Ephrata, Pennsylvania (3rd part)

Mardi 24 septembre 2013, 10:30 pm

Ephrata, Pennsylvania

 “Quand un homme a choisi la liberté, il peut s’offrir tout ce qu’il y a de meilleur…”

Non, non, je ne me suis pas lancé dans de grands débats philosophiques, j’en suis bien incapable, et non, je ne cite pas la phrase de clôture du dernier discours de Barack Obama, il n’était pas sous-titré et je n’ai quasiment rien compris !

Non, cette phrase, c’est ma fille qui me l’a sortie comme ça, il y a deux ou trois jours, entre le fromage (pas du Reblochon, ni du Bleu d’Auvergne, mais plutôt une sorte de pâte inodore de dix centimètres sur dix, et d’un millimètre d’épaisseur)  et le dessert (je ne me rappelle plus ce que c’était…), mais elle m’a dit qu’elle avait entendu ça dans « La Belle et le Clochard ». Alors vu ses sources, je veux bien la croire… D’ailleurs, c’est vrai ça, on en a de belles choses à s’offrir quand on va se mettre en route : on doit voir notre copine Bonni à New York City, ville où elle a passé de nombreuses années de sa vie et qu’elle connaît dans ses moindres recoins, on a un cassoulet à livrer à Jérôme (avec un prénom pareil, ça ne peut être qu’un mec bien !) dans le Maine, et avant tout ça, on doit aussi aller chez IKEA à Philadelphie pour nous acheter un matelas, alors merde, qu’est-ce qu’on attend pour se lancer dans ce périple ?

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Ben on attend les cours du CNED pour Jules… C’est devenu une obsession, tous les jours, on attend le courrier, le fameux colis tant espéré avec dedans un bon trimestre de matières en tout genre, que son nouvel instituteur (moi !!!) devra lui faire avaler avec le plus de pédagogie possible, ça ne va pas être du gâteau. En attendant, on a quand même reçu un courrier de leur part avec des étiquettes correspondant aux différents cours qu’on devra lui enseigner, c’est un bon début… et puis on a commencé à faire des mathématiques en travaillant sur un livre de révision que Jess avait emmené pour essayer de ne pas trop être à la ramasse, parce que le crapaud, il a déjà trois semaines de retard sur le programme !

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Et puis maintenant, ça nous démange pour de bon, on n’en peut plus d’attendre. C’est vrai quoi, le camping-car est revenu à la maison, on est allé le récupérer chez Al’s, notre mécanicien préféré, toujours plein de bons conseils. Il nous a même installé dessus notre nouvelle plaque d’immatriculation, et puis on l’a nettoyé des roues jusqu’au toit, il est sublime ce vaisseau ! D’ailleurs, tout le monde y va de son petit nom désormais… on en était resté à Bessie pour Jess, Ducon pour moi, et maintenant Jeanne a décidé qu’il s’appelait Angela, Jules a opté pour Tic-Tac, et Jack pour Dédébaba (enfin, en tout cas, c’est ce qu’on a cru comprendre quand on lui a posé la question !).

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On a aussi préparé tout l’intérieur – j’ai même posé une moquette dans notre chambre – et Jess s’est occupé de la chambre des enfants et de la cuisine. Jeanne est ravie de son nouvel espace et se sent déjà comme à la maison… On a trouvé une place pour loger le nouveau générateur (derrière le siège du chauffeur), on a accroché la carte des Etats-Unis envoyée par Cécile et Matt (merci les potes !) et on a rangé nos fringues dans les armoires… Quand je vous dis qu’on est prêts !

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Alors on s’occupe comme on peut en attendant, et on peut dire qu’on va bientôt avoir fait le tour des occupations dans le coin d’ici peu… Par quoi commencer d’ailleurs ? Ah oui, on est allé au Green Dragon vendredi dernier, c’est le marché Amish, mais bon, j’étais tout seul avec les trois asticots et ils n’étaient pas passionnés, alors on a surtout zoné autour des vendeuses de limonade au citron, vêtues de leurs plus belles tenues, et qui ont accepté que je promène mon objectif quelques secondes autour de leur stand.

