panique à bord, et tu te dis que plus rien ne sera jamais comme avant. Que ce nouveau coup de vieux, cette énième calotte que tu prends dans les gencives, va te rapprocher encore plus de la classe « vétérans ». Si ça se trouve, à partir de maintenant, ça te prendra au moins trois minutes pour faire un cent mètres à la piscine, sans compter qu’il faudra prévoir de sacrées courbatures le lendemain, il faudra aussi être prêt à te faire appeler « monsieur » par les moins de vingt-cinq ans, voire trente, et passer pour un vieux ringard quand tu iras te prendre une cuite en boîte avec tes vieux potes…

En plus, ça lui a pris comme ça, comme une envie de pisser, et puis plus rien à faire ensuite, la page était tournée, comme on dit…

Au début, j’ai pensé que c’était parce qu’il venait de prendre deux ans le petit Jack, et que ça lui était monté au cerveau, et puis après, je me suis dit que c’était sûrement à cause de la présence de nouveaux venus dans le camping-car qu’il avait pris cette décision, histoire d’impressionner la galerie…

Parce qu’en effet, on a eu tout d’abord Ryan avec nous pendant une dizaine de jours, en attendant de récupérer Soizig quelques jours plus tard. Je vous en avais parlé de Ryan la dernière fois… C’est un cousin de Jess, qui a grandi dans le Delaware, et qui maintenant fait joueur de poker dans la vie. Un peu comme Patrick Bruel quoi, sauf qu’il ne chante pas, lui… Enfin bon, Patrick, il ne chante pas non plus à bien y réfléchir, il préfère surtout « casser la voix » !

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Ça a l’air de pas trop mal se passer pour lui… un petit tournoi à droite à gauche, on se remplit les poches, et puis le reste du temps, on le tue comme on peut avec ses économies ! Sympa comme agenda, non ?

Avec lui, on s’est donc attaqué à la région des volcans. Il y en a plein ici, qui sont le résultat de l’activité sismique dans la zone appelée « Ring of Fire », à ne pas confondre avec la célèbre chanson de Johnny Cash… Dans ce périmètre, au cœur de l’océan Pacifique, les plaques tectoniques, là-aussi à ne pas confondre avec la célèbre danse qui a essayé, durant quelques mois, de tourner au ridicule un paquet de boutonneux en manque de nouvelles sensations, ces plaques disais-je, ont donc réalisé une toute autre sorte de danse, genre pogo, qui a entraîné moult feux d’artifices dans le coin depuis des siècles.

On a commencé par le Mont Lassen, en Californie, qui fêtera, dans un an, le centenaire de la dernière gigantesque éruption volcanique enregistrée dans son cratère. Un truc de dingues… et aujourd’hui encore, les forêts avoisinantes sont truffées de souvenirs, sous forme de caillasses géantes de lave solidifiée, dont le Petit Poucet ne saurait quoi foutre tellement elles sont imposantes et lourdes…

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Pourtant, quand tu te pointes pour la première fois par ici, tu les sens plutôt décontractées les montagnes, et t’as vraiment pas l’impression qu’elles sont capables de se mettre en colère à ce point, même si les bains bouillonnants à base de soufre qui servent de baignoire pour les animaux les plus frileux te font sentir que ça ne rigole pas quand même là-dessous, et que tout peut partir en sucette d’un instant à l’autre…

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Sinon, comme je vous le dis, c’est plutôt accueillant, et encore tout enneigé… et Ryan s’est même laissé aller à une petite séance de grimpette sur les gros cailloux du quartier, jusqu’à ce qu’un touriste allemand ne lui demande, sur un ton plutôt sec, de descendre afin qu’il puisse faire sa fichue photo du paysage. Non mais merde, détends-toi mon vieux, t’es en vacances… et les montagnes ne vont pas s’envoler dans les dix minutes qui viennent !

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Rassurez-vous, je n’ai rien contre les allemands, il se trouve juste que là, c’en était un ! Et puis ce n’est plus comme à l’époque où on se faisait éliminer de chaque Coupe du Monde par eux, car maintenant qu’on ne passe quasiment plus jamais le premier tour, on n’est plus emmerdé avec ce problème…

Plus loin, à l’autre bout du parc, le paysage change quand tu traverses « Chaos Jumbles ». Ce lieu se résume en un immense désert de roches, tombées il y a 350 ans du haut du dôme volcanique « Chaos Crags », et ce à une vitesse de plus de 175 kilomètres à l’heure. Elles avaient pris tellement d’élan et de vitesse qu’elles ont continué leur carnage en commençant à remonter la montagne de l’autre côté de la vallée, c’est quand même autre chose qu’une grosse averse de grêle aux Buttes-Chaumont !

