Red Bluff, California

Mardi 20 mai 2014, 08:15 am

Red Bluff, California

Ça y est… un mois après y avoir mis les pieds pour la première fois, nous avons quitté San Francisco pour de bon hier en fin d’après-midi, et cette fois-ci, nous n’y retournerons pas, en tous cas pas durant ce voyage, à moins que ce ne soit pour ramener Ducon à Marianne, car il semble qu’elle en soit tombée bien amoureuse… Nous n’y retournerons pas non plus pour aller récupérer le câble de l’ordinateur des enfants, ô combien précieux pour leur survie, oublié dans la chambre de Lucas, où Jules était installé pour ses séances de jeux favoris.

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Mais ce souci sera réglé jeudi matin, quand Soizig viendra nous retrouver en train au beau milieu de nulle part, avec le câble dans sa valise.

Non, voyez-vous, nous ne reverrons pas cette ville géniale, la plus sympa que l’on ait vue depuis notre départ, la plus délirante aussi, et ce n’est pas parce qu’on s’y est ennuyé, bien au contraire…

C’est plutôt car il y a encore beaucoup de route, de choses à voir, auxquelles il faut donner leur chance aussi. Parce que c’est vrai que sinon, tu as vite fait de t’y installer pour une période indéterminée à San Francisco, tellement tu t’y sens bien. Alors nous avons décidé de nous en séparer hier soir, le cœur déchiré, sans trop savoir pourquoi on s’en allait… Cette pauvre ville n’a pas dû comprendre notre réaction sur le moment, alors qu’on ne se connaissait seulement que depuis un mois, et que tout allait si bien entre nous…

En gros, c’est un peu comme quand, adolescent, tu te faisais larguer par ta nouvelle amoureuse rencontrée à la boom du collège trois jours avant, et qui avait le culot de te dire à la récré de dix heures du matin, entre le cours de Maths et celui d’Histoire-Géo, qu’elle te quittait parce qu’elle t’aimait trop, le tout sur un ton dramatique et sombre. La tuile quoi… surtout que t’avais commencé à te renseigner sur les prêts bancaires qu’on peut faire à un petit couple qui désire s’installer ensemble… S’il te plaît, la prochaine fois, dégage-moi avant le cours de sport, comme ça je peux au moins me défouler en courant dans tous les sens pour oublier que tu m’aimes trop !

Enfin, qu’est-ce que tu veux, c’est comme ça, toutes les belles choses ont une fin, et puis il y en aura d’autres, des booms…

Bon, je m’égare là… et ce n’est pas du tout de ça dont je voulais vous parler au départ, mais plutôt de nos folles aventures dans cette ville et ses alentours durant ces derniers jours, et on en a fait des choses !

Il y a d’abord eu la rencontre de Marianne, et de son San Francisco à elle, plein de surprises, puis les séquoias géants, les seuls arbres en bois du monde qui ne brûlent pas, une virée trop mortelle à Death Valley, deux Elvis pour le prix d’un à Las Vegas, le jour qui se lève en compagnie d’un éléphant taillé dans la roche, avant de surfer sur la Route 375 où, paraît-il, quelques soucoupes volantes viennent parfois prendre leur place dans le trafic au milieu des bagnoles, plus quelques extras à droite à gauche…

Non, je vous jure que je n’ai pas inventé, ni rêvé, tout ça. D’ailleurs j’ai oublié de mentionner dans cette liste que j’avais aussi vu les nibards de la Schtroumpfette ! Je m’en vais d’ailleurs vous détailler un peu tout ça pour vous prouver que je ne vous raconte pas de conneries !

MARIANNE ET SON SAN FRANCISCO À ELLE…

Commençons par Marianne, chez qui nous sommes allés juste après le départ de ma petite famille vers la France. Au départ, c’est une amie d’Aline, qui est une amie à nous, et qui nous avait mis en contact. Mais c’est aussi une amie de Samia, une autre de nos amies parisiennes que nous avons connue grâce à notre ami Lakhdar, mais qui n’avait aucune idée qu’on se retrouverait chez Marianne, car Samia et Aline ne sont pas amies, pour la bonne raison qu’elles ne se sont jamais rencontrées, enfin à ce que sache… Si ça se trouve, elles sont amies et elles ne le savent même pas ! Excusez-moi, mais je n’ai absolument rien compris à ce que je viens de vous raconter, mais c’est pas grave. L’important est qu’on se soit retrouvé chez elle et sa famille à Richmond, à côté de San Francisco, et qu’on ait passé de super moments avec eux.

Sitôt notre arrivée chez elle, en milieu d’après-midi, elle nous a proposé direct d‘aller à Port Costa, une sorte de petit village au bord du fleuve, planqué au bout d’une rapide virée à travers la campagne. Il y a pas mal de virages sur l’itinéraire, et c’est sûrement en voyant la tenue de route irréprochable de Ducon dans ces situations extrêmes que Marianne en est tombée irréversiblement fan… Peu de gens connaissent cet endroit apparemment, et c’est sûrement pour cela qu’il garde son charme, avec un vieil hôtel abandonné, et un bar qui, lui, et c’est le principal, est toujours ouvert, pour le plus grand bonheur de nos gosiers assoiffés…

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Si j’ai bien compris, c’est un lieu qui a eu beaucoup d’activité dans le temps, à l’époque du marché florissant de la canne à sucre, dont les bateaux transportant leur production arrivaient ici pour fournir le pays. Mais ça, c’était avant que la betterave ne devienne le fournisseur officiel de sucre, révolutionnant la donne, et ainsi le destin de Port Costa, et faisant d’Artenay, dans le Loiret, une ville à l’odeur immonde…

Enfin bref, nous, on a trinqué plusieurs fois à notre nouvelle rencontre, et à Belleville aussi, où Marianne a longtemps vécu avant de s’installer aux États-Unis. Elle y avait ses habitudes, aux Folies notamment, un bar que l’on ne présente plus pour ceux qui connaissent le quartier.

Elle nous a ensuite photographiés devant Ducon, postant cette photo sur son Facebook le soir même, et c’est ainsi que Samia nous a reconnus. C’est dingue, quand même… J’imagine bien sa tête devant son ordinateur à Paris, se demandant, en voyant ça, comment on avait atterri là !

Je ne sais pas qui a dit : « Le monde est petit, quand même », bien que je pense déjà que ça devait être une personne avec de grandes jambes, mais il avait raison. Moi, j’irais même bien plus loin, en disant que des fois, on a l’impression qu’il tient dans la poche, à condition d’emmener son pantalon, ou son manteau, ou tout ce qui a des poches, dans le plus d’endroits possible…

Après l’apéro à Port Costa, on est rentré chez elle pour dîner. On a fait la connaissance de Jim, son mari, et de ses deux enfants, Marco et Lucas. On a tous mangé dehors, dans le jardin, et il était convenu que l’on dormirait devant la maison, ce qui est mille fois plus agréable que d’aller à la pêche aux parkings !

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Jim est d’origine irlandaise, mais il est né à San Francisco. Il a vécu dans plein de quartiers de la ville je crois, et tu peux lui parler de n’importe quel endroit où tu t’es baladé, tu peux être sûr qu’il connaît, notamment Mission, où il a grandi si j’ai bien compris… Il a aussi pas mal bourlingué dans d’autres coins des États-Unis.

Après ce bon repas, on a laissé nos enfants sous la garde de ceux de Marianne, qui sont plus âgés, et on est parti avec elle en ville, découvrir son bar fétiche.

Pour rejoindre San Francisco depuis Richmond, tu traverses le Bay Bridge, et c’est super beau de nuit quand tu vois la ville de l’autre côté de la rive, qui s’approche tout doucement, à mesure que tu avances.

Tu prends ensuite la direction de la vingt-deuxième rue, à l’angle avec Bartlett Street, et tu arrives au Café Révolution. C’est chez Marianne ici ! Elle y connaît toute une foule de gens, et l’ambiance est vraiment cool, avec tous les soirs un concert ou deux. Ça danse dans la rue, ça fait la fête, tout le monde se parle et personne ne fait la gueule, vraiment sympa. On apprend en plus que les enfants sont les bienvenus ici, donc on se dit que la prochaine fois qu’on déboule, on les emmène avec nous, qu’ils se dégourdissent un peu les jambes sur de la bonne musique.

On n’y est pas restés bien longtemps ce soir-là, car on devait rejoindre la copine de Jess, Soizig, pour une autre soirée dont je vous donnerai quelques détails plus tard…

Le surlendemain, c’est la Russian River qu’elle nous a fait découvrir. Et tout comme Port Costa, peu nombreux sont les gens qui connaissent ce coin. On est tous parti dans le camping-car, il y avait aussi Lucas, le petit dernier de Marianne et nouveau pote de nos marmots, et Soizig, qui, après une quinzaine d’années de vie à San Francisco, venait ici pour la première fois. Tu as un peu plus d’une heure de route pour y arriver, au Nord de la ville, et une fois que tu y es, tu te poses par terre, tu ouvres une bonne bouteille, tu sors le fromage et les fruits, et tu t’en fous du reste ! Ah si, tu te lèves quand même au bout d’un moment, mais juste pour aller faire quelques longueurs dans la rivière.

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Il faisait beau, il n’y avait pas trop de monde pour un samedi, c’était le panard… Je crois qu’en été, c’est plus fréquenté, avec pas mal de divers événements dans le coin, qui attirent des gens de tous genres, des fêtards, des peinards, des tocards, un grand mix qui doit être rigolo à voir !

En rentrant, on s’est arrêté en ville pour manger des tacos à la Taqueria, une super cantine nichée au cœur du quartier de Mission. C’est trop bon, ça coûte que dalle, et tu t’installes sur de grandes tables, mélangé aux autres clients, trop marrant…

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Les enfants ont mangé mexicain par la même occasion, et ça n’a pas eu l’air de trop leur déplaire.

Vu qu’on n’était qu’à quelques blocs du Café Révolution, on s’est dit que ce serait bien d’aller digérer là-bas en dansant un peu sur le trottoir, alors c’est ce qu’on a fait. Les petits sont vite devenus les vedettes de la soirée, il faut dire qu’ils avaient la frite. Surtout Jeanne d’ailleurs, et on n’était pas au bout de nos surprises, car elle allait devenir, le lendemain, la reine de San Francisco…

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Elle a eu cette idée toute seule la Jeannette, au moment où l’on a garé Ducon près de Howard Street, pour nous rendre avec Marianne au festival « How Weird », en ce beau dimanche de mai. Je pense qu’en voyant ce mec déguisé en Superman, qui était en train de mettre de l’argent dans le parcmètre – ce qui m’a fait penser d’ailleurs, que ça ne devait pas être le vrai Superman, qui a ma connaissance ne se déplace jamais en bagnole – elle a dû se dire qu’il fallait absolument qu’elle aussi, elle se déguise pour la fête. Elle a donc enfilé illico sa désormais célèbre tunique de Licorne, connue dans toute l’Amérique, et s’est mise en route…

« How Weird » est une sorte de grosse fête techno, avec huit scènes parsemées tout au long de Howard Street, et à laquelle les gens se rendent pour la plupart déguisés.

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Ça commence à midi pour se finir vers vingt heures, ça te réveillerait les morts de tous les cimetières de la ville tellement les amplis sont réglés au maximum de leur puissance, et les gens paradent fièrement dans leur tenue de gala, dansent comme des robots au rythme des basses, le tout sous une odeur d’herbe qui te ramène soudainement à tes premières virées en week-end à Amsterdam.

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Il faut dire que dans cette ville, j’ai l’impression qu’il n’y a pas, durant toute l’année, un seul week-end sans un gros événement, et tout le monde profite de chaque occasion pour revêtir son plus joli costume, voire venir à poil pour les moins frileux…

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C’est d’ailleurs ainsi que j’ai pu voir, pour la première fois de ma vie, les nibards de la Schtroumpfette ! Elle est plus grande que je ne l’aurais pensé entre parenthèses, et c’est amusant de voir à quel point beaucoup de gens ont eu très envie de prendre la pose à ses côtés !

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Je pense que si le Grand Schtroumpf tombe un jour sur les photos de sa petite protégée en surfant sur internet, elle risque de passer un sale quart d’heure !

Jeanne, elle aussi, a fait l’unanimité, mais pas avec les mêmes arguments, fort heureusement ! Son accoutrement a déclenché une vague d’admiration et d’enthousiasme de la part de toutes les personnes qu’elle a croisées. Ce n’est pas compliqué, tout le monde voulait sa photo avec la petite licorne de Paris.

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Encore heureux qu’elle ne sache pas écrire, car elle aurait été bonne pour une interminable séance d’autographes !

Après avoir survécu à son premier grand bain de foule, Jeanne est vite partie se réfugier auprès de sa maman chérie, pour retrouver un peu de calme. Soizig était là aussi, et même Ryan, un cousin de Jess, qui écume les tables de poker des casinos de la région en ce moment.

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On est parti avant la fin de la fête, mais on n’en avait pas besoin de plus, on était déjà super multivitaminés !

Décidément, Marianne connaît les endroits où il faut être pour bien profiter de cette ville, et elle nous en a fait carrément profiter à fond. Tout comme elle nous a ouvert les portes de sa maison avec une infinie gentillesse, si bien qu’on s’y sentait vraiment chez nous, et c’est la raison pour laquelle on a pris notre temps avant de partir vers d’autres paysages.

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Se retrouver avec elle et sa famille était ce qui pouvait nous arriver de mieux après le départ de la mienne vers la France. On n’a pas eu le temps de cogiter, ni de voir la pression redescendre, ça a dépoté en permanence !

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Et puis passer un peu de temps dans une vraie maison, ça a du bon quand même… surtout quand tu peux profiter de la cour, comme les enfants l’ont fait tant qu’ils ont pu.

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C’est à se demander si on n’aurait pas dû proposer un échange sur quelques semaines à Marianne, nous dans sa maison, et eux dans le camping-car !

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On se souviendra aussi longtemps de la dernière soirée passée en sa compagnie, dimanche soir, quand on l’a retrouvée au Café Révolution. Elle revenait d’une journée à la Russian River, et était venue passer un moment dan son troquet préféré, avec Lucas, pour finir la journée.

L’ambiance était géniale, avec un groupe qui s’éclatait à jouer de la musique tzigane à l’intérieur. Il faisait bon sur la terrasse du bar, ça dansait de partout sur les rythmes entraînants du concert à l’affiche. Jeanne m’a invité pour une ronde endiablée, avant de s’endormir quelques minutes plus tard, dans le carrosse de son petit frère, comprenez la poussette ! On a passé un petit moment à discuter avec des potes de Marianne, et puis quand le troisième et dernier résistant, comprenez Jules, a fini par céder à la fatigue, et fermer ses stores, comprenez ses paupières, il était temps de rentrer à la maison…

LE SEQUOIA, L’ARBRE QUI NE BRÛLE JAMAIS !

On a quitté San Francisco une première fois, pour une virée d’une quinzaine de jours dans les quelques parcs qui manquaient à notre déjà riche palmarès, en sachant qu’on repasserait ici une fois cette boucle réalisée.

Le premier parc au programme était « Sequoia and Kings Canyon ». Comme son nom l’indique, il regroupe deux différents lieux, mais sa principale attraction, c’est bien sûr la découverte des majestueux arbres qu’il s’y sont installés, couleur cannelle, les séquoias…

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On a pris le temps pour nous y rendre, un jour et demi exactement. C’est toujours un peu dur de remettre la machine en route, surtout après une période avec un mode de vie plutôt sédentaire.

En plus, et après plus de deux semaines de vacances bien méritées, Jules reprenait ses chères études, et ça non plus, ce n’est pas un virage forcément simple à négocier… Il a donc fallu, durant le trajet jusqu’au parc, alterner entre cours intensifs pour notre grand dadais, et récréations délirantes avec ses frère et sœur, qui ont, dans ces moments-là, le rôle primordial de détendre leur pauvre aîné, condamné aux travaux forcés deux heures par jour…

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L’arrivée au parc s’est faite sous une mini tempête de neige. C’est vrai qu’on est à plus de deux mille mètres par ici, et il fallait s’attendre à ce genre de climat, sauf que nous, prévoyants comme nous le sommes, on avait encore sur nous les maillots de bain, qu’on avait gardés depuis notre escapade à la Russian River…

Comme ce n’était pas du tout un temps à mettre des petits Gorin dehors, on a décidé de consacrer la fin de l’après-midi à visiter la partie de Kings Canyon en camping-car, vu qu’apparemment, il n’y avait pas grand-chose de bien palpitant à découvrir de ce côté.

C’est en effet bien le cas, et à part une belle cascade et une vue plongeante sur le canyon, tu as vite fait le tour. Je leur ai donné rendez-vous au lendemain pour une petite séance photo, et en attendant que le mauvais temps ne se décide à aller voir ailleurs si on y était, on a trouvé un coin entre la route et la rivière, pour s’installer pour la nuit.

Comme par magie, le soleil était bien présent le lendemain matin, et ça change absolument tout quand il vient faire le ménage !

On a commencé la journée par une petite randonnée dans « Zumwalt Meadow », une plaine accueillante où coule une jolie petite rivière, et où l’on trouve les plus grandes pommes de pin du monde, bien évidemment… Hé mec, on est en Amérique ici, et ce n’est sûrement pas une petite pomme de pin de France ou d’Ouzbékistan qui va venir nous concurrencer !

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Comme je leur avais promis la veille, j’ai fait des petites photos des « Grizzly Falls » et du Kings Canyon, qu’au moins on apercevait enfin, contrairement à la veille, où ils étaient dans le brouillard…

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Nous pouvions désormais passer à l’autre partie du parc, celle où les séquoias te font choper un torticolis tellement tu dois tordre ton cou dans tous les sens pour les contempler.

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Les premiers que l’on a rencontrés avaient encore les pieds dans la neige. Ils sont impressionnants ces arbres, grands, massifs, ils semblent invincibles. Et pourtant leurs racines se s’enfoncent pas profondément dans le sol, on dirait plutôt qu’on les a posés là, sans trop les fixer dans la terre, histoire de pouvoir les déplacer à un autre endroit au cas où… Après, le seul inconvénient, c’est que t’as intérêt à prévoir pas mal de potes avec toi pour essayer d’en ramener un à la maison, car ça doit peser son poids…

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Mais ce détail est aussi leur seul point faible, celui qui fait qu’en cas de très très fort vent, ou de grosse grosse tempête de neige, il ne sont pas à l’abri de s’effondrer et là, bonjour les dégâts…

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Même si le temps s’était drôlement amélioré comparé à la veille, ils annonçaient encore meilleur le lendemain, et nous avons donc décidé de rester dans le coin, pour en profiter encore une journée de plus.

On a dormi dans un camping gratuit, c’est une façon de les nommer quand tu t’y pointes trop tard pour payer à ton arrivée, et quand tu te casses trop tôt pour raquer quand tu le quittes, alors tant pis… tu ne payes pas ! Et comme on dit, il n’y a pas de petites économies !

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Mais malgré les remords que cela engendre d’avoir manqué à ton devoir de payer les vingt-deux dollars pour ton emplacement, ce qui entre nous est du vol (pas ce qu’on a fait, mais ce qu’il demandent !), sans compter les nuits blanches passées ensuite à te sentir coupable d’avoir entraîné l’économie américaine dans un marasme absolu dont elle ne se relèvera certainement jamais, tu oublies vite cet épisode quand à sept heures moins le quart, tu te retrouves au beau milieu de la forêt, entouré par l’immensité de la nature que le soleil vient réchauffer de ses premiers rayons matinaux.

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Quoi de plus beau qu’une belle journée qui s’annonce dans un silence absolu, au milieu de nulle part, sans obligation aucune, et les dents pas lavées… À ce sujet, comme j’avais encore un morceau de viande de la veille coincé entre une canine et une incisive, j’en ai fait mon petit-déjeuner et ça m’a redonné un coup de fouet pour poursuivre ma promenade du matin, très agréable pour être honnête…

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J’ai fait le « Big Trees Trail », et là, on peut dire que les choses sérieuses ont commencé ! Les troncs des séquoias sont énormes, si bien j’ai même réussi à me paumer en faisant le tour d’un des leurs !

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Après j’ai essayé d’en serrer un dans mes bras, pour rechercher mon moi-même profond, enfin un truc comme ça qu’on n’arrive à trouver que si on danse un slow avec les éléments, mais ils sont trop larges les bordels, alors c’était pas encore ce matin-là que j’allais régler ce dossier…

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Enfin, en tout cas, c’est beau, et c’était bien là l’essentiel…

J’ai retrouvé la petite famille à l’auberge de chez Ducon vers neuf heures, et Jess était déjà prête pour sa grande mission, à savoir chercher une réponse à cet étrange phénomène constaté la semaine précédente à Yosemite, où nous avions vu des séquoias entourés de nature dévastée par des incendies, sans qu’eux ne donnent l’impression d’en avoir souffert…

Elle nous a, pour cela, entraînés dans le « Congress Trail », à la recherche d’indices pouvant nous aiguiller sur cette question.

