Globe, Arizona

Jeudi 06 mars 2014, 03:00 pm

Globe, Arizona

Vous n’en avez pas marre de lire tous les mensonges que je vous raconte sur notre soi-disant périple aux États-Unis depuis septembre dernier ? Parce qu’en vrai, c’est du pipeau tout ça ! Ça fait six mois qu’on zone à Melun, cachés à l’abri de la folie et du brouhaha de la vie parisienne, sans oser l’avouer ni aux copains, ni à la famille… Alors du coup, on a inventé cette escapade, ça faisait plus classe quand même qu’une retraite en banlieue !

Je dis ça, mais je ne sais même pas si c’est en banlieue Melun, mais c’est le premier nom qui m’est venu pour cet intro foireuse…

C’est peut-être que je n’ai pas tout le temps le courage et l’envie de vous étaler notre quotidien américain, y’a des moments comme ça, que voulez-vous…

Mais ça tombe bien car ce matin, en essayant de ranger la chambre des enfants, ce qui s’avère à chaque fois être une tâche très ardue, je suis tombé sur leurs journaux intimes respectifs. C’est pas bien de lire ces choses-là, surtout qu’on ne sait jamais ce qu’ils pourraient bien raconter sur moi, mais bon, je suis leur père, et j’ai ainsi tous les droits, puisque c’est moi le chef !

Et puis ça m’a ramené vers mes jeunes années, époque durant laquelle je tenais aussi une correspondance secrète avec moi-même. Ce public était d’ailleurs bien suffisant, puisque les choses que je racontais n’intéressaient que moi !

Ah, je me souviens… Alain Giresse, mon joueur de foot préféré… le 45 tours de Jakie Quartz offert par la maman d’un copain pour mon anniversaire… et mes deux premiers grands amours, Kim Wilde et Cyndi Lauper… tout ça figurait sur mon journal intime, bien caché je ne sais même plus où dans ma chambre…

Mais quand tu vis dans un camping-car, pas facile pour un gamin de dissimuler ses écrits secrets sans risque de se faire intercepter.

Ainsi, le premier que j’ai trouvé, c’est celui de Jeanne, planqué au beau milieu de sa pile de doudous venus faire le voyage avec elle, et j’en ai encore appris de belles sur son compte…

« Cher Journal,

Nous voici maintenant au milieu de notre voyage, et malgré tous mes efforts, je n’ai toujours pas rencontré le grand amour américain dont je rêvais… Pourtant je cherche, je te jure !

Alors, OK, de légères amourettes par-ci, par-là, des histoires sans lendemain, j’en ai eues, comme à Bethel avec Duke, ou à New Orleans avec mon espèce de punk déglingué, mais bon, je recherche quelque chose de plus sérieux quand même…

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Et récemment, j’ai bien cru avoir trouvé la perle rare…

C’était quelques jours après notre passage au Guadalupe National Park, où mes parents avaient absolument voulu faire une étape. Ils en ont de ces idées sans déconner… on avait déjà eu notre compte de randonnées en tout genre à Big Bend, et voilà qu’il fallait remettre ça dans le premier Park présent sur notre route !

Mais bon, ça dégourdit les jambes, surtout celles de mon petit frère Jack, qui a bien besoin de se défouler à son âge. Il a d’ailleurs toujours sa petite mine radieuse quand on part en promenade, c’est craquant…

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Et en plus, c’est là que j’ai croisé tout un tas de cactus en forme de cœur durant notre balade, et j’ai pris ça comme un signe annonciateur d’une proche rencontre amoureuse pour moi…

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Enfin, il y a eu Roswell… C’est pas le nom de mon chéri Roswell, c’est celui de la ville où l’on s’est rencontré, lui et moi…

On est arrivé en début d’après-midi là-bas… Il faisait chaud, et une drôle de scène s’est passée devant nos yeux juste avant d’entrer dans le centre ville. Une famille du coin était en train d’essayer de dépanner la soucoupe volante de quelques extraterrestres embarrassés, mais tout cela dans une ambiance plutôt amicale.