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Durant toute cette journée, Jack m’a snobé, refusant de poser pour les photos de famille, tellement fier qu’il était de sa nouvelle résolution, mais pas disposé à en faire profiter les autres…

Même son impressionnante blessure du lendemain matin ne l’a pas fait revenir à ses déjà anciennes amours. Pourtant il a bien été secoué, et je pensais qu’il lui aurait bien fallu ça pour s’en remettre, mais même pas…

Il pissait le sang le pauvre gamin, et je pense que les grottes de Lava Beds s’en souviennent encore aujourd’hui. Lava Beds, c’est le parc qui arrivait ensuite sur notre liste, et il est essentiellement composé de galeries sous-terraines envahies de lave solidifiée, ce qui en fait une des plus grosses concentration de cailloux volcaniques à la retraite des États-Unis…

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C’est dans la première qu’on a explorée, « Mushpot » de son nom, que Jack s’est explosé la tronche. Déjà qu’il s’était étalé de tout son long sur le trottoir le dernier soir de notre séjour à San Francisco, voilà qu’il en rajoutait une couche dès le petit matin, en s’ouvrant le crâne – en surface rassurez-vous – et en s’offrant du même coup une jolie et novatrice couleur pour ses cheveux, « Rouge Vif, de Lava Beds… ». Je n’ai pas assisté à l’exploit, tout occupé que j’étais, quelques dizaines de mètres derrière le convoi, à essayer d’entrer en contact avec ces drôles de rochers qui avaient tant de secrets cachés en eux.

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Jess est alors arrivée à fond les gamelles, avec Jack dans les bras, sous le choc de son accident et faisant résonner dans toute la grotte l’écho de ses souffrances… Heureusement que les Rangers ne sont pas venus vérifier la mare de sang qui flottait là-dedans, car on aurait été bon pour un nettoyage de tout le lieu, et dans le noir en plus ! Valait franchement mieux laisser le travail aux chauves-souris qui crèchent dans le coin…

Et ainsi, au lieu de sortir les lampes frontales et les serpillères, on a pu tranquillos aller le retaper dans les Établissements Ducon, clinique privée de renom où exerce le meilleur pédiatre itinérant, docteur Jessica Jugé.

Comme la blessure était légère, on a opéré sur place, et du coup évité des frais d’hôpitaux indésirables, surtout que vu où la scène s’est passée, je ne sais pas combien de kilomètres il aurait fallu se tartiner pour en trouver un !

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Enfin, après cette mise en route plutôt sportive, le calme est rapidement revenu, et l’on a pu reprendre notre visite des lieux dans la sérénité, et avec un Jack un peu calmé.

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D’ailleurs, ça donne des idées des événements pareils, car tu te dis qu’en le balançant tous les matins contre un mur, pas forcément trop fort, ni forcément la tête la première, mais quand même un petit peu pour que ça serve à quelque chose, il serait peut-être moins speed le reste de la journée… Enfin, j’dis ça, j’dis rien…

Alors, reprenons… Qu’est-ce qu’on a vu dans ces belles cavernes ? Ben, des cailloux, toujours des cailloux, des millions de cailloux ! Jules et Jeanne ont pu jouer aux grands explorateurs de l’extrême, ils se sont bien éclatés, et pas de la même façon que Jack !

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Certains rochers étaient recouverts de pétroglyphes, prouvant que les Indiens sont passés dans le coin à une époque, avant de se faire prier, une fois de plus et sans la manière, d’aller voir ailleurs… mais ça je vous en toucherai deux mots tout à l’heure.

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Quand tu es dehors, c’est le même décor, sauf que la lumière est allumée ! Un paysage désolé, recouvert par ce manteau de lave qui ne laisse que très rarement un arbre ou deux sortir du sol, certainement pour empêcher aussi les affreux secrets qu’il renferme de remonter à la surface…

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Mais nous, on sait gratter là où ça chatouille, et ce qu’on a appris sur cet endroit n’est pas toujours bien reluisant, bien qu’on ne soit pas, en France, un pays bien placé pour donner la leçon sur ce thème… Donc, tout ça pour dire que lorsque les Etats-Unis ont déclaré la guerre au Japon en 1941, s’engageant ainsi dans la seconde Guerre Mondiale, ils ont commencé par incarcérer plus de 120 000 personnes d’origine japonaise sur la côte Ouest, la plupart étant de bons et loyaux citoyens américains – mais bon, un peu japonais sur les bords quand même, et puis ça se repère vite, alors faudrait peut-être pas déconner quand même… – et ils te les ont dispatchés dans dix différents camps militaires durant tout le conflit. Un de ces camps, le plus grand, renfermant pas moins de 18 000 prisonniers, et le seul à s’être transformé en un centre sous haute sécurité, ayant même une prison sur place, était localisé dans le parc que nous étions en train de visiter, « Lava Beds ». Pas joli joli tout ça…