Comme d’habitude, on a eu l’honneur de voir les meilleurs arbres du monde, les plus beaux, les plus musclés, et tout et tout…

Le premier que tu rencontres, tu ne peux pas le louper, c’est tout simplement l’arbre le plus volumineux du monde… C’est-à-dire qu’une fois que tu as réalisé un savant calcul impliquant la taille, l’envergure, la couleur des yeux, et la pointure de tous les arbres de notre belle planète, eh ben c’est celui du Sequoia National Park qui gagne à la fin ! Son petit nom, si ça vous intéresse, c’est General Sherman, et c’est un sacré morceau ! 2 200 ans d’âge, 84 mètres de hauteur, 31 de circonférence au sol, de quoi s’incliner devant tant de grandeur…

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Celui qui arrive à la seconde place vit aussi dans le quartier, c’est General Grant, qui était troisième avant, mais qui vient d’être promu, suite à un malaise fatal de l’ex-numéro deux, qu’on ne reverra plus… Il a aussi le titre honorifique de sapin (ou séquoia, comme vous voulez) de Noël officiel du Pays.

On a aussi croisé le « President Tree », le « Senate Group », au milieu duquel Jess et les enfants paraissaient minuscules, et le « House Group », mais cela ne nous a pas beaucoup éclairé sur la raison pour laquelle nous nous étions déplacés ici.

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Alors, afin de ne pas rentrer bredouille, Jess a décidé de prendre le séquoia par les branches, ce qu’on pourrait traduire chez nous par « prendre le taureau par les cornes », et elle en a serré un dans ses bras, intensément, comme j’avais essayé de le faire le matin même. Alors soit elle a de plus longs bras que moi, soit elle a choisi un bouleau en douce sans que je ne m’en aperçoive, et du coup, c’est bien plus simple d’en faire le tour, et elle est entrée en communication avec lui. Elle a pénétré dans son lui-même (pas de photo, désolé !), et il lui a révélé tous ses secrets, se mettant à nu devant mes yeux déconcertés…

Jess a ainsi appris que le séquoia était insensible au feu, tant que celui-ci ne monte pas lui chatouiller les branches. Du coup, tu peux bien faire griller tes chipos à côté de lui avec tes potes, ça ne le dérangera pas, et il ne sentira pas sa vie mise en péril pour si peu. Par contre, je ne peux pas te dire si c’est son écorce qui le protège, ou alors son bois, qui serait fabriqué sur une autre planète, peut-être la même que celle d’où vient Superman… Remarque, je dis ça, mais on sait bien maintenant que tout vient de Chine, et Superman reste une des dernières exceptions qui échappe à la règle…

Les Rangers en sont même arrivés, et cela est la réponse à notre question, donc concentrez-vous un peu et écoutez bien ce que je vous dis, à provoquer régulièrement des incendies de forêts afin de brûler les arbres qui entourent les séquoias, tant qu’ils ne sont pas trop hauts, donc qu’ils ne peuvent pas ensuite attaquer les branches des géants voisins, et provoquer leur destruction. C’est pas sympa pour les plus petits, mais c’est aussi ça l’Amérique, la raison du plus grand, du plus fort, ou du plus riche, ou même des trois, est toujours la meilleure, et les séquoias sont ainsi hors de danger…

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Et nous, on avait enfin élucidé ce mystère qui nous rendait la vie impossible depuis plusieurs jours…

Bon, après, j’ai dû séparer Jess du séquoia parce qu’elle n’avait plus rien à foutre là, serrée contre lui, alors je veux bien être gentil, mais faut pas déconner quand même !

Mais rassurez-vous, elle se sera vite remise de cette déchirante séparation, car déjà Death Valley nous appelait, et on allait rapidement passer de la neige au cagnard.

S’il y a une morale à cette histoire mon pote, je te la donne illico : ne te procure surtout pas de séquoia la prochaine fois que tu veux emballer une nana, en lui faisant le coup de la petite soirée romantique au coin du feu, histoire de l’impressionner… Parce qu’au bout d’une demi-heure, tu auras l’air très très con à t’époumoner en soufflant comme un taré pour l’allumer ce putain de feu, pendant que le bois restera de marbre malgré tous tes efforts, et que ta copine sera pliée de rire à te voir transpirer en vain pour essayer de sauver la face. Que tu te le dises une fois pour toutes, le séquoia, c’est plus fort que toi !

Avant de quitter le parc, on est passé au Visitor Center pour que les enfants récupèrent leur médaille, et je suis allé voir discrètement le chef des Rangers, lui proposant un nouveau slogan en guise de titre sur leur brochure, que j’avais trouvé dans la journée, et dont j’étais hyper fier : « Séquoia, ça me branche ! ». Il m’a fixé du regard quelques secondes, puis a tourné le dos pour passer à autre chose. J’en ai déduit que l’idée ne l’avait pas séduit… On ne badine pas avec la nature ici…

DEATH VALLEY, MORTELLE RANDONNÉE…

S’il y a un lieu dans le monde qui mérite de faire la couverture du livre Guinness des records, c’est bien Death Valley. Cet endroit bat absolument tous les records ! Vous ne me croyez pas ? Alors ouvrez grandes vos oreilles : c’est pour commencer le plus grand parc national desEtats-Unis. C’est ici qu’a été enregistré le plus haut pic de température sur le continent nord-américain de toute l’Histoire, avec 134°F au programme, je ne sais pas en quelle année…Ce n’est donc pas une surprise si je vous dis que c’est de même sur ces terres qu’il pleut le moins, avec en moyenne 5 centimètres de flotte par an, et parfois, des années sans eau… Et enfin, c’est aussi là qu’on se trouve, à Badwater plus précisément, au niveau le plus bas de tout le pays, à 85,5 mètres en-dessus du niveau de la mer…

C’est quand même balèze d’avoir réussi à réunir tout ça sur le même périmètre, vous ne trouvez pas ? Même Disneyland ne fait pas mieux !

Il était d’ailleurs temps qu’on s’y pointe car d’ici quelques semaines, ce ne sera plus supportable d’y mettre les pieds, tellement ce sera la canicule à plein temps.

On y est arrivé après un jour et demi de bagnole depuis Sequoia National Park. Pas grand-chose à raconter sur ce trajet, si ce n’est que le vent soufflait très fort, embarquant Ducon soit à droite, soit à gauche, par vagues successives, et au sommet des collines avoisinantes, les éoliennes, très nombreuses dans la région, turbinaient si fort qu’on croyait qu’elles allaient s’envoler…

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Jules a aussi eu un énorme élan de générosité lors d’un passage dans un Goodwill, ces magasins dont Jess raffole où tu déniches tout et n’importe quoi pour trois fois rien, en dépensant un peu de ses économies pour offrir à Jeanne et Jack de charmants petits doudous.

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Plus tard dans la journée, un soudain retour à la raison, sûrement accompagné d’une énième querelle avec sa sœur, a transformé le joli cadeau spontané en simple avance d’argent sur achat, dont il attendait désormais le remboursement sans délai !

Une fois un dernier bled, quasiment abandonné, traversé, nous sommes enfin arrivés à destination, prêts à affronter cette si impitoyable « Vallée de la Mort », dont on avait tant entendu parler.

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Tout de suite, le décor est planté… Il fait une chaleur à crever en ce milieu d’après-midi, et le vent se déchaîne encore plus que la veille.

La première curiosité de ce lieu est l’apparition soudaine d’un désert de sable au milieu de celui de caillasses, assez inattendu… C’est un peu le monde à l’envers, car d’habitude, tu es plutôt étonné de trouver une oasis planquée au beau milieu des dunes de sable, et cette fois-ci, ce sont ces dernières qui jouent à cache-cache.

Je me laisse happer par cet endroit, passant une dune, et puis deux, et puis encore une autre pendant qu’on y est. Au bout de la 435ème, je décide de faire demi-tour, car d’oasis il n’y a aucune trace ici, en plus je commence à avoir chaud, et le sable, emporté par les rafales de vent, me fouettent la tronche, et ce n’est pas agréable du tout. Cependant, ça valait le coup d’œil…

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On poursuit notre route, et plus on avance, plus on descend, atteignant le niveau zéro dans un premier temps, puis cent pieds en-dessous du niveau de la mer plus tard…

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Nous équipons Ducon de pneus palmés, achetés d’occasion dans une boutique d’articles de pêche situé à l’entrée du parc, au cas où la mer viendrait à recouvrir subitement la place, dans ce qui serait le tsunami du siècle. Mais bon, comme ils sont les meilleurs en tout, on n’est pas à l’abri de ce genre d’événement, juste histoire de dire qu’ils ont un nouveau record !

On termine notre balade du jour au « Zabriskie Point », le vent se déchaîne et recompose à sa guise nos coupes de cheveux, qu’il devait trouver moches à notre arrivée…

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Quand soudain, un drôle de phénomène prend place… Il souffle tellement fort qu’en quelques minutes, la vallée toute entière est recouverte d’un épais voile qui nous prive totalement de la vue de ce si beau paysage. Là, tu te dis que tu as bien fait de ne pas t’engager dans un trail de dix kilomètres avec les enfants, car si ça te tombe sur le coin de la gueule au beau milieu de ta promenade, t’es mal barré crois-moi…

Allez, « circulez, y’a rien à voir ! », comme disait Coluche, et on cherche, quasiment à l’aveugle, le camping où l’on va passer la nuit. On découvre à ce moment les avantages d’avoir un camping-car, car ceux qui ont prévu de roupiller sous tente ne vont pas passer une douce nuit. Les toiles sont toutes déformées, subissant les effets de la force du vent, et elles peinent à résister à cette tempête.

Les deux jours suivants seront consacrés à la découverte des quelques lieux accessibles de la vallée quand tu te déplaces dans un paquebot comme le nôtre. Tout ça pour te dire que c’est peut-être une meilleure idée d’avoir une jeep quand tu viens là, car ça te permet d’accéder à plus d’endroits, les routes étant principalement en terre, et bien cabossées.

Mais bon, on a eu droit au Golden Canyon, auquel on s’est attaqué de bonne heure. C’est une des choses à savoir ici, tu ne t’embarques dans des randonnées que tôt le matin, ou alors en fin de journée, mais le reste du temps, oublie les grandes manœuvres, et reste plutôt planqué à l’ombre à boire des bières, ça ne te fera pas plus de mal !

Ce canyon est plutôt sympa à traverser, et à la fin, tu t’offres une petite grimpette qui t’emmène à un joli point de vue sur les montagnes du coin.

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Le même jour, on est allé une première fois voir Badwater Basin, pour sentir ce que ça faisait d’être à presque cent mètres sous le niveau de la mer.

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Et bien il y fait chaud, comme partout ici, et le sol est recouvert d’une épaisse couche de sel, héritage de l’époque où cet endroit était recouvert par les océans.

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Le nom « Badwater », « mauvaise eau » en français, lui a été donné par un explorateur qui, de passage, avait voulu faire boire son cheval dans les flaques qui traînaient dans le coin, mais avait dû essuyer le refus de la brave bête, au régime sans sel…

J’ai été un peu déçu sur le moment, car je m’étais fait une autre idée de l’aspect d’un désert de sel… J’imaginais plutôt un truc genre damier géant tu vois, avec de grosses craquelures, alors que là, on aurait dit un parking géant de pâtés de sable. C’est comme ça, on se fait des fois des idées qui sont bien loin de la réalité…

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Nouvelle nuit dans le même camping, avec cette fois-ci un temps clair, donc apéro dehors, et des étoiles dans le ciel…

Durant la nuit, en plus du défilé habituel des gamins qui se réveillent régulièrement pour un oui ou pour un non, on a eu la chance d’être réveillés, et d’être aux premières loges, pour un drôle de récital… À quatre heures précisément, des hurlements de coyotes sont venus perturber notre sommeil, et cela a duré quelques minutes. Je ne sais pas s’ils étaient en train de s’engueuler pour une raison ou une autre, ou s’ils regardaient un match à la télé et encourageaient leur équipe favorite, mais en tout cas, il ont foutu un sacré bordel, et ceux qui dormaient sous la tente ont dû être surpris, et peut-être un peu flippés !

Le réveil a sonné peu de temps après, car je voulais voir le lever du jour au « Zabriskie Point », ce qui voulait dire être dehors vers cinq heures trente du matin…

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Franchement, ça vaut bien un petit effort, car on se croirait sur la lune, ou je ne sais où, et quand le soleil vient ajouter tout doucement du contraste à tout cet ensemble, c’est un moment magique et magnifique.

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Jules était réveillé quand je suis revenu, et monsieur avait une envie folle de partir à l’aventure au beau milieu des dunes, alors c’est ce qu’on a fait tous les deux pendant que Jess et les deux petits attaquaient la journée par un bon petit-déjeuner.

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On s’est tartiné une belle petite balade avec le Junior Ranger de service, et « Zabriskie Point » n’avait, à la fin, plus aucun secret pour nous…

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La suite du programme ? Une interminable ligne droite qui allait nous mener à « Devil’s Golf Course », un terrain où seul le Diable serait capable de jouer au golf, tellement il est impraticable pour ce genre de discipline… Je ne savais pas qu’il était sportif moi, le diable, mais si ils le disent…

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L’endroit est impressionnant tout de même, composé qu’il est d’énormes bourrelets tout de sel recouverts, à perte de vue… On pourrait presque s’y perdre. Alors autant dire que pour retrouver une balle de golf dans ce joli merdier, cela me paraît totalement impossible.

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Pour en finir avec Death Valley, nous sommes passés une dernière fois au « Badwater Basin », et avec Jules, nous avons poussé un peu plus loin notre exploration des lieux. On a bien fait, car on l’a enfin trouvé notre désert de sel bien craquelé, façon clip vidéo de « Temps à nouveau », de Jean- Louis Aubert.

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On a voulu se tenter une petite marelle vite fait avec mon bonhomme, mais pour le coup, les cases sont vraiment trop grandes, ça le fait pas pour ce genre d’activités…

Voilà qui conclut la visite de ce parc sur une excellente impression, et même si l’on n’a pas pu voir tout ce qu’on aurait voulu, comme le désert où d’énormes rochers se déplacent au fil des années, laissant une traînée de leur chemin parcouru derrière eux, un truc hallucinant apparemment, on en a quand même bien profité.

On a croisé un peu plus tard sur le bord de la route deux ou trois coyotes qui attendaient patiemment qu’une âme généreuse ne daigne leur donner un fond de gamelle traînant dans leur bagnole. Voyant ces pauvres petites bêtes affamées, j’ai failli tomber dans le panneau et leur refiler une banane pourrie qui zonait près de l’évier, et puis au moment de la jeter à l’un d’eux, je me suis rendu compte que c’était l’un de ceux qui nous avaient réveillés durant la nuit précédente, alors que si on paye dix dollars pour une nuit au camping, on peut au moins s’attendre à ne pas être dérangés comme ça en plein sommeil…

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Du coup, je leur ai fait un bras d’honneur, et j’ai bouffé ma banane à la fenêtre en les regardant baver d’envie, ce qui est la meilleure chose à faire en réalité, car nourrir un animal sauvage, c’est le condamner à une mort prochaine certaine, du fait qu’après ça, il ne sait plus se démerder tout seul pour survivre… C’est pas moi qui le dit, ce sont les Rangers du coin, alors bon, on ne va pas les contredire sur leur terrain.

Si ça peut vous rassurer, je vous promets que si ça avait été un être humain qui aurait été à la place du coyote, je lui aurais filé un morceau de la banane, peut-être même lui aurais-je proposé de le déposer quelque part si ça pouvait le dépanner…

Mais pour ça, il aurait fallu qu’il ait envie d’aller vers la même direction que la nôtre, à savoir le Nevada…

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VIVA LAS VEGAS !

S’il y avait bien une ville dont je n’attendais pas monts et merveilles, c’était bien Las Vegas. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était comme si je m’étais mis en tête de ne pas rentrer dans son jeu, je n’en ai pas les moyens de toute façon ! Eh bien finalement, on s’est bien marré dans ce drôle d’endroit, et même si c’est un tantinet dans l’exagération, tu peux passer un bon moment à condition de prendre tout ça à la légère… En faisant croire par exemple à Jeanne que le château qu‘elle a vu à notre arrivée dans la ville appartient à une jolie et heureuse princesse, nageant dans le bonheur auprès de son prince charmant. Et non pas qu’il renferme dans ses centaines de chambres pas mal de pauvres utopistes désenchantés, venus au départ pour faire fortune, et qui viennent bêtement de se faire déplumer au casino d’en face…

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Cette première journée ici a été celle des rendez-vous manqués… pourtant Jess nous l’avait préparée avec un programme aux petits oignons ! En plus, on avait trouvé un parking à l’œil en plein Strip, l’avenue où toute l’animation de la ville est concentrée, donc ça ne pouvait pas mieux commencer.

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L’idée première était d’arriver à temps au Flamingo, pour voir un membre de son personnel nourrir les vedettes locales, deux pélicans récupérés dans la nature alors qu’ils étaient à l’article de la mort, et qui coulent maintenant une retraite heureuse ici, dans les jardins de la propriété…

Malheureusement, nous étions en retard d’un quart d’heure, et quand nous sommes enfin arrivés, les deux bêtes étaient déjà en phase de digestion, scotchées sur leur rocher, et le fameux spectacle était bel et bien terminé.

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Il n’y a pas qu’eux d’ailleurs qui semblaient éprouver quelques difficultés à se remettre de leurs exploits, car on a aussi vu un couple, des êtres humains en l’occurrence, qui avait lui aussi déposé les armes, élisant domicile sur un des bancs du jardin  le temps de se retaper vite fait!

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Les enfants ont tout de même apprécié l’endroit, truffé d’oiseaux de toutes sortes, et puis au moins, ils ont pu se réconcilier avec les perroquets, avec lesquels les relations avaient été beaucoup plus tendues lors du récent tournage d’une scène du film « Once upon a Time in Frisco », à Monterey. Cette fois-ci, les bestioles sont restées calmes, à bouffer leur banane, sans aucune intention de s’en prendre aux gamins, et ont ainsi redorer le blason de leur espèce au yeux de la nôtre.

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La mission suivante était de nous rendre au Caesar’s Palace pour assister à un spectacle de son et lumière consacré à Atlantis, la légendaire cité sous-marine, mais là encore, nous sommes arrivés à la bourre, et on a juste gagné un tour gratuit dans les galeries marchandes du complexe, dont la déco est hallucinante. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils mettent les moyens pour impressionner les touristes, et tu pourrais même tourner tout un paquet de scènes d’un péplum ici s’il y avait besoin.

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Après ces deux échecs successifs, on s’est dit qu’il valait mieux se laisser vivre, sans trop se fixer d’objectifs précis. J’ai alors proposé à tout le monde de revenir un peu sur nos pas, car j’avais cru apercevoir la Tour Eiffel, et je voulais en avoir le cœur net. Effectivement, ils en ont installée une, proclamant qu’elle mesure la moitié de celle que l’on connaît sur les bords de la Seine, mais j’ai un peu de mal à le croire pour être honnête…

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C’est à cet instant qu’on a croisé les deux Elvis les plus claqués du monde. Ils discutaient tranquillement dans la rue, après avoir descendu les escalators que nous venions de monter juste à côté. Ceux-là, il fallait absolument les choper ! On les a retrouvés après quelques minutes d’une course poursuite infernale, et ils ont accepté de poser avec plaisir, et avec Jess et Jeanne par la même occasion !

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Les deux vedettes étaient bien sympathiques, mais je ne vous raconte pas l’haleine… Ils puaient la bibine à plein nez, et essayaient de se donner l’accent du Sud, qu’ils ne maitrisaient pas vraiment pour être franc ! Mais bon, on a bien rigolé, et Jeanne a eu le droit à une escorte royale dans les rues de Vegas… La grande classe, quoi !

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Ensuite, on a croisé un Minion, ce personnage de je ne sais plus quel film d’animation dont les enfants raffolent, puis le seul homme au monde capable de rester assis des heures sans fauteuil, et sans se plaindre…

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Il y a quand même un truc pour lequel on est arrivé à l’heure ce jour-là, c’est pour admirer les fontaines dansantes du Bellagio. Remarque, cela aurait été compliqué de le louper, ils remettent ça toutes les demi-heures ! C’est joli ce bordel… les jets d’eau évoluent au rythme de la musique judicieusement choisie, c’est poétique, c’est élégant, et ça se termine toujours en apothéose avec un bouquet final qui n’a rien à envier aux plus grands feux d’artifice célébrant le Nouvel An ou la fête nationale.

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Ce même hôtel renferme aussi un magnifique jardin botanique, aux mille couleurs, et même un tableau entièrement réalisé de compositions florales… Beau travail, même si jamais l’idée ne me viendrait de foutre ça sur le mur de mon salon, ni en déco intérieure de la Ducon-mobile !