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Mais je crois que ce n’est pas la première fois qu’on aperçoit des ovnis dans le quartier, cet événement ayant apparemment eu lieu une première fois en 1947, malgré les efforts de l’armée américaine pour étouffer l’affaire à l’époque.

Et tu te rends compte, en visitant la ville, que non seulement ils sont passés pour de vrai au milieu du 20ème siècle, mais qu’en plus, ils sont restés là depuis, et ont carrément pris le contrôle de la ville !

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Alors là, je suis devenue folle, et j’ai décidé que l’élu de mon cœur serait un de ces hommes verts. Enfin, la couleur importait peu d’ailleurs, il pouvait bien être violet ou orange, l’essentiel était qu’il vienne d’une autre planète, qu’il soit unique, rien que pour faire baver de jalousie toutes mes copines à la rentrée prochaine à Belleville !

Et puis je et dis pas les vacances de rêve chaque été quand tu es maquée avec un mec pareil… C’est Pluton une année, Jupiter la suivante, et puis pourquoi pas un réveillon sur la Lune, le panard quoi !

Une fois en ville, j’en ai donc suivi un à la trace, grâce aux empreintes de pas qu’il laissait derrière lui sur le bitume, il faut dire qu’ils ne sont pas très discrets ces individus…

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Ces pas m’ont conduit direct au troquet du coin, ce qui a empli de bonheur le cœur de mon papa, qui tenait bien sûr à m’accompagner pour l’occasion mais qui commençait à avoir soif sous ce chaud soleil…

Le bar était désert, personne pour t’accueillir, pour te servir, alors on est allé au fond de la salle. C’était tout sombre, on a longé quelques tables avec papa et c’est là qu’on est tombé nez à nez avec Toto. Le choc…

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Toto, c’est le petit nom que je lui ai donné.

Je suis tout de suite tombée amoureuse de lui, malgré son air un peu désespéré, mais ça se comprend, il vient de loin…

Alors mon papa, comme d’habitude, il a trouvé quelque chose à redire, du style : « Non, mais Jeanne, t’es pas bien ? T’as vu sa tronche ? On dirait un mix entre Sim et Philippe Douste-Blazy ce type ! En plus, je voudrais pas dire, mais il ne m’a pas l’air bien causant… »

J’ai pourtant passé un peu de temps avec lui, après avoir envoyé mon père au comptoir pour aller se détendre un peu, et il a été très gentil avec moi. Il m’a dit qu’il était écrivain dans la vie, mais qu’en ce moment, il traversait une période où l’inspiration n’était plus au rendez-vous…

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Il m’a dit que grâce à moi, ça allait revenir, qu’il voulait écrire à nouveau, alors j’étais heureuse… Il m’appelait même « mon petit poussin », vous vous rendez compte ? On ne m’a jamais appelée comme ça…

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Mais bon, après ce petit moment magique, plus rien… Il s’est comme on pourrait dire éteint à côté de moi. Il avait l’air complètement shooté au Coca-Cola, et je me retrouvais comme une conne à écouter toute seule « Space Oddity », de David Bowie, que j’avais programmé sur le jukebox pour lui faire plaisir…

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J’étais triste, alors j’ai rejoint mon papa au comptoir, il n’avait pas l’air étonné. Il m’a expliqué plus tard qu‘il avait parlé au patron, et ce dernier lui a dit que c’était son truc à Toto de jouer les séducteurs, mais c’était juste pour obtenir les papiers terrestres pour pouvoir rester sur notre planète… ça m’a fait de la peine, pour moi, mais aussi pour lui… parce que je l’aimais bien quand même, et puis je n’ai pas envie qu’on le vire dans sa soucoupe…

Bon, encore une déception… Il m’avait prévenu mon papa, j’aurais dû l’écouter… alors pour la peine, c’est toujours lui mon amoureux !