Pas jolie non plus la terrible bataille qui verra 60 indiens de la tribu Modoc résister à l’armée américaine pendant plus de cinq mois pour défendre leur territoire. Face au trop grand nombre de combattants dans le camp adverse, les indiens ont finalement plié, et rendu les arcs… avec les flèches d’ailleurs, qui ne servent plus à grand-chose après, sauf pour dégommer une cible en lançant les objets en question à la main, mais ce jeu d’adresse ne sera inventé que longtemps après, en même temps que la création des magasins Auchan, Leclerc, ou Wal Mart qui les vendent en fait…

Nous avons fait un tour sur le champ de bataille avec Jess, Ryan et les enfants, et nous avons aussi appris que le héros dans cette histoire fut Captain Jack, patron de l’équipe des Modoc.

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Cela a donné davantage de fierté à notre Jack à nous, qui s’est senti aussitôt encore plus un homme, un vrai, sous prétexte qu’il portait le même nom que ce grand résistant pour la cause indienne. Ce n’était donc certainement pas à ce moment qu’il allait replonger dans ses vieux réflexes, totalement abandonnés à ce moment précis depuis deux jours s’il vous plaît…

Alors que c’est complètement con comme association quand t’y penses… c’est comme si moi, je me considérais être bon peintre car un certain Jérôme Bosch se démerdait pas trop mal, ou que je me proclame chanteur d’exception, parce qu’il y a eu C. Jérôme ! Encore faut-il que je me renseigne, car ça devait être son nom de famille, donc peut-être que ça ne marche pas…

Ce soir-là, on a dormi à Klamath Falls, pas trop loin de la gare, car on devait récupérer Soizig le lendemain matin, qui nous rejoignait pour une semaine. Ryan n’a pas dormi chez nous cette nuit en question, épuisé qu’il devait être par le rythme infernal qu’impose la vie en camping-car avec trois gosses. Du coup, il est allé passer une vraie nuit  à l’hôtel, et il a pu, par la même occasion, passer une heure sous la douche, comme quoi il devait vraiment être rincé…

Comme convenu, Soizig a rejoint notre convoi au petit matin, et après un petit cours d’espagnol sur le parking du Home Depot local – l’équivalent de Castorama, mais avec internet ! – nous sommes partis vers de nouveaux horizons, sans oublier de passer prendre Ryan à l’hôtel.

C’était « Crater Lake » notre destination du jour… Sublime…

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Alors pour la petite histoire, une énorme éruption volcanique, phénomène très fréquent dans la région depuis la nuit des temps, a fait se pulvériser le toit de la montagne qui se dressait ici, et ce il y a 7 700 ans.

Son sommet a ainsi laissé place à un immense bassin, que des siècles de pluie et de neige ont rempli d’une eau d’un bleu d’une pureté absolue, à en rendre vert Luc Besson, Jean-Marc Barr et Jean Reno réunis…

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Par contre, ils ont intérêt à se lever de bonne heure s’ils veulent descendre atteindre le fond en apnée, les fans de Jacques Mayol, car nous avons ici affaire au plus profond lac des États-Unis, avec une pointe à moins 592 mètres. Rien que ça mon gars !

Mais qu’est-ce que c’est joli… En plus, comme il reste beaucoup de neige là-haut, cela ajoute encore plus de beauté et de contraste à cet endroit.

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On peut remarquer la présence d’une montagne au milieu de ce plan d’eau, « Wizard Island », qui a fait surface un beau jour comme ça, après que l’eau ait rempli le bassin, comme un symbole venant tranquillement nous rappeler que la menace pèse encore, et que l’on n’est absolument pas à l’abri que le quartier en prenne une seconde couche un de ces quatre, si la nature se met à nouveau en rogne…

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Et là, je te laisse imaginer rien que deux minutes le bordel monstre que ça foutrait dans le coin si ça pétait à nouveau, c’est l’inondation du siècle ! Parce que juste histoire de vous donner une petite idée, ce bassin contient 18,5 trillions de litres d’eau, ce qui je pense ne vous parle absolument pas, mais autant vous dire que Ryan, avec sa petite douchette d’une heure au Holiday Inn la veille au soir, il passe un peu pour un guignol à côté !

