Paris, France

Mercredi 14 janvier 2015, 11:30 pm

Paris, France

Cher Ducon…

               Alors, comment vas-tu mon vieux ? Toujours les roues qui grincent ? Tu vois, je t’avais dit que je te donnerais des nouvelles, une fois le calme revenu dans nos vies… alors, je m’y colle ! Bon, je te rassure tout de suite, c’est loin d’être calme ici en réalité, c’est même toujours autant le boxon, voire la tempête permanente… et ce n’est pas prêt de s’arrêter je crois !

Putain, ça laisse des traces une aventure pareille… Quel bordel maintenant à la maison ! Jess parle toujours aux enfants en anglais, et en français avec moi… Jules et Jeanne aussi échangent en français entre eux, mais adoptent la langue de Shakespeare pour s’adresser à leur petit frère, tu vois un peu le cirque ! Franchement, moi, j’en perds mon latin…

Il faut dire qu’il n’est pas forcément très simple de digérer un tel voyage quand même… t’es pas d’accord ? C’est vraiment un truc de dingue ce qu’on a fait avec toi mon pote, et à mon avis, c’est pas demain la veille que tu vas te remettre en route pour le même genre de promenade, crois-moi !

On t’a gâté pendant un an, hein… pas vrai ? Sans déconner, t’as vu tous les trucs qu’on a faits avec toi… T’as trempé tes pneus dans la mer, t’as roulé sur la neige, t’as dormi près des volcans, t’as vu des cactus, des grizzlis, des bisons et des alligators… T’as visité Miami, New Orleans, Los Angeles, Seattle… et même New York ! T’as même fait le kéké sur la Route 66 ! Le gros délire mon vieux… Y’en n’a plus des gros sacs comme toi qui y vont, sur cette route toute cabossée, de nos jours…

Et toi, tu as été royal… Jamais une panne, ou si peu, jamais un écart de conduite, l’assurance tous risques quoi… Sans toi, ce voyage n’aurait jamais eu la même saveur, la même intensité, la même magie…

C’est ça le mot, c’était magique…

Mais ne t’inquiète pas pour nous Ducon, nous ne nous laissons pas abattre pour autant, maintenant que tout cela est terminé… Et même si nous avons désormais certaines obligations que nous avions plutôt bien réussi à mettre de côté pendant un an, du genre aller bosser de temps en temps, nous essayons de garder au maximum cet esprit de liberté acquis dans ta carlingue.

Et puis il y a aussi de bons côtés à être revenu… Retrouver la famille, les amis, Paris, les concerts de musique… Oh là là, je me régale avec ça ! C’est Miossec mon préféré en ce moment… Deux fois que je suis allé le voir sur scène depuis notre retour. Je ne sais pas si je t’avais fait écouter des vieux albums de lui, quand on mettait de la musique sur la route, mais il faudra absolument que je t’envoie le dernier. Il est sublime, et je pars pour de beaux voyages aussi grâce à lui, à chaque écoute… Et puis je vais voir Higelin bientôt ! Tu connais pas Higelin je parie ? Tant pis pour toi…

Pour te donner une idée, ce sont un peu nos Tom Waits à nous…

Le seul truc qui m’ennuie dans cette belle histoire, c’est qu’on n’aura pas l’occasion de te faire découvrir notre pays… enfin le mien, parce que Jess, elle vient plutôt de chez toi à l’origine… donc il faudrait lui demander quel est son vrai pays à ses yeux, ou dans son cœur, si tant est qu’elle ait fait un choix concernant ce sujet…

Enfin bref, t’aurais vu deux trois jolis coins ici aussi… mais c’est plutôt avec ton gabarit qu’on aurait été emmerdé… Ben là mon pauvre Ducon, ça aurait été l’enfer ! Jamais on n’aurait pu te traîner en ville… Et puis, elles sont deux fois moins larges les voies en France, alors avec ton gros cul… Sans compter que tu aurais été malade tout le temps, y’a plein de virages ici !

Pour le reste, on peut dire que finalement, ils se ressemblent ton pays et le mien… et de plus en plus d’ailleurs…

Tu vois par exemple, vous, vous avez les « Rednecks » depuis un moment chez vous, ces espèces de ploucs qui zonent dans la cambrousse en sirotant de la Bud Light, avec leur barbe démesurée et leur chemise à carreaux… Ben ça y est, maintenant on a les mêmes à la maison, sauf qu’on en a fait une mode… Ils sont quasiment tous basés à Paris et ils se font appeler les « Hipsters », de sacrés beaux gosses !

Pour te dire à quel point on vous ressemble de plus en plus, figure toi que nous aussi maintenant, on aime la police ! J’te jure, on a même applaudi les flics dans la rue l’autre jour à Paris ! Ça t’en bouche un coin, non ? Sans déconner, on se serait cru à New York ! Faut dire que les mecs, ils ont réussi à retrouver trois illuminés qui s’étaient mis en tête d’interdire la pratique du dessin en France… Faut être gonflé quand même !

C’est beau pourtant un dessin… Tu te souviens tous ceux qu’ils ont faits nos gamins, installés tranquillement dans ton salon, pendant qu’on traversait les grands espaces de l’Ouest américain, sans aucun autre but que d’en prendre plein les yeux, sans savoir où l’on allait s’arrêter le soir-même pour roupiller, ni ce qu’on allait leur faire à bouffer à nos artistes en herbe… Quel sentiment de liberté quand même, quel luxe…

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D’ailleurs, des fois quand j’y repense, j’ai l’impression que ce n’était pas réel tout ça, qu’on l’a rêvé ce truc… Alors pour être sûr que c’était vrai, je garde toujours dans ma poche un « quarter » depuis qu’on est rentré… C’est une pièce américaine de 25 centimes que j’ai piquée en douce à mon fils, et qui ne me quitte jamais, histoire de me rappeler qu’on l’a vraiment fait ce putain de voyage…

Bon… ben je vais te laisser maintenant mon vieux… en te remerciant encore une fois pour la sympathique petite balade, et en te disant qu’ici, on pense toujours tous très fort à toi…

Bonne année Ducon, et bonne route… et comme on dit chez toi, « Take Care ! »…

PS : Ah oui, j’oubliais… Tu pourras dire à Joe et Beckie qu’on attend toujours qu’ils nous envoient notre plaque d’immatriculation… c’est juste pour frimer devant les potes quand ils viennent à la maison !

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Dans le ciel…

Lundi 18 août 2014, aucune idée de l’heure…

Dans le ciel…

Dernier jour…

Si j’en crois l’horloge de mon ordinateur, toujours calée sur le fuseau horaire qui passe entre autres par New York City, il est minuit et six minutes, mais ça fait qu’à Paris, destination de notre vol, il est six heures six du matin, ce qui fait que d’après Jacques Dutronc, qui a l’époque faisait encore confiance aux dires de son pote Lanzmann, cela fait un peu plus d’une heure que la capitale s’est éveillée…

Mais tout ça ne me dit toujours pas l’heure qu’il est à l‘endroit depuis lequel je m’adresse à vous, perché à environ 10 000 mètres d’altitude, fendant l’air à environ 1 000 kilomètres à l’heure, enfin bref, tous les ingrédients réunis pour me foutre de sacrées suées, moi qui ne suis pas très serein dans un avion.

Le seul avantage à me scratcher cette nuit, c’est qu’au moins, je pourrais peut-être tomber sur un poisson qui saurait au moins me dire quelle heure il est réellement ici, à condition qu’il ait une montre, et que je survive à l’accident, ce qui fait beaucoup tout de même…

Alors considérons qu’il n’y a plus d’heure, plus de temps, plus de repère pour cette nuit de transition, ce long moment suspendu dans les airs, à slalomer entre les nuages, les étoiles et quelques oiseaux de passage.

Je n’arrive pas à me rendre compte que nous rentrons à pleine vitesse à la maison, que dans une paire d’heures, nous allons retrouver Paris, enfin juste le traverser, pour filer vers Olivet, chez ma sœur, avant de réintégrer notre appartement de Belleville d’ici quelques jours, juste le temps de tout remettre en place, comme avant…

Il faudra que j’écrive une lettre à Michel Polnareff, lui qui en avait adressé une à France lors de son long exil aux États-Unis au siècle dernier, histoire de lui demander ce qu’il avait ressenti quand il est revenu au pays… Enfin, c’est pas pareil pour lui je pense, vu qu’il a donné sept ou huit concerts à Bercy tellement du monde l’attendait, alors que nous, on a bien quelques potes qui vont être contents de nous revoir, mais pas de quoi remplir un stade tout de même…

Un an que nous sommes partis… je n’arrive plus à faire la part des choses. Est-ce que c’était trop long ? Est-ce que ce n’était pas assez ? Est-ce idiot de se poser ce genre de questions ? Pas facile de trouver de réponses à ces questions, surtout que depuis le décollage, on n’a pas été feignants sur le vin blanc avec Jess, alors de diverses pensées s’entrechoquent, disloquent ma tête, me torturent encore plus… C’est déjà pas bien réglé là-dedans même à jeun, alors là, je ne vous fais pas de tableau… Jess est d’ailleurs bien plus raisonnable que moi, elle qui dort, tranquillement vautrée dans son siège, tenant la main de Jack, lui aussi au pays des rêves, après avoir fait la révolution dans l’avion, sans prendre des pincettes ! Son voisin, un jeune amerloque qui, pourtant, n’a pas l’air bien méchant, a eu droit aux sauts incessants du bonhomme à côté de lui, puis à une douche de jus de pomme juste comme ça, histoire de rigoler… Encore un qui va tirer un trait définitif sur l’idée d’avoir des gosses un jour à cause de nous ! Quant au voyageur dans le siège juste devant, c’est encore une autre affaire… À mon avis, c’est le premier homme sur terre à avoir le mal de mer dans les airs ! Faut dire que Jack a passé son temps à secouer le dossier de son fauteuil avec un acharnement remarquable. Personnellement, à la place du mec, je jetais le gamin par le hublot !

Mais bon, on s’en fout, on les connaît pas, on est un peu cuits, et c’est la fin du voyage…

Tu crois pas qu’on aurait pu se la couler douce pour cette dernière journée à ce propos ? C’était trop demander peut-être, de faire la route tranquillement depuis Ephrata, de se faire une petite terrasse quelque part à Brooklyn, pas trop loin de l’aéroport de Monsieur Kennedy, et puis de plier les gaules sans puer sous les bras à force de trop courir partout ? Ben tu penses, ça aurait été trop beau, trop simple, et il a fallu encore s’inventer des défis à la mords-moi-le-nœud, dignes du scénario d’un prochain épisode de Mission Impossible.

Pourtant, on avait tout fait pour que ça se passe le plus simplement possible, Jess avait chopé une voiture de location la veille, pendant que je passais une dernière journée avec Ryan à New York City, puis on avait terminé les valises chez ses parents, tard c’est vrai, à trois heures du matin environ, épuisés… mais débarrassés de cette corvée.

Comme on dit, il n’y avait plus qu’à ! Mais bon, vu qu’on a réussi à partir pas trop tard ce matin, on s’est dit que c’était trop con de ne pas profiter de ce dernier passage à New York pour tenter à nouveau une virée chez nos amis de B&H, qui, à défaut de fermer la boutique le samedi pour des histoires de religion, n’hésitent pas à l’ouvrir le dimanche pour rééquilibrer la balance…

Comme pour nous faire sentir encore plus que c’était vraiment le moment de partir, il pleuvait ce matin en Pennsylvanie, et les au revoir avec les parents de Jess ont été plutôt humides, ce qui peut toujours permettre à ceux qui versent une petite larme au passage de mettre ça sur le compte de la météo… Mais non, je pleure pas voyons, c’est la pluie qui ruisselle sur mes joues…

La route s’est bien passée, et à part la traversée du tunnel qui mène du New Jersey à la Grosse Pomme, toujours un peu longue, on n’a pas été emmerdé.

Donc on a réussi à y passer à ce foutu magasin de photo, et j’ai bien cru jusqu’au bout que j’allais finir par l’acheter ce nouveau boîtier qui me courtisait depuis quelques jours…

J’ai commencé par leur refourguer un de mes appareils photos, qui m’a dit qu’il préférait faire sa vie en Amérique désormais, et contre lequel il m’ont filé un avoir de 800 dollars, qui ferait mieux passer la pilule au moment de raquer à la caisse pour l’achat du nouveau modèle…

C’est après que ça a merdé… On s’est magné de filer à la boutique pour demander l’objet tant désiré, mais ces cons-là, ils ne l’avaient plus en stock ! Non, mais les mecs, vous le faites exprès ou quoi ? Hier, vous êtes fermé alors que je viens exprès pour dépenser mon argent chez vous, et aujourd’hui, vous me dites que vous n’avez pas dans vos placards ce que je recherche… C’est une blague ou quoi ?! Sans compter que maintenant, je n’ai plus qu’un appareil photo à disposition, et je me retrouve par-dessus le marché avec un avoir de 800 dollars dans les pattes, à dépenser dans une boutique située à l’Ouest de Manhattan, alors que je vis à l’Est de Paris les copains ! Quand ça veut pas sourire…

Alors certes, vous pourrez toujours me dire que lorsqu’on veut aller dans un certain magasin, acheter un certain produit, la moindre des choses est de vérifier s’il est ouvert, et s’il l’a à disposition… Ben oui, je sais… à croire que les leçons du passé ne servent à rien…

Enfin bon, on arrangera ce problème ultérieurement, on a d’ailleurs déjà pensé à un plan B avec Jess, mais c’est quand même les boules… Surtout qu’on s’est aperçu en sortant de la boutique qu’il était déjà quinze heures, et qu’il nous restait une heure seulement pour rejoindre l’aéroport JFK, à Brooklyn, rendre la voiture de loc, et enregistrer les nombreux bagages avant de s’envoler vers la France. Rien que ça…

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Ça l’a fait au bout du compte, avec une quarantaine de minutes de retard seulement, ce qui reste une belle performance, vu qu’il fallait se coltiner la traversée de Manhattan en bagnole en plein boom des vacances… Et à l’arrivée, personne ne nous en a tenu rigueur, de ce léger contretemps… Là où ils ont été plus pointilleux, c’est quand le clébard d’un des types de la sécurité est franchement devenu mon pote, au moment où l’on s’approchait de la zone de contrôle des passagers. Il ne m’a pas lâché le salopard, me reniflant dans tous les recoins, comme s’il avait trouvé la mine d’or, la grosse prise du week-end ! Au début, ça m’a plutôt fait marrer qu’il me colle comme ça ce toutou, j’ai juste eu peur qu’il ne commence à me déclarer sa flamme en s’excitant sur ma jambe, comme ils font des fois quand tu t’installes dans le canapé chez leur maître, pour prendre le café dans le salon, et que t’as l’air d’un con devant tout le monde…

J’ai alors vite compris qu’il y avait un problème, je les ai vus parlé ensemble les flics, ils étaient quatre ou cinq quelques mètres devant nous, à me lorgner en douce, et leur putain de chien qui me faisait toujours les yeux doux pendant ce temps-là…

Ça n’a pas loupé ! Ils nous ont fait changer de file, et ils m’ont gentiment invité à venir seul faire un tour avec eux au pays des machines à détecter les embrouilles. Et les embrouilles en question pouvaient soit venir de moi, soit de mes sacs, donc c’était l’heure des grandes manœuvres, et en public s’il vous plaît ! Au niveau de la fouille au corps, tu te serais cru un peu comme dans « Midnight Express », quand ils chopent le mec à l’aéroport avec ses savonnettes de cannabis scotchées autour de son bide… Les jambes écartées, les bras aussi, légèrement dirigés vers le plafond, et vas-y que mon nouveau copain se met à passer ses mains partout, au cas où j’aurais planqué une bombe quelque part sur moi… Pendant ce temps-là, deux de ses collègues ont vidé mon sac photo, tripotant mon matos dans tous ses recoins. Vous imaginez mon état, moi qui interdis à mes enfants d’approcher à moins de 100 mètres de ce sac ! Ils ont aussi fouillé le sac avec les ordinateurs, un autre avec des livres aux gamins, et je crois que c’est tout. Alors là, c’était plutôt ambiance « Les Experts », avec des prélèvements sur les surfaces de tous les objets, qu’ils passaient ensuite sous une sorte de scanner, qui allait annoncer au bout de quelques secondes si j’étais un terroriste potentiel, ou pas…

Finalement, ils n’ont rien trouvé, comme quoi je ne suis pas si dangereux que ça ! Là où ça aurait pu devenir compliqué, c’est si j’avais gardé l’argent en liquide de la vente de Ducon sur moi… je pense que j’aurais eu droit à une fouille intégrale… et je ne sais pas pourquoi, mais je ne crois pas que cela m’aurait mis de très bonne humeur !

Pour expliquer tout ça, je pense que mon jean et mon tee-shirt, que je n’avais pas changés depuis quelques jours, avaient emportés avec eux diverses odeurs new yorkaises… le graillon des cuisines où l’on s’arrêtait de temps à autre pour se nourrir, le parfum des gaz d’échappements des centaines de taxis qui parcourent sans cesse la ville, ou bien les parfums d’herbe que recrachent les poumons intoxiqués des fumeurs de joints qui peuplent le coin de Union Square, sur la 14ème rue, aux heures tardives… et dont, pour ne pas vous mentir, l’ami Ryan est extrêmement friand… Tous ces effluves exotiques ont dû titiller la sensibilité du museau du saucisson à quatre pattes qui avait décidé de s’acharner sur moi, mais bon, ça fera des souvenirs en plus tout ça… et ça me sensibilisera sur le fait que changer de fringues de temps en temps, c’est comme se laver les cheveux, ça ne fait pas de mal ! Et puis je pense que ça fera marrer Ryan quand je lui raconterai cet événement, lui qui a autant de sympathie pour les flics que moi…

Une fois ce drôle d’épisode passé, il nous restait un quart d’heure à tuer avant l’embarquement dans l’avion, et c’est au bar du Terminal 4 que nous avons décidé de passer ce moment, avec un dernier apéro de ce côté de l’Atlantique, en attendant les prochains, qui se feront en Europe…

Mais quelle journée encore… On ne pourrait pas avoir des plannings de gens normaux des fois ? Et puis on était supposé être en vacances cette année, alors pourquoi cela aura été speed jusqu’à la dernière minute ?

C’est à se demander ce qu’on va bien pouvoir foutre de nos journées, maintenant que le calme va revenir. Enfin le calme, façon de parler…

Parce que tu ne crois quand même pas que l’on va s’endormir sur nos lauriers, fiers comme des vétérans de la guerre du Viêtnam de la mission accomplie… C’est pas fini mon pote ! Ce n’est que le début même ! Les US, c’est bien, mais ce sont les autres continents qui vont être jaloux si on en reste là !

Alors prépare toi Afrique, ouvre nous tes bras Asie, dévoile nous tes trésors la Sarthe, personne en ce bas monde n’est à l’abri de notre soif de bougeotte, et ce n’est pas un chien renifleur de n’importe quel aéroport qui va nous empêcher de nous sentir pousser des ailes !

En attendant, nous allons retrouver la famille et les copains avec un grand plaisir, impatients de les revoir, de partager un peu de cette folle expérience avec eux, avant de passer à autre chose…

Jess m’a donné hier une photo de moi, entouré de mes parents, Marie-Rose et Henri… Mamy et Papy comme je les appelle. Je l’ai devant moi, et je me dis que Mamy va être drôlement heureuse, dans quelques heures, de nous voir débouler à Olivet pour nos retrouvailles… et Papy, lui, ça l’aurait bien fait marrer cette épopée que nous venons de vivre…

Quant à nos gamins qui roupillent tranquillement pour récupérer de cette année folle, j’espère qu’après tout ça, ils auront plus l’âme de vagabond que celle de maître-chien à JFK Airport…

Ephrata, Pennsylvania

Dimanche 17 août 2014, 08:30 pm

Ephrata, Pennsylvania

Où je suis là ?

Ah oui… Je suis à Ephrata, Pennsylvanie, chez les parents de Jess…

Mais ma tête, elle est où ?

Est-elle encore à New-York City, où j’étais encore il y a quelques heures avec le cousin Ryan, le Patrick Bruel du Delaware, champion de poker quand ça le prend, et voyageur le reste du temps ? J’aurais pu la laisser là-bas d’ailleurs ma tête, vu qu’on y retourne demain pour un dernier coup d’essuie-glace qui dure depuis deux semaines entre les deux villes…

Est-elle déjà en France, où nous rentrons demain, si l’avion ne déconne pas au beau milieu des airs, ce qui franchement serait une bien mauvaise idée…

Tu te rends compte un peu ? Demain, on est à Paris… J’y crois pas putain ! Un an sans avoir vu la Tour Eiffel, qu’on ne voit jamais de chez nous d’ailleurs, sauf quand on redescend la rue de Belleville depuis le métro Pyrénées, mais c’est pas tous les jours… Un an sans avoir bouffé une baguette de pain, ou un bon fromage qui schmoute à mort, et éloigne à plus de cinq mètres de ton haleine tout corps vivant, même les mouches ou les pigeons les plus aventureux… et les plus crades ! Un an sans le petit café pisseux du matin dans le bar du coin, à écouter les gens se plaindre, gueuler contre les flics, les politiciens, le PSG, les fonctionnaires, les étrangers, ou bien contre le goût infect de ce même café qui baigne dans leur tasse… Un an sans descendre une rue, n’importe laquelle, de Paris, et avoir repeint la semelle de ta grolle (pourvu que ce soit la gauche !) d’une crotte de clébard, sponsorisée par Canigou ou je ne sais quelle autre référence culinaire pour chien, bien tenace et odorante à souhait… Ça va être quand même bon de remettre les pieds à nouveau dans ce grand bordel, en slalomant entre les crottes bien entendu !

Mais pour l’instant, la tête est bel et bien là, à Ephrata, devant l’étalage impressionnant de fringues, chaussures, jouets, matériel photo et scolaire, souvenirs en tout genre, qui attendent patiemment d’être dispatchés dans les cinq valises mises à leur disposition, avant de passer demain huit heures dans la soute à bagages du zinc qui nous ramènera à la maison, coincés entre les autres valdingues, les quelques animaux domestiques en cage, et les voyageurs clandestins qui, à défaut d’être en classe Business, sont mieux là que coincés dans la case à train d’atterrissage, surtout vu la longueur du vol, ou à tenter le même trajet par les voies maritimes, surtout si c’est à la nage, voire même en barque…

C’est toujours particulier un départ comme celui-ci, et chacun gère à sa façon… Jess est comme souvent la plus active, entre l’organisation du rangement de nos affaires, qu’elle coordonne à merveille, tout en profitant autant que possible des dernières heures avec ses parents, qui risquent de trouver la maison bien vide après notre départ demain matin…

Il faut dire qu’on en a pris de la place depuis quelques jours ici, on en a fait du bruit, et cette demeure d’habitude plutôt paisible a souvent pris des airs de grand centre de vacances pour enfants survitaminés !

Mais nous n’avons pas fait que chômer tout de même, puisque les sept jours qui ont suivis le départ de ma cousine Nadine, et sa petite troupe, ont été consacrés à la remise en état, la plus correcte possible, de notre brave Ducon… et pour le coup, il y avait quand même pas mal de boulot !

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Le pauvre vieux était dans un état plus que limite, et promesse avait été faite à ses futurs acquéreurs de leur livrer un Ducon de compétition, enfin au moins en surface…

Pour ce qui est de l’aspect mécanique, nous avons à nouveau confié la bête à notre mécanicien préféré, Al’s, qui a eu la gentillesse de ne pas trouver grand-chose à retaper lors de ce contrôle technique, ce qui a plutôt fait plaisir à notre portefeuille… Vous vous souvenez d’Al’s ? C’est déjà lui qui avait reçu Ducon lors de sa première visite médicale, en septembre dernier, il y a presque un an quoi…

Que de chemin parcouru ensemble depuis… Sans blague, il en a pris plein les pneus, tellement d’ailleurs qu’on a dû tous les changer au bout d’un moment, au cours de ce long périple.

Tu veux un ou deux chiffres pour mieux cerner le personnage ? Alors accroche-toi… Quarante mille Miles environ sur les routes du pays, on lui a doublé son compteur en une année à peine, alors qu’il avait déjà quinze ans d’âge le pépère ! Si tu ramènes ça dans notre langue, on arrive à soixante-quatre mille kilomètres mon lapin… soit en gros une fois et demi le tour de la planète en empruntant la fameuse « Equateur Highway », tu sais, cette ligne droite qui sert de frontière entre les deux hémisphères…

Il nous a emmené faire la visite de trente-trois parcs nationaux, sans compter les « National Monuments », tels Mount Rushmore ou la statue de la Liberté, ainsi que les nombreux « State Parks » que nous avons traversés… Un truc de dingues quand tu y penses !

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Il nous a logé, nous nous y sommes nourris, il a servi d’école, de maison, et j’en oublie…

Ducon, c’est tout simplement notre héros à nous, c’est notre « National Monument » !

Alors forcément, quand viennent les derniers jours à partager avec un tel personnage, qui t’a tant donné, tu lui rends la monnaie de sa pièce du mieux que tu peux, et consacre toute ton énergie pour lui faire le plus beau des liftings…

Moi, je me suis occupé de l’aspect extérieur, peu reluisant malgré le premier nettoyage qu’il avait eu avant sa visite officielle chez ses futurs acheteurs quelques deux semaines en arrière…

Rien n’a résisté à mon éponge magique, même les tâches les plus incrustées, souvenirs de « Death Valley » certainement, ou encore de « Badlands », pour ne citer qu’eux… et au final, on pouvait presque se voir dedans tellement il brillait !

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Pendant ce temps-là, Jess s’est consacrée à l’intérieur du carrosse, et là aussi, la mission a été de taille ! Elle l’a chouchouté avec amour et tendresse, comme pour le remercier pour la jolie balade… Je crois même que des fois, je l’ai entendue s’adresser à lui tout doucement depuis le toit, où je m’activais avec mon balai-brosse… mais je n’ai pas plus tendu l’oreille que ça, car ça ne se fait pas d’écouter les petits secrets des autres personnes…

Ah Ducon… tu vas nous manquer tu sais…

Nous avons juste dû abandonner le projet de changer l’échelle à l’arrière du véhicule, totalement déglinguée, ainsi que la trappe d’évacuation des eaux usagées, légèrement fuyante, mais cela n’a pas été dû à de la mauvaise volonté de notre part, mais plutôt au fait qu’aucun Camping World ne pouvait s’occuper de nous avant plusieurs semaines… Et en plus, ce n’était pas forcément un problème pour les futurs propriétaires, donc ça nous arrangeait pas mal comme ça…

Les enfants nous ont un peu aidé durant ce fastidieux travail, enfin surtout Jules et Jeanne, car Jack, lui, a plutôt traversé une sombre période…

Le pauvre enfant, pourtant jeune et robuste, a semble-t-il été victime d’un sévère contrecoup, certainement dû à l’arrêt brutal de la cadence infernale imposée à nos avortons depuis des mois… Ou alors peut-être à cause de notre imminent départ qui le rendait déjà nostalgique du pays des cowboys et des indiens, avant même de l’avoir quitté… Ou bien la raison était-elle la confusion des langages, car il faut se mettre à sa place quelques secondes… Vous imaginez un peu le merdier dans sa tête, et le genre de questions qu’il doit se poser dès son si jeune âge : « Comment je parle, moi ? En français à papa, en américain à maman, selon l’humeur aux frère et sœur ? Et les deux clébards, ça parle en quelle langue ces machins ? Quelle galère… »

Mais quelle qu’en soit la raison, toujours est-il qu’en une semaine, il est véritablement passé par tous les états possibles et imaginables, sombrant de plus en plus vers la folie… Je ne déconne pas les amis… et au bout d’un moment, on s’est même demandé avec Jess si on allait le récupérer comme avant !