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Las Vegas est aussi la ville idéale pour les touristes étrangers, en mal de leur pays. Et ce Paris qui nous manque de temps à autre, nous avons pu nous y replonger l’espace d’un instant, et c’était bon… Nous avons marché un peu le long de la Tour Eiffel, admiré le pont Alexandre III depuis les machines à sous auxquelles on n’a pas touché de la journée, et profité des terrasses des cafés, avec leurs serveurs toujours pressés et désagréables à souhait…

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Et puis il y a New York City aussi, avec une belle vue sur Manhattan Skyline et ses buildings d’une hauteur étourdissante, la statue de la Liberté, toujours fière et digne, et puis les ruelles sombres de Greenwich Village, où tu arrives après avoir traversé le casino et ses machines qui clignotent de partout.

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Non mais t’imagines un peu la thune qu’ils claquent pour dépayser les visiteurs ? C’est délirant, flippant, désolant ou trop marrant, à toi de te faire ta propre opinion mon gars ! Quant à moi, je garde la mienne…

Bon, on ne va pas trop se plaindre de leur tendance à l’excès, de ces chers américains, car ça reste tout de même très agréable de changer la couche de ton gosse avec la vue sur Manhattan, quand tu es dans le Nevada ! T’es pas d’accord avec ça, Jack ?

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Las Vegas, c’est aussi ce célèbre panneau, à l’entrée du Strip, en guise de bienvenue dans le plus grand traquenard que l’homme ait inventé sur Terre…

J’ai voulu aller le photographier juste avant la tombée de la nuit, tu vois, histoire de donner un style paradisiaque à la photo, avec des nuages roses ou orange derrière, le palmier juste à côté encore doré par le dernier rayon de soleil encore vivant, tout ce qu’il faut pour en faire une bonne vieille carte postale à quarante centimes quoi !

On avait juste mal estimé, avec Jess, la distance qu’il y avait à parcourir avant d’y arriver, et putain c’était loin. Je suis parti tout seul devant du coup, en trottinant, mais tu parles, une fois là-bas, les nuages aux chaudes couleurs tant espérés avaient viré au noir, le palmier était invisible, et donc je n’ai eu que le panneau sur la photo, ce qui est déjà ça tu me diras, mais qui ne fera définitivement jamais de moi un bon photographe de cartes postales…

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On ne pouvait pas quitter cette ville non plus sans emmener les enfants au M&M’s World, le paradis des petites pastilles au chocolat ! C’est encore du gros délire là-dedans, et il y a de quoi faire tourner la tête aux amateurs de cette friandise qui se mange sans faim.

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En plus, c’est du self-service, donc ne laisse jamais traîner ton enfant plus de trois minutes tout seul dans le coin, sinon il te remplit dix sacs de bonbons et après, à la caisse, tu pleures !

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Et puis il y a différentes attractions aux autres étages du building, qui ont bien fait marrer les enfants, avec en point d’orgue la projection d’un petit film d’une dizaine de minutes en 3D dans une vraie salle de cinéma, durant lequel tu en prends plein les yeux et les oreilles !

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Voilà, juste pour prouver à la France entière qu’il y a bien un ou deux palmiers qui zonent autour du panneau « Welcome to Las Vegas », on a fait un rapide stop à cet endroit avant de quitter la ville pour de bon, et là, c’est le défilé permanent pour le droit à une photo bien ringarde.

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Les gens font la queue avec une discipline remarquable, attendant patiemment leur tour, tout en répétant la pose absurde qu’ils vont mettre en scène d’ici quelques minutes pour le grand moment de leur séjour ici !

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ÉLÉPHANT DE PIERRE ET VALLÉE DE FEU

C’est toujours à peu près le même refrain pour expliquer l’origine de la formation de tous ces lieux improbables et extraordinaires que nous avons la chance de visiter au cours de ce voyage. Au départ, ça remonte systématiquement à l’époque des dinosaures, ce qui veut dire qu’il devait en exister un, plus cultivé que les autres, qui a noté quelque part ce à quoi il a assisté pour le transmettre aux générations, et aux nouvelles espèces, à venir. Donc, à « Valley of Fire », où nous étions en visite, ce dinosaure en question a ainsi rapporté qu’il avait été le témoin du déplacement massif des dunes de sable non loin d’ici, entraînant la formation, avec le temps et l’érosion, de ces rochers aux drôles de formes qui composent ce parc, leur laissant aussi cette teinte rouge ou orangée si particulière…

Alors quand même, tu te dis que pour le remercier d’avoir transmis tout son savoir au fil des siècles, et ce jusqu’à nos oreilles de touristes français de passage dans la région en 2014, la nature aurait pu au moins essayer de laisser un rocher à son effigie, le représentant dans toute sa majestuosité, ce qui aurait été la moindre des choses… Bah, tu parles, elle s’en fout la nature de tout ça, et à la place, elle a laissé en héritage un pauvre éléphant.

C’est pas que j’aime pas les éléphants, au contraire, je les trouve même assez sympathique, mais c’est plutôt le fait qu’ils n’étaient pas nés quand tout ça s’est passé qui me gêne. Tu vois ce que je veux dire ? Comment la nature aurait eu l’idée de faire un rocher en forme d’éléphant, alors qu’ils n’existaient pas à l’époque ? Y’a un truc qui m’échappe dans tout ça… Où alors c’est le dinosaure qui s’est foutu de notre gueule, inventant cette légende de toute pièce, histoire de se donner de l’importance, alors qu’en réalité, il n’a rien vu !

Enfin bon, on ne va pas refaire l’Histoire, et à cinq heures trente du matin, quand je suis sorti pour faire une petite virée photographique, c’est bien un animal à défenses et trompes incorporées que j’ai rencontré.

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Comme toute la petite famille dormait encore à poings fermés, j’ai continué ma petite tournée, passant devant quelques jolis spécimens rocailleux, comme les « Seven Sisters » par exemple.

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J’ai décidé ensuite de virer à droite – pas dans mes convictions politiques, soyons clairs, mais sur la route ! – direction « Fire Canyon »… Jules s’est réveillé à cet instant, venant regarder à mes côtés la belle route qu’on empruntait, bien que je ne pense pas qu’il en ait énormément profité, ses yeux étant apparemment encore bien collés, comme c’est souvent le cas après un long sommeil !

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Le canyon est en effet bien rouge, on dirait un gigantesque incendie au milieu des montagnes…

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Une fois tout le monde levé, on a poursuivi notre découverte de tous ces immenses cailloux multicolores, en passant notamment par les « White Dunes », le « Mouse’s Tank », ainsi que d’autres curiosités rencontrées au fil de notre itinéraire…

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Avant de nous poser pour le déjeuner, nous avons aussi fait une halte à Arch Rock, près du camping. C’est toujours amusant de découvrir ces sortes de ponts de pierre, et en-dessous, les vents s’étaient amusés, au fil du temps, à créer d’amusantes formes dans la roche, et d’autres plus angoissantes…

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Juste après, tu tombes sur le « Poodle Rock », c’est-à-dire le caniche, qui, lui aussi, appartient à une espèce qui n’existait pas il y a 150 millions d’années, décrédibilisant encore plus notre pauvre vieux dinosaure et sa théorie sur les conditions de la naissance de ce lieu…

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On a profité du paysage pour faire rapidos le shooting de la prochaine campagne de pub pour la crème de pieds pour enfants, tu sais, celle qui sauve les cas les plus encrassés, et les plus désespérés ! Et pour les nôtres, il y a du boulot…

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Pour finir, on a essayé d’apprendre l’alphabet indien à travers quelques pétroglyphes abandonnés depuis des siècles sur les parois, on s’est approché, avec précaution évidemment, d’immenses essaims d’abeilles solidifiés que l’on trouve à « Beehives », et puis on a quitté tranquillement ce magnifique parc dont on n’attendait pas autant de merveilles…

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L’AUTOROUTE DES PETITS HOMMES VERTS…

Je ne sais pas trop pourquoi, au juste, on s’est retrouvé à traverser la Route 375, plus connue sous le label « Extraterrestrial Highway »… Je crois bien que c’est mon neveu Léo, vous savez, celui qui était venu en Californie à la pêche aux T-shirts Hollister, qui m’avait parlé de l’existence de cet endroit, alors on s’est laissé tenter.

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C’est donc une longue ligne droite, d’une centaine de Miles environ, soit 160 kilomètres, et sur laquelle il ne se passe absolument rien… Mais alors rien du tout !

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Allez, on va quand même mentionner un ou deux bleds qui essaient de s’appuyer sur la réputation de cet autoroute pour ouvrir un petit bar par-ci, ou un resto par-là, mais guère plus…

L’origine du nom « Extraterrestrial Highway », contrairement à la formation des drôles de cailloux de la « Valley of Fire », ne remonte pas à l’âge des dinosaures, mais simplement à 1996. Et elle est la conclusion de tout un enchaînement d’événements faisant suite à une apparition à la télé, en 1989, de Bob Lazar. Ce gars déclare ce jour-là avoir bossé sur des vaisseaux spatiaux, laissés en souvenir par des extraterrestres de passage sur Terre. C’est dans la zone 51, la base militaire de la Nellis Air Force Range située non loin de la Route 375, que toutes ces expériences ont eu lieu. Par-dessus le marché, il enfonce le clou en prétendant avoir assisté à des vols d’essais de soucoupes volantes dans le coin, et là, il n’en faut pas plus pour faire mordre à l’hameçon l’américain moyen, avide d’expérience paranormale, qui pourrait un peu pimenter son triste quotidien alternant entre boulot et télé, le tout recouvert d’une grosse couche de chips, et d’hectolitres de Budweiser…

Des milliers de curieux affluent ainsi de partout pour assister au spectacle, et la commission de tourisme du Nevada s’empresse de rebaptiser la route, histoire de faire mousser le truc.

Encore une fois, nous avons la preuve du pouvoir, mais aussi du danger, de la télévision, et je vous demande à tous, qui lisez ces lignes, de balancer la vôtre par la fenêtre, au cas où vous ne l’ayez pas encore fait…

Ce changement de statut pour cette route va faire les affaires du petit village de Rachel, comptant une centaine d’habitants, et plus proche patelin de la zone 51, qui va voir ses rues envahies de touristes.

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On y est passé bien sûr puisque, de toute façon, il n’y a pas d’autre chemin pour sortir d’ici, et on a fait une pause au bar-restaurant local, qui propose sur sa carte l’inimitable « Alien Burger », qu’on n’a pas goûté rassurez-vous…

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Et cet endroit a quand même eu son heure de gloire en 1998, servant de décor à un épisode de la série X-Files, comme quoi, quand on tient le bon filon ici, on l’exploite jusqu’au bout !

La grande question reste quand même de savoir si on en a vu de ces foutus ovnis depuis tout ce temps-là, car c’est ça, le but du jeu, si je ne m’abuse… et je crois bien qu’il y a un homme dans ce bled pour qui c’est le cas, et depuis, il s’en méfie comme de la peste de ces fichus hommes verts ! On l’a rencontré dans le bar avec Jess, et on s’est assis à sa table quelques minutes. Il nous a affirmé en avoir vu un une fois, un soir d’hiver, alors qu’il était dans son salon. Son seul souci, c’est qu’il n’y voyait déjà plus grand-chose depuis de nombreuses années maintenant le pauvre homme, et il était donc incapable de nous dire s’il était apparu à la fenêtre, ou à la télé, qui était située juste à côté ! En plus, et là-dessus il est catégorique, c’était une rediffusion d’E.T. qu’il matait ce soir-là, ce qui sème encore plus le doute sur la crédibilité de son histoire…

Toujours est-il que depuis, il a viré tous les posters de cul qu’il avait placardés dans sa bagnole, tu sais comme ils font aussi les camionneurs, et à la place, il a en permanence trois carabines accrochées là, prêtes à faire parler la poudre en cas de rencontre fortuite avec un de ces « étrangers », comme il les appelle… Tu sens d’ailleurs, vu le personnage, que cela ne le dérangerait pas de confondre un alien avec un mexicain, ou toute autre personne qu’il ne porterait pas dans son cœur de plouc dégénéré…

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L’autre endroit qui a une drôle d’histoire sur cette « Extraterrestrial Highway » est la « Black Mailbox », la célèbre boîte aux lettres qui a perdu de son bronzage avec les années, et se retrouve bien pâlotte aujourd’hui…

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Elle est, elle aussi, paumée au milieu de nulle part, avec rien d’autre dans les soixante bornes alentours, et appartient en fait à Steve et Glenda Medlin, qui crèchent pas loin, au bout de l’allée. Sauf qu’à une époque, dans les années 1990 plus précisément, les chercheurs d’ovnis ont supposé, on ne sait pourquoi, qu’elle était la boîte aux lettres de la zone 51, se réunissant autour d’elle pour venir observer le ciel, et fouillant même parfois à l’intérieur, en espérant y dénicher des infos ultra secrètes, ou des scoops juteux…

Saoulés par tout ce bordel, les Medlin ont fini par la remplacer par une autre boîte, blindée celle-ci, et blanche, cela n’empêchant pas les amateurs de soucoupes volantes de venir toujours dans le coin, n’oubliant jamais de laisser une trace écrite de leur passage ici.

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Enfin bon, l’essentiel maintenant, c’est de trouver un bon sheriff qui va nous débarrasser de ces sales bêtes de l’espace, au cas où elles nous veulent du mal. Et comme les élections semblent approcher à grands pas, Bill Becht, comme tous les autres postulants, ferait bien de promettre à ses partisans un retour au calme dans le ciel du Nevada, s’il veut décrocher la lune…

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QUELQUES EXTRAS POUR LA ROUTE…

T’es déjà allé au Cat Club à San Francisco ? Non ? Alors là mon pote, faut absolument que tu ailles y faire un saut la prochaine fois que tu traînes par là-bas, c’est du lourd !

Au fait, c’est une discothèque dont je te parle, et pas n’importe laquelle…

On y a retrouvé Soizig le soir-même où ma famille était rentrée, après un petit tour au Café Révolution avec Marianne. Elle voulait qu’on la rejoigne pour une soirée « Années 80 », qu’un copain à elle animait, caché derrière ses platines.

Sacré retour en arrière quand même, à coups de Depeche Mode, Duran Duran, et le reste du gratin dans les oreilles, avec, en plus du son, l’image, pour te plonger encore plus dans le contexte… En effet, chaque titre était accompagné de son clip sur écran géant, et en voyant ça, tu te demandes pourquoi on bloquait notre début de soirée chaque samedi pour regarder l’émission du TOP 50, au lieu d’aller jouer au foot entre potes !

On a même eu droit à Desireless, cette espèce de vieux balai monté à l’envers, et son éternel « Voyage, voyage », avec lequel elle s’est plutôt bien démerdée quand on y pense !

Il y a quelques habitués apparemment dans cet endroit, dont un vieux papy de quatre-vingts piges bien sonnées, déguisé en teenager, qui de temps en temps se soulève de son siège, et danse sur quelques morceaux, histoire de faire un peu d’exercice…

Et puis il y a Wendy aussi… qui nous a été présentée par Soizig. Grande, élancée, les cheveux ondulés et de longs cils, elle s’est approchée de nous dans le noir – je vous rappelle que l’on est en boîte – et poliment, j’ai dit : « Bonsoir madame, je m ‘appelle Jérôme », le tout en anglais je précise. Ce à quoi elle a répondu : « Hi, I’m Wendy », d’une voix très grave… trop grave pour être celle d’une femme ! Et puis la Wendy, à mieux la regarder, maintenant qu’on était à côté d’elle, elle avait aussi du poil aux pattes, mais il était trop tard maintenant pour corriger mon erreur… Je me suis alors dit que si jamais j’avais l’occasion de la saluer au moment de partir, je lui dirai : « Au-revoir, monsieur » !

On a aussi, le lendemain, fait une belle balade avec Soizig dans le quartier de Mission, qu’on avait déjà un peu exploré avec ma famille la semaine précédente.

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On a bien pris le temps de visiter les rues du coin, curieux d’y voir un maximum de peintures murales, qui font sa fierté. Et c’est vrai que ça met de la vie et de la gaité partout où tu passes. On s’est fait une pause Donuts dans une petite boutique à l’angle d’une rue, au grand plaisir des enfants, et puis ensuite, on s’est reposé un peu les pieds dans un square, où tous les autres gamins parlaient espagnol.

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Ils sont cools les espaces pour les enfants ici, et il y en a un sacré paquet dans la ville. Celui où nos gosses se sont bien éclatés était dans le Golden Gate Park, à l’Ouest de San Francisco. Ils ont pu là-bas faire de la luge sur des bouts de carton trouvés par terre, ça leur a rappelé les glissades sur les dunes de sable de « White Sands », au Nouveau Mexique…

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Toujours grâce à Soizig, j’ai pu aussi, en empruntant son super vélo électrique que je sais même toujours pas comment ça marche, me payer une petite virée en deux-roues dans le Castro, juste à côté de Mission. C’était avant-hier, et j’avais envie de passer devant le cinéma, qui porte le nom du quartier, et qui a conservé son beau décor d’inspiration hispanique, et puis aussi devant l’ancien magasin de photo d’Harvey Milk, dont l’appartement était situé juste au-dessus. Toute une époque…

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Un truc impressionnant qu’on a vu juste après avoir laissé Las Vegas derrière nous était « Hoover Dam », un immense barrage construit dans les années 1930 et destiné à contrôler en partie la Colorado River, qui arrose quand même pas moins de sept États ! Parce qu’avant, tu avais des inondations partout à la période de la fonte des neiges, et en automne, c’était plutôt ambiance sécheresse dans les bleds bordant la rivière… Il était donc grand temps d’intervenir, et ainsi de construire ce qui sera à l’époque le plus grand barrage du monde, un record de plus… et il fallait bien ça pour réguler la situation.

Jess m’a déposé sur un pont qui surplombe le barrage, que je me suis tapé à pied pour m’offrir une vue assez étonnante du lieu. Effectivement, ça a de la gueule, et il fallait avoir la folie des grandeurs pour se lancer dans une telle aventure il y a bientôt un siècle…

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Traverser Yosemite National Park en arrivant depuis l’Est a été aussi une jolie découverte, déjà parce que ça nous a permis, avant d’attaquer le parc, de jeter un œil sur le point culminant du Nevada, Boundary Peak, qui mesure 4 000 mètres, et puis car on a pu à nouveau voir la neige, et c’est toujours un grand moment de joie pour nous.

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Surtout qu’en fait, on ne s’y attendait pas du tout. C’est vrai quoi, on avait fait l’autre partie du parc avec la famille il y a peu de temps, et on n’avait pas vu une seule trace de flocon pendant les trois jours passés ici, mais on n’était pas à la même altitude de l’autre côté… En effet, ici, c’est beaucoup plus haut et le tapis blanc persiste jusque tard au printemps.

Alors on s’est un peu pelé les miches le temps de s’habiller plus chaudement, mais après, on a bien profité du sublime paysage en se promenant autour d’un lac perché à 3 031 mètres de haut, notre record à nous je crois depuis le début du voyage…

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Un peu plus bas, j’ai longé à pied la rivière pour quelques poses longues dont je ne me lasse jamais. L’eau dépotait avec une violence inouïe, et même s’il reste encore de la neige tout en haut, on a la preuve ici qu’elle fond pas mal également !

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Et puis ensuite, on a tracé vite fait car on voulait rejoindre ce soir-là Los Banos, au Sud de San Francisco, pour procéder à un échange de GPS qu’on avait acheté dans le Wal Mart de cette ville il y a quinze jours, et qu’on ne pouvait troquer contre un autre dans aucun autre magasin, car on avait perdu le ticket d’achat…

Du coup, ça faisait pas moins de 750 kilomètres au compteur dans cette seule journée, et sans GPS, puisqu’il nous attendait au bout du chemin !

À croire qu’on n’en a jamais assez de ce rythme infernal…

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San Francisco, California

Samedi 1er mai 2014, 09:00 am

San Francisco, California

Alors là, j’espère que là-bas, en France, vous étiez bien devant votre téléviseur je ne sais plus quel samedi d’avril, pour ce qui restera, pour les siècles à venir, un des plus beaux moments de solidarité et d’amour auquel on n’ait pu assister sur le petit écran.

Non, non, ce n’est pas de l’autre truffe de Patrick Sébastien qui fait tourner ses serviettes dont je vous parle, ni de Drucker en train de passer la brosse à reluire à toutes les vedettes qui défilent sur son plateau, s’esclaffant à chacune de leurs blagues pourries même si ce n’est pas drôle, et les trouvant toujours d’une élégance raffinée même s’ils portent chemise orange, gilet fuschia et pantalon vert. C’était encore moins de Ruquier qui, à l’inverse, et accompagné de sa bande d’intellos plus forts que tout le monde, s’amuse à tailler en pointe les invités de passage.