Enfin, en attendant que ce malheur, que nous ne connaîtrons certainement pas de notre vivant, n’arrive dans ce si joli parc, on a profité d’être encore sur cette Terre pour faire les cons dans la neige, et profiter de ce magnifique paysage qu’il est assez rare de croiser à la fin d’un mois de mai…

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Dans la foulée, et comme il n’était pas trop tard, on a filé dans la direction de Crescent City, petite ville sur le bord du Pacifique, où nous devions retrouver Veronica, dont je vais vous parler dans très peu de temps…

On s’est arrêté pour la nuit au bord d’une route au milieu des montagnes, là où l’être humain ne passe que très rarement, sauf s’il s’est paumé en chemin, ou si son GPS l’a guidé jusqu’ici juste pour lui faire une blague.

Au moins, t’es pas emmerdé la nuit par les bagnoles… on a même eu droit à une petite musique en continu qui venait des buissons alentours, genre criquets ou un truc comme ça, très agréable comme berceuse…

C’était pas la même musique au réveil le lendemain, avec trois petits Gorin levés de bonne heure, et tout de suite d’attaque, chacun dans leur registre… Pour commencer par la gente féminine, Jeanne a dû mettre encore une bonne heure à avaler son petit-déjeuner, car il faut bien qu’elle te raconte ses rêves les plus fous qu’elle a faits durant sa nuit, peuplés de licornes, de princesses et de Petits Poneys… Jack, lui, a préféré débuter la journée par une performance devant nous tous, pouvant se résumer à une séance de « Body Nutella Painting »… C’est très intéressant et novateur au niveau du concept, mais très très chiant à nettoyer après ! Quant à Jules, dans un registre plus classique, il s’est plongé dans la suite de son roman favori, le Journal de Mickey, qu’il dévore quel que soit le moment de la journée, à table, aux chiottes, partout quoi… puis il a enchaîné sur la lecture de son livre de blagues – je crois qu’il y en a plus de 500… – qu’il essaie en plus de traduire en anglais pour les raconter à Ryan. Et quand il est parti, rien ne l’arrête ! Il en raconterait cinquante à la suite si tu n’intervenais pas, en lui suppliant le plus cordialement possible de fermer sa gueule !!! D’ailleurs, à mon avis, Ryan a définitivement tiré un trait sur l’éventualité d’avoir des gosses un jour dans sa vie, il est vacciné je pense après quatre ou cinq jours avec nous !

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Et nous voici donc à quelques virages de chez Veronica, qui est en fait la cousine de Vanessa, notre copine orléanaise qui faisait partie du gang du Duconthon. On avait déjà eu l’occasion de rencontrer sa mère en Floride, à Fort Myers… La mère de Veronica, Danièle, pas celle de Vanessa, Noëlle, qui cependant était aussi de la partie, car il se trouvait que, par le plus grand des hasards, elle était en vacances à ce moment précis, car le reste du temps, elle vit en Bretagne…

Mais enfin ça, si vous lisez régulièrement notre journal de bord, vous le savez déjà, et j’espère vraiment que vous vous rappelez de tout, car je ne vous louperai pas à notre retour en septembre… Interro écrite pour tous !!!

Alors Veronica, elle habite en vrai à Colfax, qui est une petite ville de Californie, vers Sacramento je crois. Mais comme elle vient d’acheter cette maison à Crescent City, elle nous avait suggéré de les retrouver, elle et son mari, Tim, à cet endroit. Et ça nous arrangeait bien finalement, car ça nous plongeait par la même occasion au cœur de Redwood, un parc qu’on ne voulait pas louper.

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On les a retrouvés dans l’après-midi, vers quinze heures, ils étaient en plein travail de débroussaillage dans le jardin, car ici, la végétation pousse à une vitesse folle et ça devient rapidement la jungle si tu ne fais pas le ménage régulièrement. On s’est donc proposé pour un petit coup de main, et on a pu faire connaissance tout en rendant service, c’était parfait.

On a encore été reçu divinement, à coups de barbecue à droite, arrosés de bon vin à gauche, et ce tous les soirs, la belle vie en définitive…

Et pour orchestrer le parfait déroulement d’un barbecue ici, il suffit de coller DJ Tim aux platines, et tu es sûr que tu auras ce qui se fait de mieux dans l’assiette, avec l’ambiance en plus !

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C’est une armoire à glace ce Tim, un roc… Il travaille dans la construction à San Francisco, et il a des paluches plus grandes que mes pieds ! Et tout comme il doit se donner à fond durant toute la semaine dans son boulot, il le fait tout autant le week-end, mais au niveau détente, et il sait recevoir!

