Page, Arizona

Dimanche 23 mars 2014, 04:30 pm

Page, Arizona

Ah… quel plaisir de s’offrir un paisible dimanche au soleil dans la petite ville de Page, Arizona…

Il ne faut pas oublier que c’est fait pour ça,  le dimanche. Il faut savoir se poser un peu, profiter du lever de soleil qui ce matin, est venu me chatouiller de ses rayons par la fenêtre de la cabine alors que je dormais encore, et qui a même réussi à donner du charme au parking de Wal Mart grâce à sa belle lumière rasante sur les caddies éparpillés…

Y’a pas mal de gens d’ailleurs qui sont venus passer leur week-end à Wal Mart… C’est fou ces endroits, et je serais curieux de savoir combien de personnes roupillent dans leur voiture, ou leur camping-car chaque nuit, ici… C’est drôle, et effrayant à la fois, parce qu’il y en a dont c’est le lot quotidien.

Juste le temps d’aller jeter les ordures, j’ai vu une femme encore endormie dans sa voiture, garée à côté d’une des poubelles du parking. Emmitouflée dans son duvet, elle avait incliné le siège passager pour en faire un lit de fortune.

En revenant, j’ai aperçu un mec qui est sorti de son pick-up, sur le bord du parking, histoire de pisser un coup en plein air. Non mais sans déconner, il y a des chiottes plein le magasin… En pleine nuit encore, je veux bien, c’est même un de mes jeux favoris, mais là, il est dix heures du matin mon gars, un peu de tenue !

Ah, l’Amérique…

Mais nous n’avons pas fait que glander ce matin, je vous rassure ! Car en bon dimanche qui se respecte, on en a profité pour se consacrer à un grand nettoyage de Ducon qui en avait le plus grand besoin. Ça n’a pas été du luxe, croyez moi…

Jeanne a commencé à passer l’aspirateur dans le salon, nos enfants sont en effet de plus en plus impliqués dans les tâches ménagères, surtout que ça leur permet de gagner un peu d’argent de poche !

J’ai ensuite pris le relai, pendant que Jess et Jules étaient partis faire les courses dans leur boutique préférée.

Aspirateur partout, nettoyage des toilettes et de la salle de bain, du tableau de bord, la totale quoi…

S’il n’avait pas ses petits problèmes de fuites et de batterie, Ducon pourrait être élu Mister Camping-Car tellement il est beau aujourd’hui !

N’empêche qu’il en avait grandement besoin de cette toilette notre bolide, ça c’est sûr…

Il faut dire qu’on vient de réaliser un sacré marathon depuis une dizaine de jours, et forcément, ça laisse des traces.

Ah, ben c’est pas compliqué, Ducon, il est cuit… Il n’en peut plus l’animal, et il craque de partout !

Du coup, on a pris rendez-vous chez docteur Camping World, à Flagstaff, pour mardi matin, histoire de dresser un petit bilan de son état de santé.

Enfin, ce dont on est certain, c’est que la batterie maison n’est plus alimentée par la batterie moteur, pour la 17 639ème fois depuis le début de notre voyage, et par-dessus le marché, on a une fuite qui provient des tuyaux d’évacuation des eaux usagées, ce qui fait qu’une partie de ce doux breuvage (vous imaginez bien…) se fait la malle sous le véhicule avant d’atteindre l’autre tuyau qui le mène logiquement à la fosse mise à disposition. Tout un poème…

On a dû bousiller cette pièce en faisant un demi-tour sur un chemin en terre sur lequel on s’était engagé afin de trouver un endroit pour dormir, le dessous du véhicule a frotté la terre, et patatras !

Mais bon, on ne se démoralise pas pour si peu, ça s’arrangera une fois de plus chez nos copains de Camping World, le plus préoccupant étant de savoir pour combien de temps leur réparation tiendra la route…

Parce qu’après, c’est direction le Grand Canyon, alors il faut qu’il soit au top notre carrosse !

Pour sa défense, il faut bien reconnaître qu’on le sollicite énormément, mais c’est normal cependant, car là, c’est du lourd au niveau tourisme !

On est effectivement en pleine exploration des grands parcs de l’Ouest, ceux qui entourent le fameux Four Corners. T’as jamais entendu parler de cet endroit, le Four Corners ? Moi non plus, je te rassure, je ne le connaissais pas avant de débouler dans le coin. C’est tout simplement le point où se réunissent quatre États de cette belle Amérique, en l’occurrence l’Arizona, le Nouveau Mexique, l’Utah et le Colorado.

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Et ils regorgent, tous autant qu’ils sont, de somptueux endroits qui te ramènent direct à la case Western quand tu t’y promènes…

C’est à couper le souffle, et le pire, c’est que comme tu les enchaînes, tu n’as pas le temps d’en digérer un que tu retrouves au suivant, de plus en plus émerveillé.

De mon côté, le seul Four Corners que je fréquentais jusque là, il est chez moi, à Paris, et plus précisément à la station de métro Belleville.

C’est vrai quoi, dans l’idée, le principe est le même, sauf qu’au lieu de marquer la jonction entre les quatre États que je vous ai cités précédemment, elle est le point de rencontre des 10ème, 11ème, 19ème et 20ème arrondissements de Paris. C’est déjà pas mal, non ?

La seule différence, c’est qu’au lieu d’aller rue Sainte Marthe, jusqu’à mon atelier, j’irai faire un tour au Grand Canyon, à la place d’aller trainer sur le boulevard Beaumarchais jusqu’à Bastille, je suis allé faire de la luge à White Sands, plutôt que de flâner au parc des Buttes Chaumont, pourquoi pas me perdre dans Arches Park ou Canyonlands, et enfin, j’échangerai une petite balade au Père Lachaise contre une autre à Mesa Verde.

Ça fait rêver, non? N’empêche que c’est quand même Belleville qui garde ma préférence !

Alors comme vous vous en souvenez certainement, puisque vous ne ratez pas un épisode de nos aventures, on arrivait depuis le Nouveau Mexique, qui doit être l’État qu’on a le plus ratissé depuis notre départ.

Après avoir quitté White Sands, le désert blanc, nous sommes remontés vers Four Corners Monument via Cuba, une énième petite bourgade paumée au milieu de nulle part, mais tellement charmante avec ses enseignes à l’ancienne de motels et restaurants…

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Comme on est super limités en budget, on n’y va pas dans ces endroits pour s’empiffrer  de Hamburgers dégoulinant de partout, mais heureusement, on a à bord une spécialiste qui nous fait le plaisir de nous en cuisiner d’excellents, et faits maison s’il vous plait, pour le  plus grand bonheur des enfants !

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Four Corners n’a rien de trépidant comme endroit, c’est juste une plaque placée à l’endroit où les quatre États se croisent, le tout entouré de petites cabanes où les indiens – car nous sommes sur leurs terres ici – essaient de vendre leurs bijoux aux touristes de passage. En plus, tu dois raquer cinq dollars par personne au-dessus de 6 ans pour y accéder, ce qui fait qu’on a planqué le pauvre Jules dans les toilettes le temps de passer l’accès au site… Et oui, il n’y a pas de petites économies mes amis…

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Autour, c’est le désert à perte de vue, seules quelques vaches viennent de temps en temps apporter de l’animation dans ce décor, mais sinon, l’immensité et rien d’autre…

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Alors voilà, on y est maintenant dans ce fameux Ouest américain, la terre que tant d’hommes sont venus rejoindre, des rêves d’or et de conquêtes plein les yeux, attirés par la chaleur et la magie des paysages…

Le plus compliqué après, c’est de décider par où commencer, car une fois que tu es au beau milieu du terrain de jeu, tu ne sais plus où donner de la tête !

On a donc regardé la carte, et inventé une sorte de circuit plus ou moins tordu, en essayant de ne rien omettre, et de limiter les trop longues distances entre chaque parc, et je crois qu’on a visé plutôt juste jusque là…

Mais par contre, on ne se ménage pas avec Jess, c’est du plein temps pour pouvoir profiter, et faire profiter aux enfants comme il faut des différents lieux qu’on visite, sans négliger les cours de Jules, sans non plus oublier de lui faire passer, ainsi qu’à Jeanne,  les épreuves de Junior Ranger à chaque nouveau parc, le tout en essayant de rejoindre l’étape suivante après avoir admiré le coucher de soleil, fait manger et coucher les Schtroumpfs, tout ça pour avoir la chance de voir ce même astre reprendre son travail depuis un nouvel endroit le lendemain matin…

Faut avoir la santé, je vous le dis !

Pour nous, c’est Paris–Dakar tous les jours, mais sans assistance derrière nous pour nous remettre Ducon en état tous les soirs, et on n’est pas sponsorisé jusqu’au fion. Je m’emporte un peu… c’est certainement parce que j’ai réécouté il y a peu de temps la chanson de Renaud concernant ce rallye, « 500 connards sur la ligne de départ », une merveille. Si ça vous intéresse, c’est sur l’excellent album « Marchand de cailloux », qui comporte d’autres magnifiques titres.

C’est ainsi vers le Colorado que nous avons décidé de rouler, afin d’aller passer la nuit à Cortez.

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Sympathique cette ville… Il faisait beau, et on a joué au basket avec les enfants au square. Même Jack a voulu s’essayer aux tirs d’adresse, et il s’en est pas mal sorti. Jess est allée faire le plein de documentation au Visitor Center, histoire de ne rien louper dans le coin.

On s’est arrêté en fin d’après-midi devant un Motel que je voulais photographier. Le propriétaire des lieux, un indien, de l’Inde orientale, est sorti pour discuter cinq minutes avec moi. Il a voulu que je le photographie devant son enseigne, se l’est joué grand seigneur en m’offrant une petite bouteille d’eau en guise de remerciement. OK, allez merci, et à la prochaine !

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On a passé la nuit sur le parking du Wal Mart, entouré par les montagnes, en attendant qu’enfin débute la grande boucle des parcs gravitant autour du Four Corners.

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Première étape : Mesa Verde.

Mesa Verde est une région située dans les hauteurs, elle a été occupée par un peuple indien, nommé Anasazi par les archéologues du coin, à partir de 550 après Jean-Claude, et jusqu’à 1200 environ, après quoi ils sont partis chercher leur bonheur ailleurs. On dit maintenant qu’il s’agissait des ancêtres du peuple Pueblo. Ils ont laissé en héritage tout un tas d’habitations qu’ils avaient fabriquées dans les montagnes.

Il faisait un vent de folie le jour où l’on s’est pointé là-bas, et malgré la présence du soleil, il a fallu ressortir les vêtements chauds pour se promener dehors.

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Pour atteindre les anciens villages, tu roules pendant une quarantaine de minutes à travers les montagnes. On s’est arrêté au point culminant, au Park Point Overlook, à 2613 mètres précisément, et seul Jules a eu le courage de m’accompagner dehors pour faire quelques photos. Deux trois flocons de neige sont venus danser autour de nous, et les bourrasques faisaient tout ce qu’elles pouvaient pour nous emporter avec elles faire un tour dans les nuages.

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Après un quart d’heure de résistance contre les éléments, nous sommes retournés dans le camping-car, afin de poursuivre notre route.

Ce coin a été, à diverses reprises, dévasté par d’immenses incendies de forêts, et on le remarque très aisément au fil du trajet. Cela donne une drôle d’ambiance au paysage, l’image d’un lieu abandonné depuis des lustres, comme si le temps s’était arrêté ici après le départ du peuple Anasazi.

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Puis ensuite, après une courte marche histoire de te dégourdir les jambes, tu rejoins un premier village, Spruce Tree House. Il était temps qu’on y aille d’ailleurs, car on venait de se faire jeter du Visitor Center, vu que Jack, mal luné, était un poil trop bruyant aux yeux, et surtout aux oreilles, du Ranger de service !

Le village est superbe, incrusté dans la montagne, à l’abri des tempêtes et des averses de pluie ou de neige. Ils savaient y faire quand même nos amis indiens…

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En plus, la lumière était toute douce à l’abri du soleil, et la fraicheur ambiante nous a fait du bien.

C’est génial ces fabrications, tu croirais des maisons pour Playmobil ! Ils devaient être moins grands que nous en 1200… Et puis t’avais intérêt à être en bons termes avec ton voisin, parce qu’ils vivaient presque les uns sur les autres. À mon avis, celui qui commençait le turbin de bonne heure, il devait réveiller tout le bled en démarrant sa mob !

Plus au Sud encore dans le parc, une seconde boucle nous mène à un joli point de vue sur Cliff Palace, dont l’accès est fermé en hiver.

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L’heure était venue ensuite de faire marche arrière, et de rejoindre la sortie du parc, tout en profitant encore du paysage offert à nos yeux.

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Le vent, toujours aussi déchaîné, a bien failli nous jouer un bien vilain tour, en déracinant un arbre qui s’est retrouvé allongé sur la route, et qui n’avait apparemment pas la force de se relever pour retourner à sa place.

Heureusement, il nous restait pile l’espace pour passer, et ainsi s’épargner d’une attente interminable en attendant qu’il soit dégagé.

Pour gagner du temps, nous avons décidé de rouler jusqu’au soir, en espérant trouver un camping sur la route, ce qui a été chose faite à environ vingt miles de Moab, Utah.

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Il était parfait cet endroit, niché au beau milieu des collines rouges, avec la pleine lune en prime pour embellir encore plus le tableau. On l’a regardée monter dans le ciel doucement, pendant que quelques petits lapins couraient partout entre les arbres.

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Après, il était temps de rentrer se mettre au chaud dans la maison, surtout qu’on pouvait apercevoir aussi beaucoup d’autres empreintes de pas d’animaux, mais qui étaient bien plus grandes et moins amicales que celles des petites bestioles aux grandes oreilles… Le règne animal allait reprendre ses droits dans le silence de la nuit, alors on leur a laissé la place.

Le lendemain matin, j’étais debout de bonne heure, et je suis allé me promener un peu sur les gros rochers autour du camping. Je suis allé chercher Jules peu de temps après, pour l’emmener avec moi. C’est souvent le premier levé des trois, et il est plein d’énergie sitôt les paupières ouvertes !

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On a retrouvé ensuite le reste de la tribu pour le petit déjeuner, et puis on est reparti, direction Moab, pour passer à une nouvelle aventure, de plus en plus belle.

Deuxième étape : Arches.

Alors là, mesdames et messieurs, je m’incline… Certes, on a vu de magnifiques endroits depuis le début de notre voyage, on a fait de belles découvertes, mais je crois que ce nouveau parc a encore élevé le niveau d’un cran…

C’est immense, c’est superbe, faut vraiment que vous alliez voir ça les copains !

Déjà, avant d’y arriver, on a eu la chance d’en croiser une première, une arche, éclatante au beau milieu d’autres rochers bien plus banals. C’est le même effet que lorsque tu vas au bal, et qu’au milieu de la foule, tu scotches sur une sublime créature, tu vois, genre une Cendrillon des temps modernes. Tu perds tous tes moyens… et tu te mets à essayer de boire ton toast au tarama, et manger ton verre de sangria, gobelet inclus, tout en essayant de paraître cool… ridicule, ouais !

On s’est arrêté du coup, et on a réalisé la petite grimpette d’une dizaine de minutes pour aller la toucher cette arche, Wilson Arch plus précisément.

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Il faut faire gaffe quand tu vas te balader là-dessus, car de l’autre côté, la plupart du temps, c’est le vide, et si tu glisses, c’est en pièces détachées qu’on te retrouve quelques dizaines, ou centaines de mètres plus bas.

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Mais qu’est-ce que c’est beau quand même, d’une rondeur parfaite, avec cette ouverture sur le ciel qui nous avait fait le plaisir d’être d’un bleu parfait ce matin, exceptionnel…

Après cette belle mise en bouche, on était encore plus impatients d’aller retrouver le parc, qui se vante tout de même d’en renfermer environ 2000, des arches, ce n’est pas rien !

Tu traverses d’abord la ville de Moab quand tu arrives, tu passes la Colorado River, et puis c’est parti pour une superbe journée au pays des cailloux. Mais là, je ne parle pas des petits galets des plages de la Méditerranée, ce sont de plus grands modèles ici, croyez-moi !

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C’est marrant, en découvrant ce lieu, j’ai pensé à mon pote David, en me disant qu’il adorerait être là, au milieu de ce décor. Et puis je me suis rappelé du spectacle qu’il joue en ce moment, Le Petit Poucet, et je me suis marré tout seul en me disant que ce n’est pas ici qu’il pourrait donner une représentation de cette pièce en plein air, parce que le Petit Poucet, ce n’est pas en semant quelques petits cailloux sur son chemin qu’il va réussir à retrouver sa route pour rentrer chez lui, ou alors il est très très fort le mec !

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Finalement, ça fait le même premier effet que lors de la découverte de Saguaro, sauf qu’à la place des cactus, ce sont d’immenses rochers de toutes les formes possibles et imaginables qu’ils ont installés ici…

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Alors je n’ai pas eu de dialogues avec chacun d’eux, sinon j’y serais encore, mais j’ai pu en rencontrer quelques-uns malgré tout, et je veux bien vous les présenter.

Il y a par exemple « The Three Gossips », qu’on peut traduire par les trois pipelettes par exemple. Cet immense ensemble de rochers représente trois femmes en train de tenir une conversation, et qui a dû rappeler à Jess ses sorties parisiennes avec Émilie et Carine, leurs fameuses « soirées pouffiasses » comme elles les appellent !

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J’ai essayé de m’immiscer dans leurs petites messes basses, mais ce sont des choses qui ne se font pas, on ne fouine pas dans les secrets des femmes… (écoutez pour ça une autre chanson pleine de tendresse de Renaud, toujours dans l’album « Marchand de Cailloux », et qui s’appelle « Dans ton sac ». Rassurez-vous, je ne suis pas son Manager, c’est juste que j’adore ce mec…)

On a aussi fait la connaissance de « Balanced Rock », qui pourrait se traduire par « Fais gaffe, je vais pas tarder à te tomber sur le coin de la tronche ! »

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Impressionnant celui-là… surtout quand tu le vois de face. Après, en le contournant un peu, tu t’aperçois qu’il est encore bien scellé sur son socle, et ce n’est pas de notre vivant qu’on devrait entendre parler de sa chute fatale…

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D’ailleurs, juste pour vous expliquer brièvement la formation de ce paysage hallucinant, imaginez qu’il y a des millions d’années, la région était sous la mer. Cette dernière, en s’évaporant, a laissé en cadeau une couche de sel d’environ un Mile d’épaisseur à certains endroits. Puis ce sel a été recouvert de débris divers, déposés par les vents, les inondations, et j’en passe… Au final, le pression exercée sur cette nappe de sel était trop forte, elle n’a pas supporté ça et s’est mise à bouger dans tous les sens pour respirer un peu. Bénéfice net, les couches de roches accumulées au-dessus sont ressorties du sol comme des lames pointées vers le ciel, et le temps, le vent, la pluie, bref tous les éléments se sont chargés du reste, c’est-à-dire de façonner pour chaque rocher la forme la plus extravagante possible…

C’est pour cela qu’aujourd’hui encore, de nouvelles arches se créent, et d’autres s’effondrent, c’est vivant tout ce petit monde, malgré les apparences !

C’est chiant les cours de Sciences Naturelles, non ? OK, j’arrête là…

Revenons-en à nos cailloux, j’entends bien ceux que l’on a rencontrés au fil de notre balade le long du parc, parce que je ne vous ai pas présenté tout le monde encore…

Alors, au bout d’un moment, si tu tournes à droite, il y a ce qu’ils appellent « The Garden of Eden ». C’est tout un groupe de gros rochers, un peu babos, qui ont décidé de vivre en communauté. C’est plutôt sympa dans l’esprit, et puis comme ça, tu te sens moins seul…

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En suivant cette route, quelques Miles plus loin, commence la rencontre avec les fameuses arches. Il est grand temps tout de même, c’est pour ça qu’on est venu je vous rappelle…

Et là aussi, on a été servi, puisqu’au lieu d’en voir une, ce sont deux arches qui nous attendaient au bout du chemin. On les nomme les « Windows », les fenêtres en français, et il y a celle du Nord, et celle du Sud.

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De loin, ça peut faire aussi masque de Zorro !

On en a fait le tour, les enfants ont de plus en plus la patate pour les trails dans la nature, c’est super… Et puis ça nous permet de voir encore plus de beaux paysages.

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Pour le coucher de soleil, il y a un coin qui, de réputation, vaut le détour. Ça se trouve tout au bout d’une randonnée assez velue qui t’emmène dans les montagnes, le long de chemins très sinueux et parfois très étroits, donc peu recommandée pour les enfants.

J’ai donc décidé de me sacrifier et ainsi, de réaliser seul ce périple, au péril de ma vie, qui me mènerait, en cas de réussite, à la « Delicate Arch », à 1474 mètres d’altitude…

Après avoir embrassé femme et enfants, peut-être pour la dernière fois, je suis parti pour cette ascension qui, effectivement, se révèlera être assez raide, surtout que je l’ai faite à un train d’enfer, car le soleil déclinait plus rapidement que je le pensais.

Pour vous donner une idée, et pour rester dans le contexte, c’est un peu comme si tu décidais de voir le soleil se coucher sur la Grande Arche de la Défense en partant de Belleville, une sacrée mission quoi… et là, il n’y a pas de métro, c’est à pied, et pas autrement !

Mais bon, ça a plus de gueule à l’arrivée quand même, et tu te dis que ça valait vraiment la peine…

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Le froid tombe vite ensuite, avec le départ du soleil, et tu as intérêt à vite redescendre avant d’attraper la crève et de te paumer au milieu des montagnes…

Après cette superbe journée toute en beauté, la nuit se passera sur le parking d’un hôtel de Moab, tous les campings alentours étant pleins, ce qui fait qu’au final, elle ne nous coûtera pas cher !

La journée du lendemain sera consacrée à la visite d’autres endroits du parc que nous n’avions pas eu le temps de faire la veille, mais cette fois-ci, le temps ne sera pas vraiment de la partie.

En effet, le vent avait décidé de se lever, et des rafales jusqu’à 100 km/h ont fait danser le sable tout autour de nous du matin au soir, au grand désespoir de mon appareil photo…

Je me suis alors dit que j’avais bien fait de trouver le courage, la veille au soir, de me rendre à Delicate Arch, car ce n’est pas dans ces conditions que j’aurais pu y aller…

Cela ne nous a pas empêché de faire notre petite balade matinale avec Jules, puis de découvrir le « Fiery Furnace Viewpoint », où les pics rocheux ressemblent à un immense incendie, enfin de nous amuser autour de la « Sand Dune Arch » avant de dire au revoir à cet endroit magnifique dont nous avons grandement profité durant deux jours.

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Troisième étape : Canyonlands (1èrepartie).

« Canyonlands is wild America… », telle est la devise de ce nouveau bijou de la nature qui nous ouvrait ses portes le jour suivant, après une nuit passée dans un camping paumé en pleine cambrousse, non loin de ce parc.

L’Amérique à l’état sauvage, ils croyaient pas si bien dire… c’est en effet exactement le jour où Ducon a décidé de nous refaire un caprice, un de plus, en plombant encore le relai entre nos deux batteries… Bilan : des coupures de chauffage à partir de quatre ou cinq heures du matin, et comme on zone entre 1500 et 2000 mètres d’altitude en ce moment, ça fait des petits matins bien frisquets !

Au moins, on est d’attaque de bonne heure, et ça endurcit les marmots !

Comme pour la plupart des parcs que l’on visite, Canyonlands ne comporte qu’une seule route qui te mène ensuite à divers points de vue, ou alors à des trails au milieu de la nature…

Le premier que l’on a emprunté nous a mené à la « Mesa Arch », histoire de rester dans la même ambiance que nos deux derniers jours. Et là aussi, t’as intérêt à être bien réveillé, car une glissade de l’autre côté se paie cash…

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Un peu plus bas, tu arrives au « Green River Overlook », car ce parc est traversé par deux rivières, les Green et Colorado Rivers.

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Alors comme nous sommes dans la région des canyons, il ne faut pas croire que l’on peut aller se tremper les pieds dans l’eau tranquillement, ou se payer une petite partie de pêche. Non, non, non… ce n’est pas comme ça que ça se passe, ou alors tu dois d’abord te tartiner une descente de plusieurs centaines de mètres pour y accéder… Et descendre, c’est une chose, mais après, il s’agit de remonter !

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Plutôt que de se tenter ce genre de randonnée un peu trop périlleuse pour nous – il n’y a d’ailleurs pas de chemin prévu pour ça – nous avons préféré nous consacrer à la découverte du « Upheaval Dome », dont la particularité est qu’on se sait pas vraiment comment il s’est formé.

D’ailleurs, bien qu’on lui donne l’appellation de dôme, il a plutôt l’aspect d’un cratère, et les dernières recherches sur ses origines tendraient à penser qu’il serait le résultat d’une chute de météorite. Intéressant, non ? Moi qui pensais qu’il n’y avait qu’à Roswell, ou dans « La soupe aux Choux », que des objets venus de l’espace se rétamaient, j’en apprends décidemment tous les jours ici !

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Enfin, toujours est-il que la balade est très belle, que Jack n’a pas voulu aller dans les bras, même dans les passages délicats, que Jules nous a harcelé de questions diverses et variées afin de compléter son livret de Junior Ranger, et que Jeanne a juré maintes fois que c’était le dernier trail qu’elle ferait de sa vie ! La routine, quoi…

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On est quand même revenu bien rincés de cette escapade, et l’heure du déjeuner en a subi un décalage qui a mis les enfants dans tous leurs états, surtout Jack avec qui on ne rigole pas sur le plan nourriture !

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Comme tout ce petit monde avait bien mérité de se reposer un peu, je suis retourné tout seul à Mesa Arch l’après-midi, histoire de la voir sous une autre lumière. Des vacanciers s’amusaient à marcher au-dessus pour immortaliser leur visite, heureusement pour eux qu’il n’y avait pas autant de vent que la veille !

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Pour finir la journée, nous avons encore fait une randonnée depuis le « Grand View Point Overlook ». On avait promis aux enfants que ce serait rapide, et au bout du compte, ils en ont encore pris pour deux heures de marche.

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C’est décidé, je les inscris pour l’Ultra Trail du Mont Blanc l’été prochain, ils vont faire un malheur !

Quatrième étape : Dead Horse Point.

Avant d’accéder à ce State Park, nous avons passé la nuit dans un camping trouvé par hasard sur le bord de la route. Comme celui de la veille, ce dernier est géré par le Gouvernement, qui met à disposition des terres pour servir d’aire de repos aux voyageurs fatigués, contre la somme de quinze dollars. Mais franchement, ça ne vaut pas plus, car rien que pour accéder à ton emplacement, tu es tellement secoué que tu as l’impression que la terre a tremblé au même moment… Sans blague, ça devrait être gratuit ce genre d’endroit ! Mais bon, il avait un nom bien cool ce squat, le « Cowboy Camp » ! C’est classe, non ? Sur ce, on les pardonne d’avoir des routes de merde…

Du coup, j’y ai pensé toute la nuit à ce nom, et puis ça doit être le fait de traverser  l’Ouest depuis quelques semaines, ou est-ce le Chili con carne qu’on avait bouffé le soir même qui est mal passé, bref je m’imaginais en train de chevaucher les interminables plaines désertiques du Far West sur mon pur sang, chapeau sur la tête, colt à la ceinture, cherchant de l’or dans chaque cours d’eau tout en jouant de l’harmonica de l’autre main, ce qui est balèze quand on pense qu’en même temps, je suis sur mon cheval !

Alors au réveil, j’ai eu une révélation : Cowboy !!! C’est ça que je voulais faire quand je serai grand. Parce qu’il va bien falloir que je me trouve un vrai métier un de ces jours. Et puis ça me donnera quelque chose à répondre quand certaines personnes me demandent très sérieusement : « Et à part des photos, qu’est-ce que tu fais vraiment comme métier dans la vie ? »

Après, le seul truc, ça va être de trouver un ranch pas trop loin de Belleville, parce que j’aimerais rester dans mon quartier, mais ça devrait le faire avec un peu de bonne volonté et de l’imagination…

Tout ça, c’était avant de mettre les pieds à Dead Horse, car après notre visite ici, j’ai vite changé de plan de carrière.

Tu veux que je te dise ce qu’ils ont fait les cowboys ici ? Non, tu sais pas ? Attends, je t’explique…

Ce lieu qui offre une vue sublime sur la Colorado River, suivant son sinueux parcours 600 mètres plus bas, était peuplé il y a longtemps par des chevaux sauvages. Un jour, des cowboys sans cœur ont dirigé toutes ces bêtes à l’extrémité de ce plateau, à laquelle on accède par un passage large d’une trentaine de mètres seulement. Pour schématiser, c’est comme si on les avait emmenés sur une tête géante, après les avoir faits remonter par le cou ! Après ça, ils ont fait leur petit marché, en choisissant les bêtes les plus à leur goût, ce qui ne représentait pas beaucoup par rapport à tout le troupeau, et ils ont bloqué les autres à cet endroit, en entassant troncs d’arbres, branches, et tout ce qui pouvait faire obstacle au niveau de l’étroit accès, c’est-à-dire le cou !

Les pauvres chevaux, bloqués, n’ont eu d’autres solutions que d’attendre la mort, privés d’eau et de nourriture, en voyant, tel un supplice, la rivière couler plusieurs centaines de mètres sous eux.

C’est affreux cette histoire, vous ne trouvez pas ? Pourquoi les condamner sous prétexte qu’ils n’en avaient pas besoin ? Remarque, j’ai oublié que la peine de mort est encore d’actualité dans pas mal d’États, donc ici, on ne se pose pas forcément de questions concernant les éléments indésirables…

J’ai trouvé ça tellement naze que ça m’a coupé illico l’envie de m’inscrire à une Prépa Cowboy à la rentrée prochaine…

Bon, alors comme on était là, on a quand même profité de la vue, très belle au lever du jour…

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Le parc est assez petit, et on n’a pas trop harcelé les enfants avec nos habituelles randonnées interminables. Ils ont eu vélo à la place, ça change un peu !

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C’est aussi le jour où j’ai réussi à paumer notre poussette après avoir promené Jack. Là, j’avoue ne pas trop savoir comment je me suis démerdé, mais je l’ai fait !

Après un petit goûter dans nos appartements, on est retourné tous ensemble admirer le paysage, très aride ici aussi…

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Pour vous dire… à Dead Horse, ils ont en moyenne dix centimètres de pluie par an, soit en gros ce qu’il tombe toutes les trois heures en Bretagne !

Le froid a ensuite eu raison de Jess et des enfants, qui sont partis se réchauffer dans le camping-car, et moi j’ai regardé le jour se coucher sur les canyons, en pensant à ces pauvres chevaux qui devaient regarder ce spectacle d’un autre œil lors de leur emprisonnement forcé…

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J’ai rejoint la famille, et au moment de nous mettre en route, nous avons eu droit à la visite d’un joli renard qui est venu renifler autour des pneus de Ducon, à la recherche de quelques miettes qui auraient pu s’échouer dehors après notre dîner…

Quand je me suis endormi, bien plus tard, au bord d’une route vers l’entrée de la partie Sud de Canyonlands, je me suis dit que finalement, c’est peut-être indien que je pourrai faire quand je serai grand…

Cinquième étape : Canyonlands (2nde partie).

Cette autre partie du parc offre un paysage totalement différent, et porte comme nom  « The Needles », les aiguilles. Personnellement, les formes de ces rochers me rappellent les espèces de châteaux de sable en ruine qu’on s’amusait à faire avec mes cousins nantais, quand on passait tous nos mois d’août en vacances à Pontaillac, à côté de Royan. Tu sais, tu prends dans ta main une grosse poignée de sable que tu es allé cherché sous la surface de la mer, et tu le laisses dégouliner entre tes doigts pour que ça crée des formes bizarres. Ben, là, la nature a fait à peu près le même jeu que le nôtre, sauf qu’elle avait de plus grandes mains !

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Je me suis réveillé super tôt pour traverser le parc, et arriver à « Big Spring Canyon Overlook » avant le lever du jour. Comme à son habitude, Jules n’a pas tardé à ouvrir ses yeux, et il est venu me rejoindre sur le siège passager, vers 6 heures et demie, pendant que le reste de la famille continuait son voyage au pays des rêves.

On s’est baladé dans cet immense terrain de jeu, on a vu la lune qui n’était toujours pas décidée à céder totalement sa place au soleil et au ciel bleu, à moins qu’elle ne soit restée un peu plus longtemps pour profiter du spectacle elle aussi…

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Une fois le reste des Gorin réveillés, pas lavés, mais habillés, on s’est tous lancé dans un nouveau trail, le « Slickrock Foot », long d’environ cinq kilomètres. C’est pas méchant cette distance en théorie, mais au beau milieu des rochers, avec la chaleur, ça complique forcément la donne…

L’essentiel dans ce genre de mission, c’est de penser à emmener dans nos sacs le fameux cocktail de Jeanne, une sorte d’élixir parfumé à la cerise qui pourrait se bouffer plutôt que de se boire, tellement c’est chargé en sucre, et puis quelques cookies qui leur font oublier leurs souffrances…

Et puis ça les amuse d’escalader les gros rochers, ou de piquer de grands sprints sur les parties plates, le seul truc étant de s’assurer qu’il n’y a pas de ravin caché juste derrière, avec 300 mètres de vide en-dessous !

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Au bout du compte, on y est arrivé au bout de cette randonnée, après environ trois heures d’intenses efforts, et tu en dégages à chaque fois une certaine satisfaction. Enfin, je parle de Jess et moi quand je dis ça, car la seule requête des gamins à la fin est de nous faire promettre que la prochaine fois, ce sera moins long !

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Quand tu leur as fait subir une telle épreuve, tu sais que tu ne réussiras pas à les entraîner sur un second itinéraire quelques heures plus tard, et c’est donc tout seul que je suis parti faire le trajet qui relie les deux campings du parc.

C’est une sympathique promenade sur les rochers, offrant encore quelques jolies vues.

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Par contre, je n’arrive toujours pas à comprendre comment des arbres peuvent réussir à pousser au milieu de la caillasse comme ça, ils sont sacrément costauds tout de même…

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Plus tard, en quittant le parc, nous sommes tombés par le plus grand des hasards sur un lieu insolite, le « Newspaper Rock ».

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D’après les explications, les plus anciennes écritures retrouvées sur ce mur datent d’environ 2000 ans, mais il y en a d’autres plus récentes, laissées pour le plaisir par des gens de passage…

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Maintenant, on ne peut plus s’approcher de ce rocher, ce qui a le mérite d’éviter qu’un artiste incompris, ou tout simplement un abruti, ne dessine une bite (il n’y a que ça qui me vient comme exemple…) au beau milieu de cette composition qui fait partie de l’Histoire. Je dis ça parce qu’on est tous capables, dans un moment d’égarement, de faire de tels actes plutôt débiles (pour ceux qui y étaient, rappelez vous du dur destin de la fresque du Boscoe, célèbre bar du quartier Sainte Marthe, à sa grande époque !).

Sixième étape : Natural Bridges

Décidément, tout est démesuré dans ce pays, ce n’est pas une légende… et cela s’est confirmé avec la découverte de ces immenses ponts naturels.

On les avait déjà entrevus lors de notre arrivée au parc en fin de journée, mais comme le soleil s’était déjà couché, la visibilité était très limitée. En plus, on n’avait pas trouvé de camping, celui du parc n’étant pas adapté pour des véhicules aussi longs que le nôtre, alors après une heure à tourner dans les environs, on a fini par s’échouer sur le parking du Visitor Center, interdit pour la nuit normalement, mais personne n’est venu se plaindre de notre présence au final…

De toute façon, ils n’en auraient pas eu le temps, car bien avant que les Rangers n’arrivent pour attaquer leur service, j’étais déjà en train de descendre le trail qui me mènerait au premier pont naturel au programme, le Sipapu Bridge, le deuxième plus grand au monde, après le Rainbow Bridge.

Avant de porter ce nom, il s’était d’abord fait nommé « President », puis plus tard « Augusta ».

Le chemin n’est pas évident, surtout au réveil. Il y a pas mal d’échelles à descendre, c’est assez raide…

J’étais le seul au pied de ce pont à cette heure si matinale, et tu te retrouves vraiment paumé au milieu de la nature. J’avais posé le boîtier sur le trépied, attendant que le soleil se réveille, et je pouvais entendre autour de moi tout plein de gigotements dans les buissons. Au début, ça fout un peu les boules, et puis au bout de dix minutes, tu te dis que si c’était un ours ou un lion, il aurait fait de toi son petit déjeuner depuis belle lurette !

Le soleil est venu éclairer tout doucement une partie du pont, il était sept heures environ, et moi j’étais fasciné et émerveillé par ce début de journée…

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Quand je suis remonté, la famille était réveillée et prête, alors on s’est dirigé vers le second pont. C’est le plus jeune, et ça se remarque par le fait que c’est le plus massif, donc celui qui a le moins subi l’usure du temps. Tout comme le précédent, il a porté différents noms, « Senator » pour commencer, puis « Caroline », pour finalement adopter celui de « Kachina Bridge » aujourd’hui.

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On n’est pas descendu le voir de près car le sentier était déconseillé pour de jeunes enfants, et on tient à eux, malgré tout ce qu’ils nous en font baver…

Le troisième et dernier pont, par contre, était accessible à tous, et on ne s’est pas gêné pour aller lui chatouiller les dessous de pieds ! Il est tout fin, comparé aux autres, mais cela s’explique par le fait que c’est le plus ancien. Il s’appelle Mister Owachomo Bridge, et il avait eu droit à « Congressman » et « Edwin » comme petits noms auparavant.

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Les enfants étaient ravis d’aller se défouler sous ce joli monument, Jack a fait trempette dans les flaques, tout le monde a pris du bon temps.

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Et Jess, qui est au fait de tout, nous a expliqué en bas comment ces ponts se sont formés. Le sol ici est composé de roche sableuse, et l’eau est venue y faire son lit pour former une sinueuse rivière. Lassée de faire de grands virages qui lui font perdre trop de temps, elle a décidé de se créer quelques raccourcis, en allant creuser dans la fragile pierre, donnant ainsi naissance aux ponts naturels que nous admirons bien des années plus tard. La nature est bien faite, non ?

Avant d’aller rejoindre Monument Valley, prochaine destination de notre périple, nous sommes passé à Goosenecks State Park, en suivant les précieux conseils d’Éric. Ah oui, c’est vrai que je ne vous en ai pas parlé d’Éric. C’est un français, avec un bel accent du Sud, qui a l’air d’être un habitué des virées dans l’Ouest américain depuis quelques années. Il est venu nous voir sur un parking de Canyonlands, pour nous poser quelques questions concernant les démarches pour pouvoir acquérir et conduire en toute légalité un camping-car aux US. On a passé un petit moment à discuter et il nous a suggéré quelques endroits à ne rater sous aucun prétexte. C’était sympa de passer un petit moment avec lui… et le plus drôle, c’est que deux jours plus tard, alors qu’on passait à Moab pour faire le plein d’essence et quelques courses, on est tombé sur lui par hasard sur le parking du supermarché. Il logeait dans un hôtel du coin, et nous on filait vers Dead Horse…

La route est très belle quand tu descends pour rejoindre l’Arizona, avec toutes ces collines recouvertes de terre rougeâtre.

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Et puis au bout d’un moment, tu tournes à droite, et là tu arrives à Goosenecks.

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Drôle d’endroit, avec un terrain mis à disposition gratuitement pour ceux qui souhaitent passer la nuit ici. Et plus bas, ça se calcule en centaines de mètres, tu vois la Colorado River qui serpente entre les montagnes. En haut, les gens s’installent sur leurs chaises de camping, et admirent le paysage en sirotant leur petite bière, rigolo comme ambiance.

Et ce lieu, en plus d’être joli, est très instructif, car il te montre à quoi devait ressembler le parc des « Natural Bridges » avant que le travail incessant de l’eau ne le bouleverse complètement. Ou si tu préfères prendre ça dans l’autre sens, tu peux te dire que Goosenecks, dans plusieurs millions d’années, devrait donner naissance à quelques ponts naturels, quand la rivière sera saoulée de se taper tous ces virages…

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Que veux-tu, il faut bien que les choses évoluent… J’espère juste qu’il y aura toujours un parking gratuit et quelques touristes sur leurs transats venus se désaltérer !

Septième étape : Monument Valley.

On est arrivé en fin d’après-midi à Monument Valley, en plein territoire Navajo. Et oui mon pote, tu es maintenant chez les indiens, et ce sont eux qui gèrent les affaires.

Alors quand ils voient plusieurs milliers de visages pâles débouler chaque semaine pour visiter leurs terres, ils ne les loupent pas au virage !

Si tu as l’intention de te faire une visite complète du site, et si tu n’as pas ton 4X4 à portée de main, ça te coûte un bras cette histoire !

Avant de trop réfléchir à tout ça, on a trouvé un lavomatic dans le coin, histoire de se donner un peu plus d’options dans le choix des vêtements dans les jours à venir, et Jeanne et Jack ont profité du petit parc pour enfants pendant que Jules avait droit à sa dose de CNED.

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On a eu ensuite un bel aperçu des beautés du coin, pendant qu’on cherchait un endroit où dormir, car la nuit approchait…

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Alors, à ce sujet, vous avez certainement remarqué que l’on roupille là où on peut, tant que c’est gratos, et ce soir-là, je crois qu’on a battu tous les records, en s’installant au bord de la route, à côté d’un panneau « Stop », en plein Navajoland.

Ce n’est pas très raisonnable quand tu y penses, parce qu’en pleine obscurité, c’est un coup à ce qu’ils prennent Ducon pour une diligence transportant de précieuses marchandises, et que tu te réveilles au petit matin encerclé par une horde d’indiens sur leur monture, en train de tourner autour de toi, à pousser des cris dont j’ignore totalement la traduction, et en te dégommant avec leurs flèches. Manquerait plus qu’ils nous crèvent un pneu ces sauvages, et ce serait le pompon !

Déjà que Ducon ne pète pas la forme en ce moment…

Mais la nuit s’est très bien passée au bout du compte, et nous sommes retournés à Monument Valley sur nos quatre pneus.

J’avais encore mis le réveil de très bonne heure, car je ne voulais pas rater le lever du soleil. Franchement, je ne l’ai pas regretté, car ça claque pas mal…

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Et puis ça au moins, c’est gratos, car après, quand tu te renseignes pour les balades dans la réserve, c’est moins la fête.

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Les mecs veulent 150 € pour t’emmener une heure et demie faire le tour des cailloux, tu passes à 130 € après négociation, mais pas mieux. Trop cher pour nous…

Ça n’en a pas l’air vu le voyage qu’on se fait, mais on n’a pas beaucoup de fric en réalité ! C’est surtout une question d’envie tout ça, avec un peu d’organisation…

En plus, comme le temps n’était pas terrible, de gros nuages arrivant de partout, on s’est replié sur une petite balade – elle nous semblait petite à vue d’œil, mais ça nous a bien pris trois heures je crois – autour de la superstar locale, la « West Mitten Butte ».

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Je ne sais pas combien de films ont été tournés avec ce rocher en guise de décor, mais la liste, dont on a vu un aperçu, est conséquente…

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Et ben voilà, ce n’était pas la peine de cracher je ne sais combien pour découvrir les alentours, on y arrive très bien à pied !

Ah, ils sont quand même forts ces indiens, et ils ont un sacré sens du commerce, et il n’y a aucune raison de leur en vouloir…

Tu sais quoi, ils font même du business avec les russes ! Je déconne pas, ils importent des plantes de chez eux, du chardon je crois, qu’ils font pousser en douce dans le désert… Mais ça, il n’y a que les Gorin qui le savent, car on est les seuls à faire des trails ici, les autres touristes partent en virée en bagnole !

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Enfin bon, ne vous inquiétez pas, on trouve tout de même du Coca-Cola dans le coin, c’est toujours l’Amérique ici, même en territoire Navajo.

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On a continué de découvrir les environs à bord de Ducon l’après-midi, le soleil était revenu et c’était bien agréable d’en profiter.

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Puis de gros nuages se sont invités à nouveau pour donner à cette fin de journée une ambiance très particulière, au moment où l’on quittait le coin.

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On s’est arrêté au Mile 13 de la route partant vers la ville de Mexican Hat, juste à l’endroit où s’est déroulée une scène du film « Forrest Gump ». C’était encore un tuyau de notre nouveau Tour Manager Éric !

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Pour en revenir au film, c’est le moment où Tom Hanks décide d’arrêter son long footing à travers le pays, pour rentrer chez lui.

Ouais… ben il fait ce qu’il veut monsieur Hanks, et qu’il aille se reposer à la maison s’il est fatigué… Nous, en tout cas, on continue !

Et c’est pour ça qu’on a beau être dimanche aujourd’hui, et bien qu’on s’accorde un peu de répit, cela ne nous a pas empêché d’enfiler les bonnets et d’aller quand même faire vite fait un petit bout de marche du côté d’« Horseshoe Bend », qui est une version un peu plus colorée de Goosenecks, mais qui subira à très long terme le même sort, celui de finir peuplé de ponts naturels taillés dans la roche.

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Et oui, que voulez-vous mes amis, il faut souffrir pour acquérir le savoir d’un Junior Ranger digne de ce nom…

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Albuquerque, New Mexico

Mercredi 12 mars 2014, 10:30 pm

Albuquerque, New Mexico

Qu’est-ce qu’on s’en tartine des allers-retours dans ce voyage, sans blague…

Mais c’est logique, car avec tout ce qu’il y a à voir ici, on essaie de faire au mieux pour tout couvrir, mais cela passe parfois par des changements radicaux de direction, et puis il y a les décisions de dernière minute, dues à la météo par exemple, et aussi les envies du moment, tout ça quoi…

En parlant des envies du moment, ce que j’ai pu constater, c’est qu’elles nous ont amené à réaliser de beaux virages, des courbes parfaites, des chutes vertigineuses qui, une fois reportés sur la carte, ont donné à notre itinéraire la forme d‘une très jolie paire de fesses !

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Ah, ça doit être le retour du printemps… ça vous met de la poésie jusque sur une carte routière !

C’est pas grave docteur, au moins ? Parce que j’ai pas fait exprès, moi, de prendre ces routes là, vous savez… et puis je ne décide pas tout seul, ma femme a sa part de responsabilité là-dedans…

Si vraiment, dans les semaines à venir, le tracé de nos exploits révèle de nouvelles obscénités de ce genre, je vous promets de consulter le premier psy, croquis à l’appui, afin qu’il puisse analyser tout ça et me guider vers la voie de la guérison…

Mais quand même, ça a son charme ces petits détours, et puis ça réserve tout son lot de surprises, plus ou moins agréables… Ainsi, notre paire de fesses en question en a vu de toutes les couleurs, piquée au vif qu’elle a été dans un premier temps par les impressionnants cactus de Saguaro, Arizona, avant de pouvoir se reposer en profitant du confort et de la chaleur des dunes du désert de White Sands, dans le Nouveau Mexique…

Et ouais, troisième passage dans l’État du New Mexico, et nous voici même ce soir rendu à Albuquerque pour la nuit, ville où nous avons déjà dû roupiller il y a deux semaines environ !

Mais ça en valait la peine tout ça, déjà pour pouvoir se vanter de faire de très jolis dessins sur la carte, mais aussi pour les très beaux endroits qu’on a vus ces derniers jours.

Parce que je peux te dire que Saguaro et son parking à cactus, au niveau scénographie, c’est plus fort que bon nombre d’expositions ou de performances bien pompeuses auxquelles le tout Paris doit absolument se rendre, sous peine de finir idiot jusqu’à la fin de tes jours, comme ils disent dans les journaux spécialisés…

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Alors je ne sais pas comment ils se démerdent ici, mais en tout cas, le chef déco a fait du sacré bon boulot, et en plus ils ont de très bons figurants.

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Car on est bien d’accord que c’est bidon tout ça, c’est pas des vrais cactus, faut pas se foutre du touriste à ce point, quand même ! C’est plutôt une version Far West de Disneyland, la seule différence étant qu’ils se déguisent en plante verte à piquants au lieu d’être en Mickey et toute sa bande…

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Et c’est fort, car il faut y arriver à rester comme ça, immobile, du matin au soir, avec cet accoutrement.

Et si ça te gratte tout d’un coup ? Ou bien si tu as une crampe ? Comment tu fais ? Eh ben t’es un américain, mon gars, tu souffres en silence !

Sans compter qu’il y en a qui se mettent dans des positions pas possibles, ce sont carrément des contorsionnistes les mecs !

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Et puis dans certains cas, après avoir bien observé, j’en suis arrivé à la conclusion qu’ils devaient être plusieurs dans le même cactus, parce que il y a des trucs que tu ne peux pas faire tout seul, même avec la plus grande volonté du monde…

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Il y en a des milliers… Le touriste qui se pointe dans le coin pour faire du slalom en rollers, il s’éclate ! Mais par contre, il n’a pas intérêt à se prendre une porte, sinon c’est la sanction immédiate !

Franchement, au bout d’un moment, cet endroit peut même devenir limite angoissant. Parce que tu te dis que peut-être, pour tu ne sais quelle raison, ils vont tous se mettre en marche, et commencer à te poursuivre du haut de leur petite dizaine de mètres (Eh oui, c’est immense en plus ces bêtes là !), pour une espèce de remake du clip « Thriller », de Michael Jackson, façon western…

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Et dans ce cas là, tu ne trouveras personne pour te secourir, que des cactus à la ronde ici, et rien d’autre…

Et puis pour ce qui est de tenter d’instaurer un début de relation amicale avec eux, autant vous dire que c’est peine perdue. Tu auras beau les questionner sur tout et n’importe quoi, toujours la même réaction, ils restent de glace, pas même un piquant qui sourcille, le calme absolu.

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J’ai bien demandé à l’un d’eux combien il était payé pour faire ça. C’est vrai quoi, si je ne retrouves pas de boulot en rentrant à Paris, je pourrai toujours revenir ici et postuler pour faire cactus, au moins à mi-temps… mais pas de réponse.

Alors quand Jess et les enfants ont eu le dos tourné, j’ai essayé le rapprochement physique, avec un spécimen qui m’avait plutôt l’air issu de la branche féminine, mais tu es vite rappelé à l’ordre quand tu t’y frottes ! Aïe aïe aïe… ça pique !

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J’ai vite abandonné l’idée d’en inviter un pour un slow, pour peu que je lui marche sur les pieds vu mes talents de danseur… Pourtant, ils le font entre eux, je les ai vus ! Ils sont vivants, je vous le dis !

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Je ne sais pas pourquoi toutes ces idées me sont venues en tête lors de la visite de ce parc, pourtant je n’avais rien fumé la veille, c’est promis !

Mais la certitude qu’ils étaient des êtres humains déguisés m’habite encore quelques jours plus tard…

J’ai surtout en mémoire l‘attitude moqueuse de leur leader juste avant qu’on ne quitte la partie ouest du parc, du style : « Alors mon vieux, t’as bien flippé chez nous ce matin, hein ? »

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Une vraie tronche de clown, comme ceux qui effraient les enfants au cirque, et les empêchent de s’endormir paisiblement durant les trois semaines qui suivent.

On n’en avait pas terminé avec les cactus en plus, car il fallait se farcir la partie Est du parc désormais, de l’autre côté de Tucson.

Tu as une heure de route environ entre les deux parties de Saguaro, et on a longé à cette occasion un musée de l’air, avec de vielles carlingues ayant rendu de fiers et loyaux services pour l’armée américaine, sacré cimetière…

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De l’autre côté, tu te sens moins oppressé, on est plus dans les hauteurs, et les cactus se font un peu plus rares, quoi que plus hauts encore.

Là, pour bosser ici, il faut être basketteur !

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De plus, il y en a différentes espèces, alors ça donne au paysage une grande diversité, trop beau…

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Ils ont dû en faire des virées ici, John Wayne et compagnie…

Nos gamins, quant à eux, sont plutôt branchés indiens, et quand la tribu se met à hurler les cris de ralliements sioux ou apaches, ça déménage, et les cowboys se font la malle !

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Puis la lumière a commencé à décliner tout doucement, venant dorer la peau de porcelaine de ma petite princesse, qui avait mis sa tenue de soirée pour l’occasion…

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On a regardé ensuite le soleil se coucher, et les courageux cactus étaient toujours là pour la photo, imperturbables…

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Je ne sais vraiment pas à quelle heure ils arrêtent le boulot, pour enfin aller se reposer chez eux…

Notre étape suivante s’appelait « Gila Cliff Dwellings », un ancien village construit dans les montagnes entre 1270 et 1300 par le peuple Mogollon. Cette quarantaine d’habitations a ensuite été squattée par les apaches à partir de 1500. C’est d’ailleurs dans le coin qu’est né Géronimo, un de leurs grands leaders historiques. Et puis plus tard, comme le gouvernement a trouvé plus raisonnable de parquer les indiens dans des enclos, euh des réserves… enfin c’est à peu près la même chose, cet endroit s’est retrouvé sans locataire.

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Alors c’est assez charmant comme bled, et puis tu vis dehors tout en étant à l’abri, c’est cool.

Par contre, pour y arriver, c’est une sacrée mission… Tu dois te beurrer trois heures de route vers le Nord, une fois passé Silver City, dont deux à faire des virages dans un col qui culmine à plus de 2 200 mètres d’altitude… Je peux te dire que Ducon, ça lui fait des pneus de rêve !

Pour vous situer le site sur la carte, par rapport à la paire de fesses que notre trajet représente, Gila c’est juste en haut de la raie… Classe, non ?

On est arrivée la veille de notre visite du village, alors on en a profité pour s’offrir une bonne nuit dans un camping, avec petit barbecue avant la tombée de la nuit.

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Enfin, cerise sur le gâteau, on a eu droit à un bon bain relaxant en plein air avec vue sur les étoiles. Ce sont des sources chaudes de plus de 40°C qui trainent dans le coin et sont à votre disposition pour adoucir vos fins de journée. Comme Jack s’était endormi tôt, Jess et Jeanne y sont allées d’abord, et puis avec Jules, on a pris le relai une heure après, entre mecs !

Le lendemain matin, tout le monde était en forme pour engloutir en un rien de temps le petit kilomètre qu’il fallait parcourir pour accéder au village, et puis on a regardé les habitations locales.

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C’est sympa, et puis la vue est belle, mais finalement, on ne s’est même pas renseigné sur les loyers, on est bien mieux installé dans notre fidèle Ducon…

Une fois redescendus des montagnes, nous avons visité une petite ferme spécialisée dans l’élevage de chèvres – il y en avait des centaines – et puis nous sommes repartis vers le Sud-Est, direction White Sands.

C’est souvent durant les longs trajets qu’on arrive à trouver un peu de temps pour faire l’école à Jules. Il est cool l’asticot, parce qu’il reste concentré malgré des conditions souvent extrêmes. On m’aurait imposé ça à moi, je me serais mis en grève depuis un bail…

Ce retour vers l’Est nous a fait à nouveau traverser la division continentale, c’est à dire l’endroit qui sépare l’Amérique en deux. En gros, à la droite de ce point, les eaux filent se jeter vers l’océan Atlantique, et à gauche, elles prennent le chemin de l’océan Pacifique.

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Nous, c’était plutôt aride le coin où l’on avait décidé d’aller… En effet, White Sands National Monument est un bout de désert perdu au beau milieu du Nouveau Mexique, et sa particularité est que son sable, composé de gypse, est de couleur blanche.

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Pour les passionnés, pas comme moi, mais j’ai quand même pris le temps de me renseigner pour vous, le gypse ne se trouve jamais sous la forme de sable. En effet, il est soluble dans l’eau. Donc, la pluie ou la neige, quand elles font bien leur travail, embarquent avec elles le gypse accroché aux roches dans les montagnes, et l’emmènent tranquilou jusqu’à la prochaine rivière qui elle, finira le travail en le livrant à la mer. Voilà comment ça se passe habituellement… Mais là, manque de pot, il n’y a pas de rivière qui passe dans le bassin de Tularosa, la région où se trouve White Sands, donc qui dit pas de transporteur, dit pas de livraison ! Et ainsi, le gypse s’installe dans le coin, sous forme de sable, pour le plus grand bonheur des vacanciers qui peuvent venir y poser leur derrière, endolori par tant de piqûres de cactus, si jamais ils ont eu la drôle d’idée de passer par Saguaro avant de venir ici !

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Les plus sportifs pourront pourquoi pas s’en servir d’immense terrain de luge et d’acrobaties en tout genre.

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Et puis c’est l’occasion de s’offrir de belles balades au milieu de ce magnifique paysage blanc et bleu, c’est pas tous les jours quand même…

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Le seul inconvénient, mais c’est souvent le cas dans le désert, c’est que tu attrapes vite chaud. Et comme je n’étais pas encore au courant de l’explication technique de la formation de cette étendue de gypse à perte de vue – je ne vous refais pas le topo – je me suis dit qu’il devait forcément y avoir un bout de mer caché quelque part derrière une de ces dunes. Et comme je frisais l’insolation, ça m’aurait arrangé de piquer une petite tête, voyez-vous ?

Alors je suis parti à la recherche de l’eau, en me disant que ce n’était pas normal d’avoir créé une si grande plage, sans avoir pensé à installer au moins un carré de flotte quelque part, histoire de se rafraichir un peu…

J’ai marché longuement, des heures et des heures, pensant qu’il serait simple de retrouver mon chemin pour rentrer, j’avais omis un seul petit détail : Il n’y a rien de plus ressemblant à une dune… qu’une autre dune !

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Une certaine angoisse a lentement commencé à m’envahir, et je commençais même à regretter l’absence de mes copains les cactus, avec qui au moins je pouvais faire semblant d’avoir une conversation, même si elle ressemblait plus à un monologue… Tandis que là, rien, le vide absolu, aucun signe de vie, même animal, pas même un putain de moustique pour venir m’emmerder…

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J’en suis peu à peu arrivé à la conclusion que c’était la fin des haricots, que je ne reverrais plus jamais les miens, que j’allais finir seul dans ce désert, un peu comme Le Petit prince, sauf que lui au moins, il avait été pote avec un renard, et puis dans son malheur, il était devenu célèbre !

Pour finir en beauté, j’ai décidé de faire un autoportrait, un dernier pour la route, et pour la symbolique, j’ai photographié mon empreinte de pied dans le sable…

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Hyper fort…

Alors, dans un dernier effort, je me suis décidé à passer une énième dune, au cas où l’eau tant recherchée et attendue se trouve derrière, comme par miracle…

C’est là que j’ai entendu cette phrase, que je croyais d’abord avoir inventée dans mon esprit qui commençait à virer vers la folie… C’était une voix de femme, et ça disait : « Et ben oui, j’ai oublié l’eau ! Mais tu vas pas m’en faire un plat ! Et puis si t’es pas content, t’as qu’à la préparer toi-même la glacière ! Et ton Ricard, t’as qu’à le boire pur, ça changera pas grand chose ! »

J’hallucinais ou quoi… Des touristes français juste de l’autre côté… avec du Ricard dans la glacière en plus ! Une aubaine mes enfants !

Le temps de reprendre mon souffle et de franchir cette dune, ils avaient disparu, mais au moins, j’avais retrouvé mon chemin, j’avais retrouvé la civilisation, matérialisés par cette route bordée de plots qui allait bientôt me mener tout droit vers Ducon…  J’étais sauvé !

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Quelques minutes plus tard, j’ai retrouvé toute ma petite famille, qui n’avait pas idée à quel point j’étais heureux de pouvoir la serrer à nouveau dans mes bras. Jess m’a proposé un grand verre d’eau, il y en avait plein le frigidaire, les femmes ont souvent l’esprit bien plus pratique que nous…

Puis le soleil a décliné lentement, on s’est tous installé sur le sable pour le regarder disparaître au fur et à mesure derrière les dunes, c’était magnifique.

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Moi, je me suis dit que ça aurait été vraiment trop con de mourir ici par une si belle journée…

Globe, Arizona

Jeudi 06 mars 2014, 03:00 pm

Globe, Arizona

Vous n’en avez pas marre de lire tous les mensonges que je vous raconte sur notre soi-disant périple aux États-Unis depuis septembre dernier ? Parce qu’en vrai, c’est du pipeau tout ça ! Ça fait six mois qu’on zone à Melun, cachés à l’abri de la folie et du brouhaha de la vie parisienne, sans oser l’avouer ni aux copains, ni à la famille… Alors du coup, on a inventé cette escapade, ça faisait plus classe quand même qu’une retraite en banlieue !

Je dis ça, mais je ne sais même pas si c’est en banlieue Melun, mais c’est le premier nom qui m’est venu pour cet intro foireuse…

C’est peut-être que je n’ai pas tout le temps le courage et l’envie de vous étaler notre quotidien américain, y’a des moments comme ça, que voulez-vous…

Mais ça tombe bien car ce matin, en essayant de ranger la chambre des enfants, ce qui s’avère à chaque fois être une tâche très ardue, je suis tombé sur leurs journaux intimes respectifs. C’est pas bien de lire ces choses-là, surtout qu’on ne sait jamais ce qu’ils pourraient bien raconter sur moi, mais bon, je suis leur père, et j’ai ainsi tous les droits, puisque c’est moi le chef !

Et puis ça m’a ramené vers mes jeunes années, époque durant laquelle je tenais aussi une correspondance secrète avec moi-même. Ce public était d’ailleurs bien suffisant, puisque les choses que je racontais n’intéressaient que moi !

Ah, je me souviens… Alain Giresse, mon joueur de foot préféré… le 45 tours de Jakie Quartz offert par la maman d’un copain pour mon anniversaire… et mes deux premiers grands amours, Kim Wilde et Cyndi Lauper… tout ça figurait sur mon journal intime, bien caché je ne sais même plus où dans ma chambre…

Mais quand tu vis dans un camping-car, pas facile pour un gamin de dissimuler ses écrits secrets sans risque de se faire intercepter.

Ainsi, le premier que j’ai trouvé, c’est celui de Jeanne, planqué au beau milieu de sa pile de doudous venus faire le voyage avec elle, et j’en ai encore appris de belles sur son compte…

« Cher Journal,

Nous voici maintenant au milieu de notre voyage, et malgré tous mes efforts, je n’ai toujours pas rencontré le grand amour américain dont je rêvais… Pourtant je cherche, je te jure !

Alors, OK, de légères amourettes par-ci, par-là, des histoires sans lendemain, j’en ai eues, comme à Bethel avec Duke, ou à New Orleans avec mon espèce de punk déglingué, mais bon, je recherche quelque chose de plus sérieux quand même…

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Et récemment, j’ai bien cru avoir trouvé la perle rare…

C’était quelques jours après notre passage au Guadalupe National Park, où mes parents avaient absolument voulu faire une étape. Ils en ont de ces idées sans déconner… on avait déjà eu notre compte de randonnées en tout genre à Big Bend, et voilà qu’il fallait remettre ça dans le premier Park présent sur notre route !

Mais bon, ça dégourdit les jambes, surtout celles de mon petit frère Jack, qui a bien besoin de se défouler à son âge. Il a d’ailleurs toujours sa petite mine radieuse quand on part en promenade, c’est craquant…

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Et en plus, c’est là que j’ai croisé tout un tas de cactus en forme de cœur durant notre balade, et j’ai pris ça comme un signe annonciateur d’une proche rencontre amoureuse pour moi…

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Enfin, il y a eu Roswell… C’est pas le nom de mon chéri Roswell, c’est celui de la ville où l’on s’est rencontré, lui et moi…

On est arrivé en début d’après-midi là-bas… Il faisait chaud, et une drôle de scène s’est passée devant nos yeux juste avant d’entrer dans le centre ville. Une famille du coin était en train d’essayer de dépanner la soucoupe volante de quelques extraterrestres embarrassés, mais tout cela dans une ambiance plutôt amicale.

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Mais je crois que ce n’est pas la première fois qu’on aperçoit des ovnis dans le quartier, cet événement ayant apparemment eu lieu une première fois en 1947, malgré les efforts de l’armée américaine pour étouffer l’affaire à l’époque.

Et tu te rends compte, en visitant la ville, que non seulement ils sont passés pour de vrai au milieu du 20ème siècle, mais qu’en plus, ils sont restés là depuis, et ont carrément pris le contrôle de la ville !

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Alors là, je suis devenue folle, et j’ai décidé que l’élu de mon cœur serait un de ces hommes verts. Enfin, la couleur importait peu d’ailleurs, il pouvait bien être violet ou orange, l’essentiel était qu’il vienne d’une autre planète, qu’il soit unique, rien que pour faire baver de jalousie toutes mes copines à la rentrée prochaine à Belleville !

Et puis je et dis pas les vacances de rêve chaque été quand tu es maquée avec un mec pareil… C’est Pluton une année, Jupiter la suivante, et puis pourquoi pas un réveillon sur la Lune, le panard quoi !

Une fois en ville, j’en ai donc suivi un à la trace, grâce aux empreintes de pas qu’il laissait derrière lui sur le bitume, il faut dire qu’ils ne sont pas très discrets ces individus…

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Ces pas m’ont conduit direct au troquet du coin, ce qui a empli de bonheur le cœur de mon papa, qui tenait bien sûr à m’accompagner pour l’occasion mais qui commençait à avoir soif sous ce chaud soleil…

Le bar était désert, personne pour t’accueillir, pour te servir, alors on est allé au fond de la salle. C’était tout sombre, on a longé quelques tables avec papa et c’est là qu’on est tombé nez à nez avec Toto. Le choc…

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Toto, c’est le petit nom que je lui ai donné.

Je suis tout de suite tombée amoureuse de lui, malgré son air un peu désespéré, mais ça se comprend, il vient de loin…

Alors mon papa, comme d’habitude, il a trouvé quelque chose à redire, du style : « Non, mais Jeanne, t’es pas bien ? T’as vu sa tronche ? On dirait un mix entre Sim et Philippe Douste-Blazy ce type ! En plus, je voudrais pas dire, mais il ne m’a pas l’air bien causant… »

J’ai pourtant passé un peu de temps avec lui, après avoir envoyé mon père au comptoir pour aller se détendre un peu, et il a été très gentil avec moi. Il m’a dit qu’il était écrivain dans la vie, mais qu’en ce moment, il traversait une période où l’inspiration n’était plus au rendez-vous…

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Il m’a dit que grâce à moi, ça allait revenir, qu’il voulait écrire à nouveau, alors j’étais heureuse… Il m’appelait même « mon petit poussin », vous vous rendez compte ? On ne m’a jamais appelée comme ça…

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Mais bon, après ce petit moment magique, plus rien… Il s’est comme on pourrait dire éteint à côté de moi. Il avait l’air complètement shooté au Coca-Cola, et je me retrouvais comme une conne à écouter toute seule « Space Oddity », de David Bowie, que j’avais programmé sur le jukebox pour lui faire plaisir…

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J’étais triste, alors j’ai rejoint mon papa au comptoir, il n’avait pas l’air étonné. Il m’a expliqué plus tard qu‘il avait parlé au patron, et ce dernier lui a dit que c’était son truc à Toto de jouer les séducteurs, mais c’était juste pour obtenir les papiers terrestres pour pouvoir rester sur notre planète… ça m’a fait de la peine, pour moi, mais aussi pour lui… parce que je l’aimais bien quand même, et puis je n’ai pas envie qu’on le vire dans sa soucoupe…

Bon, encore une déception… Il m’avait prévenu mon papa, j’aurais dû l’écouter… alors pour la peine, c’est toujours lui mon amoureux !

N’empêche que depuis, qu’on soit au Nouveau Mexique ou en Arizona, je regarde souvent le ciel, et je me dis que je finirai bien par en trouver un, un homme vert, bleu ou jaune, qui viendra me chercher avec son drôle de vaisseau spatial, et qui m’emmènera en virée dans les étoiles… »

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Ah, ma Jeannette… quel cinéma a un si jeune âge, ça promet pour la suite !

Après, j’ai voulu attraper un body pour Jack et c’est sous sa pile de vêtements que j’ai trouvé son journal. Je ne savais pas d’ailleurs qu’il savait déjà écrire. Il est super en avance pour son âge ce gamin…

« Salut mon journal !

Comment ça va ? Moi, je m’éclate ici en Amérique, et encore plus depuis qu’on a attaqué la partie Ouest du pays. On voit des paysages et des lieux incroyables. En plus, je suis super bien installé dans mon fauteuil dans le camping-car. Je vois tout ça défiler devant mes yeux en panoramique par la fenêtre, tout en dévorant ma tétine du matin au soir, elle est pas belle la vie ?

En plus, mes parents nous en font voir de toutes les couleurs… Ils deviennent dingues je crois !

Chaque fois qu’on est parti dans un sens, comme l’autre jour quand on est entré dans le New Mexico, il faut qu’ils trouvent un truc qu’on n’a pas fait et qui soudain devient inloupable… Et paf ! C’est reparti dans l’autre sens, pour quatre heures de route by night pour retrouver le Texas et filer vers Cadillac Ranch !

Qu’est-ce que tu veux, c’est ça d’être vieux… tu te dis que tu n’auras peut-être plus l’occasion de revenir dans le coin, alors tu essaies de tout voir ! Du coup, on les laisse faire et on suit, tant que Ducon tient la route…

Alors comme je le disais, il a fallu revenir chez nos amis texans pour Cadillac Ranch, tout ça pour voir le soleil se lever sur dix moitiés de bagnoles sortant du désert…

Je me serais marré s’il avait flotté au petit matin! J’aurais eu des losers en guise de parents, comme on dit ici.

Surtout que la veille, quand on a fait la route, ça en prenait vraiment le chemin, et la nature était dans tous ses états… C’est papa qui était au volant, et un orage s’est mis à nous éclairer notre route, alors que la nuit s’était installée depuis un bon moment. Les éclairs fusaient de partout, et un vent pas possible s’est levé dans la foulée. Même Ducon ne la ramenait pas des masses, on sentait sa fébrilité à chaque rafale le pauvre vieux…

Et puis on ne pouvait pas traîner dans le coin sans avoir droit à notre petite « Dust Storm », comme ils l’appellent ici. C’est assez surprenant, et assez fréquent ici je crois. Tu roules, et tout à coup, plus rien… enfin si, un épais nuage de poussière qui vient des champs alentours vient te boucher la vue pendant quelques secondes, mais quand tu es en train de conduire, autant dire que cela semble être une éternité. Assez flippant comme phénomène…

Et puis ça revient comme c’était, tu es content car tu t’aperçois que tu es toujours sur la route, et pas dans le champ à côté… d’ailleurs, je pense que c’est pour ça qu’ici, ce sont d’interminables lignes droites, comme ça, t’es pas emmerdé en cas de tempête  en tout genre, tu fermes les yeux et tu traces !

Bizarre cette soirée… On a même vu sur les panneaux des annonces révélant qu’un enfant venait de se faire kidnapper dans la région, avec l’indication de la plaque d’immatriculation des suspects, au cas où tu les croises ! J’aimerais pas que ça m’arrive ce genre de mésaventure…

Enfin voilà, les vieux étaient contents d’être là, c’est déjà une bonne chose. Et puis les voyages forment la jeunesse, comme ils disent, histoire de se rassurer…

Entre nous, ils disent qu’on les fatigue, mais c’est plus souvent l’inverse…

Finalement, le lendemain matin, on y était devant les vieilles carlingues, et pour le lever du soleil s’il vous plait !

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C’est vrai que c’est rigolo comme truc… ça a été créé par trois artistes de la Ant Farm en 1974. Ils les ont plantées tous les cinq mètres les Cadillac, et dans un angle bien précis, le même que les Pyramides égyptiennes sur le plateau de Gizeh. Ils déconnent pas les artistes, c’est profond ce qu’ils font les mecs !

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Bon, au final, je trouve ça moins réussi que les Pyramides, mais c’est déjà un début. Et puis, ça rentre bien dans l’esprit « Route 66 », puisque cette dernière longeait cette attraction  à l’époque.

Mais, comme la Ant Farm avait plutôt une démarche opposée à la sage culture américaine, cette œuvre géante a été un peu délaissée et s’est retrouvée au milieu d’un champ désert…

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On s’est bien amusés autour des voitures nous… C’est sympa pour faire des slaloms, et puis les gens de passage ont le droit de taguer dessus à volonté, et elles sont repeintes en blanc une fois par an pour laisser la place aux prochains visiteurs.

Au départ, on était déçus de ne pas avoir nos bombes de couleurs, mais en fait, tu en trouves plein sur place, par terre, à moitié remplies, pour notre plus grand bonheur !

Jules a écrit son prénom sur un des capots des Cadillac, et mon père, il a écrit « Ren à Fout ! » en grand sur une autre voiture, trop cool !

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C’était une bonne idée finalement d’aller à Amarillo voir les demi-voitures, parce qu’en plus, ça nous a permis de récupérer les morceaux de Route 66 encore présents sur le sol américain. C’est devenu du coup notre jeu sur les deux jours qui ont suivi.

Ça te fait pas frissonner toi quand tu entends ce nom ?

Route 66…

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Mon papa, il était comme un fou en découvrant qu’on roulait sur cette mythique avenue qui mène de Chicago à Los Angeles, à travers les bleds les plus perdus du pays…

En fait, je crois que son rêve de se retrouver ici date de très longtemps, il avait même projeté de se la faire tout seul avec son Solex la Route 66, quand il avait quatorze ans, mais il avait peur d’avoir l’air con en se retrouvant à côté d’une Harley Davidson, et puis sa mère voulait absolument qu’il porte un casque, alors bonjour la honte…

Alors, pour être franc, la Route 66, c’est drôle quand tu traverses les patelins qui ont gardé leurs vieilles enseignes, ça donne un petit côté nostalgique à ta balade, mais pour le reste, on dirait que la magie a disparu au fil des années.

Déjà parce que quand tu l’empruntes, tu longes l’autoroute qui a été construite depuis, donc ta conquête de l’Ouest, elle en prend un sacré coup dans les oreilles d’entrée de jeu, surtout quand un camionneur te dépasse, éclaté de rire, à dix mètres sur ta gauche…

Là, mon papa, ça l’énerve, et il lui crie dessus des trucs pas gentils, du genre « Ta gueule pauv’con ! Moi, je suis sur la Route 66 au moins, alors écrase, OK ? »

Il est un peu sanguin papa, sous ses airs calmes…

Et parfois, tu te retrouves carrément sur des parcelles de route en terre mon pote, mais bon, on y va quand même, et tant pis si les camions continuent à sa marrer depuis les grands axes.

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On a même rencontré un vieux cowboy et son chien sur cette partie de la 66, alors on lui a demandé si c’était praticable pour Ducon à son avis, et il nous a rassuré sur ce doute, et j’ai senti que ça l’a soulagé tout de suite notre vieux Ducon.

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Puis Lucky Luke est parti avec Rantanplan, sans oublier de nous saluer avec la formule d‘usage dans le coin : « God bless you ! »

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Sinon, comme je te le disais tout à l’heure, c’est amusant de voir les anciens Motels, abandonnés pour la plupart, avec leurs enseignes rétro, et puis les stations essence, laissées également de côté. Autant te dire qu’il ne vaut mieux pas que ton véhicule soit pris d’une grosse soif dans ces endroits, car sinon, t’es dans la mouise…

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Bizarrement, la première ville qu’on a traversée marque précisément le milieu de la Route 66, et son nom est Adrian. Cette ville paraît morte, ou presque, avec très peu d’habitants, et très peu d’activité.

Le « Midpoint Cafe » reste la fierté locale, le lieu où l’on s’arrête pour boire un coup pour fêter la moitié du chemin déjà réalisée. Mais là, il était fermé, les affaires ne semblant reprendre qu’à partir du printemps.

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À part ça, que dalle, comme si tout avait été laissé pour compte ici depuis des dizaines d’années, sans que cela ne dérange personne…

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Tucumcari, le bled suivant, semble être un peu plus actif. Déjà, on y a trouvé un camping pour passer la nuit, et puis la ville a fait sa réputation lors de ses grandes années en se ventant de mettre à disposition plus de 2 000 chambres d’hôtels et Motels pour les gens de passage…

Ainsi, tu en trouves toujours un ou deux encore en activité, mais aussi beaucoup d’autres qui semblent avoir rendu les armes depuis belle lurette…

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Au camping, j’ai pu approcher de près une des fameuses vaches du Sud, qu’on voit surtout au Texas ou au Nouveau Mexique, avec d’interminables cornes qui ne doivent pas te faire que des chatouilles quand elles viennent se frotter à toi ! On en avait déjà vues à Roswell, au zoo, et malgré leurs effrayantes armes de défense, je leur trouve un côté sympathique à ces mémères…

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Santa Rosa a été la dernière petite ville que l’on a croisée avant de rejoindre Albuquerque, et elle est à l‘image des précédentes, appartenant au passé…

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Enfin voilà mon cher journal, tu remarqueras que j’en vois de bien jolies choses durant ce voyage, mais je ne t’ai pas encore dit ce que je préfère par-dessus tout… C’est le bruit des trains quand ils traversent les villes !

Ils font « Tchou tchou » un grand coup et j’adore ça ! D’ailleurs, j’imite leur bruit et ça fait rire tout le monde dans le camping-car ! Maintenant, rien que la vue d’une voie de chemin de fer me met dans tous mes états, et je me mets à hurler au train !

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J’aime bien aussi regarder les grandes pancartes le long de la route… elles annoncent tout plein de différentes choses, comme un nouvel État, un bon restaurant, ou alors des drôles d’endroits où seuls les garçons bien habillés ils ont le droit d’aller…

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Bon, je vais te laisser maintenant, et puis je te raconterai les prochaines nouvelles très bientôt. Pour l’instant, y’a un bon biberon qui m’attend… »

Qu’il est mignon ce petit gamin… et puis on sent qu’il en profite bien de ce voyage, même s’il risque de ne pas en garder grand chose dans sa mémoire. J’espère au moins que ça lui donnera la bougeotte plus tard.

Il ne me restait plus désormais qu’à découvrir les secrets de mon grand gars, mon élève, mon Julou… Avec lui, je n’ai pas eu à chercher longtemps, puisqu’il m’avait dit la veille au soir : « Papa, tu sais quoi ? Eh ben j’ai un journal intime qui raconte mon voyage, mais comme je le garde rien que pour moi, je l’ai caché sous mon oreiller, et personne ne peut le trouver du coup ! Pas bête, hein ? »

Non, mon fils… pas bête du tout… Comme ça, t’as fait gagner vingt minutes de recherche intensive à ton père !

Je me suis donc installé dans le salon, et j’ai commencé ma lecture…

« Ranger Jules au rapport : tout va bien pour l’instant dans le secteur, stop… rien de particulier à signaler, stop… prêt pour ma prochaine expédition, over…

Ah, mon cher journal, quelle aventure je vis ici ! Et quelle fierté de se sentir l’égal de Buzz l’éclair, le Ranger de l’espace de Toy Story, ou même de Chuck Norris, l’indestructible Texas Ranger, et héros de mon oncle Christophe…

Car oui, au même titre qu’eux, me voici Junior Ranger, et pas qu’une fois s’il te plait, j’ai déjà reçu quatre distinctions en une semaine, et ce n’est qu’un début !

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Et puis je te dis pas comment ça rend heureux mes parents… Maintenant, je ne les saoule plus à vouloir regarder des films à l’ordinateur, je ne rêve que de nouvelles conquêtes sur le sol américain et attend la découverte de chaque nouveau National Park avec impatience !

En fait, le principe est simple : tu arrives à un nouveau Park, et on te donne à cahier avec plein de choses à remplir, des énigmes, des dessins, des choses à trouver, etc…

C’est palpitant !!! Et puis à la fin, si tu as trouvé suffisamment de réponses, on te délivre ton diplôme de Junior Ranger, et tu as aussi une belle médaille, des fois un patch, ou des stylos, c’est Noël à tous les coups…

On a découvert cette activité lors de notre visite des cavernes de Carlsbad, c’est d’ailleurs la dernière fois qu’on s’est réveillé avec du gel dehors, il faut dire que c’est assez haut cet endroit… Il y avait quelques stalactites sur les panneaux dehors, mais je peux vous dire qu’ils étaient tout riquiqui à côté de ce qu’on allait admirer à l’intérieur…

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Carlsbad, c’est un endroit à couper le souffle. Ce sont les plus grandes cavernes du continent américain, et les explorateurs continuent toujours de découvrir de nouvelles galeries.

On a décidé d’y accéder par l’entrée naturelle, non pas par l’ascenseur… Si tu veux devenir un Ranger, tu dois le mériter ! Et puis comme ça, le soir, on est encore plus fatigués et ça arrange nos parents…

Cette grande entrée est aussi le lieu d’un spectacle magnifique à la belle saison, car c’est par cette issue que des milliers de chauve-souris quittent la grotte tous les soirs à la tombée de la nuit…

Mais bon, j’ai beau être très courageux, ça me ferait un peu baliser ce truc, donc elles sont bien là où elles sont pour l’instant, c’est à dire en vacances au Mexique.

Une fois passé cet accès, tu entres dans un autre monde, un monde silencieux, et sombre…

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Ceux qui ont découvert ce lieu ont dû halluciner à l’époque, c’est immense…

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Après une heure et demie de marche, tu te retrouves dans la « Big Room », une salle qui représente quelque chose comme treize terrains de foot en enfilade. Tu as quarante mètres de plafond au-dessus de toi, c’est indescriptible tellement c’est gigantesque.

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Les stalactites succèdent aux stalagmites pour le plaisir de nos yeux, des formations de toutes formes et datant de différentes époques nous émerveillent à chaque virage, c’est comme si tu t’étais barré sur une autre planète pour la journée.

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À un endroit, tu peux deviner la présence d’une autre immense salle, située une trentaine de mètres plus bas, et qui t’emmène elle aussi vers de nouvelles découvertes inattendues. Mais cette partie des cavernes ne peut pas se visiter, car je crois tout simplement qu’elle n’a pas encore été explorée en intégralité.

J’ai répondu à toutes les questions du livret qu’on m’avait confié à l’entrée, et j’ai ainsi pu  intégrer, quelques heures plus tard, le cercle très fermé des Junior Rangers de Carlsbad Caverns, après avoir promis de respecter et de prendre soin de tous les endroits que je visiterai à l’avenir…

Plus à l’Ouest, on rejoint le Petroglyph National Monument. Les pétroglyphes sont des signes qui ont été dessinés par les indiens, en grattant la surface de la pierre, et qui datent de 400 à 700 ans selon les archéologues qui étudient le secteur.

C’est assez surprenant de découvrir toutes ces traces du passé, qui se révèlent être de vrais témoignages des ancêtres du pays.

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Je me demande bien pourquoi ils gravaient ces signes sur la pierre… Sont-ce juste des archives des travaux pratiques des cours d’arts visuels des petits indiens ? Ou bien des recettes de cuisine ? Des autoportraits ? Des recommandations pour les générations suivantes ?

En tout cas, il y a une inscription qui devait raconter une histoire pas très drôle, car Jack a semblé assez effrayé en la lisant…

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Tu finis la balade au sommet d’une belle colline, et ça te permet d’avoir une jolie vue sur la banlieue d’Albuquerque, une des principales villes du Nouveau Mexique.

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Le lendemain, on est resté dans le même délire, sauf que cette fois-ci, on avait littérature anglaise et espagnole au programme.

Ça se passait au El Morro National Monument, dont les rochers sont décorés par tout plein d’avis de passage des différents explorateurs européens, partis à la conquête du Nouveau Monde…

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La cerise sur le gâteau ici, c’est que si tu te farcis les deux miles de randonnée qui te conduisent en haut du plateau, tu accèdes aux ruines d’un ancien village indien, où les ancêtres de la tribu des Zuni ont vécu jusqu’en 1400 environ.

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Mais je ne te racontes pas à quel point ça grimpe pour arriver là-haut, c’est bien parce qu’il y a une nouvelle médaille de Junior Ranger à gratter qu’on a trouvé la force de le faire, Jeanne et moi…

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Enfin, je ne le regrette pas, car les paysages sont vraiment sympas dans le coin.

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Le soir, on avait rendez-vous à Gallup avec Maria, une copine d’une copine photographe à papa, Marion. Elle est d’Albuquerque, et puis elle a vécu et travaillé un peu à Paris, avant de revenir au Nouveau Mexique pour enseigner l’art dans une école à Zuni, dans la réserve indienne qui porte le même nom.

Avant de la retrouver, papa s’est enfin trouvé une paire de bottes pour mettre avec son nouveau blouson de cuir, on dirait Elvis ! (Enfin ça, c’est lui qui le dit…)

À dix-huit heures, on est arrivé en même temps que Maria au restaurant « Jerry’s Cafe », une institution dans la ville. Et il se trouve que par bonheur, c’est Archie, son compagnon, qui tient la place. Alors là, je ne vous dis pas comment on a été reçu… Il nous a fait goûté toutes les spécialités locales, on en avait pour une semaine de repas, midi et soir, sur la table !

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C’était très bon, on s’est régalé, et Maria nous a raconté à quoi ressemble la vie ici, et son travail à l’école, qui marque un sacré changement par rapport à son expérience parisienne.

Jeanne lui a fait visiter notre maison après, très fière de lui montrer sa chambre et ses doudous.

On aurait bien voulu le lendemain aller à Zuni pour faire un petit tour dans le village, et revoir Maria en fin d’après-midi, mais la journée ne s’est pas passée comme on l’aurait voulu, alors on ira là-bas une prochaine fois…

L’idéal pour découvrir une réserve indienne et les gens qui y vivent, ce serait de faire comme Maria, partager un projet avec eux, prendre le temps de rester un long moment sur place, car je ne suis pas sûr que ce soit très respectueux d’y débouler pour deux heures, histoire de dire qu’on l’a fait, et puis au-revoir…

Il était temps pour moi de partir à la conquête de nouveaux parcs nationaux, et le suivant sur ma liste semblait bien original. Direction l’Arizona, pour le monde étrange de « Petrified Forest » !

Cet endroit est incroyable, c’est une plaine qui sert de parking à des milliers de troncs d’arbres de 225 millions d’années d’âge, qui un jour ont décidé de se transformer en pierre…

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Magique, non ?

Cependant, le principe est simple : ces arbres ont été déposés jusqu’ici par l’eau, puis ils furent couverts d’argile, de boue, de sable et de cendres volcaniques. Du coup, privés d’oxygène, leur pourriture a été retardée. Mélangez le tout avec de la silice provenant des eaux souterraines, et vous obtenez du quartz à la place des tissus de bois… Vous avez pigé ? C’est pourtant pas compliqué, putain !

Enfin, peut-être que ça me paraît évident à moi, vu mon statut de Junior Ranger… et puis, j’avais lu la recette sur un des pétroglyphes deux jours avant!

Donc, au final, ça vous donne de très beaux troncs d’arbres, avec un arc-en-ciel à l’intérieur !

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Et puis c’est solide le bordel, bah d’ailleurs c’est dur comme de la pierre, comme le dit l’expression !

En plus, quand tu y penses, ils en ont traversé des siècles et des siècles ces arbres, ils ont vu l’Histoire défiler, et ils pourraient nous en raconter des choses s’ils savaient parler… Ils ont même connu la Préhistoire mon vieux, c’est d’ailleurs pas impossible que certains d’entre eux se soient faits pisser dessus par un dinosaure ! Non mais je déconne pas là, ils datent de la même époque…

Alors forcément, au début, beaucoup de gens se sont remplis les poches en venant se servir, afin de revendre à qui voulait bien en acheter de l’authentique bois pétrifié, et puis heureusement, au 20ème siècle, le lieu a été déclaré National Park, et le précieux héritage reste maintenant sur place, à l’abri des convoitises.

Quand tu remontes le Park, en te dirigeant vers Painted Desert, tu croises d’incroyables paysages, qui ont en fait subi à peu près le même sort que les troncs d’arbres dans le passé. Cela donne aux collines des teintes bleues, violettes, ou ocres.

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Étrange… et sublime!

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Dans ce Park, tu croises aussi la Route 66. Décidemment, on n’arrête pas de la quitter, puis de la retrouver celle-là ! On a joué deux minutes dans une vieille carrosserie de voiture laissée à l’abandon, c’était rigolo.

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Après, on est arrivé au Painted Desert, et maman nous a emmené directement au Visitor Center pour rendre nos livrets et voir si on méritait une nouvelle médaille, ce qui a été le cas !

Avant d’y aller, on a jeté papa sur le bord de la route et il est parti faire deux ou trois photos du coucher de soleil sur le désert. Après tout, si ça l’amuse…

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Alors voilà, tu sais tout, cher journal… tout sur ma trépidante nouvelle vie de Junior Ranger, mais aussi sur les responsabilités que ça engendre. Maintenant, je dois faire attention à tout le monde dans nos virées, alors j’empêche Jack de marcher en dehors des sentiers balisés pour ne pas bousiller la nature, et je dois rappeler à Jeanne de ne pas cueillir les fleurs, sauf si elle souhaite me les offrir, mais c’est pas demain la veille que ça va arriver ça !

Maintenant, j’ai cru comprendre qu’on allait repiquer vers le sud, direction Saguaro, le pays des cactus géants !

Je commence d’ailleurs à en voir quelques-uns par la fenêtre au fur et à mesure qu’on descend le territoire apache… ça promet ! »

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Et bien en voilà une bonne chose de faite ! Ce sont mes enfants qui me l’ont écrit cet article, et je ne m’en porte pas plus mal… C’est vrai qu’ils sont mignons quand ils le veulent, ces trois petits morveux. Et c’est vrai que c’est bien cool de profiter d’eux à ce point pendant ce voyage, même si des fois, tu te dis que tu as quand même affaire à trois drôles d’allumés …

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