N’empêche que depuis, qu’on soit au Nouveau Mexique ou en Arizona, je regarde souvent le ciel, et je me dis que je finirai bien par en trouver un, un homme vert, bleu ou jaune, qui viendra me chercher avec son drôle de vaisseau spatial, et qui m’emmènera en virée dans les étoiles… »

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Ah, ma Jeannette… quel cinéma a un si jeune âge, ça promet pour la suite !

Après, j’ai voulu attraper un body pour Jack et c’est sous sa pile de vêtements que j’ai trouvé son journal. Je ne savais pas d’ailleurs qu’il savait déjà écrire. Il est super en avance pour son âge ce gamin…

« Salut mon journal !

Comment ça va ? Moi, je m’éclate ici en Amérique, et encore plus depuis qu’on a attaqué la partie Ouest du pays. On voit des paysages et des lieux incroyables. En plus, je suis super bien installé dans mon fauteuil dans le camping-car. Je vois tout ça défiler devant mes yeux en panoramique par la fenêtre, tout en dévorant ma tétine du matin au soir, elle est pas belle la vie ?

En plus, mes parents nous en font voir de toutes les couleurs… Ils deviennent dingues je crois !

Chaque fois qu’on est parti dans un sens, comme l’autre jour quand on est entré dans le New Mexico, il faut qu’ils trouvent un truc qu’on n’a pas fait et qui soudain devient inloupable… Et paf ! C’est reparti dans l’autre sens, pour quatre heures de route by night pour retrouver le Texas et filer vers Cadillac Ranch !

Qu’est-ce que tu veux, c’est ça d’être vieux… tu te dis que tu n’auras peut-être plus l’occasion de revenir dans le coin, alors tu essaies de tout voir ! Du coup, on les laisse faire et on suit, tant que Ducon tient la route…

Alors comme je le disais, il a fallu revenir chez nos amis texans pour Cadillac Ranch, tout ça pour voir le soleil se lever sur dix moitiés de bagnoles sortant du désert…

Je me serais marré s’il avait flotté au petit matin! J’aurais eu des losers en guise de parents, comme on dit ici.

Surtout que la veille, quand on a fait la route, ça en prenait vraiment le chemin, et la nature était dans tous ses états… C’est papa qui était au volant, et un orage s’est mis à nous éclairer notre route, alors que la nuit s’était installée depuis un bon moment. Les éclairs fusaient de partout, et un vent pas possible s’est levé dans la foulée. Même Ducon ne la ramenait pas des masses, on sentait sa fébrilité à chaque rafale le pauvre vieux…

Et puis on ne pouvait pas traîner dans le coin sans avoir droit à notre petite « Dust Storm », comme ils l’appellent ici. C’est assez surprenant, et assez fréquent ici je crois. Tu roules, et tout à coup, plus rien… enfin si, un épais nuage de poussière qui vient des champs alentours vient te boucher la vue pendant quelques secondes, mais quand tu es en train de conduire, autant dire que cela semble être une éternité. Assez flippant comme phénomène…

Et puis ça revient comme c’était, tu es content car tu t’aperçois que tu es toujours sur la route, et pas dans le champ à côté… d’ailleurs, je pense que c’est pour ça qu’ici, ce sont d’interminables lignes droites, comme ça, t’es pas emmerdé en cas de tempête  en tout genre, tu fermes les yeux et tu traces !

Bizarre cette soirée… On a même vu sur les panneaux des annonces révélant qu’un enfant venait de se faire kidnapper dans la région, avec l’indication de la plaque d’immatriculation des suspects, au cas où tu les croises ! J’aimerais pas que ça m’arrive ce genre de mésaventure…

Enfin voilà, les vieux étaient contents d’être là, c’est déjà une bonne chose. Et puis les voyages forment la jeunesse, comme ils disent, histoire de se rassurer…

Entre nous, ils disent qu’on les fatigue, mais c’est plus souvent l’inverse…

Finalement, le lendemain matin, on y était devant les vieilles carlingues, et pour le lever du soleil s’il vous plait !