Veronica elle aussi a été aux petits soins pour nous, nous ouvrant sa maison comme si c’était la nôtre, avec une immense gentillesse. Elles se sont super bien entendues les filles, notamment sur le sujet de la nutrition et de son bon équilibre, domaine dans lequel Veronica en connaît un rayon, et pour lequel Soizig accorde aussi beaucoup d’intérêt.

Pendant ce temps-là, autour du barbecue, ça parlait plutôt côte de bœuf, poulet grillé et travers de porc, des thèmes un peu plus dans mes cordes…

Les enfants ont, eux, bien profité du jardin et du beau temps, enchaînant les parties de cache-cache et les courses infernales, ce qui fait que le soir venu, même Jack, le plus gourmand des trois, n’a pas réussi à finir son assiette, vaincu par la fatigue…

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À moins que ce ne soit sa nouvelle chute, survenue durant notre passage au Visitor Center en fin d’après-midi, qui l’ait anesthésié plus rapidement qu’à l’accoutumée…

En effet, c’est très en vogue avec lui depuis quelques jours, il court plus vite que son ombre partout où il peut, et s’explose la tronche au bout d’un moment. Là encore, le sang a pissé, mais une fois de plus, plus de peur que de mal pour notre petit cascadeur, qui a la tête dure, et s’en est vite remis, sans faire de manières ! Y’a pas à dire, quelque chose a vraiment changé en lui récemment…

Il garde malgré tout son éternel instinct de survie, et même si le sommeil l’emporte, il serre fort dans son poing son restant de maïs, en cas de forte insomnie au beau milieu de la nuit, accompagnée d’un petit creux…

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On a aussi fait un peu de tourisme pendant ce long week-end, et c’est vrai que la région s’y prête fortement.

Le samedi, après un début de journée en douceur chez nos nouveaux amis, nous sommes partis vers le Sud pour une première découverte du parc en longeant la côte, puis en nous enfonçant progressivement dans les bois.

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Nous avons ensuite fait une petite balade sur le « Redwood Circle Trail », un circuit au milieu de la forêt où nous avons pu voir « Big Tree », un des plus gros spécimens du coin.

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Alors, les « redwoods », puisque c’est le nom des arbres qui vivent ici, sont de la même famille que les séquoias, qu’on avait fréquentés deux semaines auparavant. La traduction française de ce mot pourrait même être « séquoia californien »… un peu ringard comme petit nom, donc je ne le changerai pas si vous me le permettez. Leur principale différence est que le « redwood » est plus haut, mais plus maigre. En fait, si on voulait leur donner chacun un rôle dans les Blues Brothers, ce dernier tiendrait celui de Elwood, et le séquoia serait Jake !

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Enfin, ça reste de sacrés bestiaux quand même, et on ne fait pas forcément les fiers devant eux… Les enfants ont même réussi à en faire de nouvelles cachettes pour leurs parties de cache-cache !

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Je n’ai pas non plus fait le malin devant les « Roosevelt elks » qui peuplent « Elk Prairie ». Ce sont des sortes de wapitis, ou bien d’élans qui auraient subi quelques modifications suite à de douteux mélanges, mais descendant de la famille Roosevelt apparemment, juste histoire de dire qu’ils sont plus forts que les autres !

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N’empêche qu’ils ne sont pas trop accueillants quand tu t’approches de leur territoire, et j’ai vite décidé d’écourter la séance de prises de vues, car j’ai eu peur qu’ils finissent par me sauter dessus ces cons-là…

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Le lendemain matin, on s’est attaqué au « Lady Bird Johnson Trail », une randonnée bien jolie, toujours au milieu des géants qui, heureusement pour nous, ne puent pas des pieds…

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Plus de deux heures de balade au pays des arbres, à les enlacer, les admirer, les enjamber, les grimper, les aimer quoi…

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C’est fou de découvrir tous ces grands espaces que ce pays garde précieusement à l’état sauvage, surtout quand tu vas te promener vers l’Ouest… D’ailleurs, je pense qu’on ne se rend pas encore bien compte de la chance qu’on a de voir tout ça, on réalisera certainement plus tard, une fois rentré. Enfin, tout ça pour dire que moi, quand je pensais aux États-Unis avant, la première image qui me venait à l’esprit se résumaitplutôt à des villes immenses, avec leur jungle de béton qui n’offre aucune place à la nature, et où tu te perds au milieu de la foule. Je savais qu’on allait voir des parcs nationaux, et j’avais bien sûr entendu parler du Grand Canyon et de Death Valley, j’ai vu des westerns dans ma jeunesse je vous signale ! Mais je pensais qu’on en ferait trois ou quatre et que ce serait largement suffisant… Tu parles ! C’est Jess qui avait bien flairé le truc, et elle savait d’avance qu’on allait se prendre une putain de claque durant ce périple. Et force est de constater qu’une fois encore, elle ne s’était pas trompée… Elles font chier les nanas à toujours avoir raison !