Au départ, ça allait encore, parce qu’il se contentait de roupiller dans le salon à longueur de journée, et nous avons mis ça sur le compte de la fatigue…

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Mais au bout de deux ou trois jours, il a décidé de s’installer dans le jardin, avec sa guitare récupérée en Louisiane, et un vieux téléviseur pourri, hors d’usage, que Jess avait décidé de balancer lors d’un vaste débroussaillage de la maison de ses parents (Elle est comme ça Jess, quand elle est partie dans une période de grand nettoyage, planquez vous tous !!!). On pouvait à peine l’approcher, et il tuait la journée en s’abreuvant d’hectolitres de soda dégueu…

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Avant que tout cela n’aille trop loin, qu’il ne s’attaque au whisky ou aux drogues dures par exemple, il a fallu prendre le taureau par les cornes, donc Jack par les cheveux, et le mettre en isolement pour quelques jours, histoire qu’il se remette les idées en place… Ça tombait bien, les parents de Jess avaient décidé de libérer leurs deux chiens de leur cage, et cette dernière a amplement fait l’affaire pour notre bonhomme, même s’il n’avait pas l’air très content au début de cette expérience…

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Nous n’étions pas particulièrement fiers de cette façon d’agir, mais des fois, il faut savoir prendre des décisions radicales pour rétablir une situation qui s’envenime irrémédiablement… Et puis c’était ça ou nous le balancions dans un chariot avec un troupeau d’Amishs dedans, et démerde-toi mon p’tit gars ! Mais dans ce cas, nous ne l’aurions plus jamais revu je pense…

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Et force fut de constater qu’après ce traitement, certes assez inhumain, mais bougrement efficace, le petit s’était mis à aller mieux… on peut même dire qu’il était totalement rétabli, et nous avons même pu l’emmener avec nous, sans trop craindre une rechute, pour aller voir la fille de nos potes de Villepreux, Charlotte, dans la maison de sa famille d’accueil, à Lancaster, où nous étions conviés à un barbecue du dimanche…

C’est Jess qui avait trouvé ces gens pour recevoir Charlotte. Elle connaissait d’ailleurs la femme de ce couple, Michelle, puisqu’elle avait fréquenté le même lycée qu’elle il y a quelques années, et c’est grâce à cela que l’affaire s’était conclue…

Depuis, les deux anciennes copines n’ont pas vraiment emprunté les mêmes sentiers, et pendant que Jess partait faire sa vie en France, ce qui lui permettra entre autres de rencontrer son futur mari, Michelle avait décidé de son côté de s’engager sous les drapeaux, ce qui lui permettra également de rencontrer son futur mari… Comme quoi les filles… tous les chemins vous mènent vers un futur mari, même s’ils n’ont pas toujours le même look, ceci dépendant du contexte dans lequel vous le rencontrez !

Après avoir rendu les armes, cette dernière s’est lancée dans l’humanitaire, via l’église dans laquelle elle s’est faite enrôler sans s’en rendre compte. Mais ça, c’est plutôt monnaie courante outre atlantique… Et puis au moins, il semble que ce soit pour la bonne cause dans son cas…

Tu sens que c’est elle la patronne à la maison, et tu sens aussi qu’elle est encore bien imprégnée par cet état d’esprit si particulier qu’ont les militaires… Tout est carré dans l’organisation, et même si ce n’est qu’une petite réunion amicale, on ne rigole pas en ce qui concerne l’organisation de l’événement. Ainsi, à peine es-tu arrivé qu’elle te sort une étiquette à ton nom, grâce à une espèce de petite machine qui ressemble à ces lecteurs de carte bleue qu’on t’amène au restaurant, au moment de raquer la douloureuse… Étiquette que tu te colles où tu veux sur toi, à part sur ton cul, car ça fait un peu vulgaire, histoire d’être catalogué par les autres invités… Au départ, ça surprend, et j’ai bien cru qu’elle nous sortait déjà l’addition pour le repas… avant même d’avoir eu le temps de consulter le menu !

Et ce n’est pas tout mon pote… Ton gobelet aussi est personnalisé, comme ça tu ne bois pas dans la gamelle du voisin, au cas où tu aies pour ambition de contaminer en douce le reste de la troupe… À mon avis, si tu te fais choper en train de baver sur le rebord du verre d’un collègue, t’es viré de la teuf direct !

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On s’est aperçu au bout de quelques minutes qu’on était en fait au beau milieu d’une réunion des membres de l’église voisine, dont le but était d’organiser un futur déplacement en Haïti si je ne raconte pas de bêtises, afin d’aider à la construction d’une école, et peut-être deux ou trois autres travaux, tout en profitant du soleil tant qu’à faire…

Donc, le rituel dans ce genre de regroupement, juste avant d’aller casser la croûte… c’est la prière ! Mais là, personnellement, je n’avais pas du tout senti le coup venir… J’étais donc accroupi au milieu du salon, à essayer de raisonner mon petit Jack, qui commençait légèrement à péter les plombs en attendant la bouffe, quand soudain, j’ai vu tout ce petit monde debout autour de moi, les yeux clos, les mains en apesanteur, un peu comme quand on fait du yoga, en train de remercier Dieu pour ce merveilleux repas à venir, et puis plus globalement pour tout le bon boulot qu’il abat pour nous chaque jour… le sida, les génocides, la famine, et un éventuel futur album de Justin Bieber… J’ai tout de suite préféré la façon de prier de Jack, certes un peu bruyante, et même si j’ai tenté de le calmer un chouïa par politesse, parce qu’on n’est pas chez nous quand même, je n’ai rien fait pour le faire se convertir dans leur délire non plus !

Rassurez-vous, et je tiens à faire cette précision tout particulièrement aux parents de Charlotte, qui transpirent déjà à grosses gouttes en lisant ce passage, nous ne sommes pas tombés dans une secte, et une fois cette tâche administrative remplie, c’est à dire quand Dieu a raccroché le téléphone, nous avons pu entrer en contact avec toutes les personnes présentes dans cette maison, qui étaient toutes charmantes d’ailleurs, et nous étions surtout ravis de passer un moment avec notre petite représentante des Yvelines…

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La livraison de Ducon chez ses nouveaux proprios, Joe et Beckie, était sensée avoir lieu durant la semaine qui débutait, le jour nous arrangeant le plus de notre côté étant le mercredi 13… Le deal était simple et clair, ils nous l’achetaient neuf mille dollars, à condition que le bolide soit sûr de passer le contrôle technique, ce qui était acquis depuis sa dernière consultation médicale, et aussi que les réparations évoquées ensemble, l’échelle et l’évacuation des eaux notamment, soient faites, ce qui n’avait pas été le cas, pour des raisons que j’ai citées plus tôt dans le texte, ce qui me permet de voir si vous me suivez ou si vous vous en foutez royalement, de ce que je vous raconte… Enfin bref, on avait précisé qu’on baisserait le prix de cinq cents dollars s’il restait du travail à faire sur notre saucisse à roues.

Bizarrement, plus cette date approchait, moins nos latinos adorés avaient envie de décrocher le téléphone quand on tentaient de les joindre pour régler les derniers détails, allant jusqu’à nous faire un gros coup d’intox la veille du 13, ou si vous préférez le lendemain du 11, enfin le 12 pour être précis ! Vous savez ce qu’il a dit à Jess cette andouille de Joe quand elle a enfin réussi à le joindre ? Les grandes manœuvres d’intimidation, du genre « Oh, mais j’ai oublié de vous dire, on a trouvé un autre bien moins cher depuis, alors on ne sait plus trop ce qu’on décide… » et patati, et patata… Vas-y mec, prends moi pour un con, je te dirai rien ! Tout à coup, Ducon coûtait trop cher, car à bien y réfléchir, il n’était plus tout jeune, et puis on avait énormément roulé avec, et puis je ne sais quelles autres conneries supplémentaires très blessantes quand on parle aussi durement d’un membre de ta tribu…

Là, il était allé trop loin le type, et nous plantait un couteau, que dis-je une lance, droit dans le cœur. Encore heureux que Ducon n’était pas dans les parages pour entendre la conversation, car cela aurait pu lui être fatal… Nous nous sommes ensuite concertés avec Jess avant de le rappeler, décidant de rester fermes sur nos positions, de ne pas brader un être aussi cher, qui, à bien y réfléchir, n’avait pas de prix… Cette espèce de manipulateur devait même s’estimer heureux avec la proposition que nous lui avions faite, car Ducon, on aurait pu le vendre dix millions de dollars si on avait voulu, et il n’y aurait pas eu à crier au vol !

Finalement, le gugusse s’est calmé quand on l’a rappelé, mettant sa tentative bien pensée sur le compte de la blagounette amicale, et nous a assuré que le camping-car l’intéressait toujours autant… Super ta vanne, abruti !

Le seul truc qu’on avait oublié de leur dire, et cela aurait été salaud de ne pas en parler, c’est qu’il y avait une belle fuite dans la cabine au-dessus des sièges avant, c’est à dire dans notre chambre… et comme il avait bien plu ces jours derniers, tu ne pouvais pas la louper, sauf si tu la planquais avec le matelas…

Comme nous sommes plutôt honnêtes, dans l’esprit en tout cas, nous avons fait l’effort de le rester dans les actes, et nous leur avons mentionné ce problème, en décidant de régler ça le lendemain, quand nous serions enfin réunis pour la vente…

C’est seul que j’allais partir emmener Ducon vers sa nouvelle demeure, à Congers, en banlieue Nord de New York City… Belle évolution quand même pour un véhicule qui zonait à San Antonio, au cœur du Texas, il y a encore un an !

L’affaire était sensée ne prendre qu’un court instant, et ensuite nous avions prévu de nous retrouver en milieu d’après-midi à Meadowlands, dans le New Jersey, avec le cousin Ryan. Jess nous avait trouvé des chambres là-bas, pour deux nuits, à l’hôtel Marriott pour changer… et l’idée était de profiter de New York City durant deux ou trois jours…

Avant que je ne parte, assez tôt le matin car le rendez-vous était fixé à midi, et il y avait environ trois heures de route au programme, Jess a passé un court instant avec Ducon, le photographiant sous toutes ses coutures, le remerciant encore une dernière fois pour tous ces services rendus, le cœur rempli de chagrin… certainement pour lui dire aussi à quel point elle l’aimait…

Que voulez-vous… il faut parfois accepter l’idée que votre propre femme puisse en aimer un autre…

En parlant de Jess, un des cadeaux qu’elle avait reçus pour ses quarante ans était le premier tome d’une magnifique biographie d’Elvis Presley, une autre personne dont elle tomberait rapidement amoureuse si elle le croisait… Le titre de ce livre, « Last train to Memphis », pourrait bien inspirer Ducon, s’il se décidait un jour à rédiger ses mémoires. Il l’appellerait « Last ride to New York City » peut-être, en hommage à notre dernière virée tous les deux vers la « Grosse Pomme », ultime destination avant de tourner la page, et passer à d’autres tomes…

Je suis arrivé à l’heure prévue à Congers, j’ai réussi à joindre Joe, qui avait enfin cessé de se cacher quand on l’appelait au téléphone, et nous nous sommes retrouvés quelques instants plus tard chez un garagiste qui, en plus de passer ses journées les mains dans le cambouis, semblait bien le connaître… Nous avions convenu de nous rencarder ici car il voulait faire réviser rapidement le véhicule par des spécialistes, avant de se décider définitivement.

C’est là qu’a débuté une journée assez riche en rebondissements, en suspense, en surprises, en émotions, en solitude, comme une pièce de théâtre dans laquelle auraient pu jouer mes nombreux amis comédiens qui peuplent à eux seuls quasiment tout le territoire de Montreuil City, et dont je me suis franchement demandé à plusieurs reprises si elle allait bien se terminer…

Premier Acte : La visite chez le garagiste…

La scène se passe donc dans cet endroit tout pourri, peuplé de canches désossées qui attendent de finir à la casse, à bout de force… Joe salue tous les mécaniciens présents devant le garage, il est comme chez lui, il est sur son terrain, et déjà je sens qu’il va falloir avoir les nerfs solides pour ne pas me faire bouffer tout cru…

Tout le monde parle espagnol, et malgré la formation intensive que j’ai suivie avec Jules tout au long de l’année, dont je n’ai dû retenir qu’à peu près quatre mots, je peine énormément à essayer de comprendre ce qui se trame dans mon dos, expression qui n’a vraiment pas de sens dans ce contexte, puisqu’ils sont là, devant moi ! Par contre, si j’avais dit « derrière mon dos », peut-être que ça passait, car le derrière du dos, c’est le ventre finalement, donc là, j’étais bien placé, mais ça reste un peu tiré par les cheveux…

Au bout de quelques minutes, le plus vieux des mécaniciens vient vers moi avec Joe, et l’idée est que je parte avec lui pour une petite virée à bord de Ducon, pour qu’il jauge l’état de forme de la bête… Le mec est cool, il parle un peu anglais, alors je lui raconte notre voyage, il me dit qu’il est californien à la base, que sa famille est là-bas, je me demande bien pourquoi il n’y est pas resté au soleil, avec eux, au lieu de se tartiner à l’huile de moteur du matin au soir à Congers, New York…

Son bilan concernant Ducon est très positif, il ne lui trouve aucun défaut alarmant au niveau mécanique, il prolonge même un peu la balade, et me pose quelques questions sur la France maintenant, sur Paris… J’ai comme l’impression que le pauvre homme n’aura jamais l’occasion d’y foutre les pieds, beaucoup d’américains sont dans ce cas d’ailleurs, mais pour diverses raisons. Lui, je pense qu’il trouverait le temps, mais ce serait plutôt au niveau thune que ça poserait problème… Pour d’autres, l’argent, ils l’ont, mais comme ils en veulent toujours plus, ils n’ont pas le temps de le dépenser dans des voyages au bout du monde, consacrant chaque jour que Dieu leur donne pour le gagner durement au travail… Pas simple d’être américain !

Nous rentrons au garage avec mon nouvel ami, qui retrouve sa langue natale pour dresser son bilan à Joe. Même si je ne comprends rien à leur conversation, on dirait tout de même que la première étape du processus de vente est un succès, mais la route est encore longue…

Second Acte : Les négociations…

La scène prend place dans le salon du camping-car, transformé pour l’occasion en véritable salle de réunion au sommet…

Deux nouvelles personnes interviennent dans cette insoutenable dramaturgie. Il y a d’abord la femme de Joe, Beckie, dont vous découvrirez très rapidement les talents de comédienne, et puis sa sœur à elle, dont j’ai totalement oublié le prénom, et dont vous ne découvrirez aucun trait de sa personnalité, puisqu’elle a juste fait acte de présence, sans quasiment jamais intervenir, ou si peu… Puis de toute façon, comme elle aussi ne parle qu’en espagnol, ren à fout…

Plus Joe et moi-même, ça fait quatre vedettes dans le camion, prêtes à en découdre à propos de la transaction tant attendue… Enfin plus précisément trois personnes réellement concernées, car la frangine était plutôt concentrée sur le petit sac en papier qu’elle tenait précieusement dans ses mains, rempli de choux à la crème, muffins et autres trésors de la gastronomie américaine, qui ont largement participé au design de son corps de rêve…

Bon, ne tournons pas autour du pot, c’est maintenant l’heure de tomber d’accord sur le prix de vente définitif du Ducon, parce qu’on avait bien compris avec Jess, surtout depuis le coup de fil bizarre de la veille avec Joe, que nos latinos tentaient de gratter un dernier rabais, manœuvre plutôt humaine d’ailleurs…

Et c’est vrai qu’avec l’histoire de la fuite sur la mezzanine au-dessus de la cabine de pilotage, ils avaient l’argument parfait pour nous faire plier.

« Ah oui, en effet… il y a une belle fuite ! a d’abord dit Joe en constatant les dégâts, en anglais je vous précise, mais pour des questions pratiques, je vous retranscris tout ça en version française…

_ Ben je le sais bien, c’est pour ça qu’on t’en a parlé hier au téléphone… ai-je répondu dans un anglais parfait, tellement parfait que je rajoute la phrase en version originale : « Well, I know to that, and that’s the why I did told to you yesterday on the cell phone of yourself ! »

_ Ok, Beckie va voir ça avec Camping World, on va estimer le coût de réparation de ce problème et voir ce qu’on décide… »

La suite se passe au téléphone… Moi, j’appelle Jess régulièrement pour la tenir au courant de l’évolution de la situation, et puis aussi pour qu’elle m’aide quand Joe me demande des trucs auxquels je ne comprends absolument rien. Beckie, de son côté, s’entretient avec un des conseillers du Camping World du coin, pour en savoir plus sur la façon de faire disparaître cette maudite fuite. Je ne sais si je suis parano ou quoi à ce moment-là, mais je suis presque sûr qu’il n’y a personne au bout du fil – Y’a pas de fil d’ailleurs, puisqu’elle appelle de son portable, c’est déjà un signe… – et j’ai le sentiment qu’elle nous fait un monologue bien préparé, décrivant la situation avec précision, faisant celle qui répond à leurs éventuelles questions, tout cela me paraît très très louche en fait…

Finalement, elle raccroche au bout d’un moment, en les remerciant pour leur aide, et nous annonce qu’il faut compter 1 200 dollars de réparation pour remettre en état la cabine…

Ça fait chier cette nouvelle… L’ambiance est tendue d’ailleurs dans le camping-car, et un long et pesant silence s’est subitement installé ici, régulièrement brisé par le bruit que fait la frangine de Beckie en s’attaquant à son huitième gâteau… car non seulement elle n’arrête pas de bouffer, mais en plus elle ne sait pas faire ça en silence la conne ! Je vous préviens que si elle fout de la crème ou des miettes sur la moquette, ne venez pas me saouler en me suppliant de baisser encore le prix !

Sur ce, j’appelle à nouveau Jess, et lui explique où on en est. En gros, voilà… on voulait le vendre 9 000 dollars, mais comme on n’a pas fait les divers travaux prévus, on en enlève 500… Et voilà que maintenant, ils en ont pour 1 200 dollars de travaux supplémentaires pour les dégâts de la fuite, dont on ne saura jamais si c’était vrai, ou si c’était une pure invention, façon gag téléphonique manigancé par Beckie, sans personne à l’autre côté de la ligne… Donc, si on calcule bien, 9 000 moins 500, puis moins 1 200, ça fait à peu près 7 500, non ? Enfin, c’est pas exactement ça, mais ce résultat n’est finalement pas une mauvaise chose ni pour nous, ni pour eux…

En tout cas, quand ils ont entendu cette proposition sortir de ma bouche, après consultation et décision avec Jess, ils m’ont semblé ravis les deux tourtereaux, ce qui m’a encore plus conforté dans ma certitude qu’elle n’a jamais eu Camping World au téléphone, mais arrive un moment ou tu ne veux plus chercher à savoir ce qui est vrai, ou faux, tu veux juste en finir avec tout ça…

Troisième Acte : Le paiement…

Mais l’histoire ne s’arrête pas là mes amis… Il s’agit de récupérer le fric maintenant, et leur nouvelle idée farfelue aux acheteurs, c’est de régler en liquide !

Du coup, Beckie part vite avec sa sœur, dans le but de retirer la somme dans le premier distributeur venu… Enfin ça, c’est le but de Beckie, car la frangine, elle, veut surtout s’arrêter chez le premier vendeur de sucreries qu’elle croisera, histoire de venir au secours dans les plus brefs délais de son hypoglycémie chronique !

Joe et moi attendons sagement dans le camping-car, faisant semblant d’être potes, nous racontant quelques conneries d’usage, du style : « Je trouve ça génial le voyage que vous avez fait, mec ! », à quoi j’ai certainement dû rétorquer très connement : « Ça nous fait tellement plaisir que ce soit vous qui nous le rachetiez, vous n’avez pas idée… », attendant surtout impatiemment que cet épisode interminable prenne vite fin…

Mais après une vingtaine de minutes, Beckie appelle pour lui dire qu’elle n’arrive pas à retirer une telle somme dans les divers distributeurs rencontrés, qu’elle va donc aller directement les réclamer aux guichets de sa banque, et que l’idéal ensuite serait de nous retrouver dans les bureaux de leur société, là où on les avait rencontrés la première fois, il y a bientôt trois semaines, afin de boucler l’affaire dans le calme… Putain, faut les suivre ces deux-là, je te jure !

Je commence surtout à me dire qu’ils n’arrêtent pas de me mener en bateau avec mon camping-car (pas simple comme manœuvre…), et que si ça continue, je ne vais pas tarder à me retrouver ligoté, et raide comme un glaçon, stocké au fond d’un congélateur, où jamais personne n’aura l’idée de venir me trouver un jour, afin de m’aider à retrouver des couleurs en m’envoyant en stage à bord d’un micro-ondes… et tout ça juste pour 7 500 malheureux dollars !

Alors c’est reparti pour un tour… Je suis le 4X4 de Joe, à bord de Ducon, afin de rejoindre le lieu de l’échange en question, où l’on arrive au bout d’une dizaine de minutes de route…

En plus, le bureau est situé tout au fond de leur établissement, qui lui-même se trouve dans une impasse déserte où personne ne vient s’aventurer, ne serait-ce juste pour promener son clébard…

J’ai l’impression que ma dernière heure est venue, j’essaie de relativiser en me disant qu’il vaut mieux que ça arrive maintenant, à la fin du voyage, et qu’au moins j’aurai vu de sublimes endroits avec ma famille, avant de tomber en héros, à l’américaine, car j’étais prêt, malgré tout, à vendre chèrement ma peau jusqu’au dernier souffle…

Il s’avère finalement que j’ai dû un peu trop paniquer pour rien, car quand je suis arrivé, Beckie était déjà sur place, entourée de liasses de billets de 100, 50 ou 20 dollars, qu’elle m’a gentiment invité à compter, histoire de m’assurer que le montant convenu ensemble était exact… Pendant ce temps, Joe m’a préparé un café dégueulasse, mais ça, ce n’est pas de sa faute, car le café est dégueulasse dans ce pays…

7 500 dollars plus tard, je pensais bel et bien en avoir fini avec ces deux zigotos, l’esprit léger… et les poches pleines !

Il ne restait plus qu’un seul détail à régler, à savoir signer l’acte de vente devant une personne habilitée, genre notaire ou un truc comme ça… Évidemment, cela aurait été trop simple que ma signature suffît, comme c’est le cas dans l’État de Pennsylvanie par exemple, mais ici, à New York, ça ne fonctionne pas de la même manière, et il fallait impérativement une dédicace de Jess à côté de la mienne… T’y crois à ça putain ? Par-dessus le marché, le temps passait, et passait… et je commençais à me demander à quelle heure j’allais être en mesure de retrouver le cousin Ryan dans le New Jersey…

Nous avons finalement réglé ça un peu à la sauvage, avec comme témoin de la scène le responsable des bureaux FedEx du coin, à priori habilité à valider ce genre d’acte, et qui lui aussi connaissait Joe. Il s’est montré très coopératif, et avait l’air tellement à cheval sur les principes qu’il a préféré fermer gentiment les yeux lorsque j’ai signé à la place de Jess, nous épargnant ainsi d’une nouvelle galère dont on se passait avec plaisir…

Voilà ce qui clôturait officiellement, et définitivement, notre belle aventure avec Ducon qui, pour me montrer toute sa tristesse et sa détresse, a fait couler sur ses ailes quelques gouttes de lave-vitres, au moment où je m’approchais de lui pour lui dire adieu. J’ai juste posé ma main sur son capot étonnamment froid, ne sachant quels mots prononcer… on ne sait jamais quoi dire dans ce genre de situation, alors il vaut peut-être mieux savoir se taire, plutôt que de sortir une grosse connerie… Avec le recul, je regrette un peu de ne pas lui avoir dit simplement merci, mais je suis sûr qu’il ne m’en veut pas, et qu’il a bien compris mon silence…

J’ai demandé à Joe et Beckie de nous envoyer la plaque d’immatriculation, idée que Jess m’avait suggérée au téléphone, une fois qu’ils auraient obtenu la nouvelle, et il n’y avait plus qu’à partir, enfin…

Quatrième Acte : Retour dans le New Jersey…

Il est à peu près quinze heures trente quand l’épisode de la vente prend fin, et le flux des trains de banlieue en direction du New Jersey a considérablement baissé de niveau… si bien que le prochain n’est programmé qu’à vingt et une heure, soit une éternité, surtout dans une ville où il n’y a franchement rien à foutre, à part se pointer pour vendre un camping-car…

Très gentiment, Beckie propose de me déposer à une autre gare, située à une trentaine de minutes en bagnole, où j’aurai un train bien plus tôt afin de rejoindre le cousin Ryan, qui doit commencer à s’impatienter à l’hôtel…

J’accepte chaleureusement sa proposition, et nous filons tous les deux vers de nouvelles contrées. Sa sœur n’est pas du voyage, j’en déduis alors qu’elle a certainement fini par exploser, que ses excès en pâtisserie ont finalement eu raison d’elle, mais que c’est une belle faim, euh fin pardon, pour cette femme, qui aura vécu sa passion jusqu’au bout…

On rejoue avec Beckie à peu près la même scène qu’avec son mec quelques heures plus tôt, du genre : « Je trouve ça génial ce voyage que vous avez fait, Jérôme ! », ce à quoi j’ai certainement dû rétorquer à nouveau, encore plus connement : « Ça nous fait tellement plaisir que ce soit vous qui nous rachetiez ce camping-car, vous ne pouvez pas imaginer… ». Enfin, vous avez déjà entendu ce disque…

Elle m’escorte ainsi jusque dans le New Jersey, à la station de Ramsey, où doit bientôt passer mon train de banlieue qui m’emmènera, en un peu plus d’une heure, à celle de Lyndhurst, voisine de l’hôtel Marriott où nous passerons deux nuits avec Ryan.

Au moment où je descends de la voiture, après avoir remercié Beckie – car oui, j’ai plein de défauts, mais mes parents m’ont appris à toujours dire merci aux gens gentils… même aux cons d’ailleurs – cette dernière me met en garde quant au fait de traîner à New York avec autant de cash sur moi, et me recommande de le laisser plutôt à l’abri dans le coffre qui serait certainement mis à ma disposition dans ma chambre d’hôtel…

Il n’en fallait pas plus pour qu’elle me fasse totalement flipper la conne, et voilà que je deviens complètement parano avec tout ce fric sur moi ! Des millions de questions et d’angoisses me traversent l’esprit… Et si Joe avait envoyé en douce un crevard à ma poursuite, que ce mec allait me menacer avec son gun, ou son couteau, récupérer le blé, et partager ça ce soir avec son copain philippin, pendant que j’agoniserai dans un fossé le long de la voie de chemin de fer ? Je les vois déjà ces deux truffes, fiers de leur exploit, riant sur mon triste sort en s’enfilant des shots de Tequila, à la santé d’la mienne perdue, comme le chantait si bien Mano Solo…

J’ai maintenant l’impression, même la certitude, que tout le monde dans le train m’a grillé ! Il me faut vite trouver une parade putain ! J’aurais dû faire comédien, comme mon pote David, pour mieux savoir appréhender cette insoutenable situation…

Quelle attitude adopter pour ne pas trop attirer l’œil des autres passagers ? T’as une idée, toi ? Prendre l’air dégagé peut-être, genre le mec qui regarde au loin, pensif, par la fenêtre ? Oh non, j’ai l’air con j’en suis sûr ! Ou alors je me fais une petite sieste, histoire de me faire oublier… Ouais, c’est ça mon gars… et pendant que j’ai les yeux fermés, on me pique ma sacoche… ça va pas la tête ? Et puis à me faire tous ces films dans mon cerveau, je commence vraiment à baliser, et ça doit se remarquer… J’ai des gouttes de sueur qui perlent le long de mes tempes, et je me sens légèrement constipé soudainement ! Ouh là là… y’en a un qui s’approche doucement de moi, m’a pas l’air détendu le loustic ! Il m’a calculé le mec, c’est sûr… À tous les coups, il va me fumer sur place et se barrer avec le pactole !!! Ah, ben non… finalement, il se casse dans l’autre wagon… il ne m’a même pas regardé ce con-là… Non mais sérieux, il m’a pris pour un clochard ou quoi, j’vais lui montrer moi à cette andouille toute l’oseille que je trimbale, ça va bien le calmer ça ! Putain, je déraille là… il est temps que j’arrive à destination…

Une demi-douzaine d’ulcères plus tard, j’arrive enfin à bon port, plutôt à bonne station vu le contexte… sain et sauf… avec le sentiment d’avoir survécu à toutes les attaques que le monde entier avait décidé de porter contre moi…

Ryan vient me chercher en bagnole quelques minutes après mon arrivée, et nous partons vers le Marriott du coin, où il a déjà pris possession de sa chambre…

Au loin, le soleil déclinant commence à faire rougir les buildings au Sud de l’île de Manhattan… le calme et l’apaisement s’installent, à mesure que je m’enfonce dans le confortable siège passager… je retrouve un peu de sérénité, je n’ai plus peur… je ferme les yeux…

Fin de cette magnifique représentation pleine de rebondissements… Succès absolu, le public est debout, tonnerre d’applaudissements… Rideau !