Là, je vous parle de l’émission diffusée sur Swing TV, et animée par le nouveau duo qui monte, « La Gouille et Coco », qu’en plus j’ai la chance de connaître depuis de nombreuses années, et ça fait toujours classe d’être potes avec des gens du Showbiz…

Comme on n’a pas la télé ici, on a pu en voir une retransmission sur internet, et sans vous mentir, on avait les larmes qui nous montaient avec Jess tellement ce programme nous a touché, tant l’émotion était au rendez-vous…

Mais quand tu y penses, quelle idée géniale ils ont eue d’avoir organisé le premier Duconthon de l’Histoire… Il faut être un génie pour penser à ça, et avoir un cœur gros comme ça, et quand tu sais que toutes ces ondes positives te sont adressées, tu ne peux qu’être touché, même coulé par tant d’attention et de générosité.

Je peux te dire que Alice Cooper et sa bande de claqués qui ont voulu sauver le panneau « HOLLYWOOD », ils peuvent aller se rhabiller, parce que c’est que dalle à côté de ce que les potes ont fait pour nous !

L’émission a été un grand succès, les T-shirts collector, dont le design a été réalisé de main de maître par Nicolas et Vanessa – on est dessiné dessus ! – se sont arrachés comme des petits pains, si bien que j’ai eu écho, depuis l’Amérique, du désir d’autres personnes, ayant rater le coche, de s’en procurer un absolument ! Ben oui, ça ce sont certainement des gens qui ont regardé Patrick Sébastien ce soir-là… Grillés !!! Allez, en vous débrouillant bien, vous arriverez bien à en avoir un, et puis c’est pour une bonne cause !

Et puis si vous n’en trouvez pas ce coup-là, vous pourrez toujours acheter celui de la seconde édition du Duconthon, dans un an, quand on se tapera le tour de l’Afrique, ou de l’Asie !

Voilà, c’est très difficile de trouver les mots justes pour dire à quel point vous nous avez tués là-dessus les copains, alors on va vous dire simplement merci, du fond du cœur, merci de penser à nous, et de nous suivre sur ce voyage, on a l’impression que vous êtes avec nous tous les jours.

Merci aussi à l’équipe technique, qui a travaillé jour et nuit pour la préparation de cette émission (là, on dirait vraiment Drucker…), merci à Émilie, envoyée spéciale dans la région Ile de France, qui a su porter la bonne parole dans la capitale et ses environs, jusqu’en Italie d’ailleurs !

Merci aussi à Tateu, ma sœur, pour les besognes administratives, et encore un immense et sincère merci à Nico, Vanessa, David et Maud, pour cette touchante surprise, qui en plus de nous faire très plaisir, va nous aider tout au long du chemin !

Enfin, merci au nombreux public ayant répondu présent à l’appel du Duconthon car, « sans vous, nous ne serions rien… » (cf Michel Drucker, dans l’émission Champs-Élysées du samedi 9 février 1985).

Ce qui est sûr, c’est que vous allez pouvoir frimer avec votre T-shirt l’année prochaine, quand on aura sorti un livre sur notre voyage qui sera, à n’en pas douter, un best-seller, vendu à plusieurs millions d’exemplaires ! Les gens vous accosteront dans la rue, en le voyant, vous demandant jalousement si vous nous connaissez, et depuis combien de temps, et si on est aussi sympas en vrai que dans le bouquin, et tout ça quoi…

Vous n’aurez qu’à leur dire que vous, comme vous nous avez aidé à l’époque, vous l’avez eu gratos l’ouvrage, et dédicacé par toute la famille en plus… même par Ducon, qui a laissé une trace de pneu sur la dernière page !

Bon, maintenant, le truc, ça va être de trouver un éditeur pas trop frileux…

Et nous aussi on y a eu droit à nos T-shirts, et on n’est pas peu fiers de les porter, croyez-moi !

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Ils nous ont été livrés par la mère Gorin en personne, Marie-Rose de son joli prénom, à bord de Ducon, et ce quelques minutes après son arrivée sur le sol californien, accompagnée de mes deux frangines, Tateu et Fanette, et Léo, le fils de cette dernière.

Jess était allée les récupérer avec les enfants aux arrivées du terminal 2 de l’aéroport de San Francisco, pendant que je tournais en boucle dans le coin avec Ducon en attendant de les choper lors d’un passage, vu que notre discret bolide était interdit de stationnement tout le long du terminal.

Ils exagèrent les mecs quand même, car ils laissent des avions beaucoup plus imposants que notre zinc à nous se garer toute la journée dans le coin, mais dès qu’on veut se poser dix minutes pour attendre la famille, ça fait toute une histoire ! Faites gaffe les guignols, c’est ma mère qui déboule là ! C’est pas n’importe qui !

Et puis au bout de mon 126ème passage, je les vois enfin attendre sur le trottoir, tout le monde est là ! Alors embarquement immédiat à bord de Ducon et en avant pour Marriott !

Non mais t’y crois à ça ? Marie-Rose Gorin, de plus en plus belle du haut de ses soixante-dix-neuf balais, née à Châteaudun, Eure-et-Loir, et en virée pour dix jours à San Francisco, Californie ! Ça pète, non?

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Avec Jess, on a tout prévu depuis quelques jours, et Mamy va être condamnée à se la couler douce ici. Comment nous sommes-nous organisés ? C’est pas compliqué : en s’arrangeant pour qu’il n’y ait jamais trop d’eau dans les cuves, de façon à ce qu’elle ne se mette pas à faire la vaisselle en douce, sitôt une bouchée de son repas engloutie. Parce qu’elle est comme ça Mamy sinon, elle mange de la main droite, pendant qu’elle commence à laver ta gamelle avec la gauche ! On s’est aussi débarrassé de la planche à repasser, ainsi que du fer, pour ne pas qu’elle nous fasse une rechute non plus de ce côté-là. Remarque, on n’en avait pas avant qu’elle n’arrive, donc on ne risquait pas grand-chose là-dessus…

Comme je m’en doutais, il n’y a pas eu de round d’observation et j’ai tout de suite eu le sentiment qu’on s’était quitté seulement la veille.

Tous les quatre portaient les T-shirts concoctés spécialement pour le Duconthon, et Tateu nous a raconté comment les potes avaient organisé tout ça, on n’en revenait pas avec Jess…

Une fois à l’hôtel, que nous avions réservé pour deux nuits, et après nous être installés dans nos chambres respectives, nous nous sommes retrouvés pour un petit dîner improvisé, composé de toasts en tout genre, accompagné d’un rosé américain, qui a la particularité de ne pas du tout avoir le goût de celui que nous connaissons chez nous, et la distribution des petits cadeaux pour les enfants a débuté. Mamy avait en effet, en plus de ses bagages, une valise entière remplie uniquement de livres et de jouets destinés à nos trois petits chanceux, dont les yeux brillaient autant qu’un certain vingt-cinq décembre, si on a été sage toute l’année ! Tu aurais dit une représentante en jouets de chez « Toys’R’us » la Mamy, avec sa valdingue remplie à ras bord… Puis nous avons commencé à voir comment nous allions occuper notre temps tout au long de cette dizaine de jours à venir.

Cette réunion familiale se tenait dans le lounge de l’hôtel, et alors qu’on avait quasiment planifié tout le séjour ensemble, un drôle de monsieur est arrivé, qui allait bouleverser totalement la suite des événements…

Il s’est présenté à nous, il s’appelait Pauly Wood, et il se disait réalisateur de cinéma. Avec ses cheveux en bataille sur le crane, et son air illuminé, nous, naïfs, on l’a cru…

Il était assis à la table à côté de nous depuis un moment, et avait écouté notre conversation. Il avait alors eu l’idée du siècle, une révélation, et cela allait devenir la pièce maîtresse de son œuvre, l‘aboutissement de sa déjà riche carrière !

Et voilà comment on s’est retrouvé, en cinq minutes, engagés pour les rôles principaux de ce qui allait être le prochain gros succès du septième art, « Once upon a Time in Frisco… »

Le scénario, qu’il avait déjà en tête, était haletant. Laissez moi vous en dévoiler les grandes lignes…

Harcelés depuis deux mois par les responsables financiers de leur opérateur téléphonique, dont je tairai le nom par respect pour cette société, leur reprochant l’oubli du paiement d’une facture d’un montant de 20,75 euros qu’ils étaient pourtant certains d’avoir réglée, Jérôme et Jessica Gorin, accompagnés de leur trois enfants, décident de garder leur honneur, et plutôt que de résilier leur contrat chez SFR, pour une erreur qu’ils n’ont pas commise, préfèrent fuir le pays la tête haute et tenter leur chance aux États-Unis, parce qu’en plus, ça n’a pas l’air d’être mieux chez Bouygues ou Orange…

Alors qu’ils sont en train de traverser la Californie, après quelques mois de périple, fermement décidés à trouver de l’or dans ses rivières pour se refaire une santé, ils apprennent que des membres de la famille de Jérôme vont venir leur rendre visite très bientôt, avec chacun un but bien précis en tête…

Marie-Rose, la mère, qui ne s’était jamais remise d’avoir vu Jules pleurer toutes les larmes de son corps, certes frêle, mais ça fait quand même pas mal de flotte, le jour de son exil forcé vers l’Amérique, lui avait promis de venir le voir le plus rapidement possible, et elle tenait à respecter son engagement, malgré le côté éprouvant d’un tel voyage, et les remords de laisser Goune, sa belle-sœur qui s’appelle Cécile en vrai, et qui vit dans la maison voisine, seule face à son destin pendant cette période.

Tateu, la fille aînée de Marie-Rose, institutrice de son métier, était officiellement là pour venir suppléer Deborah Cned, jugée trop sévère pour les cours de rattrapage de Jules, qui n’avait pas besoin de ça, déjà qu’il avait été traumatisé par la séparation avec sa grand-mère. Mais cette mission n’était qu’un argument qui cachait un autre désir bien plus fou… En réalité, elle rêvait de trouver la fameuse « Maison Bleue » dans laquelle, elle pensait, résidait encore Maxime Le Forestier, dont elle était secrètement tombée éperdument amoureuse depuis son adolescence, lorsqu’il avait composé ce beau succès. Puis pourquoi pas séduire le chanteur et s’y installer avec lui, dans cette maison, mettre des fleurs dans ses cheveux, sans penser au lendemain… ce qui est assez courageux quand on y réfléchit, car le lendemain, je te dis pas l’état de tes cheveux, une fois que t’as viré les fleurs !

Fanette, la seconde fille de Mamy, allait, quant à elle, pouvoir essayer de percer enfin dans la chanson, ce qu’elle n’avait pas réussi à accomplir sur le territoire français, pas plus d’ailleurs qu’en Asie, d’où elle revenait tout juste, mais où son immense talent n’avait pas été reconnu, ne rencontrant malheureusement pas le succès tant escompté… Elle en avait de la voix pourtant, et du charisme, et quand elle se laissait aller à quelque représentation en famille le dimanche soir, ou durant les vacances au ski, tout le monde était sous le charme, lui prédisant un avenir doré dans la chanson. Mais son vrai modèle, celle qui lui avait tant donné l’envie de suivre cette voie, qui l’avait fait rêver depuis toute petite déjà, c’était France Gall, qu’elle aimait imiter le samedi soir devant la télé, à la grande époque des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier, mais tout ça ne nous rajeunit pas mes amis…

Léo, le fils de Fanette, avait lui aussi fait le déplacement, dégoûté qu’il était du prix exorbitant des T-shirts « Hollister » sur Paris, alors qu’ici, en Amérique, il pourrait les trouver pour sept ou huit dollars pièce, ce qui justifiait amplement l’achat d’un billet d’avion pour trouver cette fameuse boutique ! Et puis c’était une bonne occasion d’avoir un aperçu de la vie de routard, lui qui se tenterait bien ce genre d’expérience au pays des kangourous un de ces jours…

Bon, OK, ça a l’air sympa ton projet, Pauly, mais nous, on est un peu en vacances ici aussi, donc on va le faire ton film, mais on va aussi se la jouer touristes par la même occasion, d’accord ?

Et ça a bien fonctionné cette petite affaire, on a pu se prendre pour des vedettes sans se prendre la tête !

Le lendemain, jour des deux ans du petit Jack, les premières scènes du film devaient avoir lieu dans le Sud-Ouest de la ville, avec la recherche de la fameuse « maison bleue » de Maxime en fil conducteur. Après une bonne nuit de repos à l’hôtel, toute la famille était d’attaque dès le matin, sous un joli soleil de printemps. On est monté à bord de Ducon – on tient tous dedans ! – et on s’est dirigé vers Twin Peaks.

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Monter sur l’une de ces deux collines offre une belle vue d’ensemble de la ville, et Tateu espérait vraiment pouvoir repérer l’objet de ses désirs depuis tout là-haut. Mais pour le coup, c’est vrai qu’on est très très haut, trop d’ailleurs pour ce genre de quête…

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On a quand même profité du spectacle, avant de décider de redescendre et tenter notre chance vers Mission, là où a débarqué à vingt ans Carlos Santana, guitariste d’origine mexicaine qui touche légèrement sa bille. Ce qui était cool avec ce tournage, c’est que comme cela venait d’une idée spontanée de Mister Wood, datant de la veille au soir, rien n’était écrit et on improvisait le scénario à notre guise, au gré de nos envies.

Mission est le premier quartier de San Francisco, à caractère très hispanique. Il est super animé cet endroit, et très coloré aussi, grâce aux innombrables peintures murales qui le décorent. Ces fresques immenses racontent le plus souvent les luttes contestataires de l’Histoire, latines ou d’autres origines quelquefois, et c’est un régal pour nos curieux yeux de les contempler au fil des rues. Il n’y a pas que ces thèmes qui sont abordés, et tu peux aussi admirer, au hasard d’une ruelle, une belle nana toute de cuir vêtue, ou Michael Jackson en plein délire…

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Enfin, c’est bien beau tout ça, y’a des couleurs, y’a de la vie, mais toujours pas de maison bleue…

La suite de l’aventure mène alors cette gentille petite famille à Haight Ashbury, là où est né le mouvement hippie, durant les années soixante. Mais tout de suite, et même si le quartier reste original et agréable, on sent que l’esprit n’y est plus…

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On voit surtout des voitures de police qui défilent, demandant aux SDF allongés sur le trottoir de trouver un autre emplacement pour camper, ce qu’ils font illico, s’arrêtant le plus souvent cinq ou dix mètres plus loin !

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Il y en a même un pour qui les choses ont tourné au vinaigre, car il a essayé de repousser un pompier venu le secourir, sous les yeux d’un flic, et ça, ce n’est pas le genre de comportement qui plaît ici, et le mec s’est vite retrouvé menotté et balancé dans le véhicule noir et blanc, avec en poche un séjour gratuit en cellule de dégrisement, dans le meilleur des cas…

Pour le reste, des bars et des boutiques où l’on trouve beaucoup de fringues avec Bob Marley dessiné dessus. C’est bizarre, je pensais qu’il appartenait plus au mouvement rasta qu’à celui hippie, mais peut-être que la différence n’est pas énorme, et puis l’essentiel, c’est de vendre !

Alors, dans le film, on en trouve une maison dans le coin qui a son histoire, mais pour commencer, elle n’est pas bleue, et puis ce n’est pas Maxime Le Forestier qui y a vécu, mais Janis Joplin.

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Là arrive un passage assez triste dans le scénario, où Tateu demande au reste de la famille de la laisser seule, préférant rentrer à pied jusqu’à l’hôtel, la tête basse. Elle décide alors de traverser le Castro, le quartier gay de San Francisco, où Harvey Milk tenait sa petite boutique photo dans les années soixante-dix, avant de se lancer dans une carrière politique qui lui sera malheureusement fatale. C’est alors qu’en remontant la 18ème rue, devant le numéro 3841 plus précisément, elle lève le regard, histoire de voir où elle va, et ça tombe bien, car ça lui permet d’éviter de justesse un panneau de signalisation planté quelques centimètres devant elle, qu’elle aurait pris en plein dans la gueule sinon. Et soudain le temps s’arrête, suspendu… Ses genoux tremblent, son cœur bat la chamade, elle croit rêver, mais pourtant c’est bel et bien là…

Mais qu’est-ce donc qu’elle voit ? me demanderez-vous.

C’est une maison bleue, adossée à la colline, elle y va à pied – donc c’est bon jusque-là, comme elle a décidé de rentrer à pinces au Marriott – elle ne frappe pas, mais ceux qui vivent là… ont fermé à clé !

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Oh, les cons ! Elle y était presque, putain…

Finalement, après quelques minutes, un couple de retraités tout liquide vient ouvrir la porte. Tateu leur demande dans un anglais impeccable : « Does Maxime The Forestier live here, please? » Mais ceux-ci répondent à la négative, expliquant à ma sœur que Maxime n’était resté dans cette bâtisse que quelques semaines de l’année 1971, et qu’après avoir lancé sa carrière grâce à ce titre, était rentré en France parce qu’il trouvait qu’on bouffait quand même vachement mieux là-bas, ce à quoi je lui donne entièrement raison.

Il y était revenu tout de même à cet endroit, quelques trente années plus tard, mais avait eu la drôle de surprise de retrouver une maison verte ! Finalement, sa maison de disques, dont le logo n’est pas bleu, a lancé une opération marketing, en la faisant repeindre comme elle était à l’origine, puis en posant une plaque en l’honneur du célèbre chanteur sur sa façade.

Tateu nous a rejoint, la mine déconfite, car c’en était fini de ses espoirs de conte de fées sur toile californienne, et Pauly Wood a hurlé « Coupez, elle est bonne ! » dans son haut-parleur, nous libérant pour la fin de la journée. Avant de partir, je l’ai remis à sa place, car on ne parle pas comme ça de ma sœur…

On est allé se décontracter un peu à la plage, à Baker Beach, juste à côté du Golden Gate Bridge.

Les enfants ont joué dans le sable, pendant que Tateu, qui était encore la tête dans son rôle, reluquait les beaux surfeurs, se disant, comme pour se consoler, qu’il n’y avait pas que Maxime Le Forestier sur terre…

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Puis plus tard, on est rentré à l’hôtel par le tramway, qui s’amusait à nous filer le mal de mer en parcourant les rues vallonnées de la ville à fond les gamelles.

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Et comme on avait bien travaillé, la production nous a offert sa tournée de pizzas, qui feraient l’affaire pour célébrer l’anniversaire de Jack, après lui avoir promis qu’il aurait un vrai gâteau le lendemain soir…

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Dans le scénario du film, il n’y a pas que Tateu qui est déçue d’apprendre que Maxime Le Forestier a quitté la ville il y a longtemps déjà… Fanette aussi en est très peinée, elle qui pensait, à juste titre, que devenir la belle-sœur d’une telle vedette lui ouvrirait les portes de la gloire bien plus facilement, et rapidement. C’est d’ailleurs bien connu que ça ne marche qu’au piston dans ces milieux-là. Du coup, cette triste nouvelle foirait tous ses plans.

C’est ainsi qu’elle décidait de s’en remettre à ses vieux classiques, et son interprète qu’elle admirait tant, France Gall…

Vous vous souvenez de ce titre qu’elle chantait dans les années quatre-vingts, qui s’appelait « Hong-Kong Star » ? Faut aimer… mais c’est la chanson qu’avait préparée Fanette pour tenter de percer quelques semaines plus tôt en Thaïlande, créant un flop monumental. Un agent, là-bas, lui avait tout de même suggéré d’aller présenter ce spectacle en Amérique, où le public serait peut-être plus réceptif, et c’était donc l’occasion ou jamais pour elle de se jeter à l’eau.

Comme elle devait aller tourner seule les scènes du film où elle était censée devenir la gagnante du grand concours annuel de karaoké de Chinatown, et ce entouré d’un casting de folie composé de Madonna, Christina Aguilera et Susan Boyle, qu’elle allait coiffer sur le poteau, on en a profité, avec le reste de la famille, pour aller visiter le coin.

Une grande porte, avec ce qui doit vouloir dire « Bienvenue » inscrit en chinois dessus, t’accueille à ton arrivée. Je dis ça, bien que je ne me sois pas plus renseigné que ça sur la traduction, mais ça m’étonnerait qu’il y ait marqué « Va te faire foutre ! » comme message aux touristes de passage !

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Et puis après, tu te sens comme à la maison, comme à Belleville quoi, avec tous ces restaurants d’où sortent un parfum de douces saveurs que te met en appétit à chaque coin de rue, ou ces boutiques qui vendent exactement les mêmes babioles que dans le dix-neuvième arrondissement de Paris. Tu sais bien, genre le chat tout doré qui bouge son bras comme pour te dire bonjour de loin, accompagné en fond sonore d’une chansonnette insupportable qui te donne envie de balancer le truc par la fenêtre…

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On est aussi passé devant un magasin de perruques, alors on s’est dit qu’on allait en prendre une pour Fanette, quand on la retrouverait après son karaoké, mais il n’avait pas la couleur « France Gall », pas assez excentrique je pense, vu ce qu’ils proposaient !

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Ah oui, on était accompagné cet après-midi là par Soizig, une amie d’enfance de Jess. Elles ont presque grandi ensemble, car vu que les parents de Jess, beau-papa et belle-maman, travaillaient tard le soir dans la restauration, elle et son frère Christophe se retrouvaient très souvent chez la maman de Soizig, Brigitte, qui s’occupait d’eux. Vous la connaissez aussi si vous suivez nos aventures, on était passé chez elle à Williamsburg, en Virginie, début janvier.

Soizig vit maintenant à San Francisco, et ce depuis une quinzaine d’années, pas très loin de l’ancienne maison de Maxime Le Forestier d’ailleurs, et elle porte toujours de très originaux chapeaux qui laissent Jeanne béate d’admiration…

On est allé déjeuner dans un restaurant chinois, Soizig a tenu à tous nous inviter, en utilisant la fameuse technique américaine. C’est moi qui l’ai baptisée ainsi cette technique, parce que je ne vois que les ricains faire comme ça, et c’est leur truc. Alors je te donne l’astuce, parce que si ça te fout mal à l’aise de te faire inviter toi, ta femme, tes enfants, et tout le reste de ta famille la prochaine fois que tu es au resto avec une personne qui vient du pays des dollars, tu dois être prêt à agir rapidement. Quand approche la fin du repas, si cette personne en question se lève, prétextant qu’elle a besoin d’aller pisser par exemple, surtout ne la laisse pas faire ça et ressers lui de la tarte, ou un canon de rouge, car sinon, au lieu d’aller aux toilettes, elle va aller au comptoir, et demander à la nana à la caisse de lui présenter la note à elle seule car elle veut absolument payer pour tout le monde… C’est très gentil, mais bon, c’est un peu gênant, surtout qu’on était beaucoup sur la note !

Sans compter qu’après, tu prends l’air tout confus, presque vexé, du style : « Oh, mais fallait pas… pourquoi t’as fait ça ? », en pensant tout bas qu’après tout, ça nous arrange quand même un petit peu… T’en viens même à regretter de ne pas avoir pris de dessert !

Je rigole évidemment, c’était vraiment très sympa de la part de Soizig, et franchement, elle recommence quand elle veut !

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L’heure était venue ensuite de rejoindre Fanette, qui devait certainement avoir achevé son tournage, ayant peut-être déjà booké, par la même occasion, une tournée de concerts à travers toute l’Amérique pour les mois à venir.

Mais malheureusement, les choses ne s’étaient pas passées vraiment comme prévu… Le soi-disant casting de rêve, prévu à la base, n’était qu’une sombre supercherie, Pauly Wood n’ayant pas les fonds suffisants pour s’offrir de telles stars. Ne s’étaient présentés aujourd’hui que des sosies de vedettes, Madonno et Christian Agualeri, un travelo du quartier qui galère un peu. Ah si… par contre c’était la vraie Susan Boyle, mais pour le coup, ça aurait été plus fun d’avoir son sosie ! En plus, Fanette a paniqué au moment de commencer sa chanson, sûrement à cause de la pression, et avec tout ce matériel autour d’elle, même si, pour des restrictions budgétaires, Pauly n’avait trouvé qu’un spot IKEA en promo pour la lumière, mais il trouvait que ça donnait un côté intimiste très raccord avec l’esprit du film… Si tu l’dis Pauly, ça doit sûrement être vrai. Et puis au final, elle ne se souvenait même plus des textes de la chanson, toute flippée qu’elle était, alors que c’est pourtant pas compliqué de s’en rappeler merde, c’est du France Gall, pas du Bashung ! Et comme les paroles sur l’écran du karaoké étaient sous-titrées en chinois, puisque ça se passait dans un restaurant de Chinatown, elle a essayé de les lire en suivant la mesure, alors je ne vous dis pas le résultat… Il paraît que même les gros poissons rouges, qui attendent d’être bouffés dans les aquariums géants en faisant des ronds, ont bu la tasse tellement ils se fendaient la gueule…

Mais finalement, cet événement imprévu et fâcheux ne tombait pas si mal, car la suite du tournage devait avoir lieu à Monterey, au sud de San Francisco, au bord de la mer. Donc ça faisait un peu genre la famille qui retrouve la sérénité après tant de déboires, tranquillement installée sur la plage, à regarder les vagues faire leur incessante danse d’aller et venue sur le sable chaud, le tout accompagné de la douce musique de leur clapotis, dont raffolent les escrocs qui te vendent ça sur de désolantes compilations qu’ils appellent « Plaisirs des Bermudes », ou « Bien-être aquatique ». Et encore, une fois sur deux, je suis sûr qu’ils font les prises de son dans leur salle de bain, en essayant de faire des longueurs dans la baignoire tout en tenant le micro pour s’enregistrer, ou alors quand ils tirent la chasse !

Bon, encore une fois je m’emporte un peu… C’est à se demander si je ne ferais pas mieux de rester toute ma vie à bord de Ducon, car je ne suis pas certain de bien supporter le retour à la vie normale à notre prochain retour !

On y est arrivé le soir même, nous installant dans un beau camping au bord de la mer que Jess avait dégotté, et on a pu, comme on le lui avait promis la veille, faire souffler à Jack sa bougie d’anniversaire, tout en lui faisant déguster une part du gâteau qui était caché dessous !

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Les premières scènes que l’on devait tourner ici se passaient sur la plage, c’était l’heure de gloire de Mamy dans le film, là où elle profite de sa famille, heureuse d’avoir répondu présente à l’appel de détresse de Jules le jour du départ. C’est vrai que ça lui faisait un sacré déplacement tout de même, c’est fatigant, beaucoup d’organisation, mais quelle joie de pouvoir serrer dans ses bras ses petits-enfants adorés, enfin surtout Jules et Jeanne, parce que Jack, il se débat trop, vu qu’il ne tient pas en place !

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N’empêche qu’il avait vite reconnu Mamy à son arrivée, et après quelques minutes de timidité, l’avait adoptée à nouveau.

S’en sont donc suivies de nombreuses scènes de joie et de complicité, de bonheur partagé entre tous, une vision de la famille parfaite bien à l’américaine, c’était beau, et émouvant…

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Il n’y a que Fanette qui , à un moment, a refusé de tourner une séquence avec Jack, mais elle nous a donné la raison quelques instants plus tard. En fait, quand il est sorti de sa loge, où la costumière s’était occupée de le préparer, il ressemblait tellement à Christian Agualeri que ça lui a rappelé sa journée catastrophique de la veille, au karaoké…

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Bien sûr, pour que tout soit parfait, il aurait fallu que Nicolas, notre frangin, soit là aussi, à la place de Léo… Mais non Léo, je déconne ! On était fans de t’avoir avec nous. Et puis selon le réalisateur du film, Mister Wood, c’est toujours plus vendeur quand il manque quelqu’un à la fête, ça peut donner lieu à quelques passages nostalgiques, qui font verser sa larme aux plus solides spectateurs…

La seconde partie de la journée était consacrée aux scènes d’action, et là, les enfants entraient en scène… L’idée était de faire un petit clin d’œil au célèbre réalisateur Alfred Hitchcock, et à l’un de ses chefs d’œuvre, « The Birds », qui avait été filmé non loin de là, au Nord de San Francisco.

Comme il n’avait pas réussi à mettre la main sur la même marque d’oiseau que celle utilisée dans le film du « maître », comme il le surnommait, Pauly Wood s’est dit que deux perroquets feraient bien l’affaire, sans compter que cela apporterait de la couleur au film, bien qu’il eut décidé la veille au soir de tout virer en noir et blanc, à cause de la teinte d’un jaune cradingue que rendait l’utilisation du spot IKEA sur la pellicule lors du tournage à Chinatown.

Bref, tout était prêt pour le tournage, enfin presque tout… En fait, l’éleveur de perroquets était à moitié torché car il sortait du restaurant avec des potes, et ses sales bestioles étaient hyper agressives, ne cessant de jacasser dans leur langue, donc en anglais, des « Pee-yew ! », qui pourrait se traduire en gros par : « Oh là là, tu pues d’la gueule, toi ! ». Et ce con, ne se rendant compte de rien, a posé les oiseaux sur nos gosses, qui se sont faits pincer jusqu’au sang (j’en rajoute un peu…) avant que les animaux ne soient finalement maîtrisés… L’enfer…

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La suite du programme allait être beaucoup plus sympathique car Pauly, dépité, nous avait donné quartier libre pour la soirée et la journée du lendemain, et Jess avait retrouvé dans le coin des anciens collègues, et proches amis, de ses parents, qui s’étaient installés à Monterey il y a quelques années et tenaient un restaurant ici.

Kathy et William, puisque ce sont d’eux dont on parle, nous ont reçu dans leur restaurant, un endroit très chic, en fin d’après-midi, et ont insisté pour que l’on reste déguster quelques-unes de leurs spécialités. On s’est régalé de Macaroni & Cheese au homard, de pommes de terre aux truffes, et de langoustines entourées de bacon fumé, le tout arrosé d’excellents vins de toutes les couleurs, qui nous ont comblés !

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Kathy nous a aussi donné des entrées pour l’aquarium de Monterey, et nous a invité chez elle pour le lendemain soir, que demander de plus ?

On a fini la soirée en regardant les bateaux sur le port, avant de tomber sous le charme d’une loutre de mer qui, impudique, a fait sa petite toilette devant nous pendant quelques minutes, avant de prendre congé de nous en plongeant vers les profondeurs, tout en prenant soin de nous laisser une belle mouise à la surface de l’eau en cadeau d’adieu !

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Pour la journée de repos du lendemain, nous avons pris la direction de l’aquarium, un des plus réputés des États-Unis (quelle surprise!). C’est vrai qu’il est sympa, même si au bout d’une heure, t’en peux plus de voir des poissons qui se demandent ce que tu viens foutre chez eux, à les regarder bêtement. Je suis sûr que s’ils étaient en liberté, eux, ils ne s’emmerderaient pas à aller voir d’autres animaux en cage.

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Mais on n’y est pas allé pour rien malgré tout dans ce lieu, car cela a permis de redonner le moral à Fanette, et de la motiver à nouveau dans sa quête de reconnaissance dans le milieu du Showbiz. En effet, un groupe de japonais, en vacances en Californie en voyage organisé et visitant l’aquarium ce même jour, s’est soudainement agglutiné autour de ma sœur, comme des abeilles autour d’une belle fleur… (si avec ça j’ai pas un super cadeau pour mon prochain anniversaire…). Des cris d’admiration fusaient de partout, les flashs crépitaient dans tous les sens, un homme est même tombé dans les pommes, et il a fallu le balancer dans le bocal à hippocampes pour qu’il reprenne conscience. Ils lui ont alors expliqué qu’ils l’avaient vue chanter en chinois il y a deux jours dans un restaurant de Chinatown, et que même s’ils n’avaient rien compris aux paroles, ils avaient beaucoup ri ! Fanette, flattée par tant de compliments, bien qu’elle eut préféré être reconnue pour son vrai talent, a alors accepté de poser pour ses nouveaux et nombreux admirateurs, et même si au départ, elle riait jaune (pauvre vanne…), elle s’est ensuite détendue, se disant qu’après tout, il n’y avait pas de honte à se lancer dans un registre plus comique. Il suffirait juste d’abandonner le répertoire de France Gall, et d’opter à la place pour celui d’Annie Cordy, ce qui ne nécessiterait pas de frais de coloration de cheveux, puisqu’elles turbinent au blond toutes les deux, comme ma sœur !

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Après ce grand moment de gloire, nous avons retrouvé Ducon, qui était décoré pour une grande occasion : Jeanne prenait cinq ans aujourd’hui… Tateu avait d’ailleurs profité de notre visite de l’aquarium pour lui offrir une magnifique pieuvre rose, devenue en deux secondes sa nouvelle meilleure amie pour la vie !

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On a déjeuné dans le camping-car, tout le monde a mis la main à la pâte pour préparer le repas, à part Jack, qui lui fait testeur dans la vie !

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Pour digérer tout ça, on est allé se promener sur la plage de Carmel, un peu au Sud, en attendant de retrouver Kathy, William, et leur petite famille chez eux.

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On a été à nouveau reçus comme des rois, à la sauce mexicaine cette fois, avec tacos à volonté au programme. On avait aussi prévu un gâteau d’anniversaire pour Jeanne, au chocolat bien sûr, et malgré la fatigue d’une journée encore bien remplie, elle a su garder assez de coffre pour souffler toutes ses bougies d’un coup !

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La suite de ce délirant scénario allait nous emmener, Léo et moi, vers Los Angeles. En effet, incapable de trouver sur San Francisco le très recherché T-shirt rouge « Hollister », dernière pièce manquante à sa déjà très fournie collection de 526 tuniques, Léo décide de partir vers la Cité des Anges, qui lui donnerait plus de chances de trouver son bonheur. Jérôme, ne voulant pas le laisser partir seul dans cette ville si immense et dangereuse, propose de l’accompagner, au péril de sa vie…

Toujours aussi fauché, Pauly Wood les fait voyager par bus de nuit, soit huit heures de trajet depuis San Francisco, pour rejoindre le nouveau lieu de tournage, et leur dit de se démerder pour le logement. Heureusement que Maëlle, une copine de Paris, leur arrange la sauce en leur dégotant le logis chez sa frangine Lucile, qui vit non loin de L.A., à Montrose.

Nous arrivons donc à la boutique Hollister vers dix heures du matin, après une nuit sans sommeil sur les sièges pourris du bus, un petit-déjeuner copieux dans un Diner en centre-ville, et une rapide visite du quartier chinois et du Pueblo Historic Park, le lieu de naissance de Los Angeles.

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Tout est prêt sur place, les projecteurs chauffent déjà depuis un moment, et le cameraman n’attend plus que nous pour débuter la première prise. Mais là, un nouveau drame prend place, qui va démoraliser notre pauvre Léo : Personne ne s’est soucié de savoir s’il restait un fameux T-shirt rouge en stock dans ce magasin, et il s’avère que malheureusement, un touriste belge, du nom d’Albert Crombi, a acheté le dernier la veille au soir, juste avant la fermeture de la boutique…

C’est la panique sur le plateau, et en plus, Pauly Wood, resté à San Francisco car il avait un rendez-vous professionnel avec Madonno, est injoignable.

Finalement, le tournage est reporté à une date ultérieure, et on se dit avec Léo qu’ils sont vraiment cons de ne pas avoir pris un T-shirt d’une autre couleur, puisque le film est en noir et blanc…

Tant pis pour le film, et nous, on va en profiter pour déambuler à travers la ville…

J’emmène Léo remonter le « Walk of Fame », et j’y découvre d’ailleurs de nouvelles personnalités, et non des moindres, que je n’avais pas eu l’occasion de dénicher la semaine précédente. Parmi elles, ouvrez grandes vos oreilles, l’éternel Chuck Norris, le seul homme qui peut te montrer une photo de lui plus vieux, Lee Majors, alias « l’Homme qui valait trois milliards », héros de mes jeunes années, et Julio Iglesias, indémodable charmeur qui se tripote à moitié en chantant.

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J’ai même trouvé un monsieur Lalanne, mais histoire d’entretenir le mythe, je ne vous dirai pas s’il s’agit de Francis ou seulement de quelqu’un qui a emprunté son nom…

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On s’est ensuite dirigé vers Melrose Avenue, un peu plus au Sud. Enfin, un peu plus sur le plan, car en vrai, ça prend une bonne heure à pied ! Là-bas, il y a les studios de la Paramount, la première usine à rêve hollywoodienne, née dans les années 1920. On ne s’y rend pas pour tourner une nouvelle scène du film, ni pour attendre la sortie des artistes au coin de la rue, mais parce qu’à l’intérieur s’y tient la seconde édition de « Paris Photo » à Los Angeles, événement regroupant un grand nombre de galeries du monde entier, venues présenter leurs artistes le temps d’un week-end, et qui a lieu chaque année à Paris depuis bien plus longtemps. Et grâce à ma super pote Cécile, j’ai la chance de faire partie, depuis quelques années, des privilégiés qui reçoivent pour cette occasion un badge VIP qui donne l’accès gratuit à toutes les expos, et ça c’est cool. Même si le badge que j’avais demandé de recevoir à San Francisco, chez la copine Soizig, n’est jamais arrivé, on a quand même pu rentrer car il y avait des listes sur place avec les noms des invités. Alors, en ayant une grande pensée pour Cécile, on s’est retrouvé à déambuler dans les allées des mythiques studios, tout en nous arrêtant pour regarder les photos sur les murs, et en s’offrant tout de même une petit bière au salon VIP, la belle vie quoi !

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Parmi les milliers de photos qu’on a vues, une a particulièrement attiré mon regard, pas forcément pour la qualité technique de la prise de vue, mais juste pour le clin d’œil. Elle rassemble les quatre membres du groupe de musique U2, tous placés derrière leurs pères respectifs, eux-mêmes munis des outils de travail de leurs enfants, à savoir un micro, une guitare, une basse et une batterie.

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Je me suis demandé quelle a été la génération des deux la plus intimidée durant cette séance un peu particulière…

On a fini l’après-midi autour des Studios Universal, où l’on peut se balader un peu et bénéficier d’un avant-goût de ce qui s’y passe à l’intérieur, à condition de raquer 80 dollars, et d’avoir envie de faire la queue à chaque attraction pendant des plombes. Et encore, les studios qui se visitent ne sont, bien sûr, pas les vrais studios où ça tourne, donc moi, je ne vois pas l’intérêt d’y foutre mes pieds, ni mon fric. Et puis c’est le palais de la consommation ici… Sans blague, pour une attraction, t’as à peu près cinquante boutiques autour qui te vendent tout et n’importe quoi.

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Une fois sortis indemnes de ce traquenard, on s’est engouffré dans le métro pour aller rejoindre Lucile, qui s’était gentiment proposée de venir nous chercher à la station non loin de chez elle. On est passé chez elle déposer nos affaires, elle vit dans un groupe d’appartements qui fait penser à un Motel, c’est bien foutu, et puis on est parti à la recherche d’un restaurant à Montrose. On y est allé à pied, il faisait bon sur Ocean View Boulevard, c’est le nom de sa rue… joli, non ?

On a opté pour un restaurant asiatique, et on a fait plus ample connaissance autour d’une bonne soupe, vu que c’était la première fois qu’on se voyait.

Et puis tout à coup, fait rarissime à cette période de l’année, il s’est mit à pleuvoir ! Pour vous dire, ça étonne encore plus les gens ici qu’il pleuve, plutôt que de sentir des secousses de tremblements de terre, plus ou moins fortes, menaçant de plus en plus l’espérance de vie de cette ville. Bon, au début, on s’en serait bien passé, car on a dû se beurrer le retour jusqu’à la maison sous la flotte, en regardant, avec dépit, les arrosages automatiques se mettre en marche et en rajouter une seconde couche aux plantes, alors que la pluie s’était déjà chargée du travail. C’est sûr qu’à ce rythme-là, on va pas sauver la planète…

Après trois nuits sous la toile de tente à Monterey, et une autre dans un fauteuil de bus, je peux vous dire qu’avec Léo, on a bien apprécié le tout nouveau clic-clac de Lucile !

Le lendemain matin, on allait tous chercher Balthazar, le copain de Lucile, qui travaille à San Francisco et venait pour le week-end. Avant de s’y rendre, on a pris le petit-déjeuner à l’appartement, et avec Lucile, qui travaille dans la recherche dans le domaine aérospatial si j’ai bien compris, on a parlé fusées, planètes, et soucoupes volantes. Fort de notre récente visite au Space Center de Houston avec Jess et les enfants, je pensais n’avoir plus rien à apprendre dans ce domaine, mais je me trompais. C’était drôlement intéressant, surtout notre discussion sur Mars, et elle en parlait tellement bien de cette planète, que j’avais l’impression, à huit heures du matin, d’avoir les pieds sur son sol… Parce que d’habitude, c’est plutôt vers deux heures du matin qu’il m’arrive de me retrouver sur Mars, mais à l’heure du p’tit dej, c’est la première fois de ma vie ! Et puis moi au moins, à chaque fois, j’en suis revenu, alors que la raison pour laquelle personne n’est encore parti y foutre les pieds pour de vrai là-bas, c’est parce qu’on n’a toujours pas trouvé le moyen de rentrer, car on ne sait pas comment transporter le carburant nécessaire à la propulsion de la fusée, ou la navette, pour le retour vers la planète bleue. Intéressant, non ? Ça m’a du coup inspiré quelques vannes d’un haut niveau, du style « un Mars, et ça repart pas ! », ou « Qui va sur Mars, perd sa place », mais je me suis abstenu de les sortir à Lucile, parce que ça aurait foutu toute cette passionnante conversation en l’air… Mais bon, je les garde en tête et je les refilerai à Fanette pour son futur « One Woman Show », ce sera toujours ça de gagné…

Puis nous sommes partis en bagnole, pas en fusée, pour rejoindre l’aéroport, afin de récupérer Balthazar, et nous mettre en route vers Venice Beach, avec le secret espoir de piquer une tête dans l’eau…

La pluie de la veille avait joué un rôle très bénéfique, car elle avait dégagé cette ville de son épais brouillard gris qui la rend un peu triste, et je me suis retrouvé à la regarder d’un autre œil désormais.

Il y avait beaucoup de vent par contre sur la plage, et nos envies de baignade se sont vite envolées avec lui. À la place, on s’est payé une longue promenade jusqu’à l’autre plage plus au Nord, Santa Monica Beach, et on s’est arrêté au parc d’attractions, situé sur une jetée qui rejoint le Pacifique.

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Cet endroit marque aussi officiellement la fin de la Route 66, au bout du Santa Monica Boulevard. C’est rigolo d’en voir le bout de cette route, et j’espère qu’on aura l’occasion d’en voir également le départ lors de notre futur passage à Chicago.

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Sinon, le décor n’a pas changé depuis la semaine dernière, avec les vélos qui s’embourbent dans le sable, les rencontres inattendues avec un robot de l’espace ou une voiture peinturlurée jusqu’aux pneus, et les amateurs de tennis qui envahissent les cours grillagés du bord de mer… J’ai même revu le clown débile qui nous avait saoulé avec ses ballons !

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On a aussi eu droit à un grand moment de la chanson américaine en revenant vers Venice Beach. Un père de famille, soit très con, soit très sourd, voire les deux, était assis contre une rambarde, écoutant avec attention ses quatre enfants, dont les âges variaient en gros entre huit et seize ans, écorcher avec leur voix de casserole la chanson « We are the World », censée à la base sauver l’Afrique, et pas arrondir ses fins de mois sur le dos de ses gosses qui, visiblement, n’étaient pas très heureux de se donner en spectacle…

Après cette belle promenade au soleil, nous avions rendez-vous avec un monument de l’Histoire de cette ville, de l’Histoire de ce pays, de l’Histoire tout court… Direction Glendon Avenue donc, non loin de Venice, et arrêt le long du trottoir face au Westwood Memorial Park. Une fois entré dans ce cimetière, tu prends l’allée de gauche, tu marches environ cinquante mètres, et te voilà enfin auprès d’elle. Y’a rien à faire, même silencieuse, même au repos, planquée au milieu de ses innombrables voisins, elle t’impressionne, t’attire, te fascine… tu te retrouves même à lui parler tout doucement, juste pour savoir si tout va bien, si tout va mieux maintenant, si elle n’a besoin de rien… Elle est unique au monde, et ça se remarque d’ailleurs à l’aspect de la plaque derrière laquelle elle repose pour l’éternité, polie avec le temps par les millions de caresses de ses inconsolables admirateurs. Vous l’aurez deviné, c’est Marilyn…

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Norma Jeane Baker de son vrai nom, partie lessivée à trente-six ans, victime certainement d’un destin trop lourd à porter. Vous n’avez pas en tête ce sublime portrait que le photographe américain Richard Avedon a fait d’elle ? Je ne crois pas me tromper en disant que ce n’était pas très longtemps avant sa mort. Et bien en me posant cinq minutes devant sa tombe, c’est à cette photo que j’ai pensé, représentant une femme d’une beauté incroyable, mais qui semblait perdue dans ses tourments, déjà partie ailleurs…

Ah, au fait, il reste une place disponible à sa gauche, mais il est déjà trop tard pour la réserver. Hugh Hefner, le patron de Playboy, celui qui avait adopté une des lettres du panneau publicitaire « HOLLYWOOD » en 1978, a déboursé 75 000 dollars pour disposer de cette chambre de luxe quand viendra l’heure pour lui de tirer sa révérence. C’est sa femme, qui doit avoir une soixantaine d’années de moins que lui, à qui cette nouvelle a dû drôlement faire plaisir !

Pour finir cette journée en beauté, nous voulions, avec Léo, faire un tour au Grammy Museum, histoire de nous mettre un peu de musique dans le sang. Lucile et Balthazar nous ont déposés devant, c’était vraiment cool de les avoir rencontrés, les deux « aliens » des centres de recherche américains !

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Le musée est génial, il y en a pour tous les goûts musicaux, des documentaires rares et très intéressants, et des expos photos, super… Tu peux même t’amuser à te la péter avec les instruments mis à disposition, batterie et guitare, et te prendre pour Prince ou Lars Ulrich l’espace d’un court instant…

Voilà, il était 19 heures 30 quand on est sorti du musée, et il nous restait encore quelques heures à tuer avant de rejoindre la gare routière, où nous attendait le bus de nuit qui allait nous ramener à San Francisco durant la nuit.

On a trouvé un bar en ville, où des écrans télé diffusaient des matches de basket et de hockey sur glace, on a vidé quelques bières, en espérant qu’elles nous aideraient à mieux nous anesthésier quand on serait installé dans le bus, cherchant le sommeil.

C’en était donc fini de nos aventures à Los Angeles, d’où Léo allait rentrer bredouille, sans T-shirt rouge, mais des souvenirs plein la tête. On a remonté la septième rue, jusqu’à ce qu’on nous demande de faire un détour, car tout le quartier était bloqué pour cause de tournage. Et puis on a chopé un bus pour rejoindre la gare, et ce au dernier moment, car on nous avait dit que le quartier craignait pas mal la nuit.

Le retour a été à peu près du même niveau que l’aller, sans dodo, et en plus on n’était pas ensemble avec Léo.

Ducon nous attendait sagement en face de la gare routière à notre arrivée à San Francisco. Il était environ sept heures et quart, et toute la famille était présente, sauf Fanette, qui était déjà à l’aéroport, attendant le décollage de l’avion qui la transporterait à Chicago, avant qu’un autre ne se charge de sa livraison à Paris.

Leurs deux jours entre filles, plus les enfants, s’étaient très bien passés, avec Jess aux commandes. À bord de Ducon, elle les a transportés dans de multiples aventures, à Sausalito tout d’abord, où l’on peut se promener le long des Houseboats, petites maisons charmantes, fleuries et colorées, qui ont les pieds qui baignent dans la baie. Avant hippie, maintenant bobo, c’est un endroit à part on dirait, qui vaut le déplacement.

Ils sont aussi allés à Muir Woods, un parc immense, au Nord de la ville, peuplé de « Redwoods », une spécialité locale. Ce sont d’immenses arbres, de la famille des séquoias, très hauts, très larges, que même un bûcheron en pleine bourre aurait du mal à abattre sans l’aide de quelques potes. Après une petite promenade au milieu de ce paysage où on doit se sentir tout petit, ils sont revenus vers le Visitor Center, où Mamy, Tateu et Fanette ont pu assister à la séquence, oh combien émouvante, du « pledge » de Jules et Jeanne, dernière étape avant d’être proclamé officiellement Junior Ranger de ces lieux. Ça ne rigole pas dans ces moments-là… il faut lever la main droite, promettre de faire attention aux petits oiseaux et tout le reste, et le tout en anglais !

Qu’est-ce qu’ils ont fait d’autre déjà ? Ah oui, ils sont allés voir la rue la plus sinueuse du monde, que Ducon ne pourra jamais emprunter vu son envergure, et qui se nomme Lombard Street. Elle permettait en fait aux carrioles tirées par des chevaux d’arriver en bas indemnes, au bout d’une succession interminables de virages qui rendaient l’inclinaison de la pente plus douce, trajet qui se serait fini bien plus dramatiquement s’il n’y avait eu qu’une ligne droite.

Le lendemain, le temps étant beaucoup moins clément, leur journée s’était partagée entre une virée dans les boutiques du centre-ville, et une balade à « Fisherman’s Wharf », face à Alcatraz, où les otaries viennent se reposer sur les pontons, pour le plus grand plaisir des passants qui passent…

Voilà, on était maintenant tous ensemble et il n’était plus question de tourner d’autres scènes quand on est revenu. Pauly Wood n’ayant plus de budget pour ce projet, il était parti au vert se ressourcer un peu, et réfléchir à comment trouver une conclusion à ce film sans dépenser un rond…

Alors nous aussi on est parti au vert, à quelques heures de route à l’Est, dans l’un des parcs les plus appréciés du pays, Yosemite…

Après une longue route, et avant de s’installer au camping, on a eu droit à un premier aperçu des beautés du coin, ce lieu sauvage habité par des cascades et des rochers démesurés.

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La soirée a été douce, avec pour commencer l’apéro autour du feu, et le dîner au renommé restaurant étoilé, « Chez Ducon » !

S’en sont suivis deux jours de découverte du parc, avec plusieurs randonnées au programme, dont une assez velue qui nous a emmené, avec Jess, Léo et Jules, jusqu’à « Vernal Falls », une magnifique cascade. On est verni en plus, car c’est pile la bonne période pour venir voir les cascades, vu qu’on est en pleine fonte des neiges en ce moment, et ça dépote grave.

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Jules a trouvé le courage et la force de gravir les 600 marches supplémentaires, creusées dans la roche et glissantes à souhait, qui t’emmènent encore plus haut pour t’offrir une vue toujours plus impressionnante du lieu.

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Dans la famille des cascades, « Yosemite Falls » vaut, elle aussi, le détour, et on ne s’est pas fait prier pour aller lui rendre visite rapidement, avant de filer au sud du parc, vers Wawona Campground.

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Sur la route menant au camping, tu passes au « Tunnel View », d’où tu surplombes toute la vallée. Et bien je vais t’en boucher un coin, mais figure toi qu’une fois de plus, à en croire les infos écrites sur le plan du parc, tu es tout simplement devant l’endroit le plus photographié du monde ! Rien que ça…

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Remarque, on commence à avoir l’habitude, ça ne fait que le 126ème lieu le plus photographié au monde que l’on voit depuis le début de notre voyage ! Bon, et puis c’est vrai que c’est beau, et Jess et moi ne regrettons pas d’avoir emmené la famille jusqu’ici.

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La végétation aussi est sublime dans le coin, surtout au Sud, tout au long du trail menant à Mariposa Grove. On se retrouve comme dans les quartiers financiers des grandes villes américaines, la tête en l’air, à regarder le sommet des buildings, sauf que pour le coup, ce sont les cimes des arbres que l’on admire ici, et plus particulièrement les séquoias… Décidément, tout est très grand dans ce pays…

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Autant te dire que quand ça tombe un truc pareil, t’as pas intérêt à zoner dans le coin, parce que ça t’assomme pour de bon, et les pompiers mettent quinze jours à ramasser tes morceaux !

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C’est bizarre, il y a pas mal d’endroits où des arbres, totalement calcinés, en avoisinent d’autres, ne portant aucune trace du passage d’un éventuel incendie. Je n’ai pas d’explication pour l’instant sur cet étrange phénomène, mais je vais mettre Jess sur le coup très vite ! Peut-être en apprendrons-nous plus à ce sujet à Sequoia National Park, une de nos futures destinations.

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Il nous restait un dernier endroit à voir avant de plier les gaules, et rejoindre la civilisation le lendemain, c’était « Mirror Lake », un lac dans lequel se reflètent les montagnes du coin… bref, encore un des plus beaux endroits du monde !

Pour ma part, j’ai préféré suivre le courant fou de la rivière qui part de ce lac, et se fraie un chemin, tant bien que mal, entre les obstacles en pierre qui se sont échoués dans son lit. Tu la remontes tout le long de ton chemin, c’est trop beau… et quelle force, quelle puissance… à vous faire flancher les plus costauds séquoias de Mariposa Grove !

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Après la tempête des éléments déchaînés, le calme plat du lac prend le relai et crée un sacré contraste. Il ne se passe plus rien ici, et la moindre feuille qui tombe vient presque foutre le bordel dans ce grand silence de cathédrale. C’est joli c’est sûr, mais je préfère quand ça secoue dans tous les sens.

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J’aperçois Jess, les enfants, et Léo, qui ont remonté la rivière par l‘autre rive, mais que je ne pourrai pas retrouver au bout de la balade, car il n’y a aucun moyen de traverser le lac, ou alors bien plus haut, et comme certaines personnes qu’ils croisent ont cru entendre de drôles de cris sauvages d’animaux légèrement en colère de leur côté, Jess préfère faire demi-tour et ramener les marmots en un morceau, ce à quoi je ne lui donne pas tort…

Une fois tout le monde revenu vivant de cette expédition, il est temps de penser à rentrer vers San Francisco, car tout ça sent la fin des vacances, enfin pour certains… car pour nous, ça continue !

Le retour vers la grande ville se passe bien en ce dernier jour d’avril… on s’arrête pour un petit pique-nique au bord de la route, dans un bled sympa où les enfants jouent avec de petits collègues américains dans le square du quartier.

Le trajet est plus long que prévu, on doit s’arrêter au bord de l’autoroute car Ducon nous fait une poussée de fièvre, mais grâce à Léo, on détecte vite le problème. En effet, on a voulu mettre la clim tellement on crevait de chaud, et le moteur, au bout d’un moment, il aime pas ça, et se met à rougir grave !

Nous recevons un coup de fil de Pauly Wood sur la route qui nous explique sa parade pour la fin du film. Il veut avant tout une conclusion heureuse pour tous, à l’américaine.

Pour justifier le départ précipité de Fanette, il lui invente une rencontre inattendue avec un agent qui lui promet monts et merveilles en Europe avec ses talents de chanteuse comique, et qui l’entraîne avec lui dans le premier avion, l’invitant à danser durant tout le vol des slows langoureux à 10 000 mètres au-dessus du sol, tout en s’abreuvant de champagne jusqu’à plus soif…

Pour Mamy, l’heure est venue de rentrer pour à nouveau prendre soin de Goune, après avoir amplement profité de ses petits-enfants, et leur avoir donné rendez-vous dans trois mois, date prévue de leur retour sur le sol français…

Tateu, quant à elle, a décidé d’oublier Maxime Le Forestier pour de bon, de rentrer à la maison, brûler tous les posters du chanteur qui tapissent les murs de sa chambre, et se consacrer pleinement à Vincent, l’Émile pour les intimes, qui certes ne lui a pas offert la maison bleue de ses rêves, mais lui a tout de même fabriqué un magnifique petit poulailler marron…

Enfin Léo, privé de T-shirt rouge « Hollister », se consolera en achetant une casquette noire du club de baseball local, les Giants de San Francisco, qu’en plus il porte à l’envers, donc si c’était la casquette des Red Castors d’Olivet, ça reviendrait au même… Il assistera même à un derby palpitant entre ce club et le voisin de San Diego, l’équipe des Padres, la veille de son retour en France. Les Giants l’emporteront finalement 3 à 2, dans une ambiance un peu spéciale, où les spectateurs viennent plus pour bouffer des popcorns et boire de la bière que pour assister à un événement sportif, mais bon, ça fait partie du folklore…

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Et voilà qu’à l’heure où j’écris ces lignes, ils sont dans l’avion qui les ramène au pays des bons fromages et du bon vin… On vient tout juste de les déposer à l’aéroport, et on est revenu au camping où l’on a dormi cette nuit, histoire de profiter des douches chaudes mises à disposition, avant de passer à autre chose.

J’espère sincèrement qu’ils ont passé de bons moments avec nous ici, à goûter à la drôle de vie dans laquelle on s’est embarqué depuis huit mois environ. En tout cas, je les remercie du fond du cœur d’être venus, ils ne savent pas à quel point c’est cool de les avoir avec nous.

Je suis maintenant avec Jules devant l’ancien stade de l’équipe de football américain des San Francisco 49ers, qui est en train de pourrir en face du camping. Il a Éducation Physique et Sportive ce matin, alors il fait des longueurs sur le bitume, tout en frimant avec son nouveau T-shirt de Junior Ranger que Mamy lui a offert à Yosemite. Il faudra qu’on dise à Léo que quand on porte ce genre de T-shirt, c’est comme quand on enfile celui du Duconthon, on a vachement plus la classe qu’en « Hollister » !

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Ah oui, j’avais oublié de vous dire que pour nous aussi, la fin du film avait été plus que clémente, puisque, reconnaissant sa faute, et dans un énorme élan de générosité, notre opérateur téléphonique, dont je m’obstine à taire le nom, décidait de nous offrir trois textos gratuits, utilisables dans les quinze jours à venir… la bonne affaire ! Comme quoi SFR, c’est pas pire que le reste…

San Francisco International Airport, California

Samedi 19 avril 2014, 06:30 pm

San Francisco International Airport, California

Bon, ben c’est presque l’heure maintenant…

Difficile de croire que d’ici une demi-heure, nous serons quatre de plus dans notre deux pièces sur roues, embarqués pour dix jours de folie dans San Francisco et ses alentours. Mais c’est pourtant vrai, un contingent bien fourni de Gorin est sur le point d’atterrir en terre californienne, après une escale à Chicago, Illinois, et ça risque de déménager grave pendant leur séjour dans le secteur !

De qui je parle ? Et bien de ma mère, mes deux frangines, et Léo, un de mes neveux…

Cool, non ? On avait laissé tout ce joli petit monde à Olivet, en région Centre, il y a un peu plus de sept mois, sauf que ma plus grande sœur, Tateu, qu’on surnomme aussi Emmanuelle – à moins que ce ne soit plutôt l’inverse… – était venue nous voir à Boston en octobre dernier, et voilà que ce sont eux qui débarquent bientôt pour nous rendre visite ici, à l’autre bout des Etats-Unis. Ça va faire drôle de les retrouver tout de même, et de partager avec eux cette fabuleuse expérience de baroudeurs amateurs à plein temps durant ces quelques jours.

J’espère au moins que ça va leur plaire, parce que c’est du sport quand même ! Remarque, on leur rend déjà service en leur demandant de venir jusqu’à San Francisco, ils gagnent neuf heures de vie supplémentaires grâce au décalage horaire, au moins ils ne se seront pas déplacés pour rien ! Mais je crois que ça s’annule une fois que tu rentres dans ton pays, alors finalement, ça ne sert pas à grande chose… Dès que j’ai cinq minutes, je vais essayer de me pencher sur ce phénomène, car on peut peut-être gratter quelques années en ne se déplaçant que dans un sens, voire même revenir un peu en arrière pour réparer d’anciennes conneries qu’on a faites si on court très vite ! À voir…

Enfin, pour l’instant, on est stationné sur le parking gratuit de l’aéroport, il fait un vent à faire valser les avions dans le ciel – mais non, je déconne… – et moi, dans vingt minutes, je vais voir maman !

C’est marrant, je ne me rends pas compte dans quel état cela va me mettre de les retrouver… parce que d’un côté, j’ai l’impression qu’on sillonne l’Amérique depuis toujours, et d’un autre, j’ai le sentiment de les avoir quittés hier. Remarque, je n’ai qu’à un peu me mettre à le place de ma femme de temps en temps, qui elle ne voit ses parents que deux à trois semaines par an depuis un bon moment, alors je ne vais pas me plaindre !

Enfin, si ça peut vous rassurer, nous n’allons pas fondre en larmes en nous serrant tous, façon « hug » américain – genre j’t’aime bien, mais me file pas tes microbes en m’embrassant ! – avec la bannière étoilée flottant au-dessus de nos têtes, et un aigle à tête blanche qui s’est posé là par hasard, bombant fièrement le torse, le regard confiant fixé vers un avenir prospère…

C’est trop compliqué à organiser, et puis ils sont bien meilleurs comédiens que nous pour ce genre de mise en scène les ricains… sans compter que si l’aigle a bouffé un truc qui est mal passé la veille, il peut gâcher la fête en nous lâchant une fiente immonde sur l’épaule, ou pire dans les cheveux !

Non, on va faire plus simple, surtout que le flic qui surveille le coin ne nous laissera que deux minutes pour charger les bagages et nous barrer, parce qu’après, je crois qu’il dégaine !

On va ensuite les emmener au Marriott qui se situe en plein centre-ville, à l’angle de la 2nd Street et de Folsom, pour une bonne nuit de repos bien méritée pour tout le monde. Jess avait eu en effet la bonne idée de bénéficier des avantages dont elle bénéficie, faisant partie de la Grande Maison, pour dégoter des tarifs hors compétition il y a quelques semaines.

C’était bien vu, histoire de ne pas leur imposer une nuit chez Ducon d’entrée de je ! Et puis il n’y a pas qu’eux qui vont être cuits, après plus de quinze heures de vol depuis leur départ de Paris, car nous, on a encore bien carburé ces derniers jours !

C’est que c‘est grand la Californie, et il y en a des choses à voir…

D’ailleurs, avant de s’attaquer au triptyque San Diego – Los Angeles – San Francisco, on avait décidé de s’offrir une énième virée au vert, à Joshua Tree.

Putain il a fait chaud dans ce parc, ce sublime endroit à la végétation unique, bizarre mélange pas très catholique entre arbres, yuccas et cactus. De plus, il est traversé en son centre par la frontière entre les déserts du Colorado, à l’Est, et de Mojave, à l’Ouest. Le premier se situe dans une région où l’altitude est inférieure à 1 000 mètres, et le second, au-dessus. Ceci a évidemment une incidence sur le paysage, et ce qui y pousse.

On a commencé, après un rapide passage au Visitor Center, par le côté Est du parc, dans la partie du désert du Colorado. On a été bien inspirés car cela nous a permis de choper, pour la nuit à venir, la dernière place d’un camping situé au milieu d’immenses rochers, et portant le joli nom de « Belle Campground ».