Ensuite, on a retrouvé Veronica, qui recevait son amie Peggy, et qui nous avait proposé de faire une petite virée au Jedediah Smith State Park, pas très loin de chez elle. Là encore, ça valait le coup d’œil, et je crois d’ailleurs que c’est à cet endroit que les plus imposants « redwoods » sont réunis.

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Voilà qui concluait un mémorable week-end chez Veronica et Tim, mais pour que la fête soit totale, on ne pouvait pas passer à côté d’un dernier barbecue géant dans leur jardin avant notre départ, comme ils le font dans le village d’Astérix à la fin de chacune de ses aventures, en se disant qu’elle est quand même belle la vie…

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La suite du programme, c’était un peu au feeling… la seule condition étant d’être à Portland, Oregon, dans trois jours, afin que Soizig chope son vol pour rentrer à San Francisco. Et ouais, c’est bien beau de flâner en camping-car, mais faudrait peut-être songer à retourner bosser un peu ma cocotte !

On s’est dit que ce serait cool de remonter la côte, et profiter au maximum de l’océan Pacifique, car on ne sait pas quand on le verra à nouveau une fois barré d’ici…

La première journée a été très agréable, nous conduisant tout doucement jusqu’à Coos Bay, gentille petite ville de bord de mer.

Avant d’y arriver, nous avons fait quelques haltes sur les jolies plages du coin, rencontrant par la même occasion quelques habitants des fonds marins, étoiles gluantes scotchées à leur rocher et vertes anémones dansant au rythme des vaguelettes, ou tout simplement profitant du paysage si reposant, apaisant, poil au dent…

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Tout comme à Redwood National Park, d’immenses forêts longent la mer, et te réservent de charmantes petites randonnées accompagnées en fond musical par le bruit des vagues au loin, magique…

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En approchant de Coos Bay, et avant d’aller lamentablement s’échouer sur le parking du Wal Mart, budget oblige, nous sommes allés dîner près d’un phare, avec vue sur la mer, à Bullards Beach.

Les enfants sont allés brûler le reste d’essence qu’il restait dans leur réservoir sur le sable, à danser et courir jusqu’à la nuit.

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Le lendemain, après bien des rebondissements, des incertitudes, 12 réunions au sommet et 27 tirages au sort, la décision a été prise de filer encore plus au Nord jusqu’à Astoria, quasiment à la frontière avec Washington State, car avec le passé que possède cette ville, on ne pouvait pas la louper…

Après une visite éclair de Coos Bay, et quelques renseignements récoltés au Visitor Center, nous voilà partis.

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On nous avait notamment conseillé d’aller à Cape Arago, d’où l’on surplombe de petites îles rocailleuses, squattées par des centaines de phoques braillant plus fort les uns que les autres. Alors t’es un peu loin pour bien les voir, mais crois-moi, tu les entends… Ça doit être un sacré bordel le midi à la cantine avec tout ce monde-là…

Un peu plus haut, toujours sur la Route 101, tu arrives au « Dunes Trail », composé de collines ensablées que les enfants ont pu descendre sur les fesses, marrante pause histoire de se défouler un peu au milieu d’une journée en bagnole…

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Le soir venu, nous n’avons pas changé nos bonnes vieilles habitudes datant de la veille, et nous nous sommes donc arrêtés sur la plage de Lincoln City, exotique à souhait, pour bouffer, et laisser les enfants profiter des derniers rayons de soleil…

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Nous avons enfin su trouver la force nécessaire pour pousser jusqu’à Astoria une fois la nuit tombée, parce qu’on brûlait d’impatience d’y être, parce que cet endroit nous avait fait rêver durant toute notre jeunesse, parce que c’est la ville des Goonies mec!