Alors c’est bien joli de récupérer comme ça 7 500 dollars en cash pour la vente de notre inestimable compagnon de route, qui me manque déjà éperdument, autant qu’à Jess d’ailleurs, quelques heures seulement après notre séparation forcée… mais la nouvelle mission désormais, c’est de savoir quoi en foutre de tout ce liquide, devenu soudainement légèrement encombrant… Et s’il était sale cet argent au fait ? Après tout, je ne l’ai pas vu de mes yeux ce que m’a raconté Beckie, quand elle a soi-disant récupéré cette somme au guichet de sa banque… C’est des conneries si ça se trouve, et me voici tout à coup dans la peau d’un voyou, un brigand, l’ennemi public numéro un ! Il fallait donc urgemment que je m’en débarrasse de ce fric, et dans les plus brefs délais…

Dans un premier temps, je me suis dit que la suggestion de Beckie, consistant à laisser l’argent reposer dans le coffre de ma chambre d’hôtel, à l’abri des convoitises, n’était pas idiote… et c’est donc tout naturellement que j’ai essayé de mettre la main sur cet objet dès mon arrivée dans ma suite royale. De plus, il fallait faire relativement vite car nous avions décidé avec Ryan d’aller dîner à Manhattan ce soir-là, histoire de faire une première petite virée dans la grande et belle cité, située à environ vingt minutes de bus de notre hôtel du New Jersey. Mais là, à ma grande stupéfaction, ainsi qu’à mon grand désarroi, aucun coffre n’était présent dans la chambre, faisant resurgir à nouveau tout un paquet d’angoisses diverses et variées dans mon esprit…

Par-dessus le marché, dans la panique et dans le speed, tu fais souvent n’importe quoi… et c’est exactement ce que j’ai fait quand je me suis mis à la recherche d’un lieu sûr pour planquer le magot… Je me sentais tout à coup dans la peau d’un braqueur en fuite, recherché par toutes les polices du New Jersey et de New York réunies ! C’était comme dans les films, sauf que dans ces derniers, le voleur se retrouve habituellement dans un pauvre Motel tout miteux, avec en poche quelques centaines de milliers de dollars, alors que moi, je n’avais pas tant de fric qua ça, mais au moins je m’étais réfugié dans un Marriott mon pote ! C’est mon côté petit bourgeois ça…

Bref, je me suis dit que la salle de bain serait le lieu idéal pour cacher le fric, et j’ai tenté un ou deux endroits pour arriver à mes fins, mais cette tentative ne s’est pas avérée payante… J’ai d’abord essayé dans le lavabo, mais c’était un peu trop visible en cas de passage impromptu d’une femme de ménage, et ne dites pas que c’est moi qui l’ai faite venir histoire de faire avec elle des trucs dégueulasses… Je ne suis pas politicien, moi !

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Et puis après, j’ai jeté mon dévolu sur les chiottes, en jetant tous les biftons dedans ! Je me suis dit qu’en rabattant le couvercle, personne n’aurait l’idée de venir chercher le pactole dans un tel endroit…

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Mais c’était quand même un peu risqué comme aventure, parce que tu ne sais jamais dans quel état tu peux rentrer quelques heures plus tard, et je te dis pas le prix à payer si jamais tu arrives mort saoul à l’hôtel, et cours te soulager direct, te délivrant ainsi des litres de Bud Light que tu viens d’ingurgiter, en allant pisser, la tête en l’air, bouche grande ouverte, la respiration bloquée, et les yeux fermés… car oui, c’est précisément à ça qu’on ressemble dans ce genre de situation ! Je ne te raconte pas le violent retour à la réalité quand tu reviens sur Terre une fois la chasse d’eau actionnée…

Franchement, si j’avais été seul, je serais resté cloîtré dans ma piaule pendant deux jours, pour m’assurer qu’il n’arrive rien à mon argent… Je serais peut-être juste sorti quelques instants, histoire d’aller acheter un flingue dans la boutique du coin, pour fumer tout visiteur potentiel de ma chambre, membres du personnel de l’hôtel compris. Mais comme Ryan était là aussi, avec la ferme intention de passer du temps à New York City, ville qu’il allait visiter pour la première fois de sa vie, je me devais de trouver une autre solution…

C’est lui qui a finalement choisi pour moi, car au moment où j’allais me décider à déposer le flouse dans l’un des coffres de la réception, il m’a fixé, l’air horrifié, et m’a dit qu’il fallait être complètement givré pour faire ce genre d’acte…

Pour me convaincre définitivement, il m’a rappelé que du fait de sa profession de joueur de poker, il se retrouvait fréquemment en possession de grosses sommes d’argent en liquide sur lui, et qu’ainsi, les importants transports de fonds en public, il en était coutumier, et qu’il n’avait jamais rencontré le moindre problème dans ce genre de situation. Le tout étant simplement d’avoir l’air naturel et détendu, soit tout l’inverse de l’attitude que j’avais eue, tout seul dans mon train de banlieue quelques heures auparavant !

Comme c’est un cousin de ma femme, je me suis dit qu’il ne pouvait être que d’excellent conseil, et je l’ai donc cru, partant pour Manhattan avec 7 500 dollars dans ma sacoche, à la cool… et me disant que j’aurai bien l’occasion, dans cette immense ville, de trouver un moyen de blanchir cet argent d’une manière ou d’une autre…

Ryan, quant à lui, n’avait qu’un seul but en débarquant dans cette cité… satisfaire son éternel et immense appétit, en rendant visite à tous les restaurants dont il avait préparé une liste sur un petit bout de papier qui ne quittait jamais la poche arrière de son jean…

Ce qui est drôle avec ce mec, c’est que pendant tout notre séjour, nous aurons effectué un nombre incalculable de pauses dans tous les différents quartiers traversés, afin qu’il puisse tester toutes les spécialités locales proposées… Que ce soit les pâtisseries italiennes, le fabricant de glaces artisanales, la pizzéria de Little Italy, ou, comme ce fut le cas le premier soir au « Juniors », des restos typiquement amerloques, nous nous sommes arrêtés partout ! À part là où on sert de la bouffe asiatique, dont il n’a pas l’air d’être un grand fan… Et le pire dans tout ça, c’est qu’il n’est que très rarement satisfait de ce qu’on lui mijote, alors il rend l’assiette quasiment toujours dans le même état que lorsqu’on lui a servi ! Alors que moi, tu me présentes un plat, je le mange, et jusqu’au bout, ce qui fait que la vaisselle est déjà faite avant même de passer à la plonge !

Le seul resto qu’il a vraiment apprécié je crois, c’est le Katz’s Delicatessen, situé dans le Lower East Side, à Manhattan.

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Une institution le bordel, grâce à deux choses si j’ai bien compris… La première, c’est qu’il font des sandwichs à la viande fumée de la mort qui tue, et la seconde, c’est qu’ils ont eu un petit coup de pouce de Meg Ryan, célèbre actrice américaine, qui est venue simuler un orgasme dans ce restaurant, pour le compte du film « Quand Harry rencontre Sally », que je n’ai toujours pas vu…

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D’ailleurs, la table où cette scène a eu lieu est indiquée par une flèche, et c’est bien sûr l’endroit où tous les touristes de passage rêvent de s’asseoir, pour enfin connaître le bonheur… surtout les femmes ! Du fait que j’étais ce jour-là accompagné de Ryan, qui n’a pas un physique désagréable à proprement parler, vous comprendrez que ma priorité n’était pas du tout d’aller y poser mon cul… pour lui non plus d’ailleurs !

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Après avoir dîné au « Juniors » ce premier soir, célèbre pour ses fameux cheesecakes que nous n’avons même pas goûtés, et où Ryan avait dû avaler tout au plus deux minuscules bouchées de son « Macaroni & Cheese » pas bien appétissant, je me souviens avoir terminé notre virée à Union Square, une place bien animée, surtout la nuit, sur la 14ème rue… Assez étonnant comme endroit, où les amateurs de skateboard et roller déferlent de partout, à vitesse grand V, histoire de coller la frousse aux curieux de passage… où de costauds blacks portent en guise d’écharpe, sur leurs larges épaules, des serpents de trois ou quatre mètres de long, genre cobra ou boa, avec lesquels les plus courageux peuvent s’enlacer le temps d’un slow langoureux, contre une poignée de dollars, et ce sous les regards indifférents des policiers de service… et où l’air au parfum d’herbe émanant des centaines de joints consommés à l’heure ici rend dérisoire, voire inodore, celui que l’on hume lors d’une visite au jardin botanique de la ville !

Bon, c’est bien beau le tourisme, les balades, les restos, et tout le reste, mais ça ne me dit pas ce que je vais bien pouvoir faire de mes nombreux biftons qui me suivent partout…

Après avoir retourné le problème dans tous les sens, en même temps que je me retournais de chaque côté de mon lit toutes les quarante-sept secondes durant cette stressante première nuit à l’hôtel, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il me faudrait trouver un conseiller en business, ou une crapule de cette espèce, pour m’aiguiller un peu… car moi, les affaires, on ne pas dire que ce soit mon sixième sens ! Et quel meilleur endroit que New York City pour arriver à ses fins en matière de business, à condition de ne pas tomber sur des personnes malhonnêtes évidemment, dont la ville est paraît-il truffée …

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L’autre souci, c’est qu’il y a tant de curiosités sur place que tu as vite fait de te faire distraire, et d’oublier le vrai but de ta mission…

Pourtant, j’ai tenté d’en trouver des solutions, je crois même avoir tout essayé sans blague…

Comme je suis un garçon doté d’une logique implacable, j’ai commencé par une petite escapade à Wall Street, avec pour but l’espoir de tomber sur un « trader » zonant dans les parages, avec qui je serais allé boire un café ou deux, et qui m’aurait expliqué comment exploiter au mieux cette somme qui pesait de plus en plus lourd dans ma sacoche… et sur mes nerfs ! Quoi qu’après réflexion, je ne suis pas si sûr que ce genre de personne aurait été la plus crédible, vu que la plupart de ceux qui ont fait le plus d’étincelles dans ce milieu roupillent en taule aujourd’hui…

Enfin, de toute façon, je n’ai même pas eu le temps de chercher bien longtemps sur place, emporté que j’ai été par l‘enthousiasme et l’émerveillement de Ryan face à la découverte du fameux Taureau de Wall Street…

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Drôle d’histoire que celle de ce solide animal tout de bronze vêtu, de plus de trois tonnes, qui s’est invité dans le quartier sans autorisation en 1987, juste après le krach boursier de la même année…

Arturo Di Modica, qui a réalisé cette sculpture, a certainement voulu à l’époque redonner du baume au cœur et du courage au peuple américain, qui flanchait sévère, alors il t’a foutu en face de la Bourse ce bon vieux ruminant, qui sait se battre jusqu’au bout face à toutes les épreuves que la vie lui impose, et surtout ce putain d’homme, à travers divers jeux qui n’amusent que lui, genre la corrida, voire le rodéo… Quand je pense qu’on est allé en voir un, de rodéo, à San Antonio, dans le Texas, ça me fout tout à coup des frissons dans le dos, et un peu de culpabilité aussi…

Bref, rien de tel que ce symbole de force et de fougue pour remonter le moral de ce peuple en plein doute durant cette période difficile… Depuis, ça va globalement mieux d’un point de vue économique, enfin il paraît… mais en cas de rechute subite, on a gardé l’animal dans le coin, et il est devenu l’une des grandes attractions touristiques de la ville. Et cette statue qui n’était sensée rester exposée qu’une année ici, semble avoir été engagée pour un bail beaucoup plus long finalement… pour le plus grand plaisir des touristes… Tous, et sans exception, émerveillés par les divers trésors qu’elle dévoile au grand jour…

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Parce qu’au début, je me suis dit que c’était vraiment un truc de mecs de poser à côté du bestiau, histoire de vouloir dire que nous aussi on est costauds, qu’on se laisse pas faire, qu’on en a dans le pantalon quoi, et tout ce genre de conneries… D’ailleurs, c’est pour ça que la corrida ou le rodéo sont des inventions, et des ambiances, plutôt masculines en général…

Mais là, je trouvais que les femmes aussi avaient une envie folle d’approcher la bête, de faire plus ample connaissance avec elle… Et qu’en j’en ai découvert la raison, ça a été un véritable choc… et aussi un grand moment de solitude ! Comment expliquer ça ? Ben tout simplement en constatant que s’il y avait quelqu’un dans le quartier qui en avait vraiment dans le pantalon, c’était bien lui… tellement d’ailleurs qu’il n’en portait pas ! Mais je pense qu’ils n’en font pas à sa taille de toute façon… C’est sûr que là, c’est dur de rivaliser… et les nombreuses femmes présentes ne se sont pas fait prier bien longtemps pour aller voir ça de plus près, et plus si affinités !

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Dans un premier temps, ça fait rigoler leurs mecs, mais quand au bout de quelques minutes, elles ne déscotchent pas de l’engin, quasiment au bord de l’évanouissement devant tant de générosité et d’opulence, leur déclarant : « T’as vu ça chéri ?! J’en ai jamais rencontré de pareilles, même chez ceux que j’ai connus avant toi, et il y en a eu pourtant ! », alors que ça fait longtemps qu’eux, ils ont pris la photo et attendent juste de se barrer, là ils commencent vraiment à l’avoir mauvaise !

Ben ouais les gars, on ne peut pas être le meilleur en tout… mais avouez tout de même que pour sortir un si grand pays d’un krach boursier, il faut en avoir une sacrée paire !

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Bon OK, c’est pas grave, je trouverai ailleurs un meilleur plan… et nous voici repartis le long des avenues avec Ryan, remontant les docks jusqu’à Brooklyn Bridge, en admirant au passage les fiers navires exposés à South Street Seaport.

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J’essaie de me fier aux divers signes que m’envoie cette ville complètement barrée, mais ces derniers ne font qu’accentuer encore un peu plus la migraine permanente qui me mine depuis la veille, et me fait glisser doucement vers la folie… D’abord, les flèches taguées au sol veulent m’entraîner dans toutes les directions à la fois… un indien qui a dû se perdre dans la région m’envoie de drôles de signaux de fumée dans le ciel, auxquels je ne comprends rien… et un drôle de pervers, qui aurait mieux fait de se lancer dans la politique, placarde son portrait partout où il le peut dans la ville, accompagné d’un court texte dans lequel il réclame l’apparition dans sa vie d’une douce et tendre compagne pour partager des jours heureux… Je n’ai pas pris le temps de lire entre les lignes, mais je n’aurais pas été étonné s’il avait précisé qu’il eût été préférable qu’elle soit munie d’une forte poitrine, tant qu’à faire…

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Le hasard de notre errance nous mène un peu plus tard le long de Central Park, côté Ouest, là où se trouve le célèbre muséum américain d’Histoire naturelle. En voilà peut-être une solution à mon problème… Et si j’allais acheter un animal empaillé tiens ? Ou alors un saphir bleu pour offrir à Jess, il paraît qu’ils ont le plus gros du monde exposé ici… Sinon, y’a une pirogue de guerre indienne de vingt mètres de long pour les gamins, ou une météorite assez imposante, mais très jolie… et puis ça ferait classe dans notre salon à Belleville.

Pourquoi pas… Ça vaut sûrement la peine de jeter un œil aux tarifs de tous ces charmants petits objets, et puis en plus, je découvre, grâce à Ryan, que la culture est ici aussi un luxe accessible même aux plus démunis, à condition de se pointer à partir d’une certaine heure. En fait, tu déboules durant les deux dernières heures d’ouverture du musée, et c’est toi qui choisis ton prix d’entrée ! Donc, si t’es vraiment rapiat, tu peux donner un truc genre un dollar tu vois… mais comme on est très généreux avec Ryan, on en a filé deux ! Ben ouais, mais qu’est-ce que tu veux, il faut bien qu’il me reste du blé si je me décide à acheter quelque chose moi ! N’empêche que ce procédé n’en reste pas moins une belle combine pour se cultiver à moindre frais !

Mais là encore, un événement inattendu m’a fait dévier de ma mission… J’étais effectivement en train d’admirer les différents squelettes et autres bêtes empaillées qui m’entouraient, me demandant lequel aurait le plus d’allure au-dessus de notre cheminée à Paris, quand soudain, mes oreilles et mon regard, puis tout mon bifteck dans la foulée, ont été attirés par la projection sur grand écran d’un documentaire, sur l’un des murs de la pièce… On y voyait un bonhomme, toujours le même, déambuler de parcs nationaux en parcs nationaux, hyper bien sapé, fier et droit, entouré de dizaines de personnes à chaque fois, tous suspendus à ses moindres faits et gestes…

Et la voix off d’en faire des tonnes sur le personnage, précisant qu’il avait été très influent concernant la sauvegarde des espaces naturels américains, et qu’il avait notamment créé les parcs de Crater Lake et Mesa Verde, que nous avions visités durant notre voyage…

S’en suivait un défilé d’images présentant un par un tous les parcs nationaux américains, tous ces lieux magiques et magnifiques que nous avions côtoyés durant une année à bord de Ducon. J’ai eu l’impression de refaire en quelques minutes tout notre périple, survolant Acadia, Everglades, Joshua Tree et Yosemite, sans me beurrer les étapes de liaison !

En regardant ce mec d’un peu plus près, j’ai commencé à me dire que je l’avais déjà croisé quelque part, que son visage m’était plutôt familier… Quand son nom a été prononcé quelques secondes plus tard dans le documentaire, j’ai compris pourquoi… Cet individu en question faisait tout simplement partie des quatre vedettes sculptées sur le Mont Rushmore, qu’on avait croisé quelques semaines auparavant, et il s’agissait plus précisément de Theodore Roosevelt, le vingt-sixième président des Etats-Unis ! Y’en a vraiment que pour eux, putain !

Ça m’a foutu en rogne… Et toutes les autres personnes autour de moi qui regardaient ça, qui semblaient être hypnotisées par tous les paysages hallucinants que ce grand monsieur avait eu l’occasion de voir de son vivant, de la grandeur et du charisme de cet aventurier, et blablabla, et blablabla… Et merde !!! Moi aussi, je les ai vus tous ces endroits, moi aussi j’ai crapahuté à travers tous ces sentiers, croisé tous ces animaux que vous voyez là, empaillés comme des cons ! Et j’en fais pas tout un fromage !

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Moi je les ai vus pour de vrai tous ces trucs, avec ma femme et nos gamins en plus, et sans assistance s’il vous plaît ! Alors vous n’avez qu’à faire un film sur nous aussi ! On n’est pas plus débiles que les autres à la fin !

Je m’en suis directement pris à Roosevelt ensuite, enfin à son image projetée sur le mur, lui précisant que ce n’était pas la peine d’essayer de m’impressionner avec son film… je te l’ai calmé en deux minutes, en lui expliquant qu’on était allé partout nous aussi, dans tous ces endroits dont il parle avec tant de fierté ! Et que s’il était encore de ce monde, je l’inviterais bien volontiers chez moi à Belleville, quand on y sera rentré, pour venir boire un coup, mais surtout pour lui montrer les photos du voyage, ça le ferait peut-être un peu redescendre de son nuage Monsieur l’ex-Président !

Je crois que c’est surtout moi qui avais réellement besoin de me détendre un peu… en tout cas c’est ce que m’ont suggéré les gars de la sécurité en me foutant dehors à coup de pieds au cul ! J’ai dû perdre les pédales à cause de cette situation dans laquelle je me trouve, et qui me rend dingue…

Du coup, je n’ai pas eu l’occasion de m’offrir un trophée pour mettre au-dessus de notre cheminée… C’est dommage, car si un jour Theodore décidait vraiment d’en redescendre de son nuage, pour venir se faire une soirée projection de MES photos à Belleville, il trouverait certainement ça sympa comme déco je pense…

La journée allait bientôt toucher à sa fin désormais, et l’on s’était dit avec Ryan qu’on irait probablement visiter le musée national du 11 septembre avant de rentrer à l’hôtel. N’étant ouvert au public que depuis le mois de mai dernier seulement, l’affluence est tellement énorme durant la journée qu’il vaut mieux se pointer là en nocturne, si tu veux un minimum de calme à l’intérieur.

Pas vraiment de surprises quand tu pénètres dans cet endroit… Tout est réuni pour te faire revivre cette inoubliable tragédie presque comme si tu y étais, avec comme accompagnements sonores ou visuels les images des avions qui s’écrasent en direct dans les tours… des enregistrements de messages téléphoniques de différents passagers à des membres de leur famille, leur envoyant une dernière fois tout leur amour, quelques minutes avant de valser de l’autre côté… des cris en veux-tu en voilà, des visages horrifiés d’habitants de Manhattan qui assistent, impuissants, à l’effondrement du symbole de leur puissance absolue, devenue en un rien de temps d’une fragilité extrême… enfin l’horreur quoi… et le tout assemblé dans le musée le plus déprimant du pays je pense.

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Ajoute à cela quelques morceaux de murs et de ferraille encore intacts, un restant de camion de pompier appartenant à la compagnie qui avait le plus trinqué ce jour-là, et tu te dis que ceux qui ne sont pas allés bosser au World Trade Center ce 11 septembre 2001, quelle qu’en soit la raison, ont été particulièrement bien inspirés…

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Là où ça devient méga glauque, c’est quand tu te retrouves face aux portraits des quelques 2 973 victimes, tous exposés dans une immense salle toute sombre, dans laquelle il arrive même d’entendre certains visiteurs éclater soudainement en sanglot, devant la photo d’un ami ou d’un membre de la famille disparu… Sympa comme ambiance, non ?

Là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire… Et pourquoi pas un don à quelqu’un qui a perdu un membre de sa famille lors de ces attentats par exemple ? Voilà qui serait une façon intelligente et généreuse de me débarrasser de cet argent provenant certainement de magouilles crapuleuses de la mafia philippine dont le siège se trouve à Congers !

Mais comment choisir parmi tant de victimes ? Envers quelle famille dois-je faire un geste? Faut-il fermer les yeux et tirer quelqu’un au sort ? Mais si j’aide le gamin de ce pompier disparu, pourquoi ne pas en faire autant pour la veuve de ce conseiller en assurance resté sous les décombres, sans compter qu’elle a encore ses huit gosses à nourrir à la maison… Tu crois que c’est facile de décider, toi, quand tu as un tel tableau devant tes yeux ?

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Pourquoi ne pas tous les aider dans ce cas… Je me suis donc lancé dans un rapide calcul, qui consistait à diviser ma fortune personnelle, soit 7 500 dollars, par le nombre de victimes, c’est à dire 2 973 individus. Au bout du compte, j’étais en mesure de donner exactement 2,52 dollars pour le membre le plus proche de chaque défunt. J’ai eu l’air con tout d’un coup…

Finalement, j’ai préféré m’éclipser discrètement, quitter ce lieu bien trop flippant avec mon butin, en me disant que pour ce genre d’action, il aurait fallu vendre Ducon beaucoup plus cher !

Le lendemain, histoire de passer à des choses un peu plus légères, et comme le temps s’y prêtait, nous nous sommes lancés dans une longue traversée de Brooklyn en métro, jusqu’à la pointe Sud de ce quartier de New York City, là où le soleil brille encore un peu plus fort, là où il y a du sable et la mer, et quelques vieilles peaux botoxées de partout en maillot de bain bleu fluo… je parle bien sûr de Coney Island !

L’idée était de débarquer plus précisément dans le quartier de Brighton Beach, appelé aussi Little Odessa, de part la présence d’importantes communautés russes et ukrainiennes sur place, et ce depuis belle lurette… Beaucoup d’entre eux ont déboulé légalement, et d’autres sous de fausses identités, provoquant ainsi tout simplement l’arrivée de la mafia russe aux États-Unis, dont Brighton Beach devint le fief…

Alors autant cette histoire craint pour les ricains du coin, parce qu’apparemment ça déménage sévère de temps en temps par ici, autant pour moi, c’était pas mal comme contexte, dans le sens où je pourrais certainement trouver un expert en argent sale qui me dirait comment me démerder avec ce magot… à condition qu’il ne me le subtilise pas sur le champ en me menaçant avec un gun fixé sur ma tempe !

Mais quand tu veux faire du business avec un russe, ne commence jamais par faire un tour sur les planches qui longent la plage de Coney Island, parce que sinon, t’es cuit mon gars ! Ben ouais… tout est réuni pour te faire oublier tes obligations et tes petits tracas du jour, et ça marche à tous les coups…

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Cela dit, c’est dur de résister… Entre la mer sur ta droite, et le « nouveau » Luna Park sur ta gauche, si bien sûr tu te diriges dans le même sens que moi, comment fermer les yeux sur toutes ces tentations ?

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Et encore nous avons été sages avec Ryan, puisque nous ne nous sommes ni baignés, ni offerts un petit tour de manège ! Mais rien que pour le plaisir de regarder, ça vaut le détour…

Non mais quel spectacle quand même, que ce sublime mélange d’anciennes, et beaucoup plus récentes attractions, aux couleurs et aux formes plus délirantes les unes que les autres, que les vagues de l’océan Atlantique viennent presque chatouiller à marée haute… Ce métro aérien qui longe toute la plage, comme s’il n’y avait déjà pas assez de manèges dans le coin, livrant chaque jour des milliers de citadins venus directement de Manhattan en maillot de bain pour faire trempette… Ou encore ces loustics qui te regardent de haut en t’annonçant qu’ils sont les rois du périmètre, et qui ne sont jamais allés à plus de vingt kilomètres à la ronde pour voir à quoi ressemble le reste du monde… Génial comme endroit, vous ne trouvez pas ?

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Mais ça, c’est grâce à l’histoire de cette péninsule, qui est devenue avec sa plage un lieu très prisé par les new-yorkais durant les chaudes et insoutenables semaines d’été, et ce depuis plus d’un siècle… De plus, comme l’américain flaire toujours les bons coups, surtout dans le domaine des affaires, il t’a ajouté à cela un immense élevage de parcs d’attractions, avec manèges, bars et restos, boutiques et j’en passe, et ça a cartonné pendant des années et des années… Après un long coup de mou, l’activité a repris depuis les années quatre-vingt, notamment avec l’arrivée de nouvelles attractions, plus modernes, qui créent un contraste amusant à côté des vieilleries encore présentes, et qui font de la résistance…

En parlant de ces vestiges du temps jadis, je n’aurais vu de russe ce jour-là que les montagnes de cet ancien manège tout de bois vêtu, le fameux « Cyclone », construit en 1927, et classé monument historique pour l’éternité.

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C’est vraiment quand je croise des trésors de ce style, au même titre que des vieux Diners, ou des cinémas en plein air paumés au milieu de la cambrousse, que je tombe encore plus amoureux de ce pays…

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L’autre bonne inspiration de la journée, une fois revenu en ville, a été de faire un petit détour par B&H, le plus grand magasin de matos photo du pays, situé non loin de Times Square… Impressionnant le bordel… Presque déprimant d’ailleurs de voir tous ces magnifiques appareils photo, ces objectifs ou éclairages de folie que tu ne pourras jamais te payer… Je constate ainsi qu’un nouveau boîtier Nikon vient tout juste de voir le jour, et ce con-là me fait de l’œil au moment où je passe devant lui…

« J’aimerais bien te ramener à la maison mon petit, lui dis-je à voix basse… Mais j’habite loin tu sais… Et puis t’as vu un peu le prix que tu coûtes ? Faut en avoir des sous sur soi pour s’offrir un bijou comme toi ! »

Mais que je suis bête… j’en ai justement du fric dans ma sacoche, et en plus, j’essaie par tous les moyens de m’en débarrasser depuis deux jours maintenant ! La voilà la solution… je vais m’acheter le dernier Nikon !

J’apprends en plus que dans cette boutique, ils te reprennent ton ancien matos si tu n’en veux plus, et te refilent en échange un avoir immédiatement utilisable. Je me décide et m’organise donc en quelques minutes, et le plan est déjà très clair dans mon cerveau : Comme je ne peux effectuer cette transaction maintenant, puisque le boîtier que je veux refourguer est resté à l’hôtel, nous y passerons une nuit supplémentaire ce soir… Demain samedi, je me lève tôt et rejoins la boutique en ville dès l’ouverture… Je récupère mon avoir contre mon appareil photo de secours, et file m’acheter le dernier modèle dans la foulée ! Et voilà… c’est un jeu d’enfants mes amis !