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On est aussi allé passer une soirée chez une super copine d’école de Jess, Liz, dont j’avais photographié mari et filles il y a quelques années pour un sujet sur les papas et leurs enfants. C’était très sympa, les enfants se sont bien éclatés et nous, on a bien picolé…

On essaie donc de sortir les enfants le plus possible, car l’hospitalité des parents de Jess a beau paraître sans limite, ils vont bientôt devenir fous avec une famille nombreuse sous leur toit ! Surtout qu’il faut cohabiter avec les deux chiens et leur périmètre de tolérance de mouvement dans la maison : ils ont le droit d’être dans la cuisine et la salle à manger, et le reste est bloqué par des barrières. La journée se résume donc à un concert de claquements de ces mini-portes, très bruyantes, et dont les enfants raffolent, surtout Jack ! Parce que quand Monsieur veut passer d’une pièce à l’autre, il ne trouve pas d’autre moyen que de s’agripper à la barrière, et de la secouer tant qu’il peut, tétine au bec, jusqu’à ce que quelqu’un vienne enfin la lui ouvrir. De quoi piquer une crise, je vous promets…

On les emmène où alors ? Et bien on va essayer les déguisements pour la célébration d’Halloween qui approche, on se fait tous les magasins de vélos pour préparer nos futures balades dans les parcs nationaux, on sort dîner (ça se passe vers 18 heures 30 ici) dans les plus grands restaurants  de la région, et on profite des parcs de la ville pour se défouler un peu.

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Jack a aussi droit à ses petites promenades en wagon dans le jardin pendant qu’on peaufine les derniers détails de la préparation de Ducon, et le soir, on leur donne encore le droit de profiter d’un bon bain chaud dans la baignoire car bientôt, ce sera une douche à moitié tiède, et encore dans les bons jours !

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Et puis aujourd’hui on a fait une super sortie : on est allé à Reading, là où Jess a passé une bonne partie de sa jeunesse avec sa famille. L’émotion était donc au rendez-vous… Elle nous a montré les différentes écoles qu’elle a fréquentées, les parcs où elle allait jouer, la piscine où elle a appris à nager, et à plonger ! On a vu le Mc Donald où elle allait manger un soir sur deux selon ses dires, et où sa mère nous a dit à notre retour qu’elle y allait en réalité une à deux fois par mois ! (C’est fou les films qu’on se fait quand on se plonge dans les souvenirs d’enfant…)

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On a enfin découvert la maison dans laquelle elle vivait petite, et elle m’a même montré celle d’un couple d’amis de ses parents, dont elle était amoureuse d’un des fils. Je n’ai pas entamé de recherches pour mettre d’abord la main sur lui, puis dans un second temps mon poing dans sa figure, parce que déjà, l’histoire remonte à un bail, et puis en plus, son frère était prof de karaté, alors ça craint !

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Après cette promenade nostalgique, on a rendu visite à Jean-Maurice, le père de Jess, qui travaille dans cette ville comme chef cuisinier, et qui nous a invité à déjeuner, et puis on est allé au point culminant de Reading, là où l’on surplombe toute la ville, et là où se trouve la Pagode, un bâtiment géant servant de restaurant deux jours par semaine, et dont on se demande comment il est arrivé là…

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A part ça, c’est typiquement américain ici aussi, tu peux donc d’abord aller au supermarché t’acheter les babioles les plus merdiques destinées à rendre l’hommage le plus vibrant à celui que tu préfères au monde, ton chat, et aller dans la foulée t’éclater au stand de tir avec ton gun en rêvant que tu défonces la planète entière à toi tout seul…

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Ephrata, Pennsylvania (2nd part)

Mercredi 18 septembre 2013-09-11, 11:15 pm

Ephrata, Pennsylvania

Fin du troisième jour sans Bessie, le camping-car, ça devient interminable… C’est vrai qu’on s’y attache vite à ces engins, surtout quand on vient d’y passer quatre jours et trois nuits à traverser le pays. Alors de le savoir seul dans un immense garage, roué de coups de clés à molette, harcelé par des machines en tout genre qui contrôlent son état général, sans l’épargner une seconde, ça nous retourne l’estomac…

Enfin les nouvelles sont bonnes au moins, il a passé son contrôle technique avec succès, a même reçu les félicitations du jury, et après une bonne vidange et deux ou trois réglages, sera apte pour le service. Et si tout va bien, on devrait même pouvoir le récupérer demain, et notre patience va bientôt être récompensée, c’est pas bon ça ?