Bon alors peut-être que j’ai raté mon effet, ou si ça se trouve, ce nom ne vous parle pas, « mais pour moi ça veut dire beaucoup » – je pique la formule à France Gall, parce que c’est classe comme phrase, et puis ça fera plaisir à ma frangine… – et j’en connais d’autres qui auraient aimé être à notre place, ou avec nous tout simplement…

Donc Les Goonies, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un film dans lequel quatre gamins se retrouvent embarqués dans une incroyable chasse au trésor, fruit des nombreux pillages de Willy le Borgne, ancien pirate qui avait fini ses jours dans le coin, abandonnant ses richesses sur son navire. Mais ils vont se retrouver en concurrence avec la famille Fratelli, de sombres escrocs très intéressés eux-aussi par le magot… Intrigant, non ? En plus, c’est Cyndi Lauper qui chante sur la bande originale, alors tout est réuni pour en faire un des plus grands chefs d’œuvre de l’Histoire du cinéma, en tout cas sur la période du second trimestre de l’année 1985 !

Tiens, Maud par exemple, aurait adoré faire un petit pèlerinage ici, c’est sûr… C’est notre copine comédienne, adepte du moonwalk qu’elle maîtrise à la perfection, et bien que bretonne à l’origine, c’est une fille très bien ! La preuve, elle avait beaucoup aimé ce film…

C’est sûr que longer le port d’Astoria, la ville où se passe l’intrigue, l’aurait bien plongée dans l’ambiance. Une ambiance un peu nuageuse, un peu grise, voire pluvieuse de temps en temps, un peu lorientaise quoi…

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Et puis tu sais quoi Maud, on a aussi vu la prison d’où s’échappe un des fils Fratelli au début du film, ils en ont fait un musée depuis, le « Oregon Film Museum ».

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C’est drôle à l’intérieur, et Jeanne a même pu faire un tour sur le plumard d’une des anciennes cellules, celle où une des premières scènes des Goonies a été tournée je crois…

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On a appris par la même occasion que c’est aussi dans une école de ce bled qu’a été filmé « Kindergarden Cop », avec Schwarzy, qui plus tard essaiera de se forger un destin à la Ronald Reagan, mais sa carrière politique se limitera au poste de gouverneur de l’État de Californie… Et ouais mon vieux, pour finir Président, t’aurais dû faire cowboy au cinéma, et puis fallait pas être autrichien d’abord !

Les gamins ont ensuite eu le privilège de se retrouver dans la peau de véritables acteurs, en réelles conditions de tournage, avec des caméras et des éclairages et tout ça… Ça aussi, ça t’aurait plu Maud, et puis tu aurais été de meilleur conseil que nous pour les aiguiller dans ce difficile exercice. Enfin, on a fait de notre mieux pour ce qui est des costumes, et puis pour le scénario, on leur a dit d’improviser…

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Ils ont choisi de tourner une scène de course-poursuite en bagnole, on pourra toujours justifier leurs tenues par le fait qu’ils venaient de faire un braquage dans une banque, masquant au mieux leurs visages pour ne pas être reconnus, et qu’ils essayaient d’échapper aux flics…

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On a laissé les rushes au musée, qui va se charger du montage sur place, et nous envoyer le résultat d’ici quelques semaines par mail. L’attente risque d’être insupportable…

Après ça, et histoire de faire un peu retomber cette pression insupportable qu’impose le métier de comédien, nous sommes allés balancer des petits avions en bois du haut d’ « Astoria Column », une sorte de phare situé sur les hauteurs de la ville, et dont tu atteins le sommet une fois être venu à bout des 164 marches de son escalier en colimaçon… Même pas foutus d‘installer un ascenseur ces connards, on est en Amérique quand même !

On a fait une petite randonnée fort sympathique aussi, le « Cathedral Tree Trail », qui te mène à un drôle d’arbre sous lequel on peut passer, enfin si tu es moins épais que Schwarzenegger bien sûr…

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Et puis évidemment, ne t’inquiète pas Maud, on ne pouvait pas quitter cette ville sans dire un petit bonjour à la maison des Goonies, planquée au bout de la 38ème Rue, et qui n’a pas changé.

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Elle est désormais habitée par des particuliers, des amis de Steven Spielberg apparemment, qui fut le producteur délégué de ce projet cinématographique.

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À propos, ils ouvrent les portes de ce « monument historique » chaque début du mois de juin, pour permettre aux nombreux fans de venir célébrer dignement l’anniversaire de la sortie du film.

C’est con, on est arrivé une semaine trop tôt, car le « Annual Goonies Day » débutera vendredi prochain, et ce durant trois jours, avec projection en continu du film sur écran géant, visite des lieux de tournage, et d’autres surprises encore… Une véritable institution ici ! Et si on revient l’année prochaine à la même période, c’est carrément les trente ans du film qu’ils célèbreront, et là, ça va cartonner mon pote ! Avec un peu de bol, Cyndi Lauper sera là !

Peut-être que si tu as un peu de temps libre, on pourrait y retourner avec toi, Maud… ça te brancherait ? Bon écoute, on verra cela en temps voulu… En attendant, embrasse bien David et Malo pour nous, et puis on se matera le film tous ensemble à notre retour !

La parenthèse « Goonies » étant refermée, il était temps de rejoindre Portland pour y emmener nos amis voyageurs, pour qui les vacances se terminaient…

On y est arrivé vers vingt-deux heures, et on a déposé Ryan chez un pote à lui, chez qui il avait prévu de passer quelques temps.

Avant de nous quitter, il a eu un petit entretien en privé avec Jules, lui suggérant d’aller faire un petit tour sous les couvertures de son lit après son départ… L’endroit était truffé de cadeaux pour les enfants, qu’il avait achetés en douce on ne sait quand. Il nous a bien bluffé là-dessus le joueur de poker…

Le lendemain matin, de très bonne heure, c’était au tour de Soizig de partir, direction San Francisco pour elle, direct au boulot !

On se retrouvait donc tout à coup tous les cinq, et comme à chaque fois après le départ de visiteurs ayant passé du temps avec nous, notre appartement à roulettes semble soudainement tout vide, tout calme, l’espace de quarante-huit secondes…

Comme on était à Portland, autant visiter la ville, et c’est ce qu’on a fait pour tuer la journée.

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C’est plus petit que je ne le pensais, mais plutôt charmant, avec la « Columbia River » qui la traverse. On a remonté le centre-ville, gentil et fleuri, qui nous mène au Waterfront, où l’on s’est posé pour un goûter, et quelques jeux d’eau au milieu des fontaines…

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On est tombé par hasard sur Ryan qui se promenait par là, comme quoi la ville est petite !

On a fini l’après-midi avec un détour par le très réputé « Voodoo Doughnut », dont la spécialité est incluse dans son nom… à vous de deviner ! Un petit indice ? C’est rond, avec un trou au milieu pour voir à travers, c’est sucré, parfois chocolaté, ou caramélisé, on y trouve même de la crème à l’intérieur dans certains modèles, et les américains en raffolent, un peu trop d’ailleurs pour la majorité… Gagné ! C’est bien des Donuts dont je vous parle, et à un dollar pièce, je peux vous dire qu’on ne s’est pas privé !

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Un Wal Mart de banlieue a fait office d’hôtel ce soir-là, après que nous ayons fait réapparaitre leur éclat à nos frusques au lavomatic. Quelle organisation tout de même, après plus de huit mois de baroudage…

On a profité du joli soleil du matin suivant pour aller voir les « Multnomah Falls », que tu trouves au bord d’une magnifique route scénique longeant les gorges du fleuve Columbia.

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C’est très vert dans le coin, la nature profitant du climat particulier que la proximité de l’océan Pacifique apporte, et plus on monte au Nord, plus j’ai l’impression que c’est beau.

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Une fois revenus à Portland, nous sommes allés arpenter les rues du « Downtown District », humer les délicieuses odeurs qui s’échappent des cuisines des Food Trucks. Il y en a 700 paraît-il dans la ville, qui servent des plats du monde entier aux affamés de service. On n’en a pas vu autant, mais on a quand même eu un bel aperçu, et après réflexion, on s’est laissé tenter par une spécialité asiatique, peut-être thaïlandaise, qu’on a dégustée dans un square juste à côté… Trop bon !

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Les enfants ont, eux, avalé une version américaine du croque-monsieur, qui fond dans la main, pas dans la bouche, si tu ne te magnes pas dans tes manœuvres !

Ça les a mis de bonne humeur en tout cas, et achevé sur une bonne note notre virée dans cette ville de Portland que nous étions sur le point de quitter maintenant…

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Depuis, nous avons tracé vers « Mount St Helens », un nouvel ancien volcan mais dont on n’est pas à l’abri qu’il nous pète à la gueule à nouveau, on verra bien…

Au fait, Jack n’a toujours pas fait marche arrière, et se comporte toujours comme un jeune homme qui s’assume pleinement… Ça fait déjà une bonne dizaine de jours que ça dure, et ça me rend dingue, même si on se rend bien compte avec sa mère que c’est tout à fait normal… N’empêche que la prochaine étape, c’est quoi ? Le brevet des collèges ? Le permis de conduire ? Et après… le chômage ? Ça fout les boules, ça fait froid dans le dos, mais il faut bien voir la réalité en face, et reconnaître les faits…

Jack a arrêté la totote…

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