Je me sens beaucoup plus léger d’un coup, épuisé mais tellement heureux d’avoir trouvé une solution à ce casse-tête qui me hantait jour et nuit… Même cette ville pourtant gigantesque et oppressante a des airs de bourgade subitement… Je suis à l’aise… Je respire enfin !

Mais la réalité refait vite surface, et lorsque nous achevons la journée à arpenter les avenues de la « Grosse Pomme » avec Ryan, je me surprends à observer tous ces gens hyper speed faire la course dans tous les sens, les bagnoles déferler de tous les côtés, comme si chaque seconde valait de l’or, et que leur vie à tous en dépendait… Je me demande si ça s’arrête un peu de temps en temps ici, s’il arrive à cette ville de reprendre son souffle parfois, mais j’ai franchement le sentiment que non… C’est plus fort qu’elle… C’est un tourbillon permanent, et ni rien ni personne ne peut stopper la machine… Je suis le mouvement, comme le fait tout le monde… C’est ma dernière nuit à New York…

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Je suis prêt de bonne heure le lendemain matin, bien avant Ryan qui roupille encore dans sa piaule de luxe lorsque je quitte la mienne. Je lui laisse un message, l’invitant à me retrouver à Port Authority, terminus de notre bus à Manhattan.

Je grimpe dans mon bus à moi, traversant quelques bleds du New Jersey, avec en toile de fond les buildings de New York City, dont l’Empire State reste le plus impressionnant à mes yeux… Passé le péage, notre carrosse traverse l’Hudson River en empruntant le Lincoln Tunnel… et me voilà au cœur de la jungle urbaine, prêt à en découdre avec les vendeurs de cette hallucinante boutique qu’est B&H…

Je n’arrive pas à croire que je vais avoir un tout nouvel appareil photo pour moi tout seul dans quelques minutes ! J’accélère la cadence, je suis comme mes gamins quand ils sont sur le point d’ouvrir un cadeau… C’est la fête !

Malheureusement, à ma grande stupéfaction, les portes du magasin sont closes quand je me présente devant elles. Je ne comprends pas sur le moment, car il devrait être ouvert depuis une dizaine de minutes déjà, et ce n’est pas le style de ce pays d’empêcher le business de tourner… même tôt le matin !

Je m’attarde alors un peu sur les différents panneaux d’informations affichés sur les vitrines, et je constate, dépité, anéanti, déconfit, et plus encore, je constate donc que B&H est fermé le samedi…

La seule chose que j’avais omise dans toute cette histoire, c’est que le patron du magasin, ainsi que la quasi totalité de son personnel, sont des juifs hassidiques, qui ne rigolent pas avec le respect de leurs coutumes… et que, de ce fait, ils ne travaillent pas le jour du Shabbat, c’est à dire le jour précis où je décide de faire des affaires avec eux… Les boules !!! Maintenant que j’y repense, quand j’y étais passé la veille, j’avais trouvé ça plutôt bizarre qu’ils mettent tous des bretelles pour tenir leur pantalon, et je m’étais aussi demandé pourquoi ils avaient tous opté pour la même coupe de cheveux si originale et particulière… Ben maintenant, j’ai compris ! J’ai surtout pigé aussi que je n’en loupe pas une, et que je suis maintenant encore plus dans la panade…

Le contrecoup de cette nouvelle est très douloureux, je suis KO debout, totalement à court d’idées… J’erre le long de la quarante-deuxième rue, je n’en peux plus, je suis éreinté physiquement et moralement… Les buildings sur lesquels j’aurais été capable de danser hier soir ont pris une toute autre allure ce matin, et j’ai l’impression qu’ils vont m’écrabouiller d’ici quelques secondes si je ne m’enfuis pas rapidos de cette ville…

En plus, j’ai le sentiment que tout le monde me regarde, moi et ma sacoche, que je vais me faire piller en public, au beau milieu de cette rue, d’ici peu de temps… Car c’est sûr, les gens m’ont cerné, et savent maintenant que j’ai beaucoup de liquide sur moi… et maintenant qu’ils voient que je sombre tout doucement, que ma fin est proche, ils tournent et tournent autour de moi, tels des vautours autour de leur proie…

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Avant de me faire bouffer tout cru, je décide d’appeler Jess pour lui dire adieu, à elle et aux enfants que je ne reverrai jamais plus… Et encore une fois, c’est elle qui va décanter cette situation pourtant désespérée, le plus simplement du monde, sans se torturer l’esprit autant que moi… en me précisant simplement qu’il existe aussi dans ce pays des établissements qu’on appelle des banques, que l’on peut y déposer ses sous sans crainte de se les faire voler, et que vu qu’on a depuis un an un compte aux Etats-Unis, pourquoi s’emmerder à chercher dix mille solutions tordues pour régler ce putain de problème qui n’en est pas un !!!

Une fois de plus, je m’incline face à tant de clairvoyance et de sens pratique, et après un rapide passage à l’agence qui gère notre fric, non loin de l’Empire State Building, dont Jess, encore elle, m’avait trouvé l’adresse en deux secondes en même temps qu’elle calmait mes angoisses au téléphone, je me retrouve à marcher dans les rues de la ville, soulagé, enfin libéré d’un poids trop lourd pour moi… Oui moi, un homme qui a toujours eu l’habitude d’avoir les poches trouées, léger comme une plume…

Léger dans son cerveau aussi… tellement léger d’ailleurs que, comme un con, je n’ai même pas pensé à garder 5 dollars sur moi pour me payer un café ou deux !

Je retrouve Ryan quelques instants plus tard… Nous allons rendre une belle visite au musée Guggenheim, qui borde Central Park du côté Est.

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Je jette un œil curieux aux différentes expositions proposées… J’admire la magnifique architecture de ce lieu… Je regarde les gens déambuler dans la spirale de couloirs qui mène aux différents étages, on dirait des petites fourmis…

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Je me marre en écoutant Ryan demander à un vigile s’il a déjà vu quelqu’un se suicider depuis le haut du balcon, parce que selon lui, c’est très étonnant que ce ne soit pas encore arrivé… ce mec est trop bon ! Et j’imagine que depuis, ce pauvre agent de la sécurité doit flipper comme un dingue dès que quelqu’un s’approche du bord pendant son service !

Je me dis surtout que demain, je me casse de ce pays dans lequel je zone depuis un an déjà, et je n’arrive pas à réaliser…

Un dernier petit tour le long du « Jacqueline Kennedy Onassis Reservoir », immense flaque nichée au cœur de Central Park, autour de laquelle les nombreux joggeurs de la ville adorent venir faire des ronds, sans penser à rien…

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Faire des ronds sans penser à rien… c’est exactement ce qui devrait être préconisé pour se remettre d’un tel séjour à New York…

Jersey City, New Jersey

Mardi 5 août 2014, 09:00 pm

Jersey City, New Jersey

Bon, on est prêts…

On a bien récupéré les bagages des cousins à la consigne de la 36th Street, on leur a dit au revoir sur le quai de Penn Station, s’assurant qu’ils grimpaient dans le bon métro, celui qui allait les mener tout droit vers l’aéroport de monsieur Kennedy…

Puis de notre côté, on a pris le sens inverse, retournant au camping à Jersey City, sur l’autre rive de l’Hudson River, afin de récupérer Ducon qui nous a attendu patiemment toute la journée, au milieu des collègues de route et des bateaux en réparation sur le grand parking des laissés pour compte à plus ou moins long terme…

Les enfants ont continué à carburer aux Hot Dogs, dont Olivier a rempli le frigo il y a deux ou trois jours, et puis on les a mis en pyjamas, comme ça ce sera bien plus pratique en arrivant à Ephrata en pleine nuit.

Nous quittons donc New York City ce soir… Une fois de plus, nous partons sur la route, mais ce trajet laisse planer un amer sentiment de tristesse, car ce sera le dernier en famille… Et comme nous filons à Ephrata, retrouver les parents de Jess, nous n’y passerons même pas la nuit dans notre maison à roulettes… Nous n’y passerons plus de nuits d’ailleurs…

Ça va faire drôle de ne plus jamais roupiller dans notre palace… C’est un sacré choc tout de même… Finies les nuits au beau milieu de nulle part, paumés en pleine nature, éclairés par la lune, entourés d’ours et de bisons jaloux de notre confort (si, si, je vous jure, c’est arrivé !)… Finie aussi l’ambiance unique et si particulière des parkings des Wal Mart, éclairés par la lumière glacée du lampadaire que tu ne peux éviter vu qu’il y en a tous les dix mètres, entourés d’allumés insomniaques qui débarquent soudainement, se rendant compte à trois heures du mat’ qu’ils n’ont plus de céréales dans leur placard, plus de Ginger Ale dans leur réfrigérateur, ou qui viennent juste tuer le temps puisqu’on leur a collé un bout de film à la con entre leurs deux pages de publicités préférées sur la chaîne 785…

Nous n’aurons plus droit à tout ça désormais, mais il faut bien que ça se termine un jour, comme le dit si bien la stupide et implacable morale…

Enfin, c’était tout de même extra de boucler la boucle à New York, qui est une ville hallucinante, démesurée, au dynamisme incroyable… mais où, paradoxalement, tu trouves ta place, dans laquelle tu te sens le bienvenu.

Un passage à New York, il faut prendre ça comme une invitation au grand cirque, au bordel absolu que représente le quotidien ici… et tu te retrouves vite acteur de cette incessante représentation en plein air !

Et puis tu n’es pas le seul, je te rassure… Quel casting nom de Dieu ! Des millions de personnes qui grouillent du matin au soir, arpentant les rues et les avenues, telles des fourmis en plein travail, s’engouffrant dans les couloirs souterrains des stations de métro, essayant de suivre le tempo infernal qu’on leur impose, survivant comme ils peuvent au temps qui passe à vitesse grand V, pour rejoindre le bureau, la maison, la salle de gym ou les restaurants…

New York City, c’est une course contre la montre, c’est infernal… C’est comme Sega, c’est plus fort que toi ! Alors tu te fonds dans la masse, tu suis la cadence tant bien que mal, et tu t’accroches à ce que tu peux… Sauf que comme les buildings n’ont pas de branches, c’est pas si simple !

Parlons-en de ces buildings, sortes de version urbaine des séquoias géants rencontrés en Californie… Sauf qu’ici, ils sont composés de ferraille et de verre, et servent de camp de base aux travailleurs acharnés qui offrent leur vie, leur santé et toute leur énergie – contre quelques dollars évidemment – au bon fonctionnement de leur pays adoré. Businessmen, avocats, traders, banquiers, assureurs, conseillers en tout et n’importe quoi, ça transpire du costard-cravate là-dedans… à toute heure du jour et de la nuit.

Nous, c’est plutôt à cause de la chaleur accablante qu’on a transpiré, guidés par notre curiosité qui nous a entraînée partout dans la cité, de Chinatown à Battery Park, de Little Italy à Central Park, de Brooklyn jusqu’au Bronx… Comme si tu n’avais déjà pas assez le sentiment d’être minuscule dans cette immense ville, il faut que le soleil t’en rajoute une couche, t’écrasant sans pitié de ses brûlants et puissants rayons…

Et ouais mon brave, à New York tu n’es rien… tout petit que tu es, paumé au milieu des tours, mais ça te remet en place finalement… Tu n’es qu’une feuille détachée de sa branche, virevoltant de droite et de gauche, au bon vouloir des courants d’air qui déferlent et s’engouffrent sans cesse au cœur des avenues et des rues quadrillées.

Personne n’est rien ici d’ailleurs, et même un des plus grands footballeurs anglais du moment, du nom de Frank Lampard, peut remonter la cinquième avenue sans risquer de devoir s’arrêter toutes les trente secondes pour signer des autographes à ses inconditionnels fans… Sauf que nous, on s’y connaît plutôt bien en ballon avec Olivier… J’entends par là le vrai ballon, celui qu’on se passe avec le pied, comme le nom de ce sport l’indique… Je ne parle pas du football que l’on joue dans le pays qui nous accueille depuis un an bientôt, où l’on se lance la baballe à la main, en se chargeant comme des bourrins élevés aux hormones de je ne sais quel animal surpuissant, avec nos peintures de guerre sur la tronche pour lutter contre la réverbération du soleil, et nos quelques minutes de pause régulièrement espacées, le temps que les télés se remplissent les fouilles à coups de publicités plus délirantes les unes que les autres…

Enfin, toujours est-il que le football européen essaie de se développer tant bien que mal en Amérique depuis des années, et monsieur Lampard fera ainsi bientôt partie de l’effectif du New York Football Club, une nouvelle franchise pleine d’ambitions, et ceci explique la raison de sa présence dans les rues de sa nouvelle ville. On a profité de cette inattendue rencontre pour photographier Tom en sa compagnie, ce qui a rempli de joie le cœur du gamin, et sûrement rassuré l’égo du sportif, enfin reconnu par quelqu’un dans ce fichu pays !

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Après, si tu tiens absolument à sortir du lot, et marquer de ton empreinte l’Histoire de cette ville, tu dois vraiment faire fonctionner ton imagination, et te préparer aux plus grands sacrifices… Et même avec tous ces efforts, ce n’est pas gagné…

Ils sont nombreux ceux qui ont essayé, et on en a croisé quelques-uns d’ailleurs, notamment à Times Square, la cour des miracles par excellence…

Entre le faux rastaman qui fait croire aux plus naïfs d’entre nous qu’un peu d’argent lui permettrait de résoudre ses problèmes de manque en pelouse, et le « Naked Cowboy », te laissant imaginer, de face, qu’il est totalement à poil derrière sa guitare, alors que, pour la plus grande désillusion de ces dames qui contournent en douce l’obstacle, il porte un affreux slibard qui n’est pas loin de nous rappeler les gaines que nos grands-mères étendaient chaque dimanche sur la corde à linge pour les faire sécher au soleil… entre tout ça disais-je donc, tu te dis qu’il vaut mieux savoir parfois être « monsieur tout le monde », se fondre tranquillement dans la masse, et que Bob Marley ou Joe Buck, le sublime personnage incarné par John Voight dans le film « Midnight Cowboy », n’ont pas besoin de telles caricatures pour rester dans le cœur de leurs admirateurs pour toujours…

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Pour vous dire à quel point ce besoin de reconnaissance est fort ici, même Jeanne s’est essayée à ce petit jeu, nous plagiant Marilyn à la première occasion, laissant s’envoler sa robe sous l’effet des bouches d’aération ! Mais là, ça faisait vrai pour le coup… et je ne dis pas ça parce que c’est ma fille !

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Ah, il n’y a pas à dire… achever cet incroyable voyage par New York City, c’est comme avoir droit à « Manu » comme morceau de fin d’un concert de Renaud… comme terminer un délicieux repas par un verre de Poire Williams, ou deux d’ailleurs… c’est comme emballer ta voisine de classe dont tu es éperdument amoureux au tout dernier slow du quart d’heure américain de la boom de fin d’année, alors que tout espoir semblait perdu… c’est comme la cigarette après l’amour… encore faut-il être fumeur… et avoir une gonzesse !

Au fait, je vous parle d’Olivier et de Tom depuis tout à l’heure, mais il serait grand temps maintenant de vous les présenter… En fait, ce sont les deux amours de ma cousine Nadine, son mec et son fiston, qui sont venus tous les trois partager nos derniers jours de virée à bord de Ducon… Sympa, non ?

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Je peux vous dire qu’il y en avait un qui était surexcité à l’idée de savoir que son cousin était sur le point de débouler parmi nous, et ce quelqu’un, c’était Jules…

Son cousin Tom, c’est pas rien, croyez moi ! C’est son modèle, l’allié idéal pour Jules… le seul à y voir clair dans ses délires Pokémoniesques ! Alors, vous imaginez un peu sa joie à mesure que l’heure des retrouvailles approchait… Enfin notre petit gars allait à nouveau se sentir compris par quelqu’un sur cette planète !

Pour entrer directement dans le vif du sujet, et comme la famille débarquait à l’aéroport JFK, à Brooklyn – le quartier où Mike Tyson a vu le jour – l’idée était de passer tout d’abord deux ou trois jours à New York City, histoire de se mettre d’emblée dans le bain, sans round d’observation !

Et il a fallu déjà courir afin d’être dans le timing… Tout d’abord, rejoindre Astoria, situé à l’Ouest du Queens, un autre quartier de la grande ville, là où Cyndi Lauper a poussé son premier cri, avant d’en faire son métier quelques années plus tard, et où Jess nous avait dégotté un hôtel Marriott qui allait nous accueillir pour deux nuits… C’est que ce n’est pas si simple de rejoindre New York en camping-car… Le réseau routier est truffé de pièges, plus vicieux les uns que les autres, qui te forcent à mille et un détours inattendus, tout ça parce que tu es trop large, trop long, trop haut, trop gros, ou bien les quatre à la fois ! Ajoutez à cela le fait que tu carbures au propane pour chauffer ton eau ou faire tourner ton frigo, et cela fait alors de toi une réelle menace pour la ville, une potentielle bombe à roulettes, ressassant dans leur mémoire le souvenir d’un jour cauchemardesque de septembre où le danger était arrivé depuis le ciel… Bénéfice net, tu es privé de tunnel, et ça n’arrange pas tes affaires…

Ne vous en faites pas pour nous, on y est arrivé finalement dans le Queens, et à bord de Ducon bien évidemment… Tu ne crois quand même pas qu’on allait le priver du bonheur de découvrir « la ville qui ne dort jamais », comme le chantait si divinement Franck Sinatra, un gars qui a plutôt bien réussi dans le coin…

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Juste le temps de faire une lessive au lavomatic du coin, de nous installer dans notre chambre et nous assurer que celle des cousins était prête également, nourrir les gamins avec les quelques restes disséminés dans les placards et le frigo de notre resto ambulant, et l’heure était déjà venue d’aller récupérer la famille à l’aéroport.

C’est moi qui m’y suis collé, et après un premier transfert à l’aéroport de La Guardia en navette, suivi d’un autre jusqu’à JFK, j’arrivais enfin à destination, dans les temps s’il vous plaît, épuisé mais le cœur débordant de fierté et de joie par tant de ponctualité, avec le sentiment du devoir accompli… Merde alors, mais qu’est-ce qu’il m’arrive…j’ai l’impression que je suis en train de me transformer en américain modèle, et ça craint à mort ! En plus, ça n’a servi à rien au bout du compte, l’avion avait plus d’une heure de retard…

Après d’émouvantes retrouvailles au beau milieu des voyageurs fourmillant dans tous les recoins du Terminal 4, cocktail émouvant de larmes mêlées aux rires, comme dans les films hollywoodiens, nous sommes repartis direct vers Astoria, pour rejoindre l’hôtel, en taxi cette fois-ci… En vrai, on n’a pas pleuré, mais je trouve que ça fait bien dans le texte… pas vous ?

Quand on arrive à l’hôtel, après avoir admiré les lumières de la ville au loin, les enfants dorment déjà, ce qui est somme toute assez normal à une heure du matin passé. Nous retrouvons Jess, avec qui nous écoutons les derniers potins français rapportés par les cousins… Débriefing de la récente Coupe du Monde de football, la vente d’une maison de famille qui, comme dans les plus bouillants épisodes de « Dallas », la série culte des années 80, déchaîne les passions au cœur de celle-ci, et le nouvel amoureux de ma frangine Fanette… tous les sujets sont passés au crible, et nous n’en perdons pas une miette…

Nous nous retrouvons après une courte nuit dans la salle du petit-déjeuner, prêts à dévorer cette putain de ville, après en avoir fait de même avec les victuailles mises à notre disposition à l’hôtel. Un p’tit dej sans histoire d’ailleurs, la routine quoi… avec un Jules qui veut bien avaler son muffin aux myrtilles, à condition qu’on les lui enlève toutes… une Jeanne qui vit toujours avec une heure de décalage par rapport au reste du monde, et qui se décide enfin sur ce qu‘elle veut manger au moment où l’on débarrasse nos plateaux… et un Jack qui balance ou détruit tout ce qui se trouve à portée de ses mains, en invitant tout contrevenant mécontent à la boucler illico, le pointant du doigt, en accompagnant ce geste de son célèbre « Chut ! », bref et direct, qui te glacerait le sang des chevaliers les plus hardis, et qui lui a rapporté la distinction de « l’enfant le plus flippant de toute l’Amérique du Nord de l’année 2014 » durant la dernière cérémonie des « Children Awards », à Hollywood !

Ensuite, c’est de l’impro totale… Nous rejoignons d’abord la station de métro la plus proche, achetons, dans un souci d’économie, une carte avec transports illimités d’une période de sept jours, ce qui s’avèrera plus tard être un investissement un peu hâtif et peu utile, et partons pour Times Square.

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C’est en arrivant là-bas que, noyés dans une foule en perpétuel mouvement qui doit ressembler à une immense vague humaine depuis l’hélicoptère de Yann Arthus-Bertrand qui, tout comme Dieu, nous voit du ciel… c’est donc face à cette situation que nous avons tout de suite décidé de prendre un peu de hauteur. Comme nous n’avions pas d’hélico à portée de main, car n’est pas Arthus-Bertrand qui veut, pas plus que Dieu d’ailleurs, nous avons opté pour une autre solution…

Comme on rêvait de se faire la ville en camping-car et que ce n’était pas possible, car Manhattan dans ce genre de véhicule, c’est uniquement jouable la nuit, voire le week-end, et encore faut-il que la jauge à propane soit au niveau zéro, on a trouvé un compromis en empruntant les bus à étage. Ca fait un peu touriste, j’en conviens, mais ça va les mecs ! Ça fait un an qu’on bourlingue à travers le pays, alors on peut se détendre un peu, et laisser les autres conduire à notre place…

Et puis c’est comme visiter la ville sur le toit de Ducon ! Sans compter qu’on ne l’avait jamais vue depuis cet angle, à mi-hauteur, avec ce sentiment d’être en apesanteur… On se sent un peu moins écrasé par l’immensité des buildings du coup !

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Et puis Ducon, ce n’est pas comme si on l’avait laissé seul durant nos escapades… Il est en effet rapidement tombé sous le charme de sa voisine, une envoûtante Cadillac Fleetwood, certes un peu sur le retour, un tantinet cabossée, mais comme il le dit si bien, « c’est sous les vieilles carrosseries déglinguées que se cachent les plus sensibles moteurs… ».

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On peut dire qu’il sait parler aux femmes Ducon, et leur idylle aura été si douce et passionnée qu’il décidera même de rester une nuit de plus à Astoria auprès d’elle, et loin de nous, partis nous installer dans un autre hôtel à Manhattan… C’est pas mignon, ça ? N’empêche qu’avec Jess, on a mis du temps à accepter ça… Comprenez-nous, c’était la première fois qu’il découchait…

C’est un sénégalais qui nous a dealé nos tickets de bus, en français bien sûr, et à l’amiable… T’as même pas le temps d’entamer les négociations pour essayer de discuter le prix, qu’il t’a déjà fait un premier rabais sur le tarif initial, qu’il t’a offert les tickets de Jack, Jeanne et Jules, et t’a prolongé leur validité à trois jours, au lieu d’un !

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Bon, on est pas cons, on sait bien que c’est le même cinoche avec tout le monde, mais sur le coup, tu te dis que c’est une excellente affaire, et c’est vrai qu’on en a bien profité de ce moyen de transport, au point de rendre jalouses nos cartes de métro aux trajets illimités, qui se sentaient bien inutiles tout à coup…

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Et après ceci ? C’est pas compliqué… Tu poses ton cul sur le siège et tu te laisses guider à travers les avenues, et puis quand tu as envie de te dégourdir un peu les cannes, tu t’arrêtes et tu marches…

On a ainsi remonté quelques artères de Chinatown à pied, où l’immense communauté chinoise présente sur le sol new-yorkais t’offre un aperçu coloré et décapant de sa vie quotidienne…

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Les étals présents tout au long des larges trottoirs proposent toutes sortes de produits, principalement de la nourriture, laissant planer dans l’air de drôles d’odeurs, pas toujours rassurantes, et pouvant rapidement installer le doute dans l’esprit des potentiels acheteurs de passage dans le quartier… La viande commence à cuire avant même l’achat, toute exposée qu’elle est au brûlant soleil qui sévit du matin au soir, ceci te permettant au moins de te passer de l’achat d’un four à la maison, puisque c’est déjà prêt ! Côté poisson, c’est à peu près la même ambiance… et pas de glaçons qui traînent au fond des cagettes pour garder un brin de fraîcheur dans cette ambiance déjà quasiment irrespirable !

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On a beau être plutôt du genre aventurier depuis le début de ce voyage, on se dit qu’on va quand même aller s’aventurer du côté de Mulberry Street, un peu plus au Nord, pour se trouver à manger pour le déjeuner !

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Voilà, c’est ça New York… tu prends la prochaine à gauche, et tu passes tout à coup de Chinatown à Little Italy, un simple petit virage te fait changer de continent, et te voilà plongé dans une toute autre atmosphère !

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Le vert et le rouge sont les couleurs les plus présentes ici, sur les façades des immeubles, les enseignes des restaurants, ou même les drôles de fresques peintes aux murs…

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Ça sent bon les tomates et le basilic, jusque dans la rue, et les serveurs surexcités te supplient de venir déguster une pizza, ou un plat de pâtes chez eux, se vantant chacun de travailler pour la meilleure cantine du monde ! On opte pour une pizzéria parmi tant d’autres, mais dont la terrasse profite encore bien du soleil, perché très haut en ce milieu d’après-midi.

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Non loin de nous, un vieux monsieur déguste son café, silencieux, le regard dissimulé derrière ses lunettes noires, le peu de cheveux qui lui restent bien plaqués en arrière, et paré d’un impeccable costume trois pièces qui ne souffre d’aucun faux pli. Je pense que ce bonhomme a dû en voir des choses se passer dans cette rue, dans le quartier tout entier, tout du moins il en donne l’apparence… Si je parlais l’italien, je serai bien allé passer un petit moment avec lui, histoire d’en apprendre un peu plus, même s’il ne doit pas se confier aussi facilement que ça le bougre !

À table, tout le monde se régale, même les enfants, et nous éprouvons les pires difficultés à nous remettre en route à la fin du repas, tellement on est bien là… Et puis t’enfiler comme ça environ un litre de bière en plein cagnard ne te fait pas pousser des ailes… mais là, je parle de nous, les grands!

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Après le métro, le bus, et la marche à pied, nous décidons de poursuivre la visite de la ville par un nouveau moyen de transport, à savoir le bateau, et la destination sera Staten Island… certainement le coin de New York le moins visité par les touristes de passage.

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Cela vaut pourtant le détour, car outre le plaisir de te faire une petite balade en ferry, gratuite par-dessus le marché, tu ne passes pas trop loin de Liberty Island, ce qui te permet de saluer à l’occasion une célèbre statue, et une fois arrivé, tu as droit à une jolie vue de Manhattan depuis les docks.

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C’est d’ailleurs à mon avis l’activité principale de fin d’après-midi de nombreux habitants de cette île, qui viennent s’offrir, les soirs de beau temps, de jolis couchers de soleil sur la partie grouillante de leur ville, assis tranquillement sur leur banc, ce qui est nettement plus fun que de scotcher devant « Questions pour un Ducon », ou toute autre émission bien niaiseuse que propose le programme télévisuel…

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Puisque, paraît-il, cette ville ne roupille jamais, nous avons tenu ensuite à respecter ce dicton… Et au lieu d’aller nous écrouler comme des merdes dans les lits douillets qui nous attendaient à l’hôtel, en regardant à la télé « Qui va pas gagner des millions ! », qui prend le relai de « Questions pour un Ducon », dont je vous parlais précédemment, nous avons repris le chemin de Times Square, histoire d’assister à l’incessant défilé de visiteurs, dont nous faisions partie bien sûr, au cœur de cet endroit surréaliste. Sans déconner, ça clignote de partout ici, et sans interruption… Ça empêcherait un aveugle de dormir tellement ça cartonne ! Je ne sais pas combien de zéros il y a sur la facture d’électricité à la fin de chaque mois, mais je n’aimerais pas être celui qui doit signer le chèque !