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C’est vrai que c’est rigolo comme truc… ça a été créé par trois artistes de la Ant Farm en 1974. Ils les ont plantées tous les cinq mètres les Cadillac, et dans un angle bien précis, le même que les Pyramides égyptiennes sur le plateau de Gizeh. Ils déconnent pas les artistes, c’est profond ce qu’ils font les mecs !

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Bon, au final, je trouve ça moins réussi que les Pyramides, mais c’est déjà un début. Et puis, ça rentre bien dans l’esprit « Route 66 », puisque cette dernière longeait cette attraction  à l’époque.

Mais, comme la Ant Farm avait plutôt une démarche opposée à la sage culture américaine, cette œuvre géante a été un peu délaissée et s’est retrouvée au milieu d’un champ désert…

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On s’est bien amusés autour des voitures nous… C’est sympa pour faire des slaloms, et puis les gens de passage ont le droit de taguer dessus à volonté, et elles sont repeintes en blanc une fois par an pour laisser la place aux prochains visiteurs.

Au départ, on était déçus de ne pas avoir nos bombes de couleurs, mais en fait, tu en trouves plein sur place, par terre, à moitié remplies, pour notre plus grand bonheur !

Jules a écrit son prénom sur un des capots des Cadillac, et mon père, il a écrit « Ren à Fout ! » en grand sur une autre voiture, trop cool !

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C’était une bonne idée finalement d’aller à Amarillo voir les demi-voitures, parce qu’en plus, ça nous a permis de récupérer les morceaux de Route 66 encore présents sur le sol américain. C’est devenu du coup notre jeu sur les deux jours qui ont suivi.

Ça te fait pas frissonner toi quand tu entends ce nom ?

Route 66…

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Mon papa, il était comme un fou en découvrant qu’on roulait sur cette mythique avenue qui mène de Chicago à Los Angeles, à travers les bleds les plus perdus du pays…

En fait, je crois que son rêve de se retrouver ici date de très longtemps, il avait même projeté de se la faire tout seul avec son Solex la Route 66, quand il avait quatorze ans, mais il avait peur d’avoir l’air con en se retrouvant à côté d’une Harley Davidson, et puis sa mère voulait absolument qu’il porte un casque, alors bonjour la honte…

Alors, pour être franc, la Route 66, c’est drôle quand tu traverses les patelins qui ont gardé leurs vieilles enseignes, ça donne un petit côté nostalgique à ta balade, mais pour le reste, on dirait que la magie a disparu au fil des années.

Déjà parce que quand tu l’empruntes, tu longes l’autoroute qui a été construite depuis, donc ta conquête de l’Ouest, elle en prend un sacré coup dans les oreilles d’entrée de jeu, surtout quand un camionneur te dépasse, éclaté de rire, à dix mètres sur ta gauche…

Là, mon papa, ça l’énerve, et il lui crie dessus des trucs pas gentils, du genre « Ta gueule pauv’con ! Moi, je suis sur la Route 66 au moins, alors écrase, OK ? »

Il est un peu sanguin papa, sous ses airs calmes…

Et parfois, tu te retrouves carrément sur des parcelles de route en terre mon pote, mais bon, on y va quand même, et tant pis si les camions continuent à sa marrer depuis les grands axes.

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On a même rencontré un vieux cowboy et son chien sur cette partie de la 66, alors on lui a demandé si c’était praticable pour Ducon à son avis, et il nous a rassuré sur ce doute, et j’ai senti que ça l’a soulagé tout de suite notre vieux Ducon.

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Puis Lucky Luke est parti avec Rantanplan, sans oublier de nous saluer avec la formule d‘usage dans le coin : « God bless you ! »

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Sinon, comme je te le disais tout à l’heure, c’est amusant de voir les anciens Motels, abandonnés pour la plupart, avec leurs enseignes rétro, et puis les stations essence, laissées également de côté. Autant te dire qu’il ne vaut mieux pas que ton véhicule soit pris d’une grosse soif dans ces endroits, car sinon, t’es dans la mouise…

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Bizarrement, la première ville qu’on a traversée marque précisément le milieu de la Route 66, et son nom est Adrian. Cette ville paraît morte, ou presque, avec très peu d’habitants, et très peu d’activité.

Le « Midpoint Cafe » reste la fierté locale, le lieu où l’on s’arrête pour boire un coup pour fêter la moitié du chemin déjà réalisée. Mais là, il était fermé, les affaires ne semblant reprendre qu’à partir du printemps.

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À part ça, que dalle, comme si tout avait été laissé pour compte ici depuis des dizaines d’années, sans que cela ne dérange personne…

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Tucumcari, le bled suivant, semble être un peu plus actif. Déjà, on y a trouvé un camping pour passer la nuit, et puis la ville a fait sa réputation lors de ses grandes années en se ventant de mettre à disposition plus de 2 000 chambres d’hôtels et Motels pour les gens de passage…

Ainsi, tu en trouves toujours un ou deux encore en activité, mais aussi beaucoup d’autres qui semblent avoir rendu les armes depuis belle lurette…

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Au camping, j’ai pu approcher de près une des fameuses vaches du Sud, qu’on voit surtout au Texas ou au Nouveau Mexique, avec d’interminables cornes qui ne doivent pas te faire que des chatouilles quand elles viennent se frotter à toi ! On en avait déjà vues à Roswell, au zoo, et malgré leurs effrayantes armes de défense, je leur trouve un côté sympathique à ces mémères…

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Santa Rosa a été la dernière petite ville que l’on a croisée avant de rejoindre Albuquerque, et elle est à l‘image des précédentes, appartenant au passé…

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Enfin voilà mon cher journal, tu remarqueras que j’en vois de bien jolies choses durant ce voyage, mais je ne t’ai pas encore dit ce que je préfère par-dessus tout… C’est le bruit des trains quand ils traversent les villes !

Ils font « Tchou tchou » un grand coup et j’adore ça ! D’ailleurs, j’imite leur bruit et ça fait rire tout le monde dans le camping-car ! Maintenant, rien que la vue d’une voie de chemin de fer me met dans tous mes états, et je me mets à hurler au train !

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J’aime bien aussi regarder les grandes pancartes le long de la route… elles annoncent tout plein de différentes choses, comme un nouvel État, un bon restaurant, ou alors des drôles d’endroits où seuls les garçons bien habillés ils ont le droit d’aller…

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Bon, je vais te laisser maintenant, et puis je te raconterai les prochaines nouvelles très bientôt. Pour l’instant, y’a un bon biberon qui m’attend… »

Qu’il est mignon ce petit gamin… et puis on sent qu’il en profite bien de ce voyage, même s’il risque de ne pas en garder grand chose dans sa mémoire. J’espère au moins que ça lui donnera la bougeotte plus tard.

Il ne me restait plus désormais qu’à découvrir les secrets de mon grand gars, mon élève, mon Julou… Avec lui, je n’ai pas eu à chercher longtemps, puisqu’il m’avait dit la veille au soir : « Papa, tu sais quoi ? Eh ben j’ai un journal intime qui raconte mon voyage, mais comme je le garde rien que pour moi, je l’ai caché sous mon oreiller, et personne ne peut le trouver du coup ! Pas bête, hein ? »

Non, mon fils… pas bête du tout… Comme ça, t’as fait gagner vingt minutes de recherche intensive à ton père !

Je me suis donc installé dans le salon, et j’ai commencé ma lecture…

« Ranger Jules au rapport : tout va bien pour l’instant dans le secteur, stop… rien de particulier à signaler, stop… prêt pour ma prochaine expédition, over…

Ah, mon cher journal, quelle aventure je vis ici ! Et quelle fierté de se sentir l’égal de Buzz l’éclair, le Ranger de l’espace de Toy Story, ou même de Chuck Norris, l’indestructible Texas Ranger, et héros de mon oncle Christophe…

Car oui, au même titre qu’eux, me voici Junior Ranger, et pas qu’une fois s’il te plait, j’ai déjà reçu quatre distinctions en une semaine, et ce n’est qu’un début !

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Et puis je te dis pas comment ça rend heureux mes parents… Maintenant, je ne les saoule plus à vouloir regarder des films à l’ordinateur, je ne rêve que de nouvelles conquêtes sur le sol américain et attend la découverte de chaque nouveau National Park avec impatience !

En fait, le principe est simple : tu arrives à un nouveau Park, et on te donne à cahier avec plein de choses à remplir, des énigmes, des dessins, des choses à trouver, etc…

C’est palpitant !!! Et puis à la fin, si tu as trouvé suffisamment de réponses, on te délivre ton diplôme de Junior Ranger, et tu as aussi une belle médaille, des fois un patch, ou des stylos, c’est Noël à tous les coups…

On a découvert cette activité lors de notre visite des cavernes de Carlsbad, c’est d’ailleurs la dernière fois qu’on s’est réveillé avec du gel dehors, il faut dire que c’est assez haut cet endroit… Il y avait quelques stalactites sur les panneaux dehors, mais je peux vous dire qu’ils étaient tout riquiqui à côté de ce qu’on allait admirer à l’intérieur…

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Carlsbad, c’est un endroit à couper le souffle. Ce sont les plus grandes cavernes du continent américain, et les explorateurs continuent toujours de découvrir de nouvelles galeries.

On a décidé d’y accéder par l’entrée naturelle, non pas par l’ascenseur… Si tu veux devenir un Ranger, tu dois le mériter ! Et puis comme ça, le soir, on est encore plus fatigués et ça arrange nos parents…

Cette grande entrée est aussi le lieu d’un spectacle magnifique à la belle saison, car c’est par cette issue que des milliers de chauve-souris quittent la grotte tous les soirs à la tombée de la nuit…

Mais bon, j’ai beau être très courageux, ça me ferait un peu baliser ce truc, donc elles sont bien là où elles sont pour l’instant, c’est à dire en vacances au Mexique.

Une fois passé cet accès, tu entres dans un autre monde, un monde silencieux, et sombre…

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Ceux qui ont découvert ce lieu ont dû halluciner à l’époque, c’est immense…

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Après une heure et demie de marche, tu te retrouves dans la « Big Room », une salle qui représente quelque chose comme treize terrains de foot en enfilade. Tu as quarante mètres de plafond au-dessus de toi, c’est indescriptible tellement c’est gigantesque.

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Les stalactites succèdent aux stalagmites pour le plaisir de nos yeux, des formations de toutes formes et datant de différentes époques nous émerveillent à chaque virage, c’est comme si tu t’étais barré sur une autre planète pour la journée.

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À un endroit, tu peux deviner la présence d’une autre immense salle, située une trentaine de mètres plus bas, et qui t’emmène elle aussi vers de nouvelles découvertes inattendues. Mais cette partie des cavernes ne peut pas se visiter, car je crois tout simplement qu’elle n’a pas encore été explorée en intégralité.

J’ai répondu à toutes les questions du livret qu’on m’avait confié à l’entrée, et j’ai ainsi pu  intégrer, quelques heures plus tard, le cercle très fermé des Junior Rangers de Carlsbad Caverns, après avoir promis de respecter et de prendre soin de tous les endroits que je visiterai à l’avenir…

Plus à l’Ouest, on rejoint le Petroglyph National Monument. Les pétroglyphes sont des signes qui ont été dessinés par les indiens, en grattant la surface de la pierre, et qui datent de 400 à 700 ans selon les archéologues qui étudient le secteur.

C’est assez surprenant de découvrir toutes ces traces du passé, qui se révèlent être de vrais témoignages des ancêtres du pays.

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Je me demande bien pourquoi ils gravaient ces signes sur la pierre… Sont-ce juste des archives des travaux pratiques des cours d’arts visuels des petits indiens ? Ou bien des recettes de cuisine ? Des autoportraits ? Des recommandations pour les générations suivantes ?

En tout cas, il y a une inscription qui devait raconter une histoire pas très drôle, car Jack a semblé assez effrayé en la lisant…

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Tu finis la balade au sommet d’une belle colline, et ça te permet d’avoir une jolie vue sur la banlieue d’Albuquerque, une des principales villes du Nouveau Mexique.

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Le lendemain, on est resté dans le même délire, sauf que cette fois-ci, on avait littérature anglaise et espagnole au programme.

Ça se passait au El Morro National Monument, dont les rochers sont décorés par tout plein d’avis de passage des différents explorateurs européens, partis à la conquête du Nouveau Monde…

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La cerise sur le gâteau ici, c’est que si tu te farcis les deux miles de randonnée qui te conduisent en haut du plateau, tu accèdes aux ruines d’un ancien village indien, où les ancêtres de la tribu des Zuni ont vécu jusqu’en 1400 environ.

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Mais je ne te racontes pas à quel point ça grimpe pour arriver là-haut, c’est bien parce qu’il y a une nouvelle médaille de Junior Ranger à gratter qu’on a trouvé la force de le faire, Jeanne et moi…

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Enfin, je ne le regrette pas, car les paysages sont vraiment sympas dans le coin.

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Le soir, on avait rendez-vous à Gallup avec Maria, une copine d’une copine photographe à papa, Marion. Elle est d’Albuquerque, et puis elle a vécu et travaillé un peu à Paris, avant de revenir au Nouveau Mexique pour enseigner l’art dans une école à Zuni, dans la réserve indienne qui porte le même nom.

Avant de la retrouver, papa s’est enfin trouvé une paire de bottes pour mettre avec son nouveau blouson de cuir, on dirait Elvis ! (Enfin ça, c’est lui qui le dit…)

À dix-huit heures, on est arrivé en même temps que Maria au restaurant « Jerry’s Cafe », une institution dans la ville. Et il se trouve que par bonheur, c’est Archie, son compagnon, qui tient la place. Alors là, je ne vous dis pas comment on a été reçu… Il nous a fait goûté toutes les spécialités locales, on en avait pour une semaine de repas, midi et soir, sur la table !

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C’était très bon, on s’est régalé, et Maria nous a raconté à quoi ressemble la vie ici, et son travail à l’école, qui marque un sacré changement par rapport à son expérience parisienne.

Jeanne lui a fait visiter notre maison après, très fière de lui montrer sa chambre et ses doudous.

On aurait bien voulu le lendemain aller à Zuni pour faire un petit tour dans le village, et revoir Maria en fin d’après-midi, mais la journée ne s’est pas passée comme on l’aurait voulu, alors on ira là-bas une prochaine fois…

L’idéal pour découvrir une réserve indienne et les gens qui y vivent, ce serait de faire comme Maria, partager un projet avec eux, prendre le temps de rester un long moment sur place, car je ne suis pas sûr que ce soit très respectueux d’y débouler pour deux heures, histoire de dire qu’on l’a fait, et puis au-revoir…

Il était temps pour moi de partir à la conquête de nouveaux parcs nationaux, et le suivant sur ma liste semblait bien original. Direction l’Arizona, pour le monde étrange de « Petrified Forest » !

Cet endroit est incroyable, c’est une plaine qui sert de parking à des milliers de troncs d’arbres de 225 millions d’années d’âge, qui un jour ont décidé de se transformer en pierre…

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Magique, non ?

Cependant, le principe est simple : ces arbres ont été déposés jusqu’ici par l’eau, puis ils furent couverts d’argile, de boue, de sable et de cendres volcaniques. Du coup, privés d’oxygène, leur pourriture a été retardée. Mélangez le tout avec de la silice provenant des eaux souterraines, et vous obtenez du quartz à la place des tissus de bois… Vous avez pigé ? C’est pourtant pas compliqué, putain !

Enfin, peut-être que ça me paraît évident à moi, vu mon statut de Junior Ranger… et puis, j’avais lu la recette sur un des pétroglyphes deux jours avant!

Donc, au final, ça vous donne de très beaux troncs d’arbres, avec un arc-en-ciel à l’intérieur !

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Et puis c’est solide le bordel, bah d’ailleurs c’est dur comme de la pierre, comme le dit l’expression !

En plus, quand tu y penses, ils en ont traversé des siècles et des siècles ces arbres, ils ont vu l’Histoire défiler, et ils pourraient nous en raconter des choses s’ils savaient parler… Ils ont même connu la Préhistoire mon vieux, c’est d’ailleurs pas impossible que certains d’entre eux se soient faits pisser dessus par un dinosaure ! Non mais je déconne pas là, ils datent de la même époque…

Alors forcément, au début, beaucoup de gens se sont remplis les poches en venant se servir, afin de revendre à qui voulait bien en acheter de l’authentique bois pétrifié, et puis heureusement, au 20ème siècle, le lieu a été déclaré National Park, et le précieux héritage reste maintenant sur place, à l’abri des convoitises.

Quand tu remontes le Park, en te dirigeant vers Painted Desert, tu croises d’incroyables paysages, qui ont en fait subi à peu près le même sort que les troncs d’arbres dans le passé. Cela donne aux collines des teintes bleues, violettes, ou ocres.

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Étrange… et sublime!

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Dans ce Park, tu croises aussi la Route 66. Décidemment, on n’arrête pas de la quitter, puis de la retrouver celle-là ! On a joué deux minutes dans une vieille carrosserie de voiture laissée à l’abandon, c’était rigolo.

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Après, on est arrivé au Painted Desert, et maman nous a emmené directement au Visitor Center pour rendre nos livrets et voir si on méritait une nouvelle médaille, ce qui a été le cas !

Avant d’y aller, on a jeté papa sur le bord de la route et il est parti faire deux ou trois photos du coucher de soleil sur le désert. Après tout, si ça l’amuse…

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Alors voilà, tu sais tout, cher journal… tout sur ma trépidante nouvelle vie de Junior Ranger, mais aussi sur les responsabilités que ça engendre. Maintenant, je dois faire attention à tout le monde dans nos virées, alors j’empêche Jack de marcher en dehors des sentiers balisés pour ne pas bousiller la nature, et je dois rappeler à Jeanne de ne pas cueillir les fleurs, sauf si elle souhaite me les offrir, mais c’est pas demain la veille que ça va arriver ça !

Maintenant, j’ai cru comprendre qu’on allait repiquer vers le sud, direction Saguaro, le pays des cactus géants !

Je commence d’ailleurs à en voir quelques-uns par la fenêtre au fur et à mesure qu’on descend le territoire apache… ça promet ! »

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Et bien en voilà une bonne chose de faite ! Ce sont mes enfants qui me l’ont écrit cet article, et je ne m’en porte pas plus mal… C’est vrai qu’ils sont mignons quand ils le veulent, ces trois petits morveux. Et c’est vrai que c’est bien cool de profiter d’eux à ce point pendant ce voyage, même si des fois, tu te dis que tu as quand même affaire à trois drôles d’allumés …

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