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En attendant son retour, on partage notre temps entre la recherche de tout ce dont on a besoin pour l’équiper (générateur, matelas, éléments de cuisine et balais à chiottes !) et le bonheur de profiter des douces journées de fin d’été ici.

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Pour ce qui est du générateur, le problème est réglé : demain, on va en acheter un ! C’est fou comme la vie est simple quand on y pense… Le seul détail qui a son importance est qu’il faudra filer 1000 dollars au vendeur contre la brave bête, mais comme on dit, la liberté n’a pas de prix… Le matelas que l’on se partagera avec Jess (si l’ambiance reste au beau fixe !) sera fourni par IKEA, et on passera le chercher à Philadelphie en débutant notre périple. Pour le reste, on est allé cet après-midi en famille s’acheter des verres, assiettes, saladiers et compagnie (le tout en plastique évidemment) dans un magasin où ils ne vendent que des objets d’occasion. Du coup, on s’est offert un service complet pour la cuisine pour 13,50 dollars seulement ! Dommage qu’ils ne proposaient pas la même chose pour le générateur…

En revenant de notre virée cet après-midi, on a aussi récupéré trois barres de ferraille qu’on avait laissées à Mr Krimes, le mécanicien des parents de Jess, afin qu’il perce quelques trous dedans, ce qui nous servira pour installer notre lit suspendu. Allez, disons que ça a dû lui prendre 5 minutes, et ben il nous a pris 15 dollars ! Et moi qui en plus lui ai fait un portrait dans son garage pour le remercier en pensant qu’il nous dirait qu’on ne lui devait rien, je vais peut-être lui facturer !!!

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On a enfin fini la journée par un petit tour à Wal Mart pour nous acheter de quoi commencer à remplir les placards de la cuisine de Bessie (pâtes, riz, maïs, sauce tomate, condiments, etc…) et prospecter un peu dans le rayon vélos au cas où… Jules et Jeanne ont voulu venir, pendant que Jack avait déjà commencé sa nuit chez Pépé et Nana (ce sont leurs noms d’usage de grands-parents). On savait bien qu’il ne fallait pas les emmener avec nous, l’excitation engrangée toute la journée leur fait péter les plombs passé une certaine heure, surtout à Jeanne, et ça n’a pas loupé : concours de cris, de colères et de pleurs pour le choix d’une boite de céréales entre autres, et tout ça au milieu d’ Amishs en tenue officielle et d’autres spécimens aux survêtements multicolores venus faire leur course à des heures pas possibles…

Mais bon, on ne peut pas leur en vouloir à ces enfants, déjà parce que ce sont les nôtres (fallait pas les faire si t’es pas content !), et puis parce qu’ils sont certainement en train de s’adapter à une drôle de vie qu’on leur propose pour l’année à venir, qui n’est pas régulée par une routine dont ils sont habitués depuis lors (même Jules n’a pas encore attaqué sa rentrée, j’ai l’impression que les cours du CNED arrivent par cargo !).

En plus, on profite du beau temps pour bouger partout dans le coin et s’adonner à des activités locales, très éprouvantes pour nos petits trésors (cache-cache dans les champs de maïs, visite des ponts couverts, trempette dans les rivières, sorties au parc, etc…).

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Et par-dessus le marché, on leur a même fait une répétition pour être vraiment opérationnel pour Halloween. Et Il faut bien reconnaître qu’on ne rigole pas avec cette fête ici… Les rayons de tous les magasins (quelque soit le magasin et ce qu’il s’y vend) sont déjà décorés pour l’occasion, alors nous, on s’y est mis aussi… On est allé dans les champs ramasser nos propres citrouilles, et Jess, en bonne américaine coutumière du fait qu’elle est, nous a enseigné l’art de la découpe de citrouille, dans lequel je dois bien l’avouer je me suis jeté sans réserve !

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J’ai ainsi sculpté dans ce fruit deux œuvres d’art dont je suis très fier, l’une représentant une sorte de monstre à trois dents pour Jules, et l’autre un chat (remarquez le travail d’orfèvre pour la réalisation des yeux !) pour Jeanne. Et pour Jack ? Ben, il n’a pas su me dire ce qu’il voulait, alors il y aura droit quand il parlera !

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Vous avez vu, ça ne rigole pas pour nous ici, on ne sait plus où donner de la tête ! Sachant qu’en plus de ça, on a aussi eu droit au retour de Maggie et Sophie, les deux chiens, à la maison, et ces deux-là plus nos trois asticots dans la salle à manger, c’est du sport ! Jeanne est en adoration devant elles, Jules est en plein flip, et Jack les terrifie, il faut dire qu’avec son regard perçant et son blouson en cuir qu’il ne lâche plus (il s’en sert de doudou quand il ne le porte pas), il a de quoi filer la frousse à plus d’un celui-là !

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Les promenades dans les alentours nous réservent de temps en temps quelques surprises : on y découvre des églises modernes (je parle de l’architecture, pas de ce qui s’y passe à l’intérieur, je n’y suis pas rentré !) affichant leur site internet en façade, un jeune Amish moins réticent que ses aînés qui se prête sans trop d’appréhension au jeu de la pose pour une photo, des fermes où les feuilles de tabac sèchent lentement au plafond, des pancartes ou affiches annonçant tout et n’importe quoi, et de belles routes qui partent au loin, ne semblant pas s’arrêter, et qui nous donnent de plus en plus envie d’aller s’y perdre.

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Ephrata, Pennsylvania

Samedi 14 septembre 2013-09-11, 11:05 pm

Ephrata, Pennsylvanie

Ah, ces américains… C’est génial ici, tout est démesuré. Tu as soif, tu vas faire un tour dans le frigo géant et les gallons de flotte t’attendent au frais, coincés entre les packs de jus d’orange, Ginger Ale et j’en passe. Tu ne trouves pas ça cool toi?

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Ici, la maison familiale est immense et douillette, c’est le paradis pour nos gamins, comparé aux 38 mètres carré de la cave qu’on leur impose à Belleville ! Tu marches sur la moquette – de couleur beige pour le salon, bleue pour les couloirs et les escaliers, et orange pour les chambres –  si confortable que tu as l’impression de t’enfoncer dans du coton. C’est comme les canapés, tu as presque la sensation de disparaître dans des sables mouvants quand tu t’allonges dessus, impossible de passer à l’action une fois que tu en es le prisonnier ! Des milliers de cadres photos décorent les pièces, ainsi que les tableaux sur les murs, et le service en cristal pose fièrement sur la table du second salon… En ce qui concerne la nourriture, les cornichons mesurent en moyenne 2,50 mètres, on dirait des concombres et dehors, c’est pareil, les feuilles des arbres sont plus grosses que les têtes de Jeanne et Jules. T’as qu’à voir, même moi j’en subis les effets : ce matin, il y avait indiqué 168 sur le pèse-personne !

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Vous l’avez compris, depuis hier midi, nous sommes passés du vrombissement incessant de notre camping-car – Jess lui a trouvé un petit nom, Bessie, moi je l’ai baptisé Ducon. C’est limite je sais, mais il y a beaucoup d’affection dans cette appellation – au confort absolu de la maison de Jean-Maurice et Gabrielle, mes chers beaux-parents.

L’arrivée a été triomphale, tout Ephrata attendait Bessie (ou Ducon, comme vous voulez !) depuis que la rumeur annonçait son arrivée dans la ville. Le Maire est venu nous accueillir et des femmes nues portant uniquement des colliers en fleurs tentaient de forcer les fenêtres et les portes pour grimper  dans notre convoi pour nous accompagner sur les derniers miles… on n’avait pas vu ça en Pennsylvanie depuis la tournée universitaire de Bob Dylan en 1987 ! Alors en fait, je ne sais plus vraiment si ça s’est passé comme ça où si je l’ai rêvé quand on a passé la nuit précédant notre arrivée sur un parking d’hôtel en banlieue de Lexington, Tennessee (je mets toujours le nom de l’Etat derrière le nom de la ville déjà parce qu’ici, ils font comme ça, mais surtout parce que je trouve ça trop classe !), mais ce qui est sûr, c’est que quand on s’est engagé dans l’allée qui mène chez les parents de Jess, ça a été la fête pour nous ! Gabrielle était au bout du chemin, appareil photo en main, prête à dégainer, et nous a mitraillé de millions de pixels avant de tomber en pleurs dans les bras de sa fille, submergée par l’émotion (quand je vous dis que c’est comme dans les films ici !). Et puis après, on a aperçu par la fenêtre du salon nos trois andouilles qui nous attendaient impatiemment, le sourire aux lèvres. Jean-Maurice était là aussi bien sûr, heureux comme Gabrielle d’avoir pu profiter de ses petits-enfants pendant quelques jours, mais certainement soulagé aussi qu’enfin leurs parents arrivent pour lui laisser un peu de répit !

 La vue de notre maison à roulettes a eu le même effet sur eux que sur nous quatre jours auparavant. C’est vrai qu’une fois l’avoir garé devant la maison, je l’ai regardé et je me suis demandé comment on avait fait pour traverser une bonne moitié des Etats-Unis avec un engin pareil et être encore vivants…

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 La suite de la journée a été très joyeuse, les enfants ont découvert leur nouvelle future  demeure, ont sauté partout sur les banquettes, les sièges, ont mis l’autoradio à fond en dansant et en criant, ça laisse présumer une sacrée ambiance pendant notre virée !

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 Après avoir vidé les quelques affaires qu’on avait avec nous et déjeuné en famille en racontant à tous notre périple – qui, il faut bien l’avouer, peut se résumer à une traversée express d’une bonne poignée d’Etats entre le Texas et la Pennsylvannie via les autoroutes et leurs flopées de gigantesques zones commerciales, toutes identiques, qui fleurissent à chaque fois qu’on longe une grande ville – on a emmené les enfants pour un premier petit tour avec Bessie jusqu’au parc à quelques kilomètres de la maison.

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Puis la journée s’est achevé par une sortie au restaurant, chez « AppleBee’s », avec au programme trois enfants complètement crevés et pas encore totalement réglés à l’heure locale, qui se sont endormis les uns après les autres sur la table entre les frites et les glaces, sauf Jeanne qui elle ne dort jamais, c’est son truc…

 Depuis ce matin, on est passé à la phase « préparation du camping-car pour le voyage », qui se compose de plusieurs tâches : nettoyage de la bête, travaux d’aménagement comme la transformation du lit une place au-dessus du cockpit en un nid d’amour digne des plus grandes suites de chez Marriott, plus tout plein d’autres détails à régler (contrôle technique, générateur ou not générateur, etc…). Pour ce qui est du lit, on a trouvé une planche de bois dans le sous-sol, et une fois les mesures faites, je suis allé avec Jean-Maurice chez le voisin pour emprunter une scie, voire une scie-sauteuse, enfin ce qu’il avait sous le coude pour que je puisse faire la découpe. Et ben je n’ai pas été déçu, là encore c’était l’Amérique… tu demandes un outil, on te sort un magasin, et en plus c’est en libre service et avec la fierté non dissimulée du mec qui t’étale tout son attirail et t’en fait profiter comme s’il s’agissait d’un devoir envers un compatriote ! Impressionnant.

 Cet après-midi, on est allé acheter un peu d’outillage à Lancaster avec Jess, pendant que Jean-Maurice promenait Jeanne et Jack dans le supermarché des clébards et compagnie. Et ça aussi, ça vaut le coup d’œil ! Quelques animaux, chats, poissons, oiseaux, mais aussi tortues et serpents, en vente pour les clients, et pour le reste, tout ce qu’il faut pour rendre la vie de ton fidèle compagnon la plus agréable possible. Je n’ai pas vu tout ce qui était mis à disposition de ces braves bêtes parce que le magasin était immense et puis je ne vous cache pas que ça ne me passionne pas des masses, mais j’ai quand même eu la chance de voir le rayon consacré aux costumes pour chiens en prévision de la fête d’Halloween, t’y crois à ça ? Tu peux donc te pointer avec ton toutou et choisir entre la tenue de Spiderman, Superman ou Iron man, et je ne les cite pas tous, pour lui offrir le plus beau déguisement dont il a rêvé toute sa vie (le seul truc dérangeant est que je n’ai pas trouvé les cabines d’essayage…).

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 Voilà pour aujourd’hui, tout ça pour dire qu’on s’emmerde pour pas grand chose dans la vie, alors qu’il suffit de se mater tranquillement les centaines de chaînes télé qu’on nous propose (rien que de faire un tour d’horizon des programmes te prend la moitié de la journée) et de déguiser ton chien en Batman, et puis tout va bien !

 Ah, et pour en revenir à notre traversée contre la montre avec Jess, je vous rassure, nous ne sentons aucune frustration d’avoir fait ça très rapidement et sans trop prendre le temps de nous arrêter, mais d’abord on ne voulait pas laisser les enfants rendre fou leurs grands-parents trop longtemps, et puis ça n’a fait que décupler notre envie d’en découdre pour de vrai avec ce gigantesque pays d’ici une semaine environ, et ce coup là en profitant de tout ce qu’il a à offrir, en empruntant ses routes les plus cachées, en visitant ses villes les plus démesurées, enfin en essayant d’en prendre plein les yeux quoi… Et c’est vrai que voir ces pancartes annonçant Memphis, Nashville, Baltimore, ainsi que d’innombrables parcs nationaux tout au long de cette première expérience, ça fait rêver…

À 120 miles de Little Rock, Arkansas

Mercredi 11 septembre 2013-09-11, 2:50 pm

À 120 miles de Little Rock, Arkansas

On vient de rentrer dans l’Arkansas! Dit comme ça, ça ne semble pas être un scoop, mais pour nous c’est un exploit hors du commun! Quand on pense qu’on  a fait le chemin inverse il y a deux jours en 3 heures et demie, et ce depuis Philadelphia, on peut se demander pourquoi on se complique la vie à  y retourner par les routes, et dans ce camping-car… D’ailleurs, on peut se demander aussi pourquoi on a laissé notre si confortable quotidien parisien pour ça, quitté nos potes et la famille – je parle de la mienne – pour ça, et pour finir comment on ose embarquer nos gosses qui n’ont rien demandé dans cette galère… Bon, j’en rajoute un peu, mais je dis ça parce que tout de suite maintenant, ce sont des réflexions que j’ai rangées aux vestiaires et que je suis trop heureux de ce qui se met en place tout doucement.

Car il faut bien dire que ce n’est pas une mince affaire que de récupérer un bestiau pareil et de se lancer sur les routes avec, surtout quand ça ne se passe pas exactement comme prévu… (Photo pour Nico!)

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Qu’est-ce qui était prévu ? Ben… qu’il y ait un générateur dans le camping-car, comme c’était stipulé sur la fiche technique, ça nous aurait arrangé quand même un petit peu, et puis que les prises électriques fonctionnent (jusqu’à ce qu’on apprenne que ça ne marche que lorsqu’on est branché sur secteur dans les campings, sauf si tu as… un générateur ! La bonne blague…), que le lit de la cabine au-dessus du volant soit pour deux personnes… et ce n’est que le début.

Pourtant, tout avait bien commencé : le trajet en taxi depuis l’hôtel avec un chauffeur originaire de Rabat à qui on a raconté nos périples au Maroc de 2000, 2010 et 2012 et à qui on a demandé comment il s’était retrouvé taxi à San Antonio (Ah, the famous power of love…). Et puis l’accueil du triomphant Charlie, la cinquantaine, robuste, la chemise ouverte (on s’attendrait presque à en voir sortir des liasses de dollars), qui nous explique que c’est la première fois de sa vie qu’il vend ce genre de camping-car à un prix si bas (on est tellement HS qu’on le croirait presque…), et qui nous envoie découvrir la bête avec Tommy. Ah, ce Tommy… il nous manque déjà : un rouquin irlandais d’environ 25 piges, tatoué du sol au plafond, qui transpire à longueur de journée, la clope au bec, pour entretenir la forêt de camping-cars en attente d’être vendus, et qui t’annonce tranquillement entre deux réglages que ses copines adorent ses nouveaux cheveux bouclés dont il a hérité suite à son traitement par chimiothérapie de son cancer ! Et puis qui soulève son T-shirt pour te montrer son bide sur lequel est délimité au marqueur, entre les multiples tatouages ici présents, la zone qui sera la cible de la séance de radiothérapie à venir dans quelques heures. Est-ce que j’ai l’homme le plus courageux du monde en face de moi ? ou le plus taré ? ou encore pire celui qui n’a pas d’autres choix, et qui en plus t’ajoute qu’il cumule un deuxième boulot en parallèle… En tout cas, sa présentation du camping-car se termine par une victoire : il a réparé devant nos yeux la ceinture de sécurité côté chauffeur et en dégage une fierté colossale.

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Un petit tour avec lui pour prendre nos marques dans l’engin et nous voilà partis pour de bon vers midi à l’assaut des routes américaines, et à la recherche d’une station essence. Car évidemment, le réservoir est vide, ainsi que la réserve d’eau, que la réserve de propane, mais par contre ils ont eu la gentillesse de laisser remplies les cuves des eaux usagées, c’est-à-dire vaisselle, douche et toilettes pour finir en beauté… merci les mecs !

La première journée de route s’est bien passée ensuite, on s’est vite adapté au gabarit du camping-car, on a visité les chambres, le salon, la salle de bain et les toilettes séparées, c’est le grand luxe ! Jess a même conduit dans l’après-midi, et elle continue en ce moment-même. Les progrès se font au compte-gouttes depuis, mais on a quasiment tout réglé. Pourtant hier soir, en se couchant pour une première nuit dans notre nouvelle maison sur le parking d’un des nombreux Wal Mart de Dallas (ils n’ont pas voulu de nous à Southfork !), on était privé d’eau et d’électricité… Faut aimer les voyages quand même !

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Pendant ce temps-là, à Ephrata, les enfants s’éclatent avec leurs grands-parents, qui ont l’air de bien en profiter aussi. En plus, Jules a droit à sa prolongation de vacances, car les cours du CNED n’arriveront que la semaine prochaine, il va falloir serrer les vis  pour rattraper les copains !

Depuis ce matin, tout va en s’améliorant de notre côté, et mes doutes (sûrement un peu les mêmes que ceux de Jess, mais qui sait beaucoup mieux les masquer que moi) disparaissent à mesure que les miles défilent.

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Après plusieurs tentatives dans différentes stations service pour essayer de remplir le réservoir d’eau, toutes se montrant désespérément infructueuses, nous avons enfin trouvé le truc à Texarkana, à la frontière entre le Texas et l’Arkansas. Juste avant, on avait enfin trouvé un endroit où faire le plein de propane (pour le fonctionnement du frigidaire et des plaques) et juste après, on a réussi à se délester de nos eaux usagées (pas les nôtres d’ailleurs, celles des autres qui stagnaient là-dedans depuis 6 mois!!!) dans une station pour camions.

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Alors autant vous dire que malgré la pluie qui nous tombe dessus en ce moment, notre moral est au beau fixe.

Pour finir, on a aperçu sur 2 ou 3 ponts sous lesquels on passait aujourd’hui, des gens avec d’immenses drapeaux des Etats-Unis, et puis aussi des pompiers un peu plus loin qui levaient le poing devant le passage des voitures, alors on s’est dit : « Ben pourquoi ils font ça aujourd’hui ? On est le combien là, on est le 11 septembre… Ah, merde, mais c’est pour ça alors, on est le 11 septembre… »

San Antonio, Texas

Mardi 10 septembre 2013, 8:40 am

San Antonio, Texas

Et ben voilà, dans un peu plus d’une heure, on en saura un peu plus sur le futur déroulement des opérations ici…

Rendez-vous à 10 heures avec notre nouvelle maison à quatre roues, notre limace de 8,50 mètres de long, la Ren à Fout’ Mobile!

En espérant que la bête démarre, réponde bien à nos commandes (celles lui demandant d’avancer, mais aussi de bien vouloir s’arrêter!), il ne nous restera plus qu’à avaler les environ 2700 km qui nous séparent d’Ephrata, Pennsylvannie, là où nous attendent nos trois petites merveilles qui profitent pour l’instant de Pépé et Nana, les parents de Jess.

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La première journée et demie déjà passée sur le sol américain n’a pas été de tout repos, avec une arrivée dimanche midi au JFK Airport de New York, un passage à l’immigration m’annonçant que, comme on pouvait le craindre, il faudrait que je quitte femme et enfants au bout de 6 mois car on ne veut pas m’en donner plus selon les règles du pays… Pas de panique, on vient d’arriver, on ne va pas se miner avec ce genre d’accueil, et puis il y a moyen de solliciter une rallonge, alors on verra si on a plus de chance au second essai! Après avoir récupéré les valises, direction Ephrata avec une voiture de location préalablement réservée par Jess (ça sert de travailler dans l’événementiel et de savoir organiser ce genre de périple!). On aperçoit Manhattan au loin, je montre à Jules la statue de la Liberté qui depuis le New Jersey ressemble à un légo tout vert…

Et puis après à peine 3 heures de route, l’arrivée chez les parents de Jess, les cris de joie, les retrouvailles, comme dans les séries télé! Jess retrouve vite ses repères et file à Wal Mart après le dîner pour faire quelques courses, moi je ne me rappelle même pas avoir terminé l’histoire que j’avais promise aux enfants pour les endormir, je me souviens juste avoir passé cette drôle de nuit dans trois lits différents, au grès des réveils de nos enfants perturbés par le décalage horaire.

La journée qui suit démarre doucement dans le confort d’une grande maison faite pour recevoir, avec un petit-déjeuner qui vous met en condition pour la journée! Il ne faut pas trop s’habituer, ce sera une autre musique dans notre escargot géant!

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Après avoir préparé les enfants à notre départ, nous voilà en début d’après-midi parti pour Philadelphia, où nous attend un avion en partance pour San Antonio, Texas, l’état des camping-cars bon marché! (entre autres…).Le vol se passe bien, même pour moi qui suit totalement flippé dans l’avion. J’apprends sur internet que Nadal remporte l’US Open à New York, j’essaie de finir la biographie de Bruce Springsteen le plus rapidement possible, au cas où l’avion s’écrase, je photographie les nuages, je m’occupe quoi, pendant que Jess récupère un peu de notre marathon…

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Arrivés à San Antonio, nous prenons d’abord des nouvelles des enfants… ils dorment! Nous filons à l’hôtel où Jess a des prix défiant toute concurrence, et enfin nous marchons un peu dans le coin pour trouver un restaurant comme il n’y en a pas chez nous, le Jim’s!

Le menu est somptueux, je vous passe les détails, et on se marre avec Jess en se disant qu’il va falloir faire attention à ne pas tourner à ce genre de nourriture tous les jours…

Le climat est très chaud et humide ici, on est tout près du Mexique, et on a la sensation d’étouffer dans les rues, et d’attraper la crève dans l’hôtel avec la clim! La soirée texane juste entre nous deux est la première depuis bien longtemps, et ce sera ainsi jusqu’à notre retour à Ephrata, alors ce sont un peu nos vacances en amoureux pour 2, 3 ou 4 jours à venir, si le camping-car veut bien nous ramener en Pennsylvannie bien sûr…Je vous avouerais que c’est bien la première fois de ma vie que je n’ai pas tellement envie de faire le coup de la panne à Jess!