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Ajoute à ça le folklore local, assuré par l’arrivée sur place de la police montée, plus utilisée ici pour faire sensation auprès des touristes émerveillés que pour autre chose, et tu te dis que tu es en plein cinoche, et qu’ils savent y faire dans ce domaine nos amis ricains…

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Nous avons terminé la soirée par une virée nocturne en bus, toujours grâce à nos billets achetés le matin même, nous promenant jusqu’au cœur de Brooklyn, après avoir emprunté le Manhattan Bridge, et nous offrant ainsi une vue magnifique sur les buildings éclairés de Manhattan, la grande classe quoi…

Quelques enfants avaient déjà déposé le bilan lors de cette escapade, partis qu’ils étaient au pays des rêves… Il faut dire que ça te pompe une ville comme celle-ci, et il faut avoir sacrément la caisse pour tenir le rythme qu’elle t’impose… Et dire qu’on remet ça le lendemain !

Parlons-en du lendemain… à peine as-tu l’impression de t’être installé confortablement dans ton pieu le soir, que déjà le doux soleil du petit matin te réveille, et que la grande aventure recommence, pour une journée de plus ! Tout ça, je parle des jours qui défilent de plus en plus vite, nous rapprochent encore plus dangereusement du retour vers nos terres parisiennes…

Des fois, quand j’y pense, je n’y comprends plus rien, j’ai l’impression d’être parti il y a dix ans, tout en ayant le sentiment que notre fête de départ à Olivet en septembre dernier, 2013 donc, date de la semaine dernière… Tu peux m’expliquer ça, toi ? Moi, j’ai trouvé une solution… j’ai arrêté d’y penser !

De toute façon, le temps dépote à une vitesse phénoménale, et on n’y peut rien… C’est beau ce que je dis, non ? Et puis c’est ce que ça donne quand je pense très fort ! Cette lucidité face au temps qui passe me fait regretter tout à coup de ne pas être devenu un grand philosophe contemporain, ce qui m’aurait au moins permis d’avoir droit, moi aussi, à mon moment de gloire, comme nous l’a tous promis Andy Warhol, en m’offrant un passage à la télé un jeudi soir par exemple, vers 23 heures 45, lors d’une émission soporifique d’une des chaînes du service public, que seule ma mère et quelques fidèles potes auraient regardée, plus par solidarité que par l’envie de se cultiver en écoutant mes salades que je remue tout seul dans ma tête détraquée…

Un exemple concret, et pertinent, sur ma théorie du temps qui passe vite ? Tiens, puisqu’on est à New York City, comment ne pas penser aux attentats de 2001 – vraiment un exemple au pif ! – et avoir l’impression que c’était hier, ça aussi… D’ailleurs, tout le monde se souvient de ce qu’il était en train de faire au moment précis où cet événement a eu lieu… et ceux qui prétendent ne pas s’en rappeler ont, à mon humble avis, un secret à cacher… Soit ils étaient aux chiottes, et c’est un peu nul comme situation, soit avec leur amant(e), et vaut mieux pas se griller dans ce cas-là… soit ils étaient aux chiottes avec leur amant(e), et là c’est carrément dégueulasse !

Pour ma part, j’étais à Olivet, chez ma tante Cécile, qu’on appelle Goune en famille… Plus précisément, j’étais dans son petit labo photo, installé dans le sous-sol, en train de réaliser quelques tirages pour une exposition que je devais faire, quelques semaines plus tard, aux Etats-Unis, pas dans une grande galerie new yorkaise, mais plutôt dans le restaurant des parents de Jess à Lancaster, Pennsylvanie… Mais bon, c’est déjà ça… et ça reste quand même une expo en Amérique, merde !

Goune m’avait dit, à un moment où je suis remonté prendre un peu l’air, mon nez et mes poumons commençant à être un peu trop chargés de chimies toxiques diverses et variées, elle m’avait donc annoncé qu’apparemment, d’après la radio qu’elle écoutait à ce moment précis, c’est-à-dire entre son shampoing hebdomadaire et son programme télé de l’après-midi, un avion venait de percuter un bâtiment de Manhattan, et qu’on n’en savait pas plus pour l’instant…

Quelques minutes plus tard, on était déjà un peu plus au parfum… Tout d’abord, ce n’était plus un avion, mais deux, qui avaient joué à « chamboule-tout » au milieu des buildings, et les deux cibles concernées n’étaient pas n’importe lesquelles, puisqu’il s’agissait des célèbres « Twin Towers », symboles de la réussite et de la prospérité américaine…

Toutes proportions gardées, et juste pour te donner une idée, c’est un peu comme si tu crashais un zinc sur le complexe sportif du Donjon, symbole du dynamisme et de la santé de la ville d’Olivet, un jour de match de coupe du Loiret… Faut pas l’faire !

C’est à se demander ce qui passe par la tête de certains fêlés en visite sur Terre… Déjà que le stage n’est pas bien long, ça ne sert vraiment à rien de l’écourter en faisant des trucs pareils, et surtout d’emmener avec toi un paquet de gens qui ne t’ont rien demandé, tout ça parce que tu ne tournes pas au même Dieu, ou parce que tu n’aimes pas leur couleur (il est pourtant beau l’orange des maillots des joueurs de foot de l’Union Sportive Municipale d’Olivet, surtout qu’avec le short noir, ça donne un joli contraste…).

Si avec tant d’audace, et de prises de position gonflées qui rendraient jaloux Francis Lalanne, je ne me retrouve pas invité sur le plateau d’un journal télévisé d’une chaîne privée pour guérir le monde, ou au moins tenter de donner des pistes pour y parvenir, je vous préviens que je balance ma télé par la fenêtre sur le champ ! Même si pour ça, il faudrait déjà que je commence par en acheter une, et que j’arrête d’habiter en rez-de-jardin…

Ou alors j’arrête la philo, et je laisse ça à des spécialistes… comme Jean-Marie Bigard par exemple, dont les diverses théories sur les attentats du 11 septembre justement, méritaient vraiment le détour, surtout concernant le Pentagone, et plaçaient la barre très très haut sur l’échelle de l’excellence… à peu près à la hauteur de sa connerie !

Maintenant, à la place des ces deux immenses édifices autrefois érigés vers le ciel, se trouve un mémorial, plutôt sobre, plutôt joli… Un bel hommage est rendu aux milliers de victimes disparues ce jour-là, leurs noms étant tous gravés dans le bronze qui borde deux grands bassins, où l’eau coule inlassablement.

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Parmi ces anonymes devenus célèbres – comme quoi Warhol était dans le vrai avec ses histoires de moment de gloire, au détail près que lui nous avait promis ça de notre vivant ! – on peut trouver Swarna Chalasani, qui a dû laisser sur place d’inconsolables amis, ou membres de sa famille, venus lui déposer une belle rose pour lui dire qu’ils penseront toujours à elle.

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Eh oui mes amis… on a tendance à oublier que cet endroit n’est pas un décor de film ou un parc d’attractions, mais réellement un lieu de recueillement pour des centaines, des milliers de personnes qui ont perdu au passage un ami, un amour, un collègue… et ici pèse en permanence une atmosphère quasi religieuse, comme le sentiment qu’une présence divine veille sur ce lieu désormais, et le protège…

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Il n’y a pas qu’en cette place que l’on se remémore les malchanceux d’un jour, et j’avais oublié de vous dire que le quartier de Staten Island, que nous avions visité la veille, a lui aussi dressé une liste de ses habitants morts ou disparus sous les décombres, y allant aussi de leur petit mémorial local…

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Alors, pour en revenir au World Trade Center, c’est bien beau de faire deux trous où coule de la flotte pour se souvenir du passé, mais il s’agirait peut-être de penser à l’avenir aussi, et cet avenir en question, désormais, repose sur les épaules de la « Freedom Tower », qui, du haut de ses 541 mètres, rappelle au reste du monde qu’ici, quand on arrose les morts, pousse un building encore plus haut, symbole de la liberté toute puissante de cette fière nation !

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Pour la petite histoire, 541 mètres, ça représente 1776 pieds, le système de mesure américain, soit un clin d’œil vibrant à l’année de la Déclaration d’indépendance du pays… Eh ouais mon gars, rien n’est laissé au hasard ici !

Putain, ça me fait penser que s’il faut un jour reconstruire une nouvelle Tour Eiffel d’une hauteur de 1789 mètres, en référence à la Révolution Française, je te raconte pas le chantier…

Voilà, que dire de plus, si ce n’est que c’est encore plus haut qu’avant, même si je n’avais pas eu l’occasion de voir les « Twin Towers » de mes yeux, que ça doit remplir de fierté une grande majorité de gens de ce pays, mais pour ma part, je ne suis pas vraiment tombé sous le charme de sa structure octogonale, lui préférant sans conteste les mythiques et irremplaçables Empire State, Chrysler ou encore Flat Iron Buildings… Mais bon, tous les goûts sont dans la structure…

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Avant d’aller traîner nos guêtres autour de cet incontournable édifice, nous avions quand même pris le temps d’en faire des choses… même si, toujours débordés par le temps qui file à toute vitesse, nous avions connu quelques ratés…

L’idée première avait été, après avoir déposé nos bagages au Marriott situé non loin du WTC justement, qui allait nous servir de dortoir pour la nuit prochaine, d’aller faire une petite virée en ferry jusqu’à Liberty Island, pour aller voir de près la statue la plus célèbre du monde. Mais alors là les potes, on s’était réveillé un peu tard… T’en avais pour deux heures de queue pour espérer atteindre la caisse et acheter ton billet, après quoi tu signais pour un bon moment supplémentaire, le temps qu’un bateau te trouve quelques places pour t’emmener faire la visite. On est en vacances mec, on vient pas pointer ! Alors tant pis, on trouvera une autre combine plus tard pour ça…

Nous nous sommes ensuite rabattus sur nos fameux trajets en bus, dont nous pouvions encore bénéficier, et nous nous sommes laissés escorter ainsi jusqu’au Rockefeller Center, le long de la Cinquième Avenue, celle où il faut avoir un compte en banque légèrement velu pour espérer y acheter une montre, voire même un appartement !

C’est ce jour-là d’ailleurs que Tom avait eu le bonheur de poser aux côtés de Frank Lampard, le footballeur londonien errant qui, dans ce quartier ultra chic de la ville, était probablement à la recherche d’un marchand de Ballon d’Or, haute distinction qu’il n’avait pu obtenir sur les terrains européens, malgré sa riche carrière…

En face, nous sommes allés jeter un œil à la magnifique « Saint Patrick’s Cathedral », qui, bien que le bas empêtré dans les échafaudages, a toujours autant d’allure, pour ceux qui aiment l’architecture, et de hauteur, pour ceux qui s’en servent de rampe de lancement pour chercher quelque chose, ou quelqu’un, dans le ciel…

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Quand tu remontes l’avenue à pied, tu arrives à Central Park, et très vite sur la droite, tu arrives au zoo… Mais attention, pas n’importe quel zoo ! Je parle de celui où tu peux rencontrer tous les héros de « Madagascar », à savoir le lion, la girafe, un zèbre aussi je crois, et puis j’en oublie un autre, mais bon c’est du sérieux quoi !

Malheureusement, il ferme assez tôt cet endroit, et encore une fois, on est arrivé trop tard pour en profiter… Au fur et à mesure qu’elle avançait, cette journée nous rappelait celle que nous avions connue à Las Vegas, avec constamment un quart d’heure de retard sur le planning !

Cela ne nous a pas empêché de prendre un petit goûter sur place, et « place », ça rime avec « glace » !

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Puisque nous étions là, il aurait été stupide de ne pas profiter de la beauté de ce parc, planté au beau milieu de la jungle urbaine. Nous l’avons donc traversé tranquillement d’Est en Ouest, baignés par le soleil, jusqu’à Strawberry Fields.

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Ça te dit quelque chose Strawberry Fields ? C’est un mémorial de plus dans cette ville, dédié quant à lui à la mémoire de John Lennon, ancien Beatles, d’où le nom de l’endroit inspiré du titre d’une de leur chanson (Strawberry Fields Forever pour être précis), et compositeur plus tard de la sublime chanson « Imagine », d’où l’explication de l’inscription de ce mot au centre de la plaque…

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Des fans du monde entier affluent chaque jour ici, y déposant bougies, pommes, fleurs, tout ce qui peut faire référence au bonhomme et à sa carrière avec, puis sans ses copains de Liverpool.

Et puis bien sûr, tu tombes toujours sur un mec, un peu plus destroy que les autres, qui, de sa voix pourrie et sa guitare mal accordée, t’écorche une à une toutes les chansons du répertoire de son héros disparu, mais avec tant d’amour et de nostalgie que tu te laisses bercer quelques minutes… Après, tu te casses parce franchement, c’est inaudible son concert, et c’est ça où tu lui casses sa gratte sur la tronche au baba-cool !

De l’autre côté de la rue, tu as le Dakota Hotel, là où le chanteur vivait, et là où il est mort par la même occasion, non pas parce qu’il chantait trop mal lui, mais parce que c’est comme ça, c’est pas de bol…

La fin de journée sera composée de coups de métro à droite, à gauche, direction le mémorial du 11 septembre dont je vous ai parlé plus tôt, puis Times Square ensuite, pour une promenade nocturne en plein cœur de l’action.

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Histoire de nous nourrir avant d’aller nous coucher, nous nous sommes arrêtés dans une espèce de cantine sur le chemin du retour, perdue à un coin de rue, où l’on te propose un buffet servant des spécialités de tous les continents qui composent notre planète… Pas si mauvais que ça d’ailleurs la bouffe… et puis ce qui est bien, c’est que tu trouves de tout dans des endroits comme ça… Je suis même sûr que tu peux demander au patron s’il n’a pas en stock de l’huile pour ton moteur, et il va t’en trouver au fond de sa réserve ! Tant qu’il ne s’en sert pas pour préparer ses salades grecques, tout me va…

L’hôtel est à côté, nous dormons à Manhattan ce soir, pendant que Ducon traîne dans le Queens avec sa Cadillac préférée, anticipant déjà tout doucement notre imminente et inéluctable séparation…

Le lendemain, c’est un peu spécial, car nous devons quitter New York avant le soir, n’ayant aucune réservation d’hôtel en vue, et puis de toute façon, c‘était prévu ainsi… Mais avant de nous barrer, nous décidons de profiter encore de la ville, sachant qu’on y reviendra tout de même en août, c’est à dire dans quatre ou cinq jours !

C’est aussi la dernière journée de validité de nos tickets de bus touristique, du coup, après avoir laissé nos sacs à la consigne de l’hôtel jusqu’au soir, nous sautons dans le premier venu, direction le Bronx, au Nord de Big Apple…

Qui dit virée dans le Bronx, dit traversée obligatoire de Harlem, quartier qui débute juste au-dessus de Central Park, et qui a vu de nombreuses personnalités afro-américaines bâtir sa réputation, notamment grâce à de mythiques lieux, tels le très renommé club de jazz, l’Apollo Theater, ou le Cotton Club… Quoi qu’avec ce dernier, le deal était un peu salaud, car autant les artistes sur scène étaient noirs – et quand on parle de Duke Ellington, Joséphine Baker, Louis Armstrong ou Dave, on peut constater qu’ils étaient loin d’être des billes – autant l’entrée n’était généralement admise qu’aux blancs…

La population afro-américaine, pour se rattraper, pouvait toujours aller écouter un bon gospel dans les églises où, paraît-il, en surface au moins, tout le monde il est égaux ! Mais ça, c’est un tout autre débat…

Il y en avait une d’église au coin de la 120ème rue, du nom de « Mount Olivet Baptist Church », rue où l’on avait passé quelques jours avec Jess dans une sorte de maison d’hôtes non déclarée, il y a plus de dix ans maintenant, chez un drôle de bonhomme qui s’appelait – et qui s’appelle toujours, j’espère pour lui – Lenny, et qui, pour vingt dollars par nuit, mettait à ta disposition la chambre la plus rock n’roll de tous les temps. Je m’en rappelle encore de cette chambre, avec ses rideaux blancs, jaunis par le temps, ce grand lit qui craque dès que tu l’effleures, la tapisserie sur les murs qui date d’une autre époque, et la vieille machine à écrire dont Christophe, le frangin de Jess, était tombé amoureux…

Car il faut vous dire qu’après avoir découvert ce lieu, on a voulu en faire profiter à tout le monde, et il est vite devenu notre repère new-yorkais à chacune de nos visites. Ainsi, Fanette, ma sœur, et son chéri de l’époque Fred, parti depuis pour un voyage beaucoup moins rigolo, se sont pointés ici avec nous, mais aussi mon pote Benoît, pour un mémorable tournage de clip sur les toits de la ville…

Je ne sais plus lors de quelle visite nous avions connu ce moment magnifique, mais une fois, nous pouvions écouter, et regarder, car la porte de sa chambre était constamment à demi ouverte, un violoncelliste qui répétait ses morceaux à longueur de journée, ajoutant à l’ambiance déjà surréaliste de cet endroit une atmosphère encore plus irréelle… Il n’avait pas l’air tout jeune ce monsieur, même si c’était dur de se faire une idée précise sur son âge, car il était toujours de dos, face à la fenêtre de sa chambre, comme si ça l’inspirait d’avoir la vue sur les façades cradingues des immeubles d’en face, repeintes régulièrement par les pigeons de passage, qui n’ont franchement rien à envier à leurs cousins parisiens au niveau hygiène…

Enfin tout ça pour dire que Harlem n’est pas que ce coupe-gorge tant redouté, dont on vous annonce que vous sortirez en minimum huit morceaux, malheur qui d’ailleurs peut vous arriver sans payer un billet d’avion par les temps qui courent, simplement lors d’un footing non loin de chez vous par exemple, comme quoi c’est hyper dangereux de faire trop de sport…

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Et le Bronx ? Pas bien méchant non plus à première vue, même si nous nous sommes contentés d’une courte visite au Sud du quartier, avec un passage obligatoire devant le stade de baseball des Yankees, qui célèbrent cette année la dernière saison de leur joueur emblématique que vous connaissez tous bien sûr, j’ai nommé Derek Jeter !

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Superstar ici, et dans tous le pays d’ailleurs, il est à peu près aussi connu en Europe que le footballeur Frank Lampard ne l’est dans le sens inverse, comme quoi ça peut être hyper démoralisant d’être une vedette de sport, quand tu débarques sur un autre continent !

Alors que quand tu bosses dans la chanson, ce n’est pas du tout la même limonade mon pote… J’en veux pour preuve notre ami Charles Aznavour qui, du haut de ses quatre-vingt-dix balais, va s’offrir le luxe de régaler ses nombreux fans américains lors d’un concert au Madison Square Garden en septembre prochain… C’est pas la classe, ça ? Comment on dit dans ces cas-là déjà ? Ah oui… Chapeau l’artiste !

Cela dit, ce privilège n’est pas donné à tout le monde, et bien qu’ils portent haut et fort les couleurs de la chanson française, ce ne sont pas des M. Pokora ou des Calogero qui vont te le remplir le bordel… Et pour ceux qui disent que je critique beaucoup nos vedettes locales, ne vous inquiétez pas, je sais très bien que ce n’est pas demain la veille que j’aurai mes photos au MoMa, pas plus que sur les murs du resto du coin de ma rue à Belleville !

À part ça? On s’est encore cassé le nez, et le reste, devant les portes du zoo de Central Park que, décidément, les enfants ne connaîtront que dans un de leurs dessins animés préférés. Suite à cette énorme frustration, Jeanne a cependant pu se consoler en approchant de près les chevaux des calèches qui longent le parc, arborant de sublimes plumes de sa couleur fétiche sur leurs têtes… C’est quand même un autre style, comparé aux canassons qui trimbalent nos potes les Amishs à Ephrata !

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Et puis on a fini l’après-midi en descendant la récente Hi-Line, promenade au milieu de jardins suspendus surplombant les rues du Sud-Ouest de Manhattan, qui a pris le relai sur l’ancienne voie ferrée aérienne. Plutôt agréable comme balade, avec quelques troquets et restaurants parsemés le long du chemin, de petits concerts de musique comblant de bonheur les visiteurs qui improvisent à l’occasion quelques pas de danse, et une vue amusante sur la ville depuis ta bulle…

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Voilà les copains, l’heure est maintenant venue de filer vers d’autres horizons… Et pour ça, récupérer d’abord les bagages qu’on avait laissés à l’hôtel, puis rejoindre le Queens en métro, afin de retrouver Ducon.

Mais ce que nous avions omis dans cette histoire, c’est que Ducon n’était pas forcément d’accord sur le principe, et partir pour Baltimore, Washington DC et Ephrata, en laissant sur place sa nouvelle conquête, n’avait rien d’excitant à ses yeux, ou à ses phares pour être précis…

Du coup, il nous a fait le coup de la panne le salopard ! Impossible de le démarrer, malgré tous nos efforts… C’est quand même dur, surtout quand tu as de la famille à bord ! T’as l’air con sur le moment…

Alors c’est certain, et il faut le comprendre, il y a des séparations qui vous mettent les batteries à plat, et ça lui arrachait le cœur de s’en aller comme ça, subitement, après quelques jours de passion intense, et qui plus est dans cette ville magique…

Finalement, et avec l’aide de la navette qui, à longueur de journée, effectue le trajet Marriott Astoria – Aéroport de La Guardia, nous avons pu le remettre en route, à coups d’électrochocs répétés qui lui ont rendu le souffle.

En avant pour Baltimore donc… mais si possible, en offrant à Ducon une traversée de Manhattan, histoire de lui changer un peu les idées… T’imagines ça un peu… une virée au milieu des buildings à bord de notre roulotte, descendre la cinquième avenue, poser pour la photo en plein cœur de Times Square, cela aurait été magique…

Mais malheureusement, les rêves parfois ne se vivent que dans l’esprit, et notre bon vieux Ducon ne connaîtra jamais ce plaisir, immobilisé qu’il a été à l’entrée d’un des ponts reliant le Queens à Manhattan, pour une sombre histoire de propane…

Allez, on oublie, on fait demi-tour et l’on rejoint le New Jersey via le Verrazano Bridge, beaucoup plus tolérant pour des véhicules comme le nôtre…

Vu l’heure tardive avec tous ces événements, nous décidons de nous échouer sur un parking d’un Wal Mart de je ne sais plus quelle ville du New Jersey, afin de reprendre quelques forces avant de poursuivre notre infernale cadence.

La route vers Baltimore se fait pépère le lendemain, mon cousin Olivier joue les copilotes, pendant que Nadine et Jess papotent dans le salon, au milieu du troupeau d’enfants qui courent partout. Nos compagnons de route découvrent les joies du dump, ou l’art de se débarrasser des eaux usagées à la première station service qui offre l’hospitalité, et pour leur faire vite oublier ce moment plein de poésie, Jess leur fait découvrir sa spécialité culinaire, dont elle est passée maître dans la préparation, à savoir le Burger maison !

Tout ça nous fait arriver assez tard à Baltimore, et la visite de cette ville sera donc écourtée, puisque nous sommes attendus pour le dîner à Washington DC… De toute façon, tu en as vite fait le tour de Baltimore, aux mensurations bien plus modestes que New York City, et à l’intérêt moindre.

C’est malgré tout assez agréable de s’y promener, surtout quand le soleil est au rendez-vous… Nous longeons les vieux bâtiments en brique rouge qui bordent l’eau, nous nous abstenons de visite de l’aquarium, pourtant réputé comme l’un des plus beaux du monde, en bon américain qui se respecte, et nous embarquons enfin dans un petit bateau à moteur pour une mini croisière dans l’estuaire de la ville.

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Environ une heure et demie plus tard, la visite se termine par quelques détours au hasard des rues dont l’architecture pourrait rappeler un peu l’Irlande, enfin du moins ce dont je m’en rappelle…

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L’étape suivante se trouve en banlieue de Washington DC, chez Olive et Bob, tante et oncle de Jess, chez qui nous avions passé le réveillon du Nouvel An il y a quelques mois. Jules et Jeanne appréhendent un peu l’arrivée chez eux, vu qu’un toutou un peu colérique y réside, et qu’il s’était déjà amusé à chiquer la tronche de Jeanne lors de notre dernière virée ici… mais cette fois-ci, il n’y aura pas d’incident à déclarer à ce sujet.

Pour ce qui est de la visite de la capitale, nous décidons, puisque nous ne sommes ici qu’une seule journée, de continuer sur notre lancée new-yorkaise, en optant pour le transport en bus touristique, le moyen le plus sûr pour couvrir un maximum de terrain en un minimum de temps… et d’efforts !

En plus de ça, nous apprenons qu’ici aussi, dans le cadre de la visite des monuments, il y a un programme de Junior Ranger, et donc une nouvelle médaille à gratter, dont le cousin Tom va pouvoir profiter également. Les enfants partent donc à la découverte des secrets cachés dans le marbre ou le bronze des diverses statues qui peuplent la ville, et bien sûr, en récompense, reçoivent au final les félicitations du jury, faisant une fois de plus d’eux de petits apprentis Indiana Jones plein d’avenir !

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Le bus nous emmène plus tard vers le fameux Capitole, nous passons devant le théâtre où l’ancien président Abraham Lincoln se rendit pour assister à son dernier spectacle, avant d’y être fumé en public à l’occasion, devenant ainsi la vedette de la soirée malgré lui…

Au départ, Olivier voulait aller faire la visite de la Maison Blanche avec Tom, mais malheureusement, et après renseignements, les réservations se font en moyenne six mois à l’avance, donc c’était un peu court pour cette fois-ci !

Mais avec le Capitole, on s’est bien rattrapé malgré tout… Après un passage par je ne sais combien de postes de sécurité qui te scannent jusqu’au petit doigt de pied, nous sommes accueillis dans le grand hall par l’ancien astronaute Jack Swigert, enfin sa statue, car lui n’est plus très frais de nos jours…

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Vous savez qui c’est ce mec ? C’est un des trois astronautes qui faisait partie de la mission lunaire Apollo 13 en 1970, donc avec ses copains Tom Hanks et Bill Paxton si je me souviens bien ! Mais lui a ça de particulier qu’il est l’auteur de cette célèbre phrase : « Houston, we’ve had a problem »… ce qui, une fois traduit, veut à peu près dire : « Allo Houston ? On est légèrement dans la mouise ici ! ». Au bout du compte, ces trois mousquetaires de l’espace ont gagné un tour de Lune gratuit, mais sans y poser les pieds…

Tu es ensuite pris en charge par un gentil accompagnateur, qui te fait découvrir une à une les magnifiques salles qui composent cet édifice, remplies de sculptures ou tableaux en hommage aux grandes personnes qui ont écrit l’Histoire de ce pays.

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C’est très beau, c’est immense, et c’est gratuit… Tellement gratuit que même lorsque tu glisses discrètement un pourboire dans la main de ton guide pour le remercier, comme l’a tenté Olivier, il te rend gentiment ton billet, et montre bien aux caméras de surveillance qu’il n’a pas encaissé d’oseille, ce qui est, semble-t-il, un motif de renvoi immédiat s’il se fait choper !

Comme je vous le disais, le pauvre Jack Swigert n’a pas réussi à aller sur la Lune avec ses copains d’Apollo 13, mais nous, ce soir-là, chez Olive et Bob, on a dû poser un pied dessus sans s’en rendre compte, tellement la situation était totalement surréaliste…

Je vous explique… Nous sommes rentrés tranquillement chez eux en fin de journée, attendus qu’on était pour un super barbecue sur la terrasse, côté jardin, en compagnie de Maeve, leur fille, de Bonnie, la sœur d’Olive, accompagnée de ses deux fils, Nick et Ryan, qu’on avait déjà vus en décembre dernier ici même… Et comme Maeve habite à nouveau chez ses parents depuis quelques semaines, car des fois le vie ne se passe pas tout à fait comme on l’avait prévue, elle a ramené avec elle trois ou quatre chats, développant chez sa mère des allergies insupportables qu’elle doit absolument éviter, sous peine d’hospitalisation sur le champ…

C’est alors qu’une idée de génie a traversé l’esprit collectif de ce foyer, une vision, un projet à l’américaine pour résoudre cette situation quasi désespérée : la maison pour chats ! Et sa construction venait tout juste d’être achevée pendant notre escapade en ville…

Cette soirée prenait ainsi des airs d’inauguration de ce nouveau bâtiment… Un truc de dingues mes amis… Installée là, devant nos yeux ébahis, au beau milieu du jardin, flambant neuve, nous la regardions sans trop comprendre ce qui se passait ici… J’en ai même oublié ma conscience professionnelle, omettant de la photographier tellement j’étais abasourdi par cette découverte…

Ce petit joyau architectural de vingt-quatre mètres carrés, destinés à abriter quatre chatons, pendant qu’un bon paquet d’habitants de ce pays crèvent la dalle, ou se pèlent les miches sous un abri de fortune, comportent toutes les options…

Écoutez moi bien : Musique d’ambiance en permanence pour le confort de leurs oreilles, climatisation, mobilier adapté et petit espace de repos, rien n’est laissé au hasard, pour le plus grand plaisir de ces boules de poils tellement fragiles… et j’oubliais… le tout pour la modique somme de 30 000 dollars messieurs-dames, soit environ le budget pour un tour du pays en camping-car sur une année !

C’est devant ce genre de situation que tu te dis que tu as bien fait de ne jamais avoir de chats à la maison… ni de chiens d’ailleurs, ou de girafes… enfin toutes ces galères à quatre pattes qui ne savent même pas parler, ne servent à rien, et attendent juste que tu leur donnes à bouffer deux ou trois fois par jour !

Le pire dans tout ça, c’est qu’ils ont la tête sur les épaules Olive et Bob, et je ne vous raconte pas d’histoires… Enfin, il vaut mieux prendre ça à la rigolade, et se resservir un bon Gin Tonic, à la santé des matous !

Et puis pour ma cousine Nadine et sa petite troupe, on pourra toujours dire qu’ils auront découvert l’Amérique dans toute sa splendeur, même ses côtés les plus renversants…

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Le lendemain est une journée très particulière, et pour de multiples raisons… C’est tout d’abord le 1er août, soit le début du dernier mois de notre présence sur le sol américain, dans le cadre de ce voyage bien entendu… C’est aussi notre grand retour à Ephrata pour l’année 2014, puisque nous avions quitté la maison des parents de Jess le 28 décembre dernier, si ma mémoire est bonne… Et enfin, grand moment dans la vie d’une femme, Jess fête aujourd’hui ses quarante ans !

Elle n’a pas l’air comme ça, et on lui accorderait volontiers un paquet d’années en moins à la voir, mais c’est pourtant bel et bien son âge mes amis…

Quarante ans putain… quelle femme incroyable que la mienne, qui sait remettre sur le droit chemin tous les travers de son mec et de ses trois petites merveilles… Vendre un camping-car en ligne tout en dénichant trois nuits d’hôtel à New York City pour que dalle, le tout soit en anglais ou en français, selon l’interlocuteur… La classe américaine quoi !

Pourvu qu’elle ne me mette jamais en vente sur eBay… mais elle n’en tirerait pas un bon prix de toute façon !

La journée passe très vite, surtout du fait qu’il y a du pain sur la planche… Ben ouais quoi, on arrive à peu près pour le déjeuner, et à peine celui-ci englouti, direction Park City pour tout le monde, avec une mission toute simple, mais finalement très compliquée… trouver des cadeaux pour Jess ! Surtout que cet endroit, dans le genre, c’est bien velu…

Sans blague, tu dois avoir 250 boutiques dispersées dans cette structure géante, des fringues, des disques, des bouquins, des parfums et divers produits de beauté, à boire et à bouffer, enfin la totale…

Du coup, on s’est dispersé, en fixant une heure de rendez-vous, une fois chacun son petit marché réalisé…

C’est ainsi accompagné de Jean-Maurice, ou beau-papa si vous préférez, que je suis parti à la pêche aux surprises pour ma femme, donc sa fille… Cela a d’emblée provoqué un premier tri dans la liste de cadeaux potentiels que j’avais établie la veille au soir… Ben oui enfin, je ne pouvais raisonnablement pas acheter devant lui un string jaune fluo que je rêve de voir Jess porter, une paire de menottes et une casquette en cuir avec la phrase « Yes, we can ! » inscrite sur la visière…

C’est comme ça, dans la vie il y a des fantasmes qui se doivent de ne rester que de l’ordre de l’utopie…

Rassurez-vous, j’ai réussi à trouver mon bonheur dans d’autres boutiques, en espérant bien sûr que cela fera surtout le sien !

Plus tard, Nadine et Olivier sont allés découvrir les joies des courses à Wal Mart, remplissant le caddie de tout ce qui se fait de meilleur pour célébrer comme il se doit ce passage à la décennie supérieure pour Jess.

Ajoutez à cela un beau et succulent gâteau d’anniversaire commandé par Gabrielle, ou belle-maman si vous préférez, nappé sur les bords d’une crème d’un jaune un peu fluo, qui m’a tout de suite fait penser à la couleur du string que j’avais prévu d’offrir à mon épouse, et tout était réuni pour fêter dignement ce grand jour, et faire scintiller des millions d’étoiles dans les yeux des enfants…

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Et puis au bout du compte, ça ne change pas grand-chose d’avoir quarante ans… Elle est toujours aussi belle Jess, elle a toujours autant la patate, elle a toujours vingt ans…

Qu’est-ce qu’on peut faire à Ephrata quand on a de la famille venue pour l’occasion ? Eh ben tout simplement, leur faire découvrir une autre vision de l’Amérique, côté campagne pour le coup !

Quoi que je dis ça, mais pour commencer, Jess a emmené nos chers visiteurs de la semaine en virée aux « Outlets », sorte de parcs d’attractions pour les amoureux des fringues, des chaussures, et j’en passe… L’unique différence avec Disneyland, c’est qu’à la place des manèges, ce sont des boutiques, et si j’ai bien compris, quand tu y es, tu ne sais plus où donner de la tête, tellement il y en a partout !

Je crois qu’ils sont tombés fous une fois sur place, notamment Olivier, qui a refait sa garde-robe (je ne sais pas vraiment si on dit ça aussi pour les mecs, mais il ne m’en voudra pas…) pour plusieurs années je pense !

Parce qu’en plus d’offrir un choix hallucinant de boutiques des plus célèbres marques, cet endroit propose en même temps des prix défiant toute concurrence, et au final, tu peux aller le samedi suivant au Macumba avec ta nouvelle chemise Ralph Lauren, qui t’aura coûté le même prix que celle que tu t’étais achetée à Kiabi l’année dernière !

Pendant ce temps-là, puisque moi et les magasins, c’est pas compatible, je suis resté à la maison avec mes adorables progénitures, et je me suis découvert un nouveau don que j’ignorais jusque-là… un don extraordinaire, qui devrait très certainement bouleverser ma vie dans le futur… Vous savez quoi ? J’arrive à pronostiquer les résultats des matchs de foot de l’équipe d’Orléans, tout fraîchement remontée en Ligue 2 du championnat de France !

Alors je sais que ça ne va pas forcément impressionner tous mes assidus lecteurs, mais merde, c’est quand même quelque chose quoi !

Et c’est véridique… J’avais annoncé à mon cousin Olivier, lui aussi légèrement accro au ballon rond, quelques jours avant le match de reprise, qu’Orléans irait gagner sur le terrain de Sochaux, pourtant l’un des grands favoris de la compétition… Mais ce n’est pas tout les copains, j’avais en effet aussi annoncé le score, prédisant une victoire des joueurs du Loiret par un but à zéro… et pour enfoncer définitivement le clou, j’avais aussi deviné la minute précise à laquelle ce but serait inscrit, soit à la quatre-vingt-unième s’il vous plaît !!!

Ben croyez le ou non, c’est exactement ce qui s’est passé… comme quoi je n’ai pas trop perdu depuis notre départ au niveau connaissance footballistique !

Mais bon, c’est pas ici que je vais me vanter de ce genre de prédiction, ça n’aurait aucun effet… Et à part Olivier, je n’ai épaté personne avec cet exploit de l’esprit. Et puis déjà qu’ils ne connaissent pas Frank Lampard les ricains, autant vous dire que l’Union Sportive Orléanaise, c’est un monde lointain et inconnu pour eux, c’est sur une autre planète…

N’empêche que c’est assez troublant comme expérience… surtout qu’après, je me suis aperçu que j’arrivais également à savoir très précisément ce qui allait se passer dans ma propre existence… J’en veux pour preuve l’apéro du midi, dont je commençais à sentir l’approche imminente à partir de onze heures et quart, et qui ne m’a pas fait faux bond avant d’attaquer le repas, et à midi pile messieurs-dames !!! Vous vous rendez compte, je sais lire dans l’avenir !

J’avais déjà ainsi prévu que nous passerions l’après-midi à nous balader dans les alentours de la ville, faisant une petite halte près du pont couvert du coin, et matant, tels des espions en mission spéciale, les Amishs en train de vivre leur vie, si différente de la nôtre…

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Ma cousine Nadine s’est alors essayée à la réalisation d’un reportage photographique sur cette étrange communauté, mais comme elle réalisait ses clichés depuis la fenêtre du véhicule que je pilotais à la vitesse pourtant la plus réduite possible, je crois que le résultat n ‘a pas été des plus probants, les images étant principalement composées de détails sur les clôtures entourant leurs maisons, ou de morceaux de calèches, dont le reste avait décidé de se barrer hors-cadre !

Le dîner, ce soir-là, sera livré sous la forme de géantes boîtes cartonnées, portant l’inscription KFC sur elles, et remplies d’innombrables bouts de poulet frit qu’on dévore avec les doigts !

KFC… je crois que ça veut dire Kentucky Football Club, comme quoi j’ai été bien médisant au sujet des amerloques et de leur intérêt pour ce sport !

Après cette agréable halte au pays des Amishs, nous sommes repartis à New York City, pour passer les deux derniers jours de vacances des cousins, au cœur de la bouillante cité…

Enfin, je dis New York City, mais j’ai un peu menti… Pour être précis, Jess nous avait trouvé un camping du côté du New Jersey, au bord de l’eau, à Jersey City… mais quelle trouvaille !

Sur la route qui nous y a mené, on s’est arrêté déjeuner dans un Diner qui nous a tapé dans l’œil, avec sa vieille enseigne qui te fait croire que tu es en plein tournage d’un nouvel épisode de « Happy Days ! »… Avec aussi la serveuse et son improbable brushing, dans lequel elle arrive toujours à retrouver son stylo au moment de prendre la commande… bonjour l’hygiène ! Avec enfin ces assiettes à peine assez grandes tellement elles sont chargées de milliards de kilocalories sous toutes formes, allant du pancake jusqu’au beefsteak, en passant par les patates… Tout est démesuré… Sans déconner, chez eux, tu ne peux pas croire que l’œuf sort du cul d’une poule, mais plutôt d’un éléphant, ou d’un dinosaure rescapé des temps jadis, et qu’ils gardent secrètement dans une cave ! Tu demandes un Coca, ils t’amènent une citerne… Tu prendrais bien une crêpe ? En voilà dix !

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Et puis t’inquiète pas mon gars, si tu n’arrives pas à engloutir tout ça d’un trait, on te les bourre dans un doggy bag que tu pourras ouvrir ce soir ou demain en cas de fringale inattendue, avec en prime le goût de la boîte en polystyrène, du pur bonheur…

Avant de rejoindre le camping, nous avons traversé Newark, une ville voisine qui, en plus de posséder l’un des trois aéroports qui desservent « Big Apple », a servi de terrain de jeu pour le tournage de « Soprano », une série télé culte dont je n’ai jamais vu un épisode, mais dont mon cousin Olivier raffole, et dit le plus grand bien… Nous n’avons malheureusement trouvé ni les lieux mythiques où l’action se déroule, ni l’un des acteurs ayant participé à son colossal succès, le plus célèbre vivant maintenant, si le verbe peut convenir, dans les nuages, suite à une grève définitive de son cœur trop fatigué…

Puis est arrivée l’heure d’aller s’installer au camping du coin… Comment le décrire cet endroit ? Pas un camping à proprement parler bien sûr, j’entends par là un petit coin de paradis paumé au beau milieu d’une forêt, avec des arbres qui te protègent du soleil, des écureuils et des hiboux comme amis, et des toilettes sèches pour l’ambiance… Non, ce n’est pas ça du tout… Ici, on est plutôt dans l’ambiance parking, et puis c’est tout ! Sauf que si tu regardes à gauche, tu vois les tours de Manhattan, et à droite, tu aperçois au large la Statue de la Liberté, et ça, c’est plutôt agréable…

En parlant d’elle d’ailleurs, nous avions prévu de la visiter le lendemain même… Mais histoire de ne pas poireauter des heures dans les files d’attente, et toujours grâce à la dextérité légendaire de Jess qui, malgré la quarantaine atteinte, garde toujours la même rapidité d’esprit, ainsi qu’une intuition à rendre jaloux son mec, nous avions constaté que nous pouvions la rejoindre depuis le New Jersey, en embarquant au Liberty State Park, situé à deux pas du camping…

Enfin à deux pas, c’est pas tout à fait ça… c’est plutôt à quelques brasses, car nous devons faire une traversée d’environ quinze mètres pour atteindre ce parc, pour laquelle deux dollars par personne, y compris nos gosses, sont exigés à l’entrée du rafiot… C’est un bon business quand même… Mais ça permet de ne pas voir la croisière passer, car le temps que le mec te rende la monnaie sur le bifton que tu lui as filé, tu es déjà en face !

Rien que pour gueuler contre cet évident racket, et en bon français que je suis, j’ai voulu convaincre tout le monde de se taper ce cours passage à la nage – on l’avait déjà fait sur le Rio Grande, au Texas, afin de poser un pied au Mexique – mais c’est vrai qu’après, ça te flingue un peu le reste de la journée… Pour commencer, t’es trempé, et puis si tu as eu le malheur d’avaler la tasse, je te raconte pas les résultats de tes analyses d’urine le lendemain !

Une fois débarqué, tu marches une dizaine de minutes, et tu arrives au quai où t’attendent les ferries, direction la Liberté, enfin c’est le nom qu’elle porte en tout cas, cette grande dame immobile…

Puisqu’on était là, on en a profité pour zoner un peu dans le coin, et admirer la vue sur Manhattan… et c’est vrai que vu d’ici, la « Freedom Tower » a belle allure, et on se rend vraiment compte qu’elle surpasse largement ses copines.

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On peut aussi encore constater les dégâts considérables qu’a fait subir l’ouragan « Sandy » à cette île en 2012… Quand ça souffle ici, ça ne rigole pas, et ils ne s’en sont toujours pas remis dirait-on…

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Après ça ? Ben tu peux remettre la main sur ton portefeuille, vu qu’il faut te payer ta traversée dans l’autre sens pour retrouver Ducon, et les joies du camping…

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C’est agréable de se balader dans ce quartier quand approche la fin de la journée… La lumière est toute douce, et les clochettes fixées en haut des mâts des voiliers font de la musique à chaque fois que la brise se réveille… Avec un petit effort, en fermant tes yeux, et en t’aspergeant d’eau de Cologne parfumée à la sauce d’huître, tu pourrais presque te croire sur le port de Saint-Martin-de-Ré !

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Dans le circuit touristique maritime qu’on te propose ici, il y a une première escale avant d’aller voir la Statue de la Liberté, et ça se passe à Ellis Island, située juste à côté… Cet endroit est chargé d’Histoire, et je vais vous expliquer vite fait pourquoi. Cette île a tout simplement servi de bureau des services d’immigration américains pendant plus d’un demi siècle, et c’est ainsi ici que transitaient tous les immigrants qui arrivaient aux États-Unis, la plupart venant d’Europe, et désirant tenter leur chance dans le Nouveau Monde…

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En gros, et comme si tu n’en avais pas assez chié pour traverser tout l’Atlantique dans des navires surchargés, il te restait encore une épreuve, peut-être la plus dure, et c’était à Ellis Island que ça avait lieu.

Si vous saviez le nombre de personnes qui sont passées par là… Pour être honnête, je ne connais pas précisément la réponse, mais j’ai souvenir d’avoir lu dans le musée que plus de dix millions de gens ont foulé le sol de cette île, en croisant les doigts, en implorant Dieu, Donald ou Goldorak, selon leur religion, pour qu’ils leur viennent en aide…

Alors quand t’avais du bol, un peu de monde déjà sur place que tu connaissais, et quelques économies sur toi, ça se passait plutôt bien en général, mais si tu n’avais rien de tout ça, les choses pouvaient vite se compliquer…

Et puis fallait être en bonne santé mon pote, car il s’agissait de ne pas venir contaminer le pays ! Du coup, tu voyais le docteur, et ce n’était pas le moment d’avoir décidé de passer en douce quelques poux dans ta chevelure, ou encore pire, une maladie honteuse au niveau de l’entrejambe…

C’était dur quand même à cette époque… un peu comme quand tu passes le Baccalauréat de nos jours, pour te faire une comparaison… Car tu avais aussi des épreuves sur place, écrites et orales, pour en savoir un peu plus sur ton compte, et surtout essayer de comprendre ce que tu venais foutre ici. Et là aussi, si tu te plantais, ou si tu copiais sur le voisin, c’était le renvoi direct, retour au bercail, par le même bateau ! Et en plus, contrairement au Bac, tu n’avais pas droit au rattrapage en septembre… Finis les espoirs de grande carrière financière à Wall Street, ou artistique à Broadway, retour à la case départ mon gars, à la galère, au chagrin quotidien… mais t’inquiète pas, on t’enverra une carte postale à chaque Noël, ça te fera au moins un cadeau comme ça !

J’ai regardé les portraits de certains immigrants, exposés sur les murs du musée. Ce sont des photos qui ont été prises lors de leur passage à Ellis Island, certainement histoire de coller un visage aux noms et prénoms de tous ces résidents fraîchement débarqués… et je me suis dis que même si j’avais eu deux ou trois soucis administratifs pour obtenir le droit de réaliser ce magnifique voyage que nous étions sur le point d’achever avec ma petite famille nombreuse – qui, elle, étant américaine, s’en brossait royalement ! – même si, quelques jours auparavant, j’ai galéré pour retourner dans le pays après une virée d’une journée au Canada, et même si j’ai tendance à m’apitoyer constamment sur mon triste sort d’enfant trop gâté par la vie, je pense que tous ces gens en ont bavé mille fois plus que moi pour arriver à leurs fins…

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Tu vois ce que je veux dire ? Ce sont eux les vrais aventuriers ! Ils ne sont pas venus se la couler douce pendant un an à faire des dérapages en camping car sur les parkings de tous les Wal Mart du pays ces gens-là… Ils ont tout abandonné… Leur pays, leur famille peut-être aussi, leurs amis, le petit bar-tabac du coin de la rue où ils allaient boire un canon tous les dimanches… Et aujourd’hui, et toujours d’après ce que j’ai lu sur les murs de cet établissement, plus de cent millions d’américains sont des descendants de ces risquetouts, ces voyageurs pleins d’espoir, la tête remplie d’étoiles… Complètement dingue…

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Après cette belle leçon d’Histoire, il était temps de changer d’île, et c’est tout naturellement que nous avons navigué vers « Liberty Island », là où crèche la fameuse statue portant le même nom.

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Bon ben la Statue de la Liberté, vous connaissez je pense… Je ne vais pas vous faire un dessin ! Déjà que j’aurai l’air con avec mes trois ou quatre photos que tout le monde a déjà faites… Mais c’est quand même sympa d’aller y faire un tour. Sans compter que les gamins adorent… et puis ça vient de chez nous !

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Aller voir ce monument quand on est dans le coin, c’est presque incontournable… C’est comme se rendre aux pieds de la Tour Eiffel si l’on se pointe à Paris, contempler Big Ben lorsqu’on visite Londres, ou bien aller jeter un œil sur la fontaine des Barres à Limoges, et là c’est vraiment le sommet…

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Une fois revenus sur la terre ferme, nous avons été pris d’une faim subite, et avons décidé que le premier vendeur de sandwichs dans sa roulotte ferait l’affaire. Et ben le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous a pas loupés le salaud… Mais déjà, l’absence de tarifs sur son enseigne aurait dû nous interpeler, mais quand tu as les crocs, tu ne t‘arrêtes pas à ça… Au bout du compte, il nous a facturé huit dollars, ou un truc comme ça, par sandwich, alors que t’avais dedans un pauvre bout de saucisse, avec un peu de ketchup et de moutarde qui se battaient en duel… Non mais t’as pas honte mon gars ? Mais bon, c’est comme ça, les prix doivent être à deux vitesses dans le coin, plutôt light pour les locaux, et on récupère sur les touristes !

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Nous avons ensuite remonté Manhattan en métro, plein Nord, pour aller chercher un peu de verdure, direction Washington Square Park…

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C’est l’un des parcs les plus fréquentés de la ville, et vu qu’en ce jour-là, il faisait une chaleur à crever, l’endroit était archi bondé. C’est drôle ici… tu as plein de tables de jeu d’échecs à l’entrée, où les mecs sont installés et t’interpellent, histoire de te plumer ton oseille en trois coups.

Plus loin, tu arrives à un grand espace de jeu dédié aux gamins surexcités qui peuplent la cité, ou qui y sont de passage… Et là, pour les adultes, c’est une sorte de délivrance… Tu peux enfin lâcher les fauves dans la nature pour un moment, à condition de ne jamais les perdre de vue, car t’es comme un con si tu les paumes !

Jess et Olivier en ont profité pour partir à la recherche d’un bureau de change, qu’ils ne trouveront jamais, et avec Nadine, nous avons regardé nos Schtroumpfs respectifs s’affaler dans l’herbe synthétique, s’agripper aux géants fils des toiles d’araignées, ou bien chouraver les ballons de pauvres petits innocents…

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Comme nous étions dans le quartier de Greenwich Village, nous en avons profité pour flâner un peu le long des jolies rues et des boutiques un tantinet branchées, pour finir l’après-midi en beauté…

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C’est charmant comme coin, mais il faut pouvoir se permettre de dépenser sans compter… et je pense que les cousins ont été soulagés d’avoir fait le plein d’emplettes deux jours auparavant aux « Outlets » près d’Ephrata ! Par contre, tu trouves de super disquaires qui te vendent des perles introuvables, des vendeurs de fringues pour déjantés jamais redescendus sur Terre, et de charmants petits bars qui vont jusqu’à se vanter de te proposer du vin qui n’est pas de la piquette… Et ça, dans ce pays, c’est un luxe !

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On sent malgré tout que la folie qui a fait la réputation du quartier s’est bien évaporée avec les années, et que l’embourgeoisement a pris le dessus sur le folklore local. Mais avec la flambée des prix de l’immobilier, c’est dur de faire de la résistance au bout d’un moment… Regardez le quartier Sainte Marthe dans le dixième arrondissement de Paris, mêmes problèmes, mêmes conséquences… Plus d’âme dans ces foutus quartiers…

La soirée s’est achevée le long d’une avenue du Village, dans un Diner un peu claqué, mais comme nous aussi étions vraiment claqués pour le coup, le deal était parfait, et la nuit qui a suivi, réparatrice…

Le soleil était encore plus présent le jour suivant, nous promettant de belles auréoles sous le haut des manches de nos T-shirts avant même midi, surtout que le programme était assez rock n’roll… Il fallait dès le matin quitter le camping, tout en y laissant Ducon en consigne jusqu’au soir, puis aller déposer les bagages des cousins dans une consigne située sur la 36ème rue, à Manhattan, vu qu’ils prenaient l’avion le soir même, avant de pouvoir enfin vaquer à nos occupations touristiques pour la journée…

L’idée est d’aller faire un tour à Brooklyn, alors on rejoint à pied la station de métro la plus proche depuis la 36ème rue… et déjà, tout ce qui fait le charme et le caractère unique de cette ville nous saute aux yeux durant cette mini randonnée… Devant nous, deux nonnes taillent le bout de gras, en attendant le petit bonhomme vert pour traverser la rue, elles m’ont bien l’air parties pour une journée shopping les cocottes…

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Plus loin, Jeanne, solidement cramponnée à la poussette de son petit frère, défie à la course une sorte de camionnette pour policier nain, à moins que ce ne soit la dernière création de Playmobil, exposée en avant-première dans le quartier…

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On apprend même un peu plus tard que Germaine Jackson, qui n’a plus son génie de petit frère pour lui pondre des tubes, galère maintenant à bosser dans le métro new-yorkais… Quelle ville quand même !

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La virée à Brooklyn est un plaisir. On s’offre une belle balade sur la promenade qui surplombe les docks, avec une vue imprenable sur le « Manhattan Skyline »… Ils ont développé le quartier à une vitesse incroyable ici, et désormais, piscines, petites plages et terrains de sport ont remplacé les digues en béton sans vie qui régnaient auparavant.

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On se fait un pique-nique royal sur un banc, en prenant soin de ne pas trop faire fondre les fines tranches de jambon au soleil, car sinon elles vont se transformer en bacon d’ici pas tard, et de planquer nos bières dans de petits sacs en papier, pour pas se faire gauler par les flics… comme si ce procédé n’était pas gros comme une maison…

Les gamins essaient de digérer ce repas en piquant des sprints sur les pavés, et puis après s’être rincé l’œil une dernière fois sur la vue offerte à nos yeux, on se dirige doucement vers Brooklyn Bridge, en passant par le nouveau parc qui a récemment vu le jour ici.

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J’emmène Olivier dans les rues avoisinantes, juste à côté du pont, dont l’une est, selon moi, celle qui fut utilisée pour le tournage de quelques scènes du film « Il était une fois en Amérique »… Tu te rappelles, c’est une rue pavée avec une vue sur le pont de Manhattan au fond, elle a même servi pour l’affiche du film je crois… et pour d’autres magnifiques séquences… notamment celle où le petit gamin, Dominic, est abattu d’une balle dans le dos par Bugsy lors d’un règlement de compte… Une scène très dure, mais sublimement filmée par Sergio Leone… J’ai même cherché sur place s’il ne restait pas encore un peu de sang du petit gars sur le sol, mais on m’a dit qu’en fait, tout ça n’était que du cinéma…

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Pour finir en beauté, on s’est bu une bière dans un bar un peu branchouille du quartier, en terrasse évidemment, avant de retrouver l’île de Manhattan, sa 36ème rue, et les bagages des cousins qui attendaient sagement à la consigne… Quelques tickets de métro tout neufs plus tard, nous les quittions à Penn Station, direction Paris pour eux, et le New Jersey pour nous. Chacun sa route… et bye bye New York.

Allez Ducon, fais pas cette tronche, va… et dis-toi bien qu’une pareille vue sur la Freedom Tower, c’est pas tous les camping-cars qui y ont eu droit durant leur existence.

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Congers, New York

Samedi 26 juillet 2014, 04:00 pm

Congers, New York

Joe et Beckie… plutôt mignon, non ? Ce sont les petits noms du couple qui a finalement décidé d’adopter Ducon lorsque notre voyage touchera à sa fin, c’est-à-dire dans pas longtemps maintenant…

Sympas comme tout les tourtereaux… Lui est philippin, mais gentil quand même (c’est bon… je rigole !), et elle, latinos aussi, mais on ne sait pas d’où… mais on a bien compris qu’elle a été abonnée à la vie en camping-car depuis toute petite déjà, car elle en connaît un rayon la cocotte !

On vient de les quitter, et ils avaient l’air ravis de leur nouvelle acquisition. On les a emmené en balade dans leur bled, à Congers, environ trente kilomètres au Nord de New York City, et on a même laissé Joe le conduire un peu, histoire de voir la réaction de Ducon quand d’autres mains se posent sur son volant… Eh ben le salopard, il a rien dit ! Il n’a pas protesté, et a même semblé aimer ce moment de complicité avec le premier philippin venu… Quelle ingratitude putain ! Il aurait au moins pu caler une fois, pour nous faire plaisir, ou grincer dans les virages, comme un signe de résistance !

Mais non… il a fait son travail, sagement, sobrement, avec un professionnalisme exemplaire, peut-être car il sentait que ces gens étaient les successeurs rêvés…

Remarque, ils sont un peu comme nous… à peu près nos âges, trois enfants, beaucoup plus âgés que nos asticots, mais ils ont deux clébards en plus à nourrir eux. Mais ça, c’est la différence entre une famille typiquement américaine et les autres, même si Jess navigue entre deux nationalités : il leur faut au moins deux chiens, voire plus, c’est plus fort qu’eux…

Cependant, quel soulagement mes amis, je ne vous dis pas… Et d’une parce que nous n’allons pas saouler les parents de Jess en leur laissant notre gros bolide devant leur maison avant de nous barrer comme des voleurs en Europe, et de deux car ça va nous ramener trois quatre sous, histoire de mettre un peu de terrine de faisan aux noisettes sur notre pain une fois rentré – ça changera des chips à la Bud Light ! – et puis surtout, et c’est le plus important, nous avons désormais la certitude que Ducon sera entre de bonnes mains une fois que nous serons partis vers de nouvelles aventures…

Parce que ça aussi, ça nous foutait les boules… On ne pouvait décemment pas confier celui qui nous a emmené jusqu’au Grand Canyon, offert de sublimes couchers de soleil en Floride, fait traverser le pays d’Est en Ouest, du Nord au Sud, enfin dans tous les sens, et qui file droit vers New York City au moment où je vous parle… qui nous a aussi déposé devant la maison d’Elvis Presley s’il vous plaît, et qui a même logé ma mère pendant dix jours au printemps dernier ! Bref, on n’allait certainement pas le céder au premier Redneck du Midwest venu ! Faut pas déconner tout de même, tu ne te rends pas compte à quel point on s’attache à des bestiaux pareils… J’avais plus ressenti ça depuis ma première 4L !

Et ce ne ce sont pas les guignols qui ont manqué depuis qu’on l’avait mis en vente… Sans blague, en deux semaines, on a eu droit à un allumé à Denver, Colorado, qui nous a carrément demandé de supprimer notre annonce sur ebay tellement il était sûr de le vouloir, et qui nous a laissé sans nouvelles depuis malgré nos appels… On a aussi eu une société de production de cinoche du New Jersey qui voulait Ducon pour loger des techniciens pendant un tournage mais là aussi, silence radio au moment de conclure l’affaire… Et puis en guise de bouquet final, une espèce de flippée de Pennsylvanie qui restait avec Jess pendant une heure au téléphone à chacun de ses appels, racontant sa vie, posant des milliards de questions sur tout et n’importe quoi, et qui a fini en apothéose en lui avouant, le troisième jour de leurs échanges téléphoniques, avoir été attaquée par un essaim d’abeilles dans son jardin la veille, avec tout le traumatisme que ce genre d’événement engendre… On s’en tamponne de ses problèmes à cette gonzesse ! J’ai vraiment eu à ce moment la conviction que cette piste allait nous mener tout droit dans une impasse, et ça n’a pas loupé, le mari de cette charmante angoissée prenant finalement le combiné et la décision que le camping-car ne finirait pas dans leur garage… Tout ça pour ça… Franchement, si j’avais été une abeille, j’aurais fait comme mes copines !

Mais bon, il faut savoir être patient dans ce genre de situation, et je pense, j’espère, que cette fois-ci, nous tenons les bons acheteurs. Il faut dire que Ducon ne pouvait faire que forte impression aujourd’hui. Quelle belle allure il avait… Comme un dimanche, quand on se fait beau pour aller à l’église ! Il avait pris son bain, au « Car Wash » du coin, il sentait bon… Et puis il ne faisait plus de bruit. Vous savez, ces bruits que l’on fait quand on commence à rouiller de partout, quand le poids des années nous joue des tours, et que ça grince à chaque fois qu’on plie le genou, qu’on fait un pas… comme chez ces gens qui vont à l’église le dimanche…

Mais s’il ne faisait plus de bruit, c’est parce qu’il avait encore eu droit à un nouveau lifting, encore très onéreux celui-là… Vivement qu’Obama étende la couverture sociale jusqu’aux camping-cars, ça nous fera économiser un paquet d’oseille, croyez-moi !

C’était à Detroit ce passage chez le garagiste, mais avant cela il y avait eu le week-end chez Rose, le Lac Michigan, Chicago, Gary… enfin plein de choses quoi !

J’ai tellement de mal à remettre tout ça en ordre dans ma tête que je préfère vous retranscrire par écrit les premières impressions que j’enregistre régulièrement sur mon dictaphone, au fil de notre périple…

Samedi 12 juillet : « Bien arrivés chez Rose et son mari Don. Les enfants sont déjà potes avec leurs trois filles, qui ont à quelque chose près l’âge des nôtres… Ils vivent à Lake Zurich, en banlieue Nord de Chicago… La jolie banlieue, croyez-moi ! Ce n’est pas une maison comme les autres dans laquelle ils habitent, c’est un château qu’ils ont déguisé en maison, pour tromper l’ennemi… Trois niveaux, des pièces immenses, une chambre pour chaque enfant, décorée comme dans les films américains, des salles de bain démesurées avec option hammam et la vapeur qui sort des murs comme par magie… Attends, j’ai pas fini ! Il y a aussi un grand bar en bas, entre les salles de jeux pour les gamins et la salle de sport, dotée d’un équipement qui ferait rougir de jalousie bon nombre de patrons d’espaces fitness dans le monde… C’est dans cette zone géographique qu’on a notre chambre. T’as intérêt à bien te rappeler le chemin pour aller dans les autres endroits de la propriété, car sinon, c’est un vrai casse-tête ! Pour te dire, on avait dit qu’on prendrait l’apéro vers 18 heures 30 ce soir, eh ben j’ai réussi à me paumer dans les couloirs, les innombrables pièces, et du coup, je ne suis arrivé qu’à 21 heures 15 au salon, donc très en retard, épuisé, assoiffé, ruisselant de sueur, mais tellement soulagé d’avoir enfin retrouvé mon chemin dans ce labyrinthe géant… C’est sûr que là, faut sacrément bosser pour s’offrir ce genre de palace, c’est pas à moi que ça arriverait ! Et puis franchement, si j’avais tout ce fric, j’en ferais autre chose.

Je t’ai dit pour les télés ? Y’en a partout ! Dans la cuisine, dans la salle de muscu, au-dessus de la baignoire, dans toutes les chambres, les salles de jeux, y’en a même une dans la salle télé !!! Tu sais quoi, Jules a demandé à Rose combien ils en avaient dans la maison, et elle n’a pas su lui répondre avec certitude, c’est pas la classe, ça ? Au moins, quand eux viendront dans notre petit 40 mètres carrés de Belleville et nous demanderont combien de téloches on a, ce sera vite réglé… On n’en a pas mon pote !

Quoi d’autre ? Trois bagnoles… alors qu’ils sont deux en âge de conduire. Essaie de m’expliquer ça, ça me ferait plaisir… Sinon, ils sont adorables les copains, et Jess va pouvoir profiter de sa copine Rose pendant tout le week-end. Ce ne sera pas de trop, car elles ont environ sept ans à rattraper les filles ! »

Dimanche 13 juillet : « Journée noire… il y en a comme ça… Ma carte mémoire décide tout d’abord d’effacer mes trois derniers jours de photos, comme ça devant mes yeux médusés, me déclarant sereinement sur l’ordinateur que les fichiers sont corrompus, et que la vie est ainsi faite… Je sais, et ce n’est pas la peine de me le dire, j’aurais dû copier mes photos au fur et à mesure, comme un bon garçon… mais je ne suis pas un bon garçon, voilà ! J’irai chez le docteur des cartes mémoire à l’occasion, et on verra ce qu’il peut faire… C’est quand même dommage, car j’avais oublié de vous dire qu’hier, les copains nous ont invité au bowling, et que j’avais ramené de sacrés clichés… D’abord, j’avais photographié mon score sur l’écran à la fin de la partie… 714 points mon pote, alors que c’est 300 le maximum normalement !!! Le meilleur score jamais enregistré sur une piste de bowling ! T’y crois à ça ? Non ? C’est pourtant la vérité, mais je ne pourrai malheureusement pas te montrer les photos… Alors du coup, tout le monde s’agglutinait autour de moi pour me demander le secret de ma réussite, ou juste pour me serrer la main, c’était de la folie. Il y a même Michael Jordan, ancienne gloire des Chicago Bulls, qui faisait une partie sur la piste juste à côté de la nôtre, qui a insisté pour que je lui signe un autographe ! Vous vous rendez compte ? Comme je n’avais pas de papier, j’ai signé sur son joli polo Adidas… Il était avec un pote à lui, le petit fils d’Al Capone je crois… Vous savez, c’était ce monsieur qui a eu quelques démêlés avec la police de Chicago car il avait essayé de vendre deux ou trois binouzes tombées du camion à une période où cela ne se faisait pas trop… Toute une époque… Mais là non plus, pas de photos, à cause de cette satanée carte mémoire…

Journée noire également car l’Argentine échoue en finale de la coupe du monde face à l’Allemagne, malgré son courage, malgré ce superbe public qui la soutient jusqu’au bout, malgré mes encouragements quasi hystériques devant l’écran plasma de huit mètres cinquante de large du salon chez Rose… Cruel…

Heureusement, la journée se finira à coup de pizzas maison, préparées dans le super four conçu exprès pour ça, et qui monte à une température de 600 degrés en un temps record pour nous offrir la meilleure cuisson du monde, bien évidemment !

Je prépare pour le dessert un gâteau au chocolat, en pensant aux photos perdues du regard plein d’étoiles et d’admiration que Michael Jordan me porte à la salle de bowling, à la détresse de Lionel Messi au coup de sifflet final du match de foot… Journée noire… »

Lundi 14 juillet : « Nous quittons Rose et son monde merveilleux en matinée… Étape de transition… Photos sur la carte mémoire irrécupérables, malgré tous les efforts et les tentatives du docteur… Nous croisons le premier McDo ouvert dans ce pays, tout près de Chicago, et transformé désormais en musée… Nous décidons de partir au bord du lac Michigan, au Illinois State Beach Campground… C’est beau… Over. »

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Mercredi 16 juillet : « Après deux nuits passées au camping, il est temps de lever le camp pour nous diriger vers Chicago… C’était bien cool ce passage au bord de l’eau, et plutôt reposant. Le lac Michigan est immense, comme tout dans ce pays… À côté de lui, celui d’Annecy ressemble à une flaque ! Je déconseille fortement à quiconque d’essayer de le traverser à la nage, même un Johnny Weissmuller en grande forme y laisserait sa peau.

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Nous avons eu beau temps, et avec l’humidité ambiante, c’était le climat idéal pour lâcher les moustiques ! Et comme toujours dans ce cas, ce sont Jess et Jules, les martyrs de service, qui ont trinqué… En parlant de Jules, il a découvert une nouvelle passion depuis son passage chez Rose, les bracelets en élastique. C’est sa fille aînée, Sydney, qui lui a refilé le virus, et depuis, on ne peut plus l’arrêter. Ça tombe bien, il paraît que ça cartonne en France cette activité, comme ça il ne sera pas trop à la rue une fois rentré, au moins à ce niveau-là !

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Nous avons aussi sorti les vélos, bien évidemment, et même le père Jack s’y colle maintenant, taxant le bicloune de sa grande sœur dès qu’elle a le dos tourné ! Elle, elle s’en fout un peu, tant qu’il y a quelques fleurs à cueillir dans le coin…

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À part ça? Barbecue le midi, barbecue le soir, maïs et aubergine à gogo, la belle vie quoi… Non seulement on s’en met plein le bide, mais en plus, ça éloigne les moustiques avec la fumée ! »

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Samedi 19 juillet : « Comment résumer la ville de Chicago en quelques mots ? Pas facile… En tout cas, c’est une immense cité, avec une sacrée dynamique.

Dans ce pays, tu ressens la grandeur d’une ville quand tu as mal aux cervicales le soir, à force de lever la tête vers le ciel pour voir le sommet des buildings ! Ben là, c’était le cas ! C’est comme un avant-goût de New York City dirait-on.

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C’est aussi très bruyant, avec les sirènes des ambulances et des voitures de police en permanence dans la rue, mêlés aux concerts de klaxons des automobilistes pressés et stressés, sans oublier le métro aérien qui zigzague au-dessus de nos têtes en guise de couvercle… Infernal…

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C’est également une ville d’eau, avec la « Chicago River » qui la traverse, constamment envahie par des bateaux occupés à leur propre tâche. Garde-côtes, taxis, bateaux-mouches, yachts pour milliardaires, transporteurs de marchandises, il y en a pour tous les goûts.

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Malgré toute cette agitation, Chicago est une ville qui sait respirer à pleins poumons de temps en temps, notamment au cœur de son Millenium Park, sorte d’oasis de verdure au milieu du béton… Cet immense parc regorge de surprises plus originales les unes que les autres, des sculptures, des fontaines jaillissant de bouches démesurées, un haricot géant, de beaux jardins, l’endroit idéal pour souffler cinq minutes…

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Des concerts de musique classique y sont même donnés plusieurs fois par semaine, et nous avons pu ainsi en profiter à deux reprises, lors de notre première soirée dans la ville, et lors de la dernière… Comme quoi on peut se beurrer tout le pays pendant une année en camping-car, à raison d’une douche par semaine, et faire malgré tout partie du grand monde le temps d’une douce fin de journée d’été au cœur du Millenium Park ! Le second récital, auquel nous avons assisté avec Yannick, habitant sans histoire de cette bonne ville de Normal, et sa future femme Jennifer, tous deux en week-end à Chicago, était tout simplement magnifique. C’était du Beethoven… Et vous savez quoi ? Je préfère largement les sublimes symphonies allemandes à leur équipe de foot !

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Chicago est aussi une ville très généreuse, Jess pourra vous le certifier, elle qui a trouvé dans le métro un « City Pass », ouvrant les portes de moult musées et diverses visites de la ville, qu’un pauvre touriste, ou peut-être trop riche, a perdu ou abandonné à son triste sort dans les transports en commun…

Eh bien nous, nous savons quoi en faire de ces trésors… nous les utilisons ! Nous avons pu ainsi continuer sur notre lancée culturelle, et après la musique classique, nous sommes passés à la peinture et la sculpture au « Art Institute », truffé de joyaux plus beaux les uns que les autres. Je comprends mieux maintenant pourquoi Jean-Pierre Marielle est si fasciné par cet art dans « Les Galettes de Pont-Aven », film culte de l’Histoire du cinéma français…

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Nous avons eu la chance de découvrir le tableau de Georges Seurat, « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte », tellement beau, même à mes yeux pourtant peu habitués à la contemplation de telles œuvres, en fait pas plus que mes oreilles ne le sont avec la musique classique, sauf depuis deux ou trois jours !

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Avec le fameux « City Pass », tu peux aussi monter tout en haut du plus grand building de la ville, « Willis Tower », juste devancé en hauteur dans tout le pays par la récente « Freedom Tower » à New York City, celle qui a pris la place de deux célèbres jumelles disparues par un sale jour de septembre 2001.

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« Willis Tower » culmine à 442 mètres, mais avec ses ascenseurs venus d’ailleurs, tu es là-haut en 45 secondes chrono ! J’y suis allé tout seul un samedi matin, j’avais essayé le vendredi après-midi, mais tu en as pour au moins deux heures d’attente tellement c’est bondé… Je sais qu’on ne paye pas, mais ce n’est pas une raison pour faire la queue quand même !

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La vue est rigolote, et c’est bien la première fois que je dois baisser la tête pour regarder des buildings, qui ressemblent plus à des Légo qu’à des forteresses d’acier !

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Tu peux aussi t’offrir la sensation d’être suspendu dans les airs, grâce à quelques cages de verre mises à disposition des visiteurs. Certains en profitent du coup pour faire le spectacle, plutôt agréable à voir…

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Chicago, c’est aussi une ville chargée d’histoire. Elle fut dévastée en octobre 1871 par un gigantesque incendie, dont on ignore encore aujourd’hui l’origine… Pourtant, les spécialistes se sont creusés la tête pour déterminer d’où cela pouvait venir, et aux dernières nouvelles, ils hésitent entre accuser une vache, qui aurait bousculé une lampe dans la grange de la famille O’Leary, déclenchant l’immense brasier, ou alors mettre ça sur le dos d’une pluie de météorites, qui seraient passées dans le coin sans prévenir… De toute façon, qu’on soit une vache ou un morceau d’étoile, on ne peut pas témoigner, alors on ne connaîtra jamais le fin mot de l’histoire…

L’autre témoin qui pourrait peut-être aussi nous donner sa version des faits, car il était là à l’époque, c’est la « Water Tower », le château d’eau si vous préférez, mais il préfère garder le secret au creux de ses épais murs de pierre. Il n’y a que lui qui a survécu à ce carnage dans le quartier du « Magnificent Mile », là où nous sommes allés nous balader par un beau jeudi. Il est maintenant perdu au milieu des récents buildings et des grands magasins.

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J’ai bien essayé de lui tirer les vers du nez, pour avoir une info ou deux, lui précisant que j’étais même pas américain, donc qu’il pouvait me dire ce qu’il avait vu ce jour-là, que je n’allais pas le répéter, mais le château d’eau n’est apparemment pas plus loquace qu’un bovin ou un caillou tombé du ciel…

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Chicago est aussi le point de départ de la Route 66, celle qu’on aura le plus fréquentée durant notre long voyage… Et paradoxalement, c’est quand il touche à sa fin qu’on découvre le début de cette voie mythique ! « Étonnant, non ? » comme le disait un humoriste comme on n’en fait plus de nos jours.

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Ajoutez à cela tous les héros nationaux nés dans cette ville, tels Walt Disney, Eliot Ness, Quincy Jones, Harrison Ford, ou bien Hugh Hefner, et vous comprendrez qu’un passage ici est indispensable… Au fait les mecs, pour ceux d’entre vous qui ne le sauraient pas encore, Hugh Hefner est celui qui a toujours été présent pour nous remonter le moral, pour rester poli, lors des périodes les plus sombres de nos vies amoureuses… c’est le fondateur de Playboy !!! »

Dimanche 20 juillet : « Après le week-end au Relais & Châteaux 18 étoiles de chez Rose, en pension complète s’il vous plaît, le charmant petit camping au bord du lac Michigan, et la plongée dans le bouillon culturel de la ville de Chicago, où nous avions totalement délaissé Ducon pour nous déplacer uniquement en métro, au grand plaisir de Jack, il était temps pour nous de reprendre la route, et de remettre les mains dans le cambouis… et vous allez vite comprendre à quel point nous allions être servis…

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Surtout que l’arrivée de ma nièce Marie, jeune adolescente en pleine recherche de sensations fortes, et qui vient nous accompagner pour une semaine, se prêtait tout à fait à ça… Nous avions donc décidé de lui concocter une petite semaine au cœur de l’Amérique destroy, de l’Amérique brisée, cassée, paumée, crade et sans illusion aucune… Nous étions prêts à l’embarquer dans le « Dirty Tour » ! Et elle n’a pas été déçue je pense par cette mise en bouche qu’a été ce premier jour… Car là, sans déconner, cela va au-delà de toute attente, même des nôtres, et ça promet pour la suite…

On a en effet commencé par faire une petite virée à Gary, tout près de Chicago, à l’Est. C’est dans l’Indiana que ça se trouve. On n’avait pas forcément grand-chose à y foutre, ni une envie débordante de visiter cette ville… En fait, on voulait juste y passer car c’est ici qu’était né Michael Jackson, au début de sa vie ! Mais à l’image du tant regretté génie de la pop, cet endroit a bien perdu de ses couleurs au fil de son existence… et c’est devenu désormais une ville déserte, silencieuse, livrée à elle-même, d’une tristesse absolue, avec à son actif le triste record du plus haut taux de criminalité jamais atteint… La tension est d’ailleurs encore palpable dans les rues, et du coup on a évité de se balader n’importe où, car si tu as une embrouille ici, tu ne sais pas qui va venir à ton secours, ni quand !

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Gary, cité abandonnée… Moi, je me suis dit que son cœur avait cessé de battre depuis la disparition de l’étoile qu’elle avait mise au monde, il y a une cinquantaine d’années, mais ici, on raconte que c’est plutôt la faute des russes… Il paraît qu’avant, ça prospérait grave dans le coin avec la production d’acier qui tournait à gogo, des usines partout et forcément, du taf pour le brave américain qui poursuit son rêve… Mais un jour, on s’aperçoit qu’on peut en trouver ailleurs de l’acier, et bien moins cher qu’ici, livraison comprise… Alors Gary, comme d’autres endroits du pays, ne sert plus à rien, et peut aller se faire foutre.

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Le résultat est flippant, et semble malheureusement irrattrapable…

Nous sommes allés constater les dégâts à la « St Stephen’s Missionary Baptist Church », magnifique église, enfin ce qu’il en reste…

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Tu peux entrer sans frapper, tu y croises quelques curieux de passage… Il y avait même une séance photo organisée à l‘intérieur, genre un créateur qui venait faire poser des modèles parés des joyaux de sa nouvelle collection, histoire de montrer que quand tu portes ses fringues, tu peux même aller dans les endroits les plus craignos, et tu t’en sors toujours !

Alors effectivement, on peut éprouver une immense désolation en pénétrant dans cette enceinte, mais personnellement, j’ai adoré. Et puis ça laisse aussi imaginer à quel point ça devait être somptueux avant ce passage à tabac des lieux. Des cheminées immenses dans chaque pièce, une scène qui a dû abriter de jolis concerts de musique classique (ça, c’est vraiment devenu mon truc depuis Chicago !), ou quelques représentations de théâtre, va savoir…

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Voilà ma petite Marie… Welcome to America !!! Dis merci à Tonton La Gère et Tata Jess pour l’accueil !

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Alors, pour que cette ville connaisse des jours meilleurs, et comme on était dans une église, Jeanne a tenu à faire une petite prière, visant à redonner à Gary sa prospérité d’antan, de nouvelles commandes d’acier de la part des compagnies automobiles, et pour elle, un paquet de Carambar pour le goûter !

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Non, non… rassurez-vous, ou désolez-vous d’ailleurs, ça dépend à quoi vous tournez au niveau convictions, mais cette scène n’est que pure fiction… J’en veux pour preuve que Jeanne m’a regardé d’un drôle d’air juste avant la photo, me demandant « Mais papa, ça veut dire quoi, prier ? Et comment on fait ? », quand je lui avais suggéré de mimer cette action…

Pour poursuivre dans l’exotisme, nous nous sommes rendus à la gare qui, elle aussi, a subi quelques transformations ces dernières années… Le plus étonnant, c’est qu’on voit par la fenêtre les trains passer sur la voie ferrée, à la différence que maintenant, ils ne s’arrêtent plus ici !

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Qu’est-ce que tu peux en faire de tous ces édifices sans déconner ? Y’a trop de boulot, et pas assez de fric, pour les retaper… Y’a pas assez de touristes de passage dans le coin pour tenter d’en faire des musées, personne n’y foutrait les pieds… Y’a même plus Michael Jackson pour venir faire un concert de soutien, ou donner un petit coup de pouce à la ville, ou je ne sais quoi… Y’a plus rien…

Plus tard, la route jusqu’à Detroit, Michigan, s’est passée sans encombre… on a même vu à nouveau des maisons normales, qui tiennent debout, avec de belles couleurs !

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Jess nous a trouvé un Wal Mart à une quinzaine de Miles de la grande ville, qui allait nous servir de camping pour la nuit, et c’est quand nous avons quitté l’autoroute pour nous y rendre, il y a une heure environ, qu’une nouvelle tuile nous est tombée dessus…

Pourtant, jusque-là, tout baignait… Ducon évoluait à sa vitesse de croisière, soit environ 237 kilomètres à l’heure, et on allait pouvoir s’installer tranquillement pour la nuit. Et là, subitement, au premier freinage après la sortie de la Highway, nous voici emportés par de drôles de soubresauts incontrôlables, des grincements insupportables, et une odeur immonde d’huile pourrie, qui nous ferait presque penser que comparé à cela, les couches remplies de Jack sentent aussi bon que les déodorants Ushuaia vanille, qu’on peut trouver au « rayon beauté homme » du supermarché Auchan d’Olivet…

Nous avons atteint tant bien que mal le premier bled pour nous garer pour la nuit, car nous ne pouvons pas être dépannés ce soir, il est trop tard…

Comme on dit, la nuit porte conseil, et nous verrons bien demain comment ce drôle d’épisode va se régler… mais en tout cas, Marie n’est pas prête d’oublier cette première journée ! »

Lundi 21 juillet : « Ça y est, on est en lieu sûr pour la nuit… C’est le patron du garage où Ducon est hospitalisé pour une durée indéterminée qui nous a gentiment déposé au Marriott de Madison Heights, que Jess a trouvé en quatrième vitesse sur internet. C’est plutôt cool d’avoir proposé ça, car il en a eu pour une heure de bagnole pour nous emmener à bon port, et il n’était pas obligé de le faire. D’un autre côté, il va ramasser plus de 1 500 dollars grâce à nous. Et oui… c’est le verdict qui nous est tombé sur le coin de la gueule il y a deux heures environ, et qui correspond à la réfection du train arrière de Ducon, qui ne tenait plus la route… Si j’avais imaginé ne serait-ce qu’une seconde qu’il aurait dû avoir recours à la chirurgie esthétique celui-là, j’aurais réfléchi à deux fois avant de l’acheter…

Mais bon, on ne peut pas arrêter le voyage comme ça, et l’abandonner lâchement dans le Michigan, alors en avant ! On lui refait le derrière et on boucle la boucle…

Ce fut une drôle de journée tout de même… On a d’abord dû trouver un garage, qui voulait bien s’occuper d’un camping-car… et situé à moins de quinze kilomètres si possible, car l’assurance refusait de couvrir une plus longue distance avec la dépanneuse, puis il a fallu mettre la main sur le dépanneur tant espéré… Le premier nous ayant sous-estimé, il a été forcé de rebrousser chemin, car il n’était pas assez équipé pour nous tracter, alors une heure plus tard, l’artillerie lourde est arrivée, enfin…

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Il était alors temps de convoquer un taxi, qui allait transporter Jess, Marie, et nos deux plus petits lardons au garage, pendant que Jules et moi allions nous y rendre avec la dépanneuse… et le pauvre Ducon.

Puis sont arrivées d’interminables heures dans la salle de réception du garage, à attendre le diagnostic du mal qui avait frappé notre véhicule adoré. Et quand on se pose quelque part, on en prend de la place, et ça devient vite le bordel… Demandez donc à la secrétaire !

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Au bout d’un moment, j’ai craqué… l’attente était tellement insupportable, je me sentais oppressé dans ce petit bureau, au bord de la rupture, il fallait que je sorte prendre l’air, très vite…

Je me suis retrouvé à errer au milieu des « School Buses » en réparation qui, chaque jour, quand ils sont en état de marche, transportent des centaines d’enfants vers leur école, les conduisant jusqu’aux portes de la connaissance, en empruntant lentement, mais sûrement, les sentiers de la réussite.

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J’ai donc entamé une étude photographique sur le « School Bus », tout en me disant que j’aurais dû y monter plus souvent, plus longtemps, quand c’était de mon âge… Il est ton ami en réalité, il te montre la voie, la route à suivre… te tenant à l’écart des impasses, des culs de sac et des contre-allées pour lesquels j’ai toujours eu un faible…

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J’aurais dû être plus assidu, comme ils le font maintenant les étudiants… Un petit BAC + 27, et j’aurais été d’attaque pour la vie active ! Et puis j’aurais eu une situation stable, un esprit bien conditionné pour le labeur quotidien, ça m’aurait évité d’avoir ces drôles d’idées de voyage… et de zoner ici, en plein Michigan, par un lundi après-midi, à attendre qu’on me dise de quoi souffre notre maison à roulettes, foutant dans la merde ma femme et nos trois gosses par la même occasion… et ma nièce par-dessus le marché !

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Puis la sanction est tombée, pas de camping-car avant quelques jours, une réparation qui coûte bonbon, et nous six, abandonnés à notre triste sort dans une des villes les plus dangereuses du pays… Le « Dirty Tour » à son apogée ! »

Mercredi 23 juillet : « Putain, ça tire la langue quand même à Detroit… même au niveau artistique. Quand je pense qu’il y a quelques jours, on admirait du Matisse ou du Van Gogh au musée d’art de Chicago, le moins que l’on puisse dire, c’est que les galeries sont moins chics par ici, et le contenu moins coloré, moins accueillant…

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C’est au cœur du « Heidelberg Project » que ça se passe ici, une rue de la ville que l’artiste Tyree Guyton a configuré à sa sauce dans les années 80… Il a son style à lui le bonhomme, c’est incontestable, et puis au moins ici, ce n’est même pas la peine de trouver un « City Pass » dans le métro pour y entrer gratuitement, ça se passe dehors !

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Et puis à défaut de crier au génie, on peut au moins reconnaître que ce quartier apporte un peu d’originalité au milieu de la tristesse ambiante, parce que cette ville a tendance à faire grise mine globalement…

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Vous saviez que Detroit était la première grande ville américaine à avoir déclaré faillite, et ce depuis juillet 2013 ? Incroyable pour cette cité tellement réputée pour son industrie automobile, qui est à l’Amérique ce que le calendos est à la France ! Mais des tensions entre les populations noires et blanches à partir des années 50, accompagnées d’énormes émeutes, d’un taux de criminalité très élevé, ont entraîné un déclin démographique et économique sans précédent, poussant la ville entière dans le chaos. Du coup, son état de santé en a sérieusement pris un coup, et tout a été laissé à l’abandon, les bibliothèques, les théâtres, les boutiques, les hôtels… tout !

Detroit ressemble aujourd’hui à une immense cité désertée, sans vie, qui a du mal à relever la tête… Sans blague, avec Jess, en découvrant les différents quartiers, et l’état des maisons, on en a déduit qu’une sur trois ou quatre seulement semblait être habitée.

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Et puis il y a un autre signe qui ne trompe pas, tu n’as même plus de « Visitor Center » dans cette putain de ville…

Nous avons loué une caisse pour pouvoir nous balader un peu partout en attendant de récupérer Ducon, et c’est vrai que partout où tu zones, tout n’est que désolation… T’as déjà vu un centre-ville digne de ce nom en Amérique où il n’y a pas d’embouteillages ? Eh bien ici, ça va au-delà de l’imagination… tu ne vois quasiment aucune bagnole, même aux heures normales de pointe !

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Et puis les plus beaux bâtiments ne sont plus que ruines, abandonnées à leur triste sort… Je parle tout de même du « United Artist Theatre », de la « Central Station », ou encore du « Lee Plaza Hotel ». Ces lieux ont été pillés, squattés, détruits ou brûlés, et sont désormais inaccessibles, en attendant qu’un multimilliardaire ne se décide à les racheter, et à leur redonner une âme…

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Difficile au milieu de cet environnement de trouver de quoi se distraire… Même le minuscule musée de la Motown semble être fermé en permanence… Merde, t’as quand même du beau monde qui est passé par là pourtant, du genre Michael Jackson et ses frangins, Stevie Wonder, ou encore Diana Ross !

On a tout de même réussi à trouver un coin sympa au bord du fleuve, avec des fontaines, pour que les enfants se défoulent un peu, et pour le dîner, un petit resto en ville, dont les pizzas faisaient soi-disant partie des plus réputées aux Etats-Unis. On a fait comme si c’était vrai… »

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Jeudi 24 juillet : « On ne pouvait évidemment pas quitter Detroit sans aller faire un tour vers l’usine automobile Packard », fermée depuis 1958, et symbole à elle seule du déclin de cette ville… Faut dire que ça devait avoir de l’allure à l’époque, quand ça turbinait à plein gaz, car elle regroupe pas moins de quarante-sept bâtiments, qui durant les grandes années fournissaient du turbin à 40 000 employés ! Belle réussite tout de même…

Puis ensuite est venue la période des pillages, du vandalisme, comme dans bon nombre d’autres sites de la ville, et le résultat laisse sans voix…

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Tu as l’impression que cet endroit vient d’essuyer des mois de guerre, avec bombardements et tout le reste, c’est saisissant…

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On a eu du bol de pouvoir jeter un œil sur ce lieu car dans peu de temps, ce ne sera plus possible. Un investisseur a en effet racheté l’usine il y a quelques mois, et va prochainement attaquer de gigantesques travaux, selon les dires du type de la sécurité que l’on a croisé dans le coin, et qui nous a gentiment permis de faire trois ou quatre photos souvenir…

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Nous avons donc eu droit de visiter la propriété privée la plus défoncée du monde je pense ! Mais quand elle aura fait son lifting, ce qui apparemment est en bonne voie, je vous parie deux dollars que cela sonnera le renouveau de toute la ville.

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Si je pouvais miser plus, je le ferai, mais avec la réparation de Ducon, on est vraiment fauché maintenant… Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a enfin récupéré notre maison à roulettes, contre un petit chèque de 1 700 dollars à peu près.

Il ne nous restait plus qu’à ramener la voiture de location, et quitter cette ville pour passer à autre chose, car on en avait bouffé du Detroit depuis quelques jours, et je pense que Marie en avait peut-être sa dose du « Dirty Tour », qui commençait à prendre une ampleur démesurée.

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Enfin je dis ça, mais elle avait quand même été aux petits soins la nièce, abonnée aux lits douillets des hôtels Marriott depuis trois nuits, condamnée à passer ses soirées dans la piscine ou le jacuzzi mis à disposition, ou les deux, et à manger au resto midi et soir…

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Et puis en plus, avec Jess, on s’était dit que pour la suite du programme, on allait bifurquer par le Canada, laissant de côté pour un moment les champs de ruine des villes désolées de l’Indiana ou du Michigan, pour aller voir le sublime spectacle des chutes du Niagara.

On a roulé toute la fin de journée et rejoint d’un trait la ville de Niagara Falls, juste pour la tombée de la nuit… Cela nous a permis d’avoir un premier aperçu des chutes by night, et là, c’est Jeanne qui n’en est pas revenue.

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Parce qu’il faut que je vous précise que la nuit, ils éclairent le bordel de toutes les couleurs, et on a vraiment l’impression de voir flotter tout plein d’arcs-en-ciel dans les environs…

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C’est ça que la gamine a adoré… Elle a même cru un moment qu’ils étaient en train de préparer le décor pour une adaptation au cinéma des aventures de « Mon petit Poney », c’était magique… »

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Samedi 26 juillet : « Ça y est, on vient de livrer le paquet… Tout s’est bien passé… Philippe et Marie-Pierre étaient à l’heure pour venir le récupérer, à 8 heures 30 comme prévu, et maintenant les voilà repartis tous les trois… Je dis trois car le paquet, c’est Marie en fait, que nos amis de Boston venaient chercher pour l’emmener plus tard à l’aéroport, d’où elle s’envolera pour rentrer en France… Finies les vacances !

Donc si vous lisez bien ce que je vous raconte, vous comprendrez qu’on n’a encore pas chômé ces dernières vingt-quatre heures, car aux dernières nouvelles, nous étions au Canada, à Niagara Falls plus précisément, et maintenant, nous sommes en banlieue de Boston, à siroter du café sur le parking d’un Wal Mart…

Comment a-t-on fait pour en arriver là ? Ben c’est simple… Hier matin, on a d’abord voulu commencer la journée en admirant les chutes à la lumière du jour, en essayant d’oublier qu’elles sont entourées d’hôtels trois fois plus hauts qu’elles, de casinos où les touristes viennent claquer leur oseille, oubliant presque pourquoi ils sont venus dans le coin au départ…

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Puis vint l’heure de rejoindre les États-Unis pour filer vers Boston. Et là, ils n’ont pas voulu de moi dans un premier temps ces cons-là… Problème avec mon visa, qu’on n’aurait jamais dû étendre à un an… Problème avec les papiers du véhicule, enregistré à nos deux noms à l’adresse des parents de Jess, donc en Pennsylvanie… Donc problème car si mon adresse est en Pennsylvanie, c’est que je mens aux autorités, et que j’essaie de m’installer en douce aux US… Ben non, madame, c’est juste mon camping-car qui habite ici, pas moi… Moi, je veux rentrer chez moi, ne vous inquiétez pas… Ah bon, alors allez là-haut, à l’immigration, pour expliquer votre cas…

Après une petite heure d’attente, la situation s’est arrangée en deux minutes, comme pour tous les gens qui faisaient la queue avant nous, comme pour tous ceux qui la feront ensuite… Ils essaient juste de t’avoir en te faisant bouillir, ils te testent, ils attendent que tu pètes un plomb, et puis si tu restes tranquille, tu passes, en les remerciant de t’avoir fait perdre du temps pour rien…

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Ensuite, ce n’est qu’un long et interminable trajet pour rejoindre le Massachusetts, qui s’achèvera à quatre heures du matin, les mains n’arrivant plus à se décoller du volant, les yeux écarquillés et rougis d’avoir tant lutté pour les garder ouverts… Mais le contrat est rempli, et la livraison du colis pourra bien avoir lieu quelques heures plus tard…

Et pourquoi avoir organisé ce rendez-vous sur le parking crado d’un Wal Mart, me demanderez-vous… N’y avait-il pas plus charmant, plus sexy comme endroit pour se dire au revoir ? Ben, je vous l’ai déjà expliqué… ça faisait partie du programme de son « Dirty Tour », à notre petite Marie ! »

Minooka, Illinois

Vendredi 11 juillet 2014, 02:00 pm

Minooka, Illinois

Après un court passage par Minooka, dont on aura vu uniquement la station service, nous voici donc filant plein Nord, pour d’émouvantes retrouvailles entre Jess et Rose, le temps d’un week-end…

Émouvantes car ça fait un bail qu’elles ne sont pas vues, les deux meilleures copines au monde… Pas depuis un certain mariage, remontant à un peu plus de sept ans, durant lequel la fatigue (et le vin aussi peut-être un petit peu ?) m’avait forcé à faire une petite sieste sous la première bagnole que j’avais trouvée dans le parking. Bon, c’était juste un peu moi le marié, mais c’est pas ce jour-là que tu vas refuser de trinquer avec tes potes quand même, et comme il y en avait vraiment beaucoup pour l’occasion…

Bref, nous voici ainsi partis en banlieue de Chicago pour la retrouver, elle et sa famille, soit un mari et trois filles non loin des âges des nôtres, et une maison dans laquelle on va pouvoir s’installer autour d’une vraie table, dormir dans de vrais lits, enfin tous les trucs auxquels on est habitué dans la vie normale !

En parlant de Normal, on vient tout juste de la quitter cette ville, nichée au cœur de l’Illinois. Comme son nom l’indique, c’est un endroit qui ne fait pas de bruit, où rien d’exceptionnel n’est à signaler, si ce n’est que Yannick, un pote d’enfance de Jess, y habite depuis quelques temps. Pour vous situer le personnage, c’est le frère de Soizig, que nous avions promenée un peu en Californie et en Oregon. Nous voulions donc passer lui rendre visite. Normal, non ?

C’était bien cool d’ailleurs… Nous sommes arrivés chez lui hier, en fin d’après-midi, et il avait préparé toutes les munitions en prévision de notre passage. Du fromage (du vrai !), de bons vins, du Pernod, la totale quoi… Comme au pays !

Quelques pizzas par-dessus ça et nous étions au paradis… sans compter que ça s’est terminé au Génépi au « Pub Ducon », sur le trottoir d’en face. Petite touche savoyarde donc, qui nous a rappelé les vacances au ski, et ses mémorables soirées…

On a dormi devant chez lui, et ce matin, il a tenu à nous offrir un petit-déjeuner typiquement américain, au restaurant « Bob Evans », où tu te retrouves en quelques secondes enseveli par les pancakes, les saucisses, les œufs aux plat et les pommes de terre rôties… le tout arrosé au sirop d’érable ! Du pur bonheur…

Deux à trois kilos supplémentaires sur la balance après, nous pouvions partir le cœur heureux, et le ventre plein !

C’est fou d’ailleurs le nombre de personnes que l’on va croiser désormais d’ici notre arrivée. C’est flippant aussi d’un autre côté, car ça fait vraiment fin de parcours… Tu sais, comme quand un bateau achève son tour du monde en solitaire, et rejoint doucement le port, entouré de dizaines de copains à voile, à moteur, voire à pédales, qui l’accompagnent sur ses dernières longueurs, histoire de lui rendre hommage. Ben pour nous, c’est un petit peu pareil, avec Yannick hier, Rose ce week-end, ma nièce Marie bientôt, puis ma cousine et sa petite famille pour finir juillet… avec en bouquet final les parents de Jess à Ephrata, Pennsylvanie ! On dirait Rocky Balboa qui monte en courant les marches du musée d’Art de Philadelphie, avec tous les gosses de la ville qui le rejoignent au fur et à mesure de son ascension, l’émotion à son paroxysme…

Avant cela, on a tout de même eu le temps de célébrer une fête nationale, celle des américains… un anniversaire, celui du grand Jules… mais aussi d’en finir avec le Mississippi, qu’on a descendu jusqu’à Saint Louis, Missouri… sans oublier de nous resservir une petite part de Route 66, qui commençait à nous manquer depuis le temps…

Alors la fête nationale ici, ça rigole pas. Déjà qu’au fil de toute l’année, le moindre prétexte est bon pour sortir le drapeau, chanter l’hymne en versant sa petite larme, et tout le cinoche qui va avec… je te raconte pas jusqu’où ça peut aller quand le jour J déboule !

Mais nous, on a trouvé la parade pour échapper à tout ça… Tu croyais quand même pas que j’allais m’acheter la chemise à rayures rouges et blanches, plus la cravate bleue avec cinquante étoiles dessus, pour aller faire le guignol dans les rues ? Je le fais déjà pas dans mon pays le quatorze juillet, c’est pas pour m’emmerder avec ça ailleurs…

Vous voulez savoir ce qu’on a fait du coup ? On s’est barré chez Tom Sawyer !

Enfin, c’est plutôt chez Mark Twain, l’auteur des fameuses aventures de Tom Sawyer qu’on s’est retrouvé, et ce pour deux jours. Cet homme, de son vrai nom Samuel L. Clemens, fut en effet scolarisé à Hannibal, dans le Missouri, sur les bords du Mississippi, et chaque année, on fête son petit protégé, ainsi que son pote Huckleberry Finn, dans toute la ville le temps d’un week-end.

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On s’était dit que c’était l’endroit rêvé pour aller fêter les neuf ans de Jules qui arrivaient le lendemain, c’est-à-dire le cinq juillet, car pour ceux qui ne le savent pas, la fête de l’Amérique, c’est le quatre…

Mais on a tout de même eu droit à nos célébrations à nous ce jour-là je vous signale, car Jules nous avait convié à son tout premier vernissage dans la très réputée « Galerie Ducon », haut lieu de la culture internationale, où tout le monde rêve d’exposer ses œuvres en ce moment…

Nous n’avons donc pas rendu hommage au drapeau amerloque, préférant réserver nos éloges à son remarquable travail dans la discipline « Arts Visuels », enseignée cette année par Jessica, une charmante institutrice…

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Il avait d’ailleurs gentiment permis à sa petite sœur d’accrocher quelques-uns de ses récents essais à l’occasion, et c’est là que tout a foiré lamentablement, grâce à une nouvelle performance mémorable de Jeanne… Montant dans les tours en l’espace de quelques secondes, à la vitesse d’une fusée qui se propulse vers l’espace, elle nous a fait part de sa détresse absolue, due à la non-reconnaissance sur cette Terre des artistes comme elle, uniquement car elle est une fille ! Ah bon ? On a fait ce qu’on a pu pour lui expliquer qu’on aimait bien son travail aussi, même si elle n’était pas un garçon, mais aucun de nos efforts n’a réussi à calmer sa tempête intérieure.

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Que veux-tu, encore une qui ne sera pas reconnue de son vivant… et le moment de gloire de notre pauvre Jules est par la même occasion tombé aux oubliettes, car l’heure n’était plus du tout aux petits fours et aux « J’adore ce que vous faites ! »…

Tant pis pour eux, du coup ils finiront comme leur père… Voyageurs !

Nous ne sommes pas non plus allés assister à de pompeuses cérémonies de remises de médailles, car on avait du boulot, nous ! Les enfants ont en effet tenu à passer une nouvelle couche sur la fameuse palissade qu’avait déjà repeinte Tom Sawyer, aidé de ses copains, dans ses célèbres aventures il y a un bon paquet d’années maintenant… Donc ça méritait un petit rafraîchissement, et Jeanne et Jack s’en sont chargés dans la bonne humeur, ce qui a permis de remettre notre cocotte sur de bons rails, en attendant la prochaine sortie de route !

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Nous n’avons pas non plus suivi le défilé des anciens militaires, ni de ceux encore en service d’ailleurs, car au pays de Tom Sawyer, le public aurait plutôt tendance à se laisser séduire par un petit tournoi de volley dans la boue… C’est la grande attraction ici, et personne ne veut en rater une goutte !

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C’est vrai que c’est sympa comme sport, mais je m’attendais à quelque chose d’un peu plus spectaculaire quand même…

Je sais pas quoi, il aurait pu y avoir un point litigieux, une engueulade entre deux ou trois joueurs, ou plutôt joueuses… Et puis que ça dégénère un peu merde ! Elles auraient pu se battre dans la gadoue, en s’arrachant le peu de guenilles qu’elles avaient sur elles, là ça aurait vraiment valu le déplacement !

Mais tu parles, personne ne conteste un point ici… C’est toujours lisse, c’est fair-play à mort, pas de vague… même dans la boue ! Ils font chier ces ricains…

Au moins, John McEnroe il gueulait lui ! Tu te rappelles ? C’était génial sans blague… Mais pour le coup, c’est pas spécialement lui que je voudrais voir à poil en train de piquer une crise sur ce terrain de volley…

Bon, pour être honnête, y’a quand même un truc dont on a profité en ce jour spécial de fête nationale, c’est du traditionnel feu d’artifice… Mais bon, c’est normal quoi… c’est pour les gosses !

Alors c’est rigolo, parce qu’on a voulu voir ça depuis les bords du Mississippi, mais les places sont chères, crois-moi ! En fait, les gens réservent leur emplacement dès le milieu de la journée, en installant des transats à l’endroit où ils veulent se retrouver le soir, avec leur nom dessus de temps en temps, et ils déboulent vers vingt heures avec la glacière et tout le matos incorporé pour assister au spectacle.

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On a réussi à se trouver une petite place sur la pelouse tout de même, et on a attendu sagement la nuit, en sirotant nos canettes de bière en douce, car on n’était pas bien sûr que ce soit autorisé d’en consommer comme ça dehors… Il est beau le pays de la liberté, je te jure !

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Enfin, au bout du compte, on en a vues de belles bleues, de belles rouges, de belles jaunes, et tout le monde était content d’appartenir à un si magnifique pays, songeant déjà à réserver le même emplacement pour le feu d’artifice de l’année prochaine, qui aura lieu au même endroit et à la même heure, si tout va bien…

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Neuf ans… Tu te rends compte un peu ? La dernière ligne droite dans les unités, avant d’attaquer sa première dizaine, dans un an…

Il n’avait pas l’air trop perturbé par tout ça au réveil le p’tit gars, en ce 5 juillet 2014, même si l’on sentait un peu d’inquiétude dans son regard, une certaine gravité…

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Qu’était-ce donc à votre avis ? Les premiers rhumatismes ? La pression qui montait avec le quart de finale de l’Argentine face aux belges qui se jouait ce même jour ? Ou un cheveu blanc peut-être qui faisait son apparition ? Non, rien de tout ça… D’abord, les cheveux blancs, il préfère les laisser à son père, qui commence à sérieusement les collectionner, et son unique angoisse était de savoir à quelle heure il allait recevoir ses cadeaux !

Rassurez-vous, il les a très vite eus, notamment le coupe-saucisse en forme de clébard de chez Wal Mart auquel il tenait particulièrement, ainsi que de gros câlins de ses frère et sœur bien sûr !

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Ce jour-là, les festivités se poursuivaient à Hannibal, avec le concours de saut de grenouilles au programme, et nous nous sommes offert une rapide virée dans les stands, avant le début de l’événement…

C’est important comme compétition tu sais… les grenouilles sont gardées dans des abris secrets pour pouvoir bien se concentrer, des clones de Tom Sawyer affluent de partout pour faire le grand saut, ou plutôt pour le faire effectuer par l’animal… Il y en a même qui déboulent avec leur propre élevage, qu’ils ont dû entraîner toute l’année durant… ça rigole pas ici !

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Et puis il y a aussi les curieux, les amis des bêtes, qui viennent juste voir quelle sensation cela procure de tenir ces visqueuses bestioles entre les mains, en évitant de les laisser s’échapper, car ça glisse ces conneries !

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On a même aperçu une vieille célibataire complètement désespérée, offrant un doux baiser à l’un de ces batraciens, essayant ainsi de se gratter un Chippendale en récompense de ce lourd sacrifice… mais les grenouilles qui se transforment en prince charmant, ça n’arrive qu’à Disneyland madame… et pas chez Tom Sawyer !

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Après, c’est le bordel ce genre de concours, les bêtes à ressort sautent dans tous les sens, sèment la panique, et tout le monde court partout pour essayer de les rattraper !

On a quitté le bordel car ça n’amusait pas du tout les gamins, et on est retourné à la maison pour déjeuner, et souffler les bougies entre le fromage et le champagne… enfin plutôt entre les Chips et la Bud Light !

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On a rejoint la banlieue de Saint Louis en fin de journée, au Sud d’Hannibal, faisant escale plus précisément à Chesterfield, où Jess a dégoté un endroit où elle avait promis d’emmener Jules pour son anniversaire.

Ça s’appelle Chuck E. Cheese’s, et c’est un peu le paradis des enfants. En gros, tu te pointes, tu te commandes une pizza géante, ainsi qu’un paquet de jeton qui donne accès à des dizaines de jeux divers et variés pour les gamins… et un peu pour nous aussi par la même occasion !

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On y a passé deux heures, c’était marrant, et notre grand gars était comblé après cette magnifique et inoubliable journée, surtout avec la qualification de l’Argentine pour les demi-finales de la coupe du monde en dernier cadeau !

Au fait, j’ai oublié de vous dire qu’on est descendu jusqu’à Saint Louis en essayant de suivre le plus possible le Mississippi, mais cela ne s’est pas avéré aussi simple qu’on aurait pu le penser…

Je ne veux pas dire par là qu’il est dur à trouver le fameux fleuve, d’ailleurs pour ça, c’est pas compliqué… il suffit de suivre les flaques ! C’est vrai qu’il est particulièrement crado en ce moment… Il fuit, il bave, il déborde, il en fout partout… On dirait Jack !

On a déjà constaté les dégâts lors de notre escale à Hannibal, mais plus tu descends, plus c’est galère j’ai l’impression…

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Ça fait qu’à Louisiana par exemple, une ville un peu au Sud, il a carrément fallu rebrousser chemin car les routes n’étaient absolument plus praticables, à moins d’équiper Ducon de flotteurs, et nous de rames !

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C’est quand même chiant quand ça arrive ce genre de crue, et puis si tu dois prendre ta barque pour aller au boulot, je te dis pas dans quel état tu déboules… T’as intérêt à avoir une chemise de rechange ! Sans compter que t’arrêter à un panneau « Stop » en bateau, ça doit être hyper dur techniquement…

Et Saint Louis dans tout ça, me demanderez-vous ? Eh ben, vachement chouette comme ville, vous répondrai-je… Mais on a crevé de chaud là-bas, un truc de fou !

D’ailleurs, une des premières choses qu’on a faite dans cette ville, c’est d’aller baigner les enfants dans les bassins du « City Garden », histoire de les rafraîchir un peu…

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C’est cool cet endroit, planté en plein milieu des buildings, avec ses drôles de sculptures et sa verdure…

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En plus, ce qu’elle a de bien cette ville, c’est qu’elle est super adaptée aux petits budgets comme le nôtre.

C’est vrai, on a réussi à visiter tout plein d’endroits super sympas, et pour pas un radis s’il vous plaît !

Il y a le zoo par exemple, situé au cœur de Forest Park, un immense espace vert situé en plein centre-ville, encore plus étendu que Central Park à New York City. Bon, vous me direz qu’avec tous les animaux que l’on a vus en liberté dans les parcs nationaux, il n’y a aucun intérêt à aller en voir d’autres emprisonnés, mais là au moins, ça nous a permis d’en découvrir certains qu’on préfère voir derrière une vitre épaisse ! Parce que personnellement, ça me l’aurait fait moyen de tomber sur une mygale en me levant au milieu de la nuit pour aller pisser, ou bien de me retrouver à côté d’un hippopotame lors d’une petite baignade dans un étang…

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Ils n’ont pas l’air méchant comme ça, mais il paraît qu’ils détestent prendre leur bain avec des inconnus…

Bon, on a aussi vu des animaux plus détendus, et les enfants sont repartis ravis de cette aventure…

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Dans ce même parc, vous trouvez également le « Science Center », gratuit de même, qui vous offre un beau voyage dans l’espace, dans le temps, dans le corps humain, enfin partout quoi…

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Il y a plein d’activités rigolotes sur place… Jeanne et Jack ont pu s’amuser à la marelle musicale, j’ai pu lire dans les veines de Jess, et Jules a mené son enquête dans le labo des « Experts », pour retrouver qui avait bien pu voler le chien du gardien du musée ! On a aussi vu nos potes les dinosaures, et ça tombait plutôt bien, car on n’en avait pas trouvés la veille au zoo…

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Toujours dans le même parc, qui décidément regorge de trésors, on a poussé l’exploit jusqu’à traîner les gosses au « Saint Louis Art Museum ». Alors, pour être honnête, les œuvres exposées n’atteignaient pas la qualité de celles qu’on avait admirées à la « Galerie Ducon » quelques jours auparavant, mais ça tient la route malgré tout.

Quelques babioles laissées en souvenir par le peuple Maya, des sarcophages égyptiens, du Van Gogh à droite, du Picasso à gauche, en passant par Degas, et bien d’autres encore…

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Ça en fait de la déco pour la maison tout ça… On a même vu la Tour Eiffel, de Robert Delaunay !

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Et puis si tu veux égayer ton jardin, tu leur pompes l’idée de la sculpture de l’arbre en acier qu’ils ont installé juste à côté du musée, c’est très chic…

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Jules, quant à lui, a trouvé son maître, en la personne du peintre allemand Max Pechstein… Il est resté bouche bée plusieurs minutes devant son tableau, « Day of Steel », incitant Jeanne à venir contempler à son tour le chef d’œuvre, avec des mots bien choisis : « Jeanne, regarde, elle est en train de baisser son pantalon la meuf ! » Belle analyse… dont Max doit certainement se réjouir dans sa tombe !

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Tu ne peux pas non plus te barrer de cette ville sans passer admirer la « Gateway Arch », qui, du haut de ses 192 mètres, est le monument réalisé par les mains de l’homme le plus haut du pays.

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Ils ont mis deux ans à la construire cette arche, entre 1963 et 1965, et elle représente un hommage à la conquête de l’Ouest américain.

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Donc sache désormais que si tu veux aller vers l’Ouest, tu dois obligatoirement passer par ce monument, sinon ça compte pas !

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Le seul truc qui nous a coûté du pognon ici, ça a été chez le garagiste… Mais ça, c’est dans toutes les villes du monde pareil ! Il a fallu en effet changer je ne sais quelle pièce au niveau de nos deux roues avant, parce que Ducon commençait à faire un peu trop de musique à notre goût dès qu’il se mettait à rouler, et en plus il montait haut dans les aigus, cela devenait insupportable… et très inquiétant !

Nous avons ensuite quitté tout doucement Saint Louis, tirant notre révérence au Mississippi, que nous ne reverrons plus maintenant, mais qui aura été très présent au cours de notre voyage. C’est émouvant quand tu dis au revoir à quelqu’un que tu aimes bien, sans savoir vraiment si tu le croiseras à nouveau… Mais la vie est bien faite, car c’est tout aussi touchant lorsque tu retrouves une vieille connaissance au détour d’un chemin, et c’est ce qui nous est arrivé avec la Route 66, qui est venue nous rappeler à son bon souvenir lors de notre remontée vers l’Illinois…

C’est vrai qu’elle prend sa source à Chicago, et ce n’est donc pas étonnant qu’elle traîne dans le coin ! On l’a suivie sur quelques parcelles, le moment le plus rigolo étant la traversée d’un pont, désormais piétonnier, mais par où elle passait à la belle époque…

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C’est le « Chain of Rocks Bridge », vieux débris rouillé de partout, qui relie le Missouri à l’Illinois, avec la frontière officielle en son milieu environ.

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On l’a traversé à pied avec Jules, et on y a retrouvé quelques vestiges du passé, puis le reste de la famille au bout…

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Sinon, c’est quand même moins fun que de la parcourir du côté Ouest, notre chère 66… Pas de Motels, ni de Diners aux enseignes rétro dans des bleds abandonnés, moins de magie que dans le désert, mais que voulez-vous, il faut de tout pour faire une route, même les plus célèbres !

Ah si, j’exagère… on a quand même trouvé un camion qui faisait de la bouffe à emporter sur le bord de la chaussée, mais manque de bol, il était fermé !

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Pour finir, et ce avant de débarquer chez l’ami Yannick à Normal, