Amboy, California

Samedi 12 avril 2014, 10:30 am

Amboy, California

Ça y est, c’est là… sous les roues de Ducon, sous les semelles usées de nos chaussures… on le sent…

C’est ce ciel bleu, sans un seul nuage à l’horizon, ce sont ces températures qui atteignent les 75 degrés Farenheit – environ 23 degrés Celsius – dès neuf heures du matin, ce sont ces immenses paysages que seules les lignes droites en goudron viennent découper pour permettre aux voitures de poursuivre leur route.

Ce sont aussi ces interminables lignes de chemin de fer empruntées par des trains de toutes les couleurs, longs d’environ un kilomètre en moyenne, qui traversent le pays pour emporter sur la côte pacifique les denrées provenant de celle atlantique, et ça fonctionne aussi dans l’autre sens. On dirait des serpents géants sillonnant à travers le désert, sous la chaleur de l’accablant soleil, à la recherche de leur chemin.

En parlant de serpent, on en a vu un avec Jules il y a quelques jours, dans l’Utah, qui a traversé tout doucement le sentier où nous marchions, deux mètres devant nous, avant que quelques buissons ne le dérobent à nos yeux. Il était beaucoup moins grand que les trains de la Santa Fe Railroad, on ne sait même pas s’il était venimeux, mais quoi qu’il en soit, ça impressionne, et mon petit gars a été traumatisé par cet événement jusqu’à la fin de la balade, se sentant attaqué de partout dès que le vent faisait bouger une feuille !

Enfin maintenant, c’est autre chose, puisque ce n’est plus de l’Utah dont je vous parle, ni de l’Arizona, mais bien de la Californie.

La Californie… on y est, Nom de Dieu ! Mais il a fallu en surmonter des épreuves pour arriver ici, tout à l’Ouest des États-Unis, là où tu ne peux plus continuer plus loin, à moins d’équiper ta bagnole d’une bouée géante et d’apprendre à parler japonais…

À l’heure où je vous raconte ma vie, nous revenons de Ludlow, le seul endroit à la ronde où tu peux trouver de l’essence, et il était grand temps pour nous, car l’aiguille était drôlement basse sur le tableau de bord… Par contre, bonjour le prix du carburant dans cet État… je te dis pas comment tu te fais allumer ! Du coup, on a décidé avec Jess qu’on allait manger léger dans les jours à venir, ça fera des économies !

On avait aussi détecté dans le coin l’existence d’une ville nommée Bagdad, et je m’étais mis en tête que c’était l’endroit où avait été tourné le superbe film « Bagdad Café », mais là aussi, mauvaise pioche… Ils nous ont refait le coup de Woodstock, où le festival n’a pas eu lieu.

D’ailleurs, on ne l’a même pas vue, cette fameuse ville qui existe sur les cartes, mais pas en vrai !

En fait, il fallait faire une soixantaine de kilomètres supplémentaires pour trouver le lieu du tournage, à Newberry Springs, et puis revenir ensuite sur nos pas pour récupérer la route qui nous emmènerait vers le Sud, au Joshua Tree National Park, notre destination suivante. Trop compliqué et onéreux vu le prix de l’essence ici…

Alors on a laissé tomber, on louera le film l’année prochaine pour occuper nos dures soirées hivernales à Paris, et puis on est reparti dans l’autre sens, avec toujours comme compagnons de route les trains de marchandises à côté de nous…

Pour en revenir aux trains, on les regarde passer dès qu’on en a l’occasion maintenant, comme le font les vaches qui s’emmerdent dans leur champ… On leur fait coucou aussi, en espérant que le conducteur nous réponde, et Jess pose des pièces sur les rails avant leur passage – comme si on avait trop d’oseille – et on ne les retrouve jamais après !

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On adore écouter leur chant quand ils approchent d’un bled, tu as l’impression d’entendre la même sirène que celle des grands paquebots, genre le Titanic, en partance pour de lointaines contrées, ou simplement celle des locomotives des vieux westerns.

C’est devenu le cri de guerre de Jack, et nous, on raffole de ses « You you ! », qu’il entonne dès qu’il en aperçoit un.

Les trains, ce sont tes amis sur toute cette partie de la Route 66 qui relie Flagstaff, Arizona, à Amboy, en Californie, où nous sommes actuellement. Et cette portion de la légendaire route est la plus belle, sans aucun doute…

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On avait décidé de la retrouver un peu sur un coup de tête, au prix de 250 Miles avalés by night après avoir quitté Zion National Park, plus au Nord, pour la rejoindre, en se disant que ce serait trop con de ne pas user nos pneus une dernière fois sur ses bosses et ses nids-de-poule qui font son charme.

Surtout que concernant nos pneus, plus aucun itinéraire ne nous fait peur désormais, vu qu’on vient de les changer tous les six, après le refus de nos amis de Camping World de gonfler les anciens, tellement ils étaient défectueux… Ils se sont donc contentés de faire notre vidange, enfin celle de Ducon – on est assez grands pour faire la nôtre tout seul – et de changer son filtre à air.

Et c’est chez un autre garagiste de Flagstaff que nous avons trouvé six nouveaux pneus, contre 750 dollars…

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Voilà, avec Camping World, et un rapide passage à Wal Mart, t’arrives à 1 000 dollars dans la matinée, mais tu as fait peau neuve !

Ah… et quel plaisir de se retrouver sur la 66… à coup de hamburgers dans de vieux Diners paumés, et les traversées de bleds aux parfums de nostalgie des belles années… le vrai visage qu’on attendait de cette route mythique !

C’est à Williams qu’on a attaqué ce nouveau périple, on a trouvé pour les enfants une activité sympa, sous la forme d’un petit passeport de la Route 66 que tu dois faire tamponner dans les différentes villes traversées, le genre de truc qui leur plaît !

On a marché un peu en ville, qui se résume en une petite avenue pleine de motels, restaurants, et boutiques à la gloire de la Route 22×3 (j’essaie d’éviter les répétitions !).

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Comme cette route a été complètement laissée pour compte à une époque, tu as des portions abandonnées, et ainsi non praticables. Tu empruntes du coup l’autoroute pour combler ces trous, avant de retrouver ton champ de bosses favori quelques Miles plus loin, comme ça a été le cas à Ash Fork, où nous avons réalisé un passage éclair car il n’y a rien de bien folichon à voir…

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Seligman est bien plus intéressante comme étape. On pourrait la comparer au village des irréductibles gaulois qui résistent à Monsieur César dans les aventures d’Astérix et Obélix, à la différence que son combat à elle, c’était de sauver la Route 33×2.

Le combat était mené ici par le barbier local, Angel Delgadillo, dont le commerce, « Angel’s Barbershop », existe toujours, bien qu’il ne soit plus en activité depuis le décès de cet homme.

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Il s’est en effet battu pour sauvegarder l’existence de cette route sur la carte américaine, alors qu’elle était menacée de destruction lors de la construction de l’autoroute 40, non loin de là…

Comment a-t-il fait, me demanderez-vous ? Et bien, c’est tout simple : Avec l’aide de sa femme Vilma, il a ouvert en 1987 un musée et une boutique de souvenirs, eux deux dédiés à tous les amoureux en pèlerinage sur la Route 77-11. Pas con, hein ?

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Cette lutte acharnée a mené à la création de l’« Historic Route 66 Association », connue et soutenue dans le monde entier, et qui a permis à la Route Mère, comme on la surnomme, d’avoir gagné son droit à l’Éternité, contrairement à toute autre voie goudronnée de pacotille, genre l’autoroute 40, servant juste aux bolides pressés de multiplier les excès de vitesse, en attendant d’être détruite quand on aura inventé la voiture volante…

À côté sur le même trottoir, un autre monument de la ville, le Snow Cap. Ce Drive-In qui sert des Cheeseburgers diaboliquement délicieux a été construit en 1953 par Juan Delgadillo, forcément de la même famille que le barbier. Ses enfants et petits-enfants ont repris le flambeau depuis et c’est une affaire qui marche, croyez-moi !

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On a commandé des glaces pour les enfants, et on en a testé les Cheeseburgers avec Jess, même s’il était quatre heures de l’après-midi, et on n’a pas été déçus, loin de là… Mais je vous parle d’un vrai Cheeseburger, pas les merdes qu’on te sert chez McDo avec du pain en carton, de la viande sans goût, et quelques chimies supplémentaires ! Là, c’est parfumé, c’est moelleux, ça fond dans la bouche, les tomates sont juteuses et le fromage dégouline le long de tes doigts, le paradis…

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On en a aussi profité pour se balader derrière le restaurant, regorgeant d’objets insolites se rapportant à l’esprit de la Route 54+12.

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Pour en finir avec Seligman, on a fait une dernière halte devant une boutique de bizarreries locales, située à côté du Supai Motel.

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On n’est pas rentré à l’intérieur, pour la simple et bonne raison qu’il était fermé, mais on a pu admirer les quelques voitures, camionnettes et motos exposées dehors, c’est un cours d’Histoire comme un autre !

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Et on a même eu droit en supplément à un peu de géographie, en apprenant qu’on était à 5 769 Miles de Paris, soit 9 230 kilomètres… Vous êtes loin les potes !

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On a dormi sur le bord de la route. C’est pas cool, ça ? Dormir le long de la Route 19+72-25…

Le premier patelin qu’on a croisé le lendemain matin s’appelait Hackberry, et on s’est arrêté au General Store, déjà pour faire tamponner les passeports des enfants, toujours barrés dans leur soif infernale de diplômes et médailles en tout genre, et puis aussi parce que c’est un lieu assez incroyable.

Le mec qui tient cette ancienne station service possède un nombre incalculable de trésors que tu découvres en te promenant dans la cour, ainsi que dans sa boutique.

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Par contre, il y tient tellement à ses biens qu’il n’hésite pas à arborer fièrement un flingue à sa ceinture qui t’annonce la couleur d’entrée… Alors, si j’ai un conseil à te donner quand tu viendras faire un tour ici, surveille bien tes gosses et assure toi qu’aucun d’eux n’essaie de piquer un sticker à deux dollars, sinon le boss le fume devant toi, et sans scrupules !

Jeanne a pu se faire un nouveau pote, un joli âne qui attend quelques caresses du matin au soir, seul derrière son grillage…

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Et David, tu sais ce que Jess a trouvé à l’intérieur ? Je m’adresse directement à mon pote David car je sais que ça va le rendre dingue, mais vous pouvez quand même lire ce que je vais lui dire ! Eh ben mon vieux, elle est tombée sur des dizaines de vinyles d’Elvis, des albums dont j’ignorais l’existence, il y en avait partout ! Et j’ai vérifié, les disques étaient bien à l’intérieur, magnifiques objets au crépitement si particulier quand tu poses le diamant sur leur surface… Une collection à tomber par terre pour les fans du King !

Je suis aussi tombé sur une affiche d’un concert qu’il avait donné à Buffalo, New York, en 1956, dont les places étaient à 1,75 dollar !

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Quand tu penses qu’un concert de Michel Sardou doit te coûter entre 100 et 150 euros aujourd’hui, ça fout les boules. Mais bon, il paraît que c’est tellement sublime que t’en as vraiment pour ton argent… Ce qui est sûr, c’est qu’il ne verra pas la couleur du mien avec sa tronche rafistolée à coups de scalpels bien foirés!

Kingman représentait l’étape suivante. C’est le cœur de l’« Historic Route 66 », avec un grand musée à l’étage du Visitor Center. Ici, ce n’est pas le son de la cloche de l’église qui rythme les journées, mais plutôt les sifflets des trains annonçant leur passage à travers la ville. Sans mentir, il en passe un toutes les cinq minutes !

Les enfants ont pu faire valider leur fameux passeport et être récompensés par un joli certificat, mission accomplie !

Sinon, la même routine, des Motels, des restos, ou encore des Motels qui font aussi resto…

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Et puis tu quittes la ville pour retrouver le bitume, et c’est reparti pour la route… Cette route si particulière, sauvage et déglinguée de partout, qui te donne plus qu’ailleurs un sentiment de liberté, entourée de montagnes qui te guident au loin.

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C’est bien elle, cela ne peut être qu’elle, l’unique Route 198:3…

Pour finir la journée, et avant de rejoindre Amboy le lendemain, nous avons fait escale à Oatman, toujours dans l’Arizona. On nous avait prévenu du fait qu’il fallait se méfier car il y avait beaucoup d’ânes dans cette ville, mais on ne s’était pas douté que c’était à ce point-là…

Ne vous méprenez pas, quand je parle d’ânes, ce sont bien sûr de ces bêtes à quatre pattes, au pelage habituellement gris et généralement assez têtues, et non pas des habitants de cette ville, pour lesquels je ne ressens aucune méprise bien évidemment…

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Ils sont partout ces bestiaux, il y en a plus dans la rue que des humains d’ailleurs, c’est limite flippant… Tu finis même par te demander si Oatman ne leur appartient pas, et qu’ils laissent gracieusement quelques hommes et femmes dans le besoin vivre et travailler ici !

En tout cas, ça a éclaté les gamins, qui leur ont filé à manger, et même Jules, malgré quelques moments de panique, a éprouvé un certain plaisir à vivre cette rencontre avec le monde animal…

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Par contre, ça va qu’on est dans un petit bled et que ça ne circule pas beaucoup, parce que tu les mets à New York ou Los Angeles aux heures de pointe, ça ne passe pas du tout à mon avis, et ils ont vite fait de te bloquer la ville en un rien de temps, à rester comme ça au milieu de la route, insensibles à l’agacement qu’ils provoquent chez les chauffeurs impatients de rentrer chez eux après une harassante journée de travail…

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Décidément, derrière chaque virage de cette merveilleuse Route 42+24 se cache une nouvelle et inattendue surprise, et c’est pour ça qu’elle est si agréable à traverser, et c’est pour ça aussi qu’on a bien fait d’y retourner après le fin de notre exploration des trésors du « Four Corners ».

Ça, c’est sûr qu’on en a pris plein les yeux en visitant tous ces parcs nationaux, plus beaux et originaux les uns que les autres, et la dernière ligne droite de cette virée ne nous a pas déçu.

Je vais donc vous le raconter le dernier chapitre de « Ducon au Pays des Merveilles », si vous insistez…

Pour commencer, il n’y a pas eu de miracle lors de l’ultime tirage au sort qu’on s’était accordé pour dégoter un permis ouvrant les portes de la « Wave », cette fameuse zone rocheuse travaillée par les millénaires, et qui ressemble à un océan rouge…

C’est tout de même dommage de rater ça, d’autant plus que j’avais tout prévu pour l’occasion… Combinaison étanche, planche de surf, j’avais même teint mes cheveux en blond, façon Patrick Swayze dans « Point Break », mais le sort en a voulu autrement…

Tant pis, j’ai rangé tout l’attirail qui faisait de moi le parfait australien dans un des coffres de Ducon, je n’ai pas versé de larmes car un vrai surfeur ne pleure jamais, et puis on s’est barré !

Le pire, c’est que Jess a bien failli en récupérer un de permis, suite à l’hésitation d’une française – du 20ème arrondissement de Paris – d’utiliser le sien, car elle n’avait droit qu’à une place et elle était avec son mec, donc gros dilemme au sein du couple… On a un peu attendu sur le parking pour voir si elle allait venir nous le refiler, au cas où ils n’auraient pas réussi à se décider, mais ils ont disparu les salopards… tout au fond de la vague j’espère !!!

Allez, on ne se laisse pas abattre pour si peu, et on dégage de Kanab une fois pour toutes, parce qu’ici, à part jouer au Loto tous les matins à neuf heures, y’a pas grand chose à foutre…

Cap au Nord maintenant, direction Bryce Canyon, via la « Scenic Road 12 » qu’on nous avait conseillé d’emprunter jusqu’à Capitol Reef.

Elle est belle cette route, et en amuse-gueule, tu t’offres un passage à travers le « Red Canyon », de couleur rouge donc pour ceux qui ne parlent pas anglais !

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Si on était en France, je dirais que ces rochers ont un peu trop forcé sur la Villageoise, et au bout d’un moment, ça attaque sérieusement ton teint…

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On a grimpé sur quelques rochers avec Jules, histoire de se mettre en jambes pour la journée, et puis on a continué notre chemin.

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On est arrivé vers dix-sept heures à Bryce Canyon, et le soleil avait déjà bien amorcé son déclin.

On a tout de suite réservé un emplacement au camping du parc pour la nuit, et puis on est parti pour un premier trail dans cet incroyable lieu.

Le paysage est hallucinant, captivant, et m’a tout de suite fait penser à quelque chose que j’avais déjà vu, malgré son caractère unique.

Mais j’avais beau essayer de rechercher un autre endroit auquel ça ressemblait, impossible de trouver…

Pendant que je me torturais l’esprit à fouiller dans ma boite à souvenirs, comprenez mon cerveau devenu un morceau de gruyère dont les informations s’échappent par tous les trous, les enfants gambadaient au milieu de ces pics aux formes diverses, aux teintes ocres et rougeâtres, à la recherche des premiers indices qui leur permettraient de mener à bien leur nouvelle mission « Junior Ranger »…

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Mais quel tableau ! Quel spectacle encore pour nos yeux jamais rassasiés de nouveaux panoramas, plus étonnants les uns que les autres…

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En fait, quand tu te tartines tous les parcs autour du « Four Corners » à l’affilée, c’est un peu comme si tu étais parti dans ta fusée pour quelques temps, en t’offrant une escale sur chaque planète de notre système solaire, avec chacune ses propres particularités !

On a dîné sur le parking d’un point de vue du parc, histoire de pouvoir allumer le générateur sans déranger les voisins, parce qu’au camping, c’est plus de bruit à partir de vingt heures (ils ont pas mal de côtés coincés ces américains…), et puis on est revenu pour se poser pour la nuit, et manque de bol, une bagnole s’était installée sur notre emplacement.

Heureusement, le petit couple qui l’occupait ne dormait pas encore, alors on leur a demandé d’avancer un peu leur caisse pour qu’on puisse se garer derrière eux, et puis tout est bien qui finit bien…

Réveil très tôt le lendemain matin, pour voir le soleil se lever, mais les nuages aussi ont eu la mauvaise idée d’être de la partie, et l’ambiance est un peu pâlotte dans le ciel.

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Après renseignements, on apprend que le soleil ne reviendra dans le coin que d’ici deux jours, alors on décide de bouger vers d’autres contrées, et puis on passera à nouveau ici quand on redescendra la Route 12. Et puis moi, ça me fera prendre un peu de recul par rapport à ce lieu, dont je n’ai toujours pas trouvé à qui, ou quoi, il me fait penser…

On fait malgré tout une boucle jusqu’en bas du parc avant de partir, et même quelques pas dans la neige, encore présente à certains endroits où l’altitude frôle les 2 800 mètres.

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Les enfants grimpent sur un arbre vieux de 800 ans si mes souvenirs sont exacts, eux se foutent bien de son âge, tant que ses branches tiennent le coup…

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Vient ensuite la traversée de « Grand Staircase-Escalante National Monument », une région désertique, uniquement habitée par des rochers aux diverses couleurs, déterminées par la période à laquelle ils se sont formés.

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Il n’est pas recommandé de tomber en rade par ici, car le temps que la dépanneuse arrive à toi, un paquet de temps s’est écoulé à mon avis, et bonjour la facture au final…

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Après une nuit sur le bord de la route, nous arrivons à un nouveau parc le matin suivant, Capitol Reef.

Pour simplifier, Capitol Reef est un pli géant, une gigantesque ride de la croûte terrestre formée il y a 65 millions d’années, et qui s’étend sur plus de cent cinquante kilomètres. Un truc de dingues…

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Les routes non pavées qui contournent cette immense muraille naturelle étant inadaptées au gabarit de Ducon, on s’est contenté d’une virée à pied sur le « Grand Wash », un lit de rivière, sans eau je vous rassure, entouré d’immenses rochers de plusieurs dizaines de mètres de haut, très impressionnant…

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Pas étonnant que les premiers explorateurs, partis à la découverte du Nouveau Monde, aient surnommé cet énorme bourrelet le « récif infranchissable », lorsqu’ils se sont retrouvés à son pied, s’interrogeant sur la façon de le franchir, tout en se grattant la tête…

Les chèvres sauvages qui peuplent le parc, quant à elles, ne se posent pas autant de questions que l’homme, et se retrouvent en deux temps, trois mouvements en haut des gros cailloux, avec une agilité déconcertante.

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À propos de ça, qu’est-ce qu’on en aura vu des animaux à l’état sauvage, errant librement dans leur élément, au cours de ce voyage. C’est quand même plus fun de cette façon, plutôt que d’aller leur faire signe à travers leurs cages au zoo du coin, les voyant sombrer lentement dans la dépression, après avoir perdu toutes illusions de fouler les grands espaces un jour…

Voilà, on avait ainsi atteint le bout de la Route 12, et il était temps désormais de faire marche arrière, en marche avant tant qu’à faire, pour revenir vers Bryce Canyon.

On atteint quasiment les 3 000 mètres d’altitude sur cette route, et une petite nouveauté avait fait son apparition depuis la veille… la neige !

On en avait déjà aperçu quelques prémices quelques minutes après avoir laissé Capitol Reef derrière nous, plutôt sous la forme de léger givre s’étant installé sur les branches des arbres, et plus on montait, plus le tapis s’éclaircissait, pour finir totalement blanc au sommet des montagnes que l’on franchissait. Belle surprise pour finir la journée !

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Il y avait un trail qu’on avait repéré à l’aller, le « Lower Calf Creek Falls », menant à une superbe cascade, mais long de presque dix kilomètres aller-retour.

Après une courte hésitation, on a décidé de se lancer dans ce nouveau défi le lendemain matin, alors on s’est installé sur le parking situé au départ de la randonnée pour passer la nuit, vu que Ducon était trop gros pour avoir droit à un emplacement dans le camping juste à côté. On n’est loin d’avoir réglé le problème de l’égalité pour tous en ce bas monde…

On est parti sous un lumineux soleil pour notre balade, plein d’entrain et de motivation. Notre plus grande inquiétude avec Jess était de savoir à partir de quel moment notre adorable petite Jeanne allait se transformer en affreux boulet, incapable de faire un pas supplémentaire à moins qu’on lui refile soixante-seize cookies sur le champ, allant jusqu’à remettre en cause notre considération et notre amour envers elle, en lui imposant ce genre de torture…

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Mais on s’était complètement planté ce jour-là, car elle a été exemplaire du début à la fin, réalisant les dix bornes sans jamais se plaindre, ni demander une assistance encore plus imposante que celle dont bénéficient les grands dopés sur deux roues qui en décousent sur les routes de France chaque mois de juillet.

Jack, lui, a jugé plus judicieux de s’endormir pendant la marche – il est pas con ce gamin ! – et s’est laissé escorter par sa courageuse maman, pendant que moi, j’essayais d’aider Jules à choisir pour quel instrument de musique il pourrait bien opter à la rentrée prochaine, car il semblerait que ça le démange de se dégourdir les doigts sur une guitare ou un piano.

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Comment pourrais-je décider à sa place ? Je me suis donc contenté de lui demander s’il préfèrerait ressembler plutôt à Yves Duteil, ou alors à Richard Clayderman quand il sera grand…

Guidés par le chant du ruissellement de la rivière cachée derrière les rochers ou les buissons, nous avons courageusement remonté tout le sentier nous menant à la cascade, pour y arriver environ deux heures et demie plus tard, fatigués mais trop contents d’être là.

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L’endroit est magnifique, les enfants ont bien rigolé en construisant des barrages, en sautant par-dessus la rivière, et puis on a pique-niqué sur place, après avoir demandé aux blaireaux pas loin de nous de garer leurs gros clébards plus près d’eux, parce que j’ai pas confiance dans ces bestioles, ni dans leurs maîtres qui t’assurent, comme s’ils pouvaient lire dans le cerveau de leurs boules de poils qu’ils aiment plus que leurs gosses, qu’ils sont adorables, et ne feraient pas de mal à une mouche… C’est ça ouais… et ben va faire un tour ailleurs voir si tu trouves des mouches, vous jouerez à la marelle ensemble, et nous on sera peinards !

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Le retour s’est bien passé, avec une Jeanne tout terrain, infatigable, et le seul mini incident à signaler aura été la rencontre inattendue avec le serpent dont je vous ai parlé au début, mais contrairement aux chiens, lui, il s’est tiré sans faire de bruit, et sans nous chercher d’histoires…

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On allait maintenant pouvoir retourner à Bryce Canyon, et moi, tenter de percer le mystère de l’origine des fameux Hoodoos qui font la fierté de ce parc.

Ah oui, je ne vous les avais pas présentés les Hoodoos… ce sont ces sortes de colonnes qui se détachent des montagnes et partent faire leur chemin, après le travail de l’érosion durant des millénaires.

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Le résultat est sublime, surtout au lever du jour, quand le soleil est enfin de la partie et illumine « Bryce Amphitheater », un troupeau de Hoodoos vivant en groupe ici, depuis « Inspiration Point », un des plus réputés point de vue du parc.

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Comme toute la petite famille dormait toujours à mon retour (le soleil se lève très tôt !), j’ai continué ma route jusqu’au « Natural Bridge », toujours à la recherche de l’inspiration, pour enfin découvrir d’où provenaient ces étranges formes dressées comme ça vers le ciel mais là encore, je n’ai pas trouvé de réponse…

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C’est un peu plus tard que l’évidence allait éclater au grand jour, lors d’une randonnée longue de cinq kilomètres dans laquelle je m’aventurai seul, le « Peekaboo Loop ».

Ce chemin assez raide, au cœur des montagnes, offre de très belles vues sur le « Bryce Amphitheatre », et peu de gens s’y étaient aventurés ce matin-là.

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Après une bonne heure de marche sans croiser plus personne, je pensais bien être le seul à m’être engagé aussi loin dans cette direction, et puis soudain j’ai entendu ces chants, douces mélodies fredonnées par une petite voix tremblante, derrière un gros rocher.

Je ne reconnaissais pas ce langage, et la chanson ne me disait rien non plus. En tout cas, je suis sûr qu’elle n’était jamais rentrée au Top50 durant les années 80, car je n’ai jamais raté une émission !

Je me suis approché doucement, j’ai tendu l’oreille encore plus tout en penchant la tête pour jeter un oeil derrière ce rocher – ce qui est super dur techniquement – et j’ai aperçu cette femme…

C’était une vieille grand-mère indienne, d’au moins cent ans, assise au bord de la falaise, en train de contempler la forêt de Hoodoos devant elle.

Sentant ma présence – les indiens ont un odorat exceptionnel, et puis c’est vrai qu’au bout d’une heure de grimpette sous le soleil, tu fouettes ! – elle s’est lentement retournée, et, à ma vue, m’a souri. J’ai failli m’évanouir en découvrant les deux affreux chicots qui lui restaient sur la gencive inférieure, elle avait le même sourire que Shane McGowan, le chanteur des Pogues !

C’est à ce moment précis que tout est devenu clair dans mon esprit : Bryce Canyon, c’est le cimetière des dents pourries ! C’est pourtant évident… il faut bien trouver un endroit pour les stocker toutes ces vieilles quenottes sans avenir, rongées par les années, par les abus de café et de cigarettes, ou par l’ignorance de l’existence du dentifrice…

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Et c’est une bonne idée finalement d’avoir créé ce parc, parce qu’autant une seule dent, posée sur le rebord de la cheminée, dans le salon, en guise de souvenir, c’est moche, mais là, toutes ensemble alignées, d’un jaune éclatant quand le soleil vient les dorer, c’est magnifique…

Du coup, je suis resté quelques minutes avec elle à les admirer, sans dire un mot, et puis au bon d’un moment, elle a ouvert les yeux, et s’est levée. Je l’ai regardée, j’ai vu une larme couler sur sa joue quand elle est repartie…

Après réflexion, j’en ai déduit qu’elle était venue déposer des fleurs aux pieds de quelques dents pourries ayant appartenues à un proche, disparu depuis trop longtemps, ou peut-être tout simplement aux siennes, dont elle avait fait don, et dont la vision l’a renvoyée subitement vers sa jeunesse depuis si longtemps envolée, c’était très émouvant…

Voilà, j’avais donc enfin percé le mystère de Bryce Canyon, et je m’en sentais d’un coup beaucoup plus léger, libéré d’un poids trop lourd pour mes frêles épaules…

Je suis retourné au camping-car pour déjeuner, car il devait bien être quatorze heures avec tout ça, et j’avais très faim. Après le repas, je me suis lavé trois fois les dents…

Le dernier parc au programme de cette tournée infernale était Zion, où nous sommes arrivés en fin d’après-midi, après avoir croisé sur notre route mon Diner préféré depuis le début de notre voyage…

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Quand tu y arrives par l’Est, tu dois passer un tunnel assez étroit, et long d’environ deux kilomètres, ce qui demande une logistique particulière pour des véhicules du gabarit de Ducon. En gros, le Ranger présent sur place doit bloquer la circulation arrivant de l’autre côté du tunnel, afin que l’on soit sûr de ne croiser personne durant la traversée, car il y aurait fatalement friction, et tout ceci après nous avoir racketter de quinze dollars en guise de commission…

Zion se visite uniquement en bus, tu ne peux pas circuler à l’intérieur du parc dans ton véhicule. Et comme ils roulent jusqu’à vingt heures trente, on a pu effectuer une première visite avant la tombée de la nuit, ça nous donnait un aperçu de ce qu’on allait pouvoir découvrir de plus près le lendemain.

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Nous qui pensions voir d’entrée de jeu tout plein d’animaux sauvages, le premier que nous avons croisé, à l’arrêt de bus, était un « Stink Bug », un insecte qui pue pour traduire, mais qui a su, heureusement, rester propre lors de notre rencontre !

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Nous sommes sortis du parc pour trouver un endroit pour la nuit, en plein milieu des montagnes, déjà pressés de voir le soleil revenir le lendemain matin pour profiter des beautés de ce nouveau lieu.

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Nous avons trouvé un trail plutôt sympathique à faire tous ensemble le jour suivant, qui allait nous mener jusqu’à « Emerald Pool », de petites piscines naturelles au milieu des montagnes.

Quelques biches sont venues nous saluer près de l’arrêt de bus, Jess et Jules ont aperçu des dindons sauvages pendant le trajet, et des écureuils sortaient de partout durant notre randonnée, attendant qu’on leur fasse quelques offrandes à grignoter…

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Alors autant Jeanne ne semble pas du tout impressionnée quand on lui dit qu’on a croisé un serpent sur notre chemin, comme ce fut le cas quelques jours auparavant, autant la présence de petits rongeurs à queue touffue autour d’elle la met dans un état d’hystérie quasi incontrôlable. C’est vrai qu’ils sont réputés pour être assez agressifs avec les visiteurs, surtout quand il y a de la bouffe en jeu, et ils ont la griffe facile…

On aurait pu en rester là avec la visite de ce parc jusqu’à ce que mon petit Jules ne me fasse un aveu qui allait changer littéralement la journée du lendemain. Nous avons en effet appris qu’une énorme inondation avait été provoquée par l’oubli d’un vacancier trop distrait de fermer le robinet mis à disposition des randonneurs à la fin du trail d’« Emerald Pool », et mon petit gars, rongé par la culpabilité, est venu me confesser qu’il ne rappelait pas avoir coupé l’eau après s’être lavé les mains hier, au terme de notre randonnée…

La tuile…

Dans un premier temps, je me suis dit, en bon français, qu’il valait mieux se barrer très loin, et très vite, avant de se faire repérer !

Et puis j’ai eu des remords, surtout après le sermon que j’ai fait à mon fils, du style : « Tu te rends compte, tu vas inonder l’Amérique toute entière si ça se trouve… Et l’Afrique, tu y as pensé à l’Afrique ? Ils n’ont rien à boire là-bas, et toi, pendant ce temps-là, tu gâches des tonnes et des tonnes d’eau ! Fils d’andouille, va ! ».

J’ai donc décidé d’y aller seul, afin de réparer cette bévue de notre Gaston Lagaffe à nous, au péril de ma vie…

Il fallait pour ça remonter le courant provoqué par l’inondation, en passant par les « Narrows », un passage coincé entre deux falaises de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, et ce sur plusieurs kilomètres.

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Heureusement, j’avais gardé la tenue de surfeur que j’avais initialement prévue pour explorer la « Wave » une semaine plus tôt, au moins ça allait me servir à quelque chose…

De brèves embrassades à tous les membres de la famille, et hop, me voilà parti dans cette aventure qui, je l’espérais, ne serait pas la dernière…

L’espace d’une journée, je me suis vraiment senti dans la peau de Nicolas Hulot, celui d’avant qu’il ne se lance dans la politique, sauf qu’il n’y avait pas de caméras pour filmer mes exploits.

J’ai vraiment ressenti la solitude de l’homme face à la nature déchaînée, l’eau pouvait parfois arriver au niveau de mes genoux, des fois même à ma taille, voire même jusqu’au nombril, et le courant atteignait dans certaines portions des vitesses très rapides.

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C’était un combat permanent… Plusieurs fois, le courant a pris le dessus et m’a emporté, je n’ai dû alors mon salut qu’à une branche d’arbre ou un rocher auxquels j’étais parvenu à m’agripper au tout dernier moment ! C’était chaud là, les copains…

Cela dit, c’était beau à voir, et je me suis mis à remercier Jules d’avoir laissé l’eau couler pour m’offrir un si beau spectacle !

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Et puis vous savez qu’en Amérique, tout s’achève par un « Happy Ending », sinon c’est pas vendeur, alors je l’ai retrouvé ce fameux robinet, après plus de quatre heures de remontée des flots, et je l’ai fermé, mettant ainsi un terme à cette inondation, et à l’angoisse de tout un pays…

Je n’avais plus qu’à faire demi-tour et rentrer annoncer la bonne nouvelle à mon gamin, mais la route était encore longue, et l’eau n’avait pas totalement disparue. Je crois d’ailleurs que c’est encore plus délicat de descendre un cours d’eau, donc d’être dans le sens du courant, plutôt que de lui faire face. J’en veux pour preuve que j’ai réussi à me casser la gueule dans le bouillon, et à perdre pendant cette chute mes lunettes qui, je l’espère, feront le bonheur d’une tortue ou d’un écureuil astigmates.

Au final, je n’y voyais plus grand chose sans mes lorgnons, mais j’avais sauvé l’Amérique, voire peut-être même l’Afrique, enfin le monde entier quoi !

J’ai ensuite rejoint le bus qui allait m’emmener jusqu’au Visitor Center où Ducon et la petite famille m’attendaient dans l’angoisse générale, se rongeant tous les ongles jusqu’au sang, même ceux des doigts de pieds, et quand on voit dans quel état ils sont leurs panards, ça fout les boules !

Le chauffeur du véhicule nous a annoncé la présence d’un lynx sur le parking d’un petit hôtel le long de la route, mais comme j’étais du mauvais côté, je ne l’ai pas vu…

Je te raconte pas la tronche du mec qui repasse à sa voiture parce qu’il a oublié sa crème de nuit dans la boite à gants, où si sa femme lui a demandé de lui ramener son magazine de chasse et pêche favori, et qui tombe nez à museau sur le fauve, qui vient tout juste de jeter un rapide coup d’œil dans la bagnole, reprochant ainsi fortement à son épouse d’avoir ce genre de lecture…

Puis vient l’arrivée triomphale au camp de base où m’attendent mes proches. Je rassure tout de suite Jules sur l’heureux dénouement de ce feuilleton.

Lui, en bon élève qui a bien retenu la leçon, me promet de ne plus jamais se laver les mains de sa vie…

Vous voyez, c’est ça l’Amérique, tout est bien qui finit bien !

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Kanab, Utah

Mercredi 02 avril 2014, 07:00 pm

Kanab, Utah

Je ne joue jamais au Loto, j’y crois pas trop à ces trucs-là… D’ailleurs, je ne joue quasiment pas aux jeux d’argent, à part un petit Loto sportif de temps en temps, mais plus pour me prouver que je m’y connais encore en ballon que dans l’espoir de devenir multi millionnaire d’une seconde à l’autre.

N’empêche que demain matin, ça fera mon troisième jour d’affilée où je serai présent au Visitor Center de Kanab, croisant discrètement les doigts dans ma poche, dans l’espoir d’être l’un des dix heureux élus bénéficiant de l’obtention d’un permis pour aller visiter la célèbre et sublime « Wave », après le traditionnel tirage au sort de neuf heures.

Au moins, ce jeu là est gratuit, donc tu ne te ruines pas en tentant ta chance, et puis ça ne nous dérange pas plus que ça d’attendre encore une journée de plus ici, vu qu’aujourd’hui, quand il ne neige pas, c’est qu’il pleut, donc ce n’est pas un temps à partir à l’aventure dans les canyons du coin, ni à rouler sur les routes sinueuses de montagnes.

Et puis tu te dis que peut-être demain, c’est le bon jour ! Car c’est vrai que sans en faire une fixette, aller se balader dans cet endroit, cette fameuse vague dessinée dans les montagnes, ça doit être vraiment extraordinaire… Encore un endroit magique dont l’Ouest américain a le secret, mais dont l’accès est, comme vous l’aurez compris, très contrôlé et limité. Dix places attribuées sur internet en t’inscrivant sur leur site des mois avant ta visite, et puis dix autres distribuées la veille, suite à un tirage au sort, sachant qu’il y a du monde au portillon !

Nos deux premières tentatives ne nous ont pas souri, alors on se laisse encore le droit de rêver demain, et puis si ce n’est pas pour nous, et bien on ira voir ailleurs…

En attendant cette dernière chance, on s’est retranché toute la journée dans la librairie de la ville. Et la journée s’est bien passée finalement… Jules a eu droit à un cours d’espagnol en entrée, un autre de maths en plat de résistance, avant de passer à l’éducation civique et morale en guise de dessert !

Pendant ce temps-là, les deux petits ont profité de l’espace enfants avec leur mère, avec de beaux contes et des jeux sur ordinateur au programme.

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Et moi ? me demanderez-vous… Oh, moi, je me suis dis que c’était un temps idéal pour faire du sport, alors j’ai regardé le match PSG- Chelsea en streaming avec Ducon, qui est très football lui aussi ! Quel match, quelle ambiance, ça commençait à me manquer…

Et oui, que voulez-vous, on a tous nos petits défauts !

Voilà donc où nous en sommes, suspendus à la décision d’une petite boule contenant le numéro qui nous a été attribué, de se frayer ou pas un chemin entre toutes ses copines jusqu’à la main du Ranger chargé d’animer l’événement…

Mais même si, pour ce coup là, la chance décide de ne pas se mettre de notre côté, on ne sera pas venu dans le coin pour rien malgré tout, car tout ce qu’on a eu le bonheur de visiter ces derniers temps nous a déjà amplement régalé, et comblé…

C’est pour cela qu’on en veut toujours un peu plus je crois, on est comme des gamins dans un immense terrain de jeux, et on veut tous les découvrir !

En plus, tout prend de l’ampleur dans la grandeur et la beauté au fil des lieux que l’on visite… On finit par se demander jusqu’où ça va aller !

Antelope et Rattlesnake Canyons, situés à côté de Page, Arizona, font partie de ces incroyables endroits. Nous sommes toujours en territoire indien là-bas, alors tu as le plaisir d’être accompagné par un Navajo quand tu y pars à l’aventure.

Mon indien à moi s’appelait Jake. J’aurais préféré « Regard perçant comme l’Aigle » ou « Rapide comme le Jaguar » comme nom, mais bon, c’était Jake… À part ça, il était cool le mec. L’indien moderne, quoi… avec téléphone portable et oreillette, carburant aux boissons énergétiques à gogo, exactement l’image qu’on s’en fait avant de débouler !

On a commencé par Rattlesnake Canyon, un long couloir en plein air, aux parois déformées par le temps et les éléments, couleur ocre. Sublime et étrange lieu, tu ne sais même plus si tu es sur Terre…

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Le décor est fabuleux, mais compliqué à installer. En fait, après avoir réfléchi intensément au truc depuis, je crois avoir compris : ils tendent des draps de chaque côté, sur lesquels ils ont laissé les plis exprès, et puis après, y’a des mecs derrière qui se pointent et qui se positionnent dessus de différentes manières, de façon à donner tout plein de formes différentes aux murs. C’est futé, mais il fallait y penser !

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Le résultat est parfait, et étonnant. Tu as l’impression de croiser des visages humains, des monstres, et d’autres formes, tous incrustés dans la pierre.

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Après cette belle mise en bouche, tu files à Antelope Canyon. C’est quasiment la même chose, sauf que le jour ne rentre pratiquement pas à cet endroit.

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C’est encore plus impressionnant, comme une grotte, mais le sol est composé de sable, et les rafales de vent qui s’engouffrent le font s’envoler dans tout l’espace.

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Et puis tout d’un coup, après plusieurs centaines de mètres traversées dans le canyon, Jake, comme les indiens dans les films, ralentit le pas, hume l’air, le regard fixe, comme s’il sentait que quelque chose d’exceptionnel allait se passer.

Moi, en bon occidental plein de principes, je me suis dit qu’il allait m’annoncer que ça allait être l’heure de bouffer !

C’est alors qu’elle est apparue devant mes yeux, douce, toute fine au départ, et s’épaississant de plus en plus, m’éblouissant de sa splendeur…

La lumière…

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Comme une apparition divine au milieu de nulle part. Il l’avait sentie l’indien, lui devinait qu’elle était sur le point d’arriver, pendant que moi, je ne voyais rien venir…

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Je suis resté scotché pendant plusieurs minutes, incapable de faire le moindre mouvement, de prononcer le moindre son, j’étais sidéré.

Jake, à côté de moi, avait les yeux fermés et respirait lentement, comme s’il laissait cette offrande tombée du ciel le pénétrer, le ressourcer de sa chaleur et de sa force.

J’en ai donc fait de même, en me demandant d’où cela pouvait bien provenir, et ce que cela signifiait.

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Pendant ces longues minutes de méditation, j’en suis arrivé à deux éventualités : soit j’ai rencontré Dieu, ou c’est plutôt lui qui est venu exprès pour me voir, apprenant que je traînais dans le coin… soit je suis arrivé là pile pour le début d’un concert de Jean-Luc Lahaye, tentant un improbable come-back dans le monde impitoyable du Show Business, en débutant sa tournée par l’Arizona et son fervent public Navajo !

Au bout de quelques minutes, ne voyant ni Jean-Luc apparaître dans le faisceau de lumière, vêtu de son long imperméable en cuir et tenant sa guitare dont il ne sait même pas jouer une note je pense (c’est pas bien de juger quand on ne sait pas…), ni Dieu venant à moi pour me donner de précieux conseils concernant la voie à suivre pour marcher droit, un peu comme il l’avait fait avec la doublure de Don Camillo dans ces mémorables publicités pour les pâtes Panzani, j’en ai déduit, ce qui ne m’a pas plus surpris que ça, que Monsieur Lahaye ne fera jamais son grand retour sur le devant de la scène, et que Dieu n’existe pas (désolé si je froisse ceux qui y croient, mais je respecte totalement votre choix, tant que vous n’avez pas pris le kit complet, avec les œillères et les bouchons à oreilles incorporés…).

Après avoir questionné Jake sur la nature de ce phénomène extraordinaire et unique dont nous venions d’être les témoins privilégiés, il m’a simplement répondu que c’était comme ça tous les jours, vers midi, au moment où le soleil était à son zénith…

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Ah ouais d’accord, la routine, quoi… Mais donc, au final, j’avais raison, comme ça se passait aux alentours de midi, c’était bien l’heure de bouffer !

J’ai donc retrouvé ma petite famille, et après un dernier petit tour dans Page, nous sommes partis vers notre nouvelle destination, la plus belle, la plus majestueuse, la plus mythique.

Et après celle-là, tu peux te vanter de ne pas être venu pour rien dans ce pays, comme si tu avais encore quelques doutes à ce sujet…

Effectivement, ça m’aura au moins donné l’occasion de me faire une des sept Merveilles du Monde ! Ce n’est quand même pas tous les jours que ça arrive dans la vie d’un homme. En tout cas, pour moi, c’était la première fois, et comme toute les premières, ça vous marque à jamais…

Mais non, calmez-vous les mecs, je ne parle ni de Scarlett Johansson, ni de Naomi Campbell, vous n’y êtes pas du tout, même si elles ont de très convaincants arguments pour figurer dans cette liste. Vous avez vraiment l’esprit mal placé ! En fait, je parle du Grand Canyon…

J’aurais dû en effet être plus précis… je parlais d’une des sept Merveilles naturelles du Monde… mais ça a de la gueule quand même, même si l’usage n’est pas le même ! Cela dit, ce sont aussi de ch’tites enfants de la nature, Scarlett et Naomi, donc on aurait pu les inclure dans ce classement. Je me pencherai sur cette question dès mon retour en France…

C’est fou ce grand Canyon, planqué au Nord de l’Arizona, comme on cache un trésor dans sa chambre. Et puis quand on l’a trouvé ce trésor, il n’y a plus de place pour le reste, seul lui attire ton regard et ton admiration.

Jess avait bien fait de réserver trois nuits au camping local. Moi, je me demandais si ça ne faisait pas un peu trop, sachant qu’il y a tant d’autres choses à voir, et que l’horloge tourne beaucoup trop vite à notre goût. Au bout du compte, ce sont quatre nuits que nous passerons ici.

Mais parlons d’abord de notre arrivée dans ce lieu magique.

Quand tu t’en approches, tu ne sens pas le truc venir, car c’est aussi plat que la Beauce autour, même seulement cinq kilomètres avant. Et puis paf ! Tout à coup, c’est le grand saut, la crevasse royale, pire que celles qui me rongent les pieds dès que je porte des sandales plus de deux jours d’affilée (ça donne envie les filles, non ?). Et ouais, la Colorado River, c’est entre mille et mille cinq cents mètres plus bas qu’elle trace sa route ! De quoi te coller le vertige quand tu ne t’y attends pas.

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À ce propos, on a appris, par l’intermédiaire d’un Ranger qui faisait la leçon aux enfants dans leur formation de Junior Ranger, qu’un mec de cinquante-deux balais, deux semaines auparavant, s’est privé du bonheur d’en avoir cinquante-trois un jour, en glissant sur un sol graveleux et pentu, tout ça pour faire une photo… Vous savez quoi ? C’est pour ça que je n’ai jamais voulu faire reporter ! Le pire, c’est qu’il a fait ça devant sa femme… s’il voulait l’épater, il a réussi son coup le gars !

On a commencé notre découverte du lieu par un coucher de soleil sur les montagnes, au Mather Point, idéale entame pour s’imprégner de l’ambiance locale. Le ciel était bas de plafond, sombre, menaçant, laissant malgré tout un étroit passage aux derniers rayons de soleil, réchauffant encore un peu les sommets des montagnes avant que la nuit glaciale ne s’installe pour de bon.

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Avant le noir complet, c’est de rose que s’habillent les nuages. C’est magnifique, et ça fait rêver Jeanne.

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Le camping est sympa, on a fait un feu, des saucisses et des Marshmallows grillant au-dessus des flammes ont composé notre dîner. Avant de m’endormir, j’ai mis le réveil pour six heures.

Le tableau a autant de gueule au lever du jour, sauf qu’il faut regarder sur la droite, contrairement à la veille au soir !

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Plus la lumière monte, plus toutes les fractures dans le paysage se dévoilent à nos yeux, comme les rides sur le visage d’un centenaire éclairé par une bougie, superbe et plein de caractère…

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Ne pouvant pas nous permettre d’embarquer les enfants dans des randonnées de dingues, malgré notre envie folle d’aller tremper les pieds dans le fleuve – mais cette initiative est fortement déconseillée dans l’espace d’une journée, car trop fatigante et dangereuse – nous avons opté pour un trail déjà bien costaud, appelé Bright Angel.

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Les gamins ont été super courageux, surtout pour la remontée, car c’est assez raide. On s’est encore rendu compte de l’immensité du paysage, sa profondeur, c’est assez fou…

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Ah ouais, un petit conseil qui n’a rien à voir, si jamais tu te pointes ici un jour… Ne file jamais à bouffer à un écureuil, ou n’essaie même pas de t’en approcher de trop près pour t’en faire un pote, parce que déjà, il n’en a rien à foutre de toi, et puis en plus, il a la détente facile au niveau des griffes. Et comme il est porteur de plein de sales maladies récoltées à gauche à droite dans le coin, t’es mal barré après. C’est un peu comme les pigeons parisiens, faut pas les fréquenter !

Sans compter que si tu chopes un truc douteux, va expliquer après à ta femme que c’est un écureuil qui t’a refourgué ça, juste parce que t’as voulu partager ta barre de céréales avec lui ! Un peu limite comme argument…

Le ciel s’est ensuite bien chargé pour la fin de la journée, ils annonçaient même d’éventuels risques de chutes de neige, mais quel que soit la météo, cet endroit a son charme.

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L’autre façon de visiter le grand Canyon, c’est de se déplacer dans les navettes mises à disposition des visiteurs, et qui te déposent à différents points de vue du site.

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C’est ainsi qu’on a occupé notre jeudi, se laissant transporter de-ci, de-là, profitant des quelques chemins longeant les falaises histoire de se dégourdir les jambes de temps en temps.

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Puis tout le monde est rentré au camping, à part moi qui préférais me peler les miches à attendre l’arrivée de la nuit ! C’était joli, c’était calme, j’étais frigorifié, ne sentant plus mes pieds… le doigt, quoi ! Euh… ne sentant plus mes doigts… le pied quoi !

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Le lendemain, j’avais prévu de me lancer dans un attirant trail d’environ dix kilomètres aller-retour, qui me descendrait jusqu’à Skeleton Point, après 620 mètres de dénivelé.

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Très belle balade encore une fois, et qui permet en plus de voir le Canyon sous un autre angle, après t’y être enfoncé de quelques centaines de mètres.

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J’ai aussi eu la chance de croiser quelques mules qui remontaient le chemin, guidées par leur maître. C’était une autre option ça, la descente du canyon à dos de mule, et puis tu passes une nuit en bas à bivouaquer. Le seul inconvénient quand tu prend cette formule, c’est son prix : cinq cents dollars par adulte la virée !!! Il plane un peu le vieux barbu avec son chapeau de cowboy…

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La randonnée m’a pris à peine quatre heures, et j’ai pu ensuite aller visiter le musée du parc, qui vante la beauté de son trésor aux couches multicolores.

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Il offre aussi une superbe vue sur le canyon, et c’est juste à côté que je me suis installé pour ce nouveau magnifique crépuscule.

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Nous avons passé ce soir là notre dernière nuit ici, et puis toutes les bonnes choses ayant une fin, nous avons quitté notre petite Merveille le samedi, sans omettre de nous arrêter à quelques autres somptueux points de vue le long du « Desert View Drive ».

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Ce qui est génial avec le Grand Canyon, c’est qu’il n’est jamais le même d’un jour à l’autre, les couleurs changent constamment selon l’heure qu’il est aussi, c’est surprenant…

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Et puis en le regardant une dernière fois, avant de le quitter définitivement – c’était au Grandview Point – j’ai trouvé à quoi il me faisait penser ce paysage. On dirait un énorme gâteau d’anniversaire ! Mais tu vois, le gâteau que tu as fait faire exprès pour l’occasion, avec le plus de couches possibles… Un gâteau royal ! Avec de la mousse de framboises pour les reflets violets, des tranches de kiwis pour le vert, des bananes écrasées pour le jaune, des amandes grillées pour le marron, et encore plein d’autres surprises à chaque nouvelle couleur… Trop bon !

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Ça donnerait presque envie de plonger dedans pour aller en déguster une grosse part !

Mais ça donne aussi tout plein d’autres envies cet endroit, tellement il est beau et mystérieux.

Tu t’imagines oiseau, histoire de te laisser planer au-dessus de ce paysage, et piquer d’un coup tout droit vers le fleuve, en frôlant les falaises. Juste avant de plonger, tu te changes en poisson, et te voilà dans les eaux froides de la Colorado River, à défier les courants, slalomant entre les rochers, au milieu des rapides, comme c’est grisant… et tu deviens grenouille, parce que… ben parce que ça doit être cool d’être dans la peau d’une grenouille rien qu’une fois dans sa vie !

Quand tu quittes ce coin, et que tu t’apprêtes à retrouver les grandes plaines alentour, là encore le contraste est saisissant. Tu te demandes comment une telle fissure est venue s’installer au cœur de cette région, et quand tu penses que deux kilomètres plus loin, tu n’en verras plus une trace, c’est assez barge…

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Voilà pour le Grand Canyon, il va falloir maintenant rebondir sur un autre point de chute, préparer nos yeux d’enfants à de nouvelles découvertes, en espérant qu’elles soient toujours aussi belles…

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Changement de décor le lendemain… Une terrible tempête de sable a décidé de s’installer à Tuba City, où nous avons passé la nuit. Le vent se déchaîne, et le ciel s’est inventé une nouvelle couleur, il est marron, car le sable se sent pousser des ailes ce jour-là…

On s’improvise une journée super cool, en pyjama jusqu’à point d’heure. Les enfants font les fous dans leur chambre, et l’après-midi se passe à la librairie, à bouquiner et à jouer à l’ordi, en attendant que la lumière revienne.

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Nous nous remettons en route vers seize heures, dans la direction de Kanab, sans nous presser.

Une petite incursion à Glen Canyon, rien de bien folichon à voir, et puis une autre halte à Marble Canyon, à la station service, car Ducon est assoiffé…

En face de la station, un vieux zinc attend, seul, sur la piste en terre de l’aéroport du coin. J’emmène Jules avec moi et on part lui rendre une petite visite amicale.

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Je me demande ce qu’il a survolé dans sa vie, mais j’imagine qu’il a dû voir le Grand Canyon, Bryce et Zion Canyons, entre autres. Un bon vieux baroudeur…

J’aimerais bien que Nicolas, mon pote de Villepreux, soit avec nous. Il nous aurait fait décoller cet engin pour nous offrir le plus beau vol qu’on n’ait jamais connu de notre vie, en tout cas de la mienne !

Après Marble City, il y a un chouette endroit, au bord de la route, peuplé de champignons géants. On dirait qu’un artiste bien perché est venu ici un jour, créant ces sculptures phénoménales histoire de marquer à jamais son passage dans le coin. Et il s’est arrangé pour rendre leur cueillette impossible… beaucoup trop lourds les engins ! À part Obélix, je ne vois pas qui pourrait soulever de telles masses…

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De vielles bicoques en pierre, abandonnées depuis un bon bout de temps, complètent le tableau. Un peuple indien a certainement occupé ce village jadis, et maintenant, ces ruines, ainsi que les champignons, certes non comestibles, mais bien agréables à escalader, composent un lieu idéal pour défouler les enfants après quelques heures de route.

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Et depuis, nous nous sommes posés à Kanab, à tenter notre chance chaque matin, espérant être désignés par le tirage au sort qui envoie les vainqueurs en virée sur la « Wave ».

Je vous rassure, on ne passe pas le reste de nos journées à attendre le lendemain matin en se tournant les pouces !

Hier par exemple, comme la météo était plutôt clémente, on est allé s’engouffrer dans un petit canyon, situé à une cinquantaine de kilomètres d’ici, et qui ressemble un peu à son cousin d’Antelope, celui où Jean-Luc Lahaye fait une apparition tous les jours à midi…

Pour y arriver, tu dois d’abord te beurrer une longue traversée sur une route non pavée, pleine de bosses, tout ce que ce brave Ducon déteste. Encore heureux que les enfants ne soient pas malades en bagnole, parce que là, vu à quel point ça secouait, ils nous auraient refait toute la déco intérieure !

Une fois garé, tu marches un bon quart d’heure en plein cœur de la nature, en attendant d’atteindre le canyon.

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Et puis enfin tu y arrives, et c’est parti pour une balade dans le labyrinthe géant !

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C’était cool de voir cet endroit, car comme j’étais le seul à Antelope (le reste de la famille n’aime pas Jean-Luc Lahaye, ils n’y connaissent vraiment rien en musique…), tout le monde a pu se rendre compte à quoi ressemble ce genre de lieu, avec ses étroits couloirs aux murs déformés.

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Les enfants ont pu faire un peu de grimpette sur les parois lisses qui nous entouraient, on s’est fait un méga goûter pour recharger les batteries avant de faire demi-tour, et Jeanne n’a pas pu résister à la tentation d’inviter Jack pour une petite ronde sur le dance floor ensablé…

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Faut bien le reconnaître, on a la belle vie quand même, pendant qu’il y en a qui bossent…