Ce genre de camping ne se réserve effectivement que sur place, donc c’est la loi du « premier arrivé, premier servi », et là, on a eu du bol. Sinon, on aurait été obligés de descendre tout au sud du parc pour s’installer dans un autre camping, mais c’est on dirait une partie où il n’y a rien de bien passionnant à voir…

Nous, on s’est contenté d’une balade dans le « Cholla Cactus Garden », composé, comme son nom le laisse présumer, de cactus ayant la particularité de laisser s’envoler, par grand vent, de petits bouts d’eux-mêmes, sous la forme de ravissantes boules piquantes, qui rappellent à l’ordre les plus distraits visiteurs qui viendraient malencontreusement à marcher dessus.

Une fois que tu sais ça, t’appliquant donc à éviter ces cadeaux empoisonnés comme tu slalomerais entre les mortelles pochettes surprises parsemées ça et là sur un champ de mines, la visite de ce jardin reste très agréable pour les yeux, et là encore, on se croirait sur une autre planète…

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Mais bon, il faut bien l’admettre, quand tu fous les pieds à Joshua Tree National Park, c’est bien sûr pour voir les fameux arbres portant ce nom, et ceux-là, tu les trouves de l’autre côté, dans le désert de Mojave. Donc, nous, quand on nous dit que c’est par là, ben on y va…

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Tu sais pourquoi elle porte ce nom cette marque d’arbre ? Non ? Alors écoute : Quand les premiers Mormons ont débarqué dans le coin, rejetés de partout à cause de leur croyance, ils se sont sentis comme accueillis à bras ouverts en découvrant ces arbres aux longues branches dressées vers le ciel, tel Joshua, qui tenait un des rôles principaux dans « La Bible », un téléfilm que j’ai dû louper.

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C’est sûr que quand il n’a plus d’amis, plus d’espoir, et pas de chien qui s’agrippe à sa jambe, le meilleur ami de l’homme peut très vite devenir un arbre. Au moins, ça ne parle pas, c’est toujours d’accord avec toi, et puis c’est pas lui qui va te foutre dehors !

Du coup, c’est ainsi qu’ils ont baptisé ce drôle de croisement entre le yucca et l’arbre, comme quoi on peut avoir de vieux principes, mais tolérer les dérapages…

Mais moi, je m’en tape de tout ça… ce que je voulais tout d’abord, en venant ici, c’était retrouver l’endroit où les gars du groupe irlandais U2 avaient posé devant le brillant œil d’Anton Corbijn pour la pochette de l’album portant le même nom que cet arbre. Quel chef d’œuvre ce disque entre parenthèses… une des pièces maîtresses du répertoire de ce groupe, avec « Achtung Baby » et « How to Dismantle an Atomic Bomb » à mon avis… Ça vous emmerde peut-être que je vous parle de mes goûts musicaux ? Ok, alors je continue mon histoire une fois que j’ai sauté la prochaine ligne, mais bon, si vous avez l’occasion, écoutez vite fait « Running to Stand Still », ou « Mothers of the Disappeared », ça en vaut la peine… Et puis c’est un groupe qui vient du pays d’origine de ma belle-mère, alors honneur à la famille tout de même !

Je me suis donc dit qu’en bon irlandais, Bono, le chanteur de U2 pour ceux qui vivent sur Pluton, a bien dû chercher une planque pour pisser les litres de bière qu’il s’était enfilés avant les photos, et l’arbre derrière lequel il avait fait ça devait probablement encore s’en souvenir… Alors je les ai interrogés l’un après l’autre, mais aucun d’eux ne s’est révélé être celui en question…

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Y’en a quand même un qui m’a dit avoir assisté à la scène, il y a 27 ans déjà, et avoir vu l’arbre se barrer quelques jours plus tard, voulant profiter de sa nouvelle notoriété pour tenter sa chance et faire carrière à Hollywood, avant que la tâche encore visible ne disparaisse complètement…

Merde alors, c’est loupé pour ça… mais on va quand même profiter du fait qu’on est ici pour voir tous les trésors que ce parc renferme. Et il y en a des choses !

On a commencé par un petit trail qui nous a mené au « Split Rock », un immense caillou fendu sur une dizaine de mètres, impressionnant…

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Et puis j’ai emmené Jules se défouler un peu dans les rochers, il est de plus en plus fan de grimpette, et on s’est bien éclaté dans ce décor aux formes très farfelues, pendant que Jess et Jeanne étaient parties admirer les fleurs roses et violettes qui poussent sur les cactus, tout en gardant un œil sur Jack qui ne pense, lui, qu’à les écraser !

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Une autre randonnée nous a ensuite permis de nous retrouver nez à nez avec un énorme crâne en pierre, le « Skull Rock ».

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C’est marrant toutes les différentes formes que peuvent prendre ces rochers, mais il y a une explication, que vous ne trouverez pas au chapitre consacré à Joshua dans la Bible, mais dans mon non moins éducatif récit ! Pour faire court, il y a des millions d’années, l’activité volcanique sous-terrestre a fait surgir à la surface un tsunami de magma, qui s’est tapé l’incruste dans la roche avoisinante, créant en refroidissant de véritables galeries de craquelures horizontales et verticales dans la pierre. Les nappes phréatiques se sont chargées des finitions, lissant et arrondissant les angles de ces cailloux démesurés, leur donnant l’apparence de jeux de construction géants.

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Je tiens à préciser que si j’arrive à vous fournir autant de précieuses informations sur le pourquoi du comment de la formation des différents paysages des parcs nationaux que nous visitons depuis des semaines, dont je sais vous raffolez, tout le mérite en revient à Jess, qui ne met pas les pieds, ni le reste, dans un lieu nouveau, sans s’intéresser à son histoire. Ainsi, et pour notre plus grand plaisir, le mien et celui de nos petits Junior Rangers de service, elle nous dresse, à chaque nouvelle aventure, un CV complet du lieu où nous débarquons, ce qui fait qu’en plus de voir de belles choses, on se couche chaque soir encore moins idiots que la veille…

Pour le coucher du soleil, l’idée était de rejoindre Keys View, culminant à plus de 1 700 mètres. Les arrêts ont été nombreux sur la route pour admirer les belles ombres chinoises que l’astre déclinant  provoquait sur les arbres, magnifique…

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Le soleil avait déjà disparu quand on est arrivé à Keys View, mais la vue était belle malgré tout, reposante, infinie…

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Une boite de ravioli rapidement engloutie plus tard, nous avons roulé jusqu’à un camping situé au Nord du parc pour que Jules et Jeanne, accompagnés par Jess, assistent à une conférence donnée par un Ranger autour d’un feu qu’il avait oublié d’allumer, et à laquelle ils devaient participer pour espérer engranger une nouvelle médaille de Junior Ranger…

C’est un monde quand même ! Quand je pense que Jules refuse que je lui donne des cours de maths ou d’espagnol à une heure du matin, alors que c’est à cette heure-là qu’on est le plus peinard pour bosser, et qu’il est tout en joie d’aller boire les paroles d’un inconnu au chapeau ridicule lui raconter des histoires d’écureuils et de branches d’arbres, ça me fout en rogne !

En plus, vu qu’on est arrivé au camping vers 22 heures 30 après tout ça, une bande de rockeurs au bide rempli de bière avait décidé de s’installer sur notre emplacement, et vu leur état d’ébriété bien avancé, il était inutile de leur demander d’aller chercher un autre endroit pour squatter.

Si au moins on était tombé sur les mecs de U2, bien que la probabilité qu’ils fassent encore du camping lors de leur temps libre semble infime, j’aurais pu avoir la réponse à la question qui me turlupinait depuis le début de la journée, concernant la fameuse photo de leur album « Joshua Tree ». Mais tu parles, ils étaient de la banlieue de San Diego les mecs, et avec leur barbe et le nom des bleds où ils habitent tatoués juste au-dessus de leur cul, ils ressemblaient plus à des copies ratées des membres de Red Hot Chili Peppers qu’à autre chose ! Je dis ça mais je ne sais même plus quelle têtes ils ont maintenant ceux-là…

Toujours est-il qu’ils ont été cools, ils m’ont payé une bière et un Hot-Dog, me racontant qu’ils passaient le week-end ici avant de marier le chanteur du groupe le samedi suivant, ce à quoi je n’ai pas forcément cru, mais c’était le dernier de mes soucis…

Le lendemain matin, je me suis levé hyper tôt, genre six heures du mat, même un peu avant je crois, pour voir le jour se lever. J’ai fait quelques photos, traîné dehors un bon moment, jusqu’à ce que nos voisins se réveillent, car on avait convenu que je les photographierais avant leur départ.

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Ils étaient aussi en forme que la veille au soir, c’est ça le monde du Rock N’Roll mes amis ! Je me suis renseigné sur leurs dates de concerts à venir, comme on allait filer vers San Diego par la suite, mais ça ne coïncidait pas avec leur programme… Tant pis, mais ravis d’avoir fait votre connaissance les gars, et surtout restez les mêmes !

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La journée a été très agréable, on s’est promené un peu partout, profitant du soleil qui ne s’était pas gêné pour venir nous rendre visite.

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On s’est offert quelques séances d’escalade pour atteindre « Arch Rock », ce qui nous a permis de croiser quelques mignons cactus en fleurs, et un effrayant chuckwalla, qui je pense était au final plus tourmenté que nous…

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Les enfants étaient trop fiers d’être arrivés tout là-haut, arborant un grand sourire une fois leur exploit réalisé, et je peux vous certifier qu’aujourd’hui encore, les jambes de Jack portent les traces de cette aventure !

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Je lui avais pourtant expliqué qu’on ne s’aide pas de ses genoux pour grimper sur la paroi, même si c’est du niveau de cotation 8c, mais des fois, j’ai vraiment l’impression de pisser dans un violon quand je m’adresse à ces gosses… Je vis à peu près la même situation que le moniteur de ski de Jean-Claude Dusse dans « Les Bronzés font du Ski », avec son célèbre planter de bâton qu’il n’arrive pas à faire assimiler à son élève…

Enfin bon, on est tous redescendu en vie de cette escapade à haut risque, c’est l’essentiel, et on a pu ainsi profiter à nouveau des splendeurs de la lumière de fin de journée dans ce sublime décor.

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Les enfants ont fini de s’achever en galopant entre les arbres jusqu’à ce que le soleil ne disparaisse, pendant que Jess profitait des derniers rayons de soleil, en sirotant une bière bien méritée, assise sur un de nos super fauteuil en toile spécial camping, que l’on ne sort que pour les grandes occasions !

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Et puis je suis parti m’aventurer un peu au large pour quelques photos au milieu de nulle part, jusqu’à ce qu’un moment de lucidité ne me traverse, et me fasse soudainement flipper, quand j’ai cru entendre au loin des hurlements d’animaux qui ressemblaient de près (enfin tout en restant le plus loin possible s’il vous plait !) à ceux d’un coyote.

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Avant d’en croiser toute une tribu, je suis vite reparti retrouver la mienne à bord de Ducon, où tout le monde m’attendait pour le départ, direction San Diego.

On a roulé de nuit, après avoir débarrassé Ducon de toutes ses eaux usagées à l’auberge où le Ranger avait donné la leçon à nos enfants la veille, et comme ça, on était prêts dès le lendemain matin à attaquer la visite de cette ville. C’est que là, avec l’arrivée de la mère Gorin d’ici quelques jours à San Francisco, les heures étaient comptées, et il ne fallait pas la louper tout de même !

Comme Bruce Springsteen en avait fait une magnifique chanson, je tenais beaucoup à aller à Balboa Park, le plus grand parc urbain des États-Unis, à en croire les dires dans le coin. Mais bon ça, après quelques semaines d’expérience, tu n’y prêtes plus vraiment attention, car ici, tout ce que tu visites, ou vois, c’est le plus grand, ou le plus beau, ou le plus fort, voire même les trois à la fois !

Cependant, c’est vrai qu’il est sympa cet endroit, et nous en avons découvert un aspect bien plus joyeux et coloré que celui, très sombre, décrit par le Boss dans ses textes.

Même Ducon était aux petits soins, installé au soleil sur le parking gratuit mis à disposition au Sud du parc. Il a pu en plus regarder les avions décoller toute la journée, car on est tout près de l’aéroport à cet endroit.

Une navette, gratuite elle aussi, te transporte où tu veux dans l’immense parc, et te voilà subitement en pleine nature pour un bon bol d’air au milieu des arbres et des fleurs.

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L’influence hispanique se retrouve dans les personnages clés de l’Histoire de cette ville immortalisés dans la pierre, ou dans l’architecture des somptueux palais, devenus aujourd’hui des musées.

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Le jardin botanique est magnifique lui aussi et se trouve, je ne l’invente pas, dans le plus vaste bâtiment uniquement réalisé en bois de tous le pays ! Ils sont trop forts ces amerlocs, et puis ils nous prennent pas pour des cons en plus…

Super, et alors qu’est-ce qu’on y trouve dans ce fabuleux jardin ? Et ben devine mon pote, les fougères les plus grandes du monde, ainsi que les plantes carnivores les plus dangereuses, mais aussi les plus belles fleurs blanches de l’Univers, sans oublier les fleurs jaunes les plus… jaunes de tous les temps ! C’est balèze non ? C’est l’Amérique, tu peux pas comprendre… Même les futurs mariés viennent s’y faire photographier au milieu des touristes de passage, c’est pour te dire !

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Après tant d’émerveillement devant cette flopée de records, on est allé se rafraichir les idées dans un petit bassin juste à côté, et on est resté jusqu’à ce que la couche de Jack n’atteigne ses genoux, parce qu’après, je pense qu’ils t’envoient la police !

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On a terminé notre visite par le petit quartier de « Spanish Village Art Center», qui n’a de rigolo que les carreaux multicolores sur lesquels tu marches pour le traverser, car pour le reste, ce ne sont que des boutiques hors de prix, ou des galeries d’artistes qui ont laissé leur talent et leur originalité aux vestiaires.

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Après tout cela, on ne pouvait évidemment pas rentrer nous coucher sans voir la mer auparavant, alors on a fait un saut à Coronado Beach, notre premier rendez-vous du voyage avec l’océan Pacifique…

La plage était immense, quasiment déserte, et même si la fraîcheur commençait à gagner du terrain, on a pris notre temps pour profiter de ce beau moment au bord de l’eau.

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Chacun s’est adonné à ses activités favorites : Jack est parti avec Jess à la chasse aux oiseaux, espérant secrètement en attraper un pour le bouffer tout cru, Jeanne a fait un château et préparé une tarte au sable pour son papa qu’elle aime tant, et Jules a même eu le courage d’enfiler brassards et maillot de bain pour aller barboter dans l’eau, même s’il a vite fait demi-tour !

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Ah… quels instants magiques nous vivons au cours de ce voyage, et je peux vous dire que ce soir-là, entre le coucher de soleil au bord du Pacifique auquel nous avons eu droit, suivi d’une éclipse de Lune sur le parking du Wal Mart où nous avons passé la nuit, à laquelle seulement moi ai assisté vu que tout le reste de la famille ronflait dans la cabane, nous sommes au summum du romantisme à l’américaine !

Pour le jour suivant, un programme un peu moins drôle, en tout cas pour Jules, était prévu. En effet, son attitude en classe étant devenue pratiquement ingérable, et très dérangeante pour les autres élèves – heureusement, jusque là, il est le seul à participer à nos cours – nous avons décidé de l’inscrire à quelques séances de rattrapage avec une maîtresse réputée pour remettre les cas les plus désespérés sur le droit chemin en deux temps, trois mouvements.

Rendez-vous était donc pris avec Miss Deborah Cned, qui exerce dans le quartier de « Old Town », le plus ancien de San Diego, où l’on peut trouver les plus vieilles bâtisses de la ville. D’ailleurs, je pense qu’elle aussi n’est pas née de la dernière pluie, parce qu’au niveau du look, on peut dire qu’on est de retour à l’époque de « La petite Maison dans la Prairie », mais c’est exactement ce qu’il fallait pour notre bonhomme, la méthode à l’ancienne !

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Ben là, il a été servi, et je peux vous dire que mon petit gars n’en menait pas large quand la leçon du jour a commencé, mais au moins, ce petit stage a été très bénéfique pour lui. Quant à moi, j’envisage désormais d’acheter le même chapeau que Miss Cned car je trouve qu’avoir une tenue réglementaire quand on fait l’école à son enfant, c’est primordial…

Pendant que Jules passait sa journée au palais des tortures, nous, on a profité du soleil, en flânant dans le coin sans trop nous éloigner, car bientôt allait arriver l’heure des mamans, et il aurait été trop déçu que Jess ne l’attende pas, les bras grands ouverts – comme les Joshua Trees – devant le portail de l’école.

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Comme il avait bien travaillé, on est allé se promener dans les jardins du Presidio, où Jeanne a pu faire une collecte de fleurs plus belles les unes que les autres, et puis on a filé à la Jolla, une plage dans les quartiers friqués, où les phoques viennent prendre la pose sur les rochers pour notre plus grand plaisir.

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On avait prévu de se mettre en route juste à la tombée de la nuit pour rejoindre Los Angeles, car il paraît que les embouteillages interminables sont monnaie courante durant la journée, alors si on pouvait s’épargner ça d’entrée de jeu, ce n’était pas plus mal.

On a d’abord fait une lessive en banlieue de San Diego, puis dîné et mis les enfants en pyjamas, du coup il était vingt-trois heures quand on était prêt à partir, et ce départ a bien failli être reporté au lendemain, vu l’heure tardive.

Finalement, on a trouvé le courage de faire ce trajet, de deux heures environ, le soir même, et ce n’était pas plus mal ainsi.

À quoi allait-elle ressembler cette ville ? On en a tant entendu parler, et jusque-là, à part les fans de Hollywood et son univers surfait, les échos ne nous semblaient pas bien enthousiastes… Effectivement, beaucoup de gens que l’on a rencontrés sur la route y avaient soit grandi, soit passé quelques temps pour y travailler, ou simplement étaient venus ici par curiosité, et l’opinion générale faisait plutôt peur. Tous semblaient être sortis lessivés de cette expérience, vidés, et on avait l’impression qu’ils prenaient tout d’un coup dix ans d’âge rien qu’à nous entendre prononcer le nom de cette ville. Certains nous la décrivaient même comme un énorme trou noir planté au cœur de cette si belle Californie, ça fout les boules quand même…

Il faut bien avouer que Los Angeles est unique en son genre, étirée sur plus de cent kilomètres, regorgeant de multitudes de quartiers desservis par les innombrables sorties d’autoroute sur laquelle ses habitants passent la plupart de leur existence, réalisant leur trajet quotidien de la maison au travail, puis du travail à la maison, sauf quand ils ont droit à leurs dix jours de vacances annuels (et vous vous plaignez de vivre en France ?).

Et puis ça, c’est plutôt quand ça se passe bien dans ta vie, car les premiers êtres vivants que l’on a croisés sur Sunset Boulevard, lors de notre première virée nocturne dans la cité, n’avaient pas bénéficié d’un tel traitement de faveur. Il est bientôt deux heures du matin, et une nana réalise une drôle de danse près d’un arrêt de bus, s’adressant à je ne sais qui – le savait-elle elle-même au moins ? – dans son délire. Elle se contorsionne à l’extrême et ressemble à un pantin désarticulé, et semble perchée très haut. J’ai l’impression qu’elle a trop forcé niveau substances…

Juste avant, on en avait aperçu une autre, tout l’inverse… Assise sur le banc d’un autre arrêt de bus, silencieuse, recroquevillée sur elle-même, le regard vide et perdu, elle semblait ne plus savoir si elle était en plein trip ou pas, en voyant soudainement Ducon débarquer devant elle !

C’est sûr, elle aussi avait trop forcé sur les doses, mais elle ne devait certainement pas carburer à la même came, car l’effet était bien différent…

Eh ben mon vieux, en voilà une putain d’entrée en matière ! Et notre nuit n’était pas encore terminée…

Y’a toujours un truc que tu rêves de voir quand tu déboules dans une ville à la renommée internationale. À Paris, les gens filent visiter la Tour Eiffel, New York a sa Statue de la Liberté, et Olivet, le complexe sportif du Donjon.

Et moi, quand je pensais à Los Angeles, j’avais en tête le panneau « Hollywood », écrit en lettres blanches dans les collines du quartier portant le même nom. Jess ayant aussi très envie de le voir, et comme on se croit plus fort que tout le monde, on s’est mis en tête qu’on allait le trouver en pleine nuit.

Tu veux que je te raconte un peu l’histoire de ce célèbre et incontournable « monument » de L.A. que je n’ai même pas photographié au bout du compte tellement tout le monde s’en charge à ma place ? Si, si, je vais t’en toucher deux mots, c’est très intéressant tu vas voir…

Alors au départ, c’est l’idée géniale d’un promoteur désirant vendre des maisons sur les collines de Hollywood et qui, en 1923, installe ce panneau publicitaire géant, avec le mot « HOLLYWOODLAND » écrit en majuscule, dont les lettres mesurent quatorze mètres de haut, et qui est destiné à rester en place seulement quelques mois. Il est aussi équipé d’éclairage qui l’illumine la nuit, au cas où l’envie te prenne d’acheter une maison à trois heures du matin !

Différentes histoires rocambolesques lui tailleront au fil des années une réputation mondiale.

Tout d’abord, en 1932, la starlette Peg Entwistle a eu la bonne idée de se jeter dans le vide depuis le haut de la lettre H, ou D, un soir où elle ne devait plus croire à grand-chose. Désolé pour l’incertitude concernant la lettre, au cas où vous vouliez aller y déposer une gerbe (de fleurs !), mais les versions divergent selon les sources, enfin le résultat est le même au final, elle ne s’en est jamais relevée…

Une nuit de 1949, pompette au volant de sa bagnole, un des gardiens du site a fait une sortie de route et dégommé le H géant de la fameuse publicité.

Un suicide, une lettre dans le décor, ça commençait à faire beaucoup pour un seul panneau que la ville avait aussi laissé sans lumière la nuit, histoire de faire quelques petites économies. Mais après une analyse approfondie du malaise, ils ont trouvé la cause de tous ces déboires les chercheurs américains… C’était pourtant évident : HOLLYWOODLAND, si tu sais compter, comporte treize lettres, et pour ce peuple tellement superstitieux, c’est une source de malheur assurée ! Ils ont donc décidé de se séparer de cette treizième maudite lettre, ainsi que des trois autres qui la précédaient, pour s’en tenir finalement à l’actuel « HOLLYWOOD ».

Pendant longtemps, ce panneau a été laissé à l’abandon, et ce n’est qu’en 1978 qu’il fut sauvé par un troupeau de célébrités, le rocker Alice Cooper en tête. Ils ont demandé à diverses vedettes de débourser chacune 27 777 dollars pour adopter une lettre, et ça a marché. Parmi les gentils donateurs, on a appris que David Bowie s’était offert la lettre H, et Hugh Hefner, patron de « Playboy », s’était chargé du Y.

Maintenant, le site est classé, et géré par la Chambre de Commerce de Hollywood, tout est bien qui finit bien…

Belle carrière pour ce qui était, à la base, une simple publicité, n’est-ce pas ?

Maintenant que vous savez tout, ou presque, sur l’endroit le plus célèbre de los Angeles, je reprends nos petites aventures…

On a donc voulu chercher un beau spot, histoire de l’admirer comme il le mérite, et un guide de tourisme qu’on avait emporté nous indiquait quelle route suivre pour s’offrir une vue imprenable du panneau.

Le seul détail qu’il a omis de nous dire ce guide à la con, c’est que ce n’est pas vraiment un itinéraire adapté pour les longues saucisses comme Ducon, et je ne pense pas me tromper en vous annonçant qu’il est certainement le premier camping-car de dix mètres de long dans toute l’Histoire de cette ville, à s’être aventuré dans les sinueuses ruelles bordant Griffith Park, tout ça pour trouver un paquet de lettres qui, de toute façon, ne sont plus éclairées la nuit depuis plus de cinquante ans !

À mesure qu’on avançait, la route devenait de plus en plus étroite, à tel point qu’à un moment, ça ne passait plus, et il a fallu se beurrer tout le chemin en marche arrière pour dégager du coin, le tout à plus de deux heures du matin, sacré baptême ! On le sait pourtant qu’on n’est pas fait pour traîner dans les quartiers riches… On avait l’air fin tous les deux dans cette situation, Jess dans la rue qui essayait de me guider tant bien que mal, et moi qui tentait de manœuvrer au mieux en suivant ses indications… Encore heureux que les enfants roupillaient, ils nous auraient chambré grave sinon !

J’avais les boules de voir tout à coup Jack Nicholson débouler sur sa terrasse, dans son peignoir en satin, cigare au bec, menaçant de nous exploser la cervelle avec sa carabine si nous ne bougions pas sur le champ !

Après toutes ces émotions, nous sommes allés trouver un parking dans la banlieue Nord, à Woodland Hills, car Jess m’avait trouvé là-bas un spécialiste pour faire nettoyer le lendemain matin les capteurs de mes appareils photos qui avaient récolté, à eux deux, de quoi faire grandir la dune du Pilat d’au moins deux mètres cinquante tellement ils avaient bouffé du sable dans tous les parcs nationaux visités dernièrement.

Une fois que la grande lessive fut achevée, il n’y avait plus qu’à aller rendre visite à cette immense cité, mais une question subsistait… Par quoi on commence ?

C’est tellement grand Los Angeles, que c’est compliqué de se décider. Finalement, après une rapide traversée du centre-ville, un peu stressante quand tu es au volant de Ducon, on s’est dirigé vers Venice Beach, la célèbre plage.

Pourquoi la plage ? Déjà parce que c’est l’endroit préféré des gamins, et puis surtout, parce qu’on avait le secret espoir qu’au bord de la mer, l’étouffant et angoissant voile qui donne à cette ville un aspect grisâtre du matin au soir allait s’estomper, voire disparaître… Sans déconner, c’est ça qu’ils appellent la Cité des Anges ? J’espère pour eux qu’ils volent haut, sinon ils doivent avoir les poumons bien attaqués ! Tu vois rien à 500 mètres ici, c’est à peine si tu arrives à deviner que tu es entouré de montagnes… Paris, c’est Center Parcs à côté de ça !

Il faut dire que tout le monde se déplace en bagnole, les distances étant très longues, et les réseaux de métro et de bus d’une nullité absolue… Alors, au bout d’un moment, l’environnement s’en ressent, et ça fout bien les boules…

Je comprends maintenant pourquoi ils t’ont foutu des étoiles plein les trottoirs, sur Hollywood Boulevard, c’est qu’au moins, tu ne peux pas les louper celles-là, alors que celles qui sont censées briller tout là-haut dans le ciel, ce n’est pas toutes les nuits que tu dois y avoir droit…

Venice Beach, c’est génial ! Pas la plage en elle-même, mais tout le cinoche qui s’y passe autour. Entre les golgoths qui soulèvent comme des bourrins de la fonte sur les appareils de musculation, faisant des manières si des gens veulent les photographier (j’ai même pas essayé pour ma part…), alors qu’ils se donnent en spectacle du matin au soir, déguisés en stars du catch, et les basketteurs des playgrounds qui déclenchent environ chaque quart d’heure un semblant d’émeute suite à un incident de jeu, se limitant toujours à des échanges d’insultes, histoire de montrer que ce sont des durs, t’as de quoi te fendre la gueule.

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Ceux qui m’ont plu moi, ce sont les skaters. Ils ont l’air cool, ils ne se prennent pas la tête entre eux, et ce qu’ils font est super impressionnant en plus. J’avais essayé le skateboard pour ma part quand j’étais plus jeune, mais j’ai abandonné au bout de six ou sept minutes je crois, après m’être ouvert le coude, pété la cheville, et avoir troué mon jean au niveau des deux genoux…

Mais eux par contre, ils ont la classe… J’ai scotché un bon moment à les regarder, et puis on y est retourné tous ensemble un peu plus tard car je voulais que Jules voit ça aussi.

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On s’est ensuite baladé un peu le long de la plage, ouvrant grands nos yeux devant ce spectacle permanent que nous offrait cet endroit si particulier. On a même rencontré un clown, pas sympa du tout, qui a collé dans les pattes de nos gosses des ballons gonflables en forme d’épée et des chien sans leur demander leur avis, et qui a ensuite engueulé Jess, considérant que ce qu‘elle lui filait en fric n’était pas du tout à la hauteur de l’énorme débauche d’énergie et de créativité dont il venait de faire preuve.

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Sur le coup, on lui aurait bien fait bouffer ses ballons au clown, et puis finalement, on les a gardés, et Jules a pu frimer dans les rues de Venice avec sa nouvelle épée rouge.

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On a trouvé un parking non loin de la plage pour passer la nuit, on ne s’emmerde même plus à chercher un endroit en banlieue… la ville nous appartient !

Y’avait du boulot au programme le jour suivant… N’oubliez pas que je voulais remettre la main sur ce fameux Joshua Tree qui était, aux dernières nouvelles, venu tenter sa chance à Hollywood, après avoir été baptisé par Bono.

Avant d’entamer cette recherche intensive, nous avons commencé par une petite balade en camping-car dans le quartier de Beverly Hills, là où sont abandonnées à leur triste sort les millionnaires, voire plus, de la ville. C’est dur de vivre ici vous savez, quand vous êtes blindés d’oseille… vous êtes obligés de vous planquez dans d’immenses villas, cachées derrière d’énormes arbres qui montent jusqu’au ciel, ou pour les plus flippés, des portails en ferraille avec caméra. Les avenues sont magnifiques, bordées de deux sortes de palmiers, un très haut et tout mince, et l’autre plus petit et trapu, soigneusement disposés en alternance sur des kilomètres.

Donc, si on a bien compris avec Jess, quand tu résides ici, ton compte en banque comporte pas mal de zéros à la fin, mais ce n’est pas pour ça que tu es une star du cinéma, ou d’autre chose, qui habitent quant à elles plus haut, dans les collines. On s’y est aventuré un peu aussi par là, pas pour partir à la pêche à la vedette, mais toujours pour s’amuser à chercher un point de vue intéressant sur le panneau « HOLLYWOOD ». En une demi-heure de virée, on a dû croiser au moins 796 minibus, portant l’appellation « Celebrity Tours », et remplis de touristes, la langue pendante, les yeux écarquillés, prêts à dégainer, appareil photo chargé à bloc, au cas où ils auraient la chance d’apercevoir Jennifer Aniston se promener, le cul à l’air, au bord de sa piscine. C’est pathétique, mais ce business cartonne, croyez-moi !

Allez, c’est bien beau tout ça, mais maintenant, on redescend, direction Hollywood Boulevard, remonter le « Walk of Fame » et ses étoiles, dédiées aux différents artistes ayant marqué de leur empreinte l’histoire du cinéma, de la musique, de la radio ou de la télévision, voir leurs visages peints en grand sur les murs des bâtiments, et croiser quelques super-héros venus pour une visite amicale dans le quartier.

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La liste des personnalités auxquelles l’hommage est rendu ici est très longue, sûrement trop d’ailleurs, et tu demandes pourquoi certains y figurent, alors que d’un autre côté, on a laissé aux vestiaires des gens comme Leonardo DiCaprio, Harvey Keitel, Woody Allen, ou encore Bernard Ménez… Affligeant ! Il y a cependant certainement une raison à cela, mais je ne me suis pas plus penché sur le problème que ça…

Johnny n’y apparaît pas non plus, mais on a quand même trouvé un endroit où il a donné un concert sur ce boulevard, au Fonda Theatre. Quelle vedette !

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Et puis c’est plutôt rassurant de se dire qu’il ne vient pas dans cette ville que pour se faire soigner d’une maladie placée sous le grand secret, que même que Nikos Aliagas, un des meilleurs journalistes du monde et d’après ses dires grand grand ami de Johnny, qu’il a même pas pu nous dire qu’est-ce que c’était exactement à cause qu’il s’est fait jeté par les vrais proches du chanteur devant l’hosto… Ah que lui, c’est sûr qu’il va finir avec son étoile sur le trottoir le Nikos, s’il continue sur cette voie !

Au début, on a été un peu déçus parce qu’on s’attendait à voir, en plus des étoiles portant le nom des stars, leurs empreintes de main, de pied, ou plus si affinités, gravées dans le sol, mais ce n’était pas le cas. Tu croises malgré tout du joli monde, et ça fait tout de même rêver, même si la rue est un peu crade, laissant presque supposer qu’on n’y croit plus trop à cette magie…

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Mais heureusement, alors qu’on était sur le point de faire demi-tour, on l’a déniché ce fameux endroit où les plus vernis ont pu faire joujou dans le ciment frais… Ça se passe devant le « Grauman’s Chinese Theatre », et là, ça a de la gueule !

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Alors pour atterrir ici, il faut faire partie de l’élite de l’élite, c’est vraiment le Panthéon du Showbiz ! Les enfants ont pu marcher sur les pas de Donald Duck, et Jeanne, caresser les douces mains de Marilyn… Instants magiques…

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Tiens, d’ailleurs, tu sais d’où vient cette idée de demander à ces stars de laisser une trace éternelle sur le sol californien ?

Le premier à l’avoir fait à cet endroit était un illustre inconnu, un maçon français du nom de Jean Klossner, qui bossait dans le coin et qui, comme le faisaient avant lui les bâtisseurs de cathédrales, décida de laisser sa marque pour la postérité de cette façon. Sid Grauman, le propriétaire du Chinese Theatre, voyant cet acte, n’a pas dû cogiter longtemps avant de s’accaparer ce procédé, et inviter les plus grands noms à en faire de même devant son établissement. En voilà un autre excellent moyen de se faire de la publicité !

Bon, ben ça y est, on a vu tout le monde, c’est ça ? On peut se barrer maintenant ? Non mais tu rigoles ou quoi ? Et notre Joshua Tree alors, tu ne crois pas qu’on va quitter les lieux sans savoir ce qu’il est devenu quand même ! Alors on a cherché, on s’est renseigné un peu partout aussi, dans les restaurants et les bars du quartier, mais personne ne voyait de qui ou quoi on parlait, et on commençait vraiment à passer pour des guignols avec notre histoire d’arbre… Et finalement, quand j’en ai parlé à un vieux monsieur, agenouillé sur le trottoir, qui passe son temps, contre quelques dollars, à astiquer les étoiles pour essayer de maintenir en ces lieux un semblant de dignité, au détriment de la sienne le pauvre homme, il m’a dit se souvenir d’un arbre ayant débarqué durant les années quatre-vingts, se vantant d’avoir un lien de parenté avec Bono, et réclamant son droit à la célébrité, mais après des nombreuses analyses de contrôle, il s’est avéré que ce n’est pas la superstar qui lui avait pissé dessus, mais l’assistant photographe d’Anton Corbijn, et son rêve de gloire s’est terminé dans les quartiers pauvres de la ville, loin des paillettes et du champagne… C’est triste, mais les places sont chères dans ce monde impitoyable…

Ne voyez bien sûr dans cette histoire, dont les personnages sont fictifs, à part Bono qui m’a donné son accord pour utiliser son nom la dernière fois que je l’ai eu au téléphone,  aucune allusion méprisante envers les assistants photographes, ceux qui me connaissent l’auront bien deviné, ce poste m’ayant par ailleurs énormément appris et laissé d’excellents souvenirs, principalement aux côtés de mon ami photographe Philippe, de Rio de Janeiro.

Après cette triste nouvelle, nous décidons de retrouver Ducon, garé non loin de là, pour partir vers de nouvelles découvertes. Jules trouve quatre dollars par terre, les glisse rapidement dans sa poche, l’air de rien. On aurait préféré quatre-cents mais bon, on s’en contentera…

L’étape suivante fut culturelle, au Getty Center, un magnifique musée perché dans les hauteurs, à l’Ouest de Beverly Hills. Tu y accèdes par une petite navette qui surplombe l’autoroute, l’entrée est gratuite, et tu peux voir de belles expositions, pour tous les goûts. J’ai pu un peu me familiariser avec la peinture, domaine que je connais peu, sauf quand je barbouille la façade de mon atelier une fois tous les cinq ans ! Il y avait aussi une belle expo photos d’Ansel Adams et son travail sur les parcs nationaux américains, très beau… On peut aussi profiter des beaux jardins, des terrasses surplombant la ville au loin, et les enfants ont même pu exprimer leur talent dans un espace spécialement mis à leur disposition.

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Merci à Maria, avec qui on avait passé une belle soirée il y a plusieurs semaines à Gallup, New Mexico, et qui nous avait recommandé cet endroit, elle avait vu juste !

Pour finir cette journée en beauté, nous voulions aller voir Los Angeles depuis le Griffith Observatory, en haut du parc portant le même nom, qui offre une vue exceptionnelle sur la cité, comme on la voit dans les films…

Pour y arriver, on avait fait un petit détour pour emprunter Mulholland Drive, rendue célèbre par David Lynch au début des années deux mille.

C’est vrai que c’est beau une fois là-haut, et puis il vaut mieux se faire ça de nuit je pense, car tu oublies plus facilement la couche de pollution qui te pourrit le paysage quand il fait jour… En plus, la visite de l’observatoire est très intéressante et ludique.

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Et bien mes amis, voilà pour ce qui était de notre découverte de Los Angeles, sachant que pour moi, il y aura un second tour à venir, puisqu’il est prévu que j’y revienne la semaine prochaine avec mon neveu Léo, qui rêve de passer un moment ici.

À  ce propos, je suis plutôt content d’y retourner, car je ne sais pas trop quoi en penser de cette ville, suite à ce premier passage.

Sincèrement, j’y ai plus ressenti l’atmosphère étouffante et désespérée du quotidien d’Arturo Bandini dans le magnifique bouquin de John Fante, « Demande à la Poussière », même si sa description de la ville date des années 30 et la Grande Dépression, que le L.A. glamour dont de nombreux magazines très objectifs raffolent, ce que je n’espérais pas voir pour être honnête. Que voulez-vous, ce n’est pas ma faute si je suis plus branché par l’écriture du maître de Charles Bukowski, plutôt que par les pages à faux scandales des magazines Closer ou Public, dont j’ai au moins le mérite de connaître le nom.

En tout cas, que tu accroches ou non, c’est un endroit qui ne te laisse pas indifférent, et moi je suis fan d’y avoir fait escale.

Pour éviter un enfer au réveil le matin suivant, avec les embouteillages, on a entamé un peu en nocturne, jusqu’à Ventura, notre remontée vers le Nord, avec en point de mire San Francisco, pour retrouver la famille deux jours plus tard.

Le lendemain matin, on a trouvé un parc le long d’une plage, où l’on s’est arrêté pour vider les eaux sales, faire la vaisselle et prendre notre douche trimestrielle (c’est pour rire, on s’en permet deux en réalité !), et se réapprovisionner en eau propre.

Ça nous a pris deux bonnes heures tout ça, et les enfants en ont profité pour se défouler un peu, et partir à la cueillette des fleurs.

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Pour rallier Los Angeles à San Francisco, tu as deux solutions : soit tu es pressé, et tu bourrines sur l’autoroute 5, soit tu prends un peu ton temps, et tu remontes par la 1, qui longe l’océan Pacifique, mais t’offre un périple plus agréable pour les yeux.

Bon, en fait, j’ai menti, ce ne sont pas les deux seuls itinéraires possibles entre les deux villes, parce que si t’es vraiment absolument pas dans l’urgence, tu peux passer par New York, Miami ou Lima, mais vu sous cet angle, tous les chemins mènent à San Francisco !

Enfin bref, nous, on a opté pour la 1, et c’était bien cool. La seule petite erreur stratégique qu’on a faite, c’est de ne pas remplir d’essence le réservoir de Ducon avant de nous y engager…

On a d’abord traversé quelques bleds qui ont conservé leurs anciens Drive-in, j’adore ces endroits !

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On a aussi fait quelques pas sur une des nombreuses plages qu’on a croisées, juste histoire de sentir le vent nous balayer nos belles coupes de cheveux qu’on avait mis des heures à préparer devant la glace…

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Et puis juste avant que le soleil ne se couche, non loin de Gorda, on est tombé par hasard sur une autre plage qui sert de Motel à toutes les otaries qui zonent dans le coin.

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Il y en a des centaines qui galèrent là, entassés les uns sur les autres, c’est vraiment facile pour personne de nos jours…

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Après une rapide enquête, Jess nous a appris qu’il n’y avait ici que des femelles et leurs enfants, du bébé à l’adolescent, bullant tranquillou à la plage pendant que papa est parti à la pêche.

Une fois à Gorda, la jauge à carburant commençait à sérieusement tirer la gueule, et c’est là qu’on a regretté de ne pas être parti à ras bord… parce qu’à la seule station du coin, le gallon d’essence était à six dollars, tout simplement du vol !

Quand on pense que dans le Tennessee, ça nous coûtait la moitié…

Finalement, ça ne nous a pas fait mal au portefeuille, puisque les pompes étaient à sec et qu’on n’a pas pu en récupérer ne serait-ce qu’une goutte. Mais comme on a essayé chacune d’elles, ne comprenant pas ce qu’il se passait, la banque a bloqué notre carte pour plusieurs jours, et on s’est retrouvé un peu comme des cons…

On s’est arrêté un peu plus loin pour la nuit, sur le bord de la route, avec le bruit des vagues pour berceuse. C’était hier soir…

Et puis ce matin, après avoir contemplé la belle vue depuis la fenêtre de notre chambre, située juste au-dessus du volant, on s’est remis en route pour la dernière ligne droite jusqu’à San Francisco, d’où je vous parle maintenant.

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On a fait quelques courses, nettoyé la maison, on est prêts quoi… Alors prépare-toi Mamy (c’est comme ça que j’appelle ma mère), on va t’en faire voir de toutes les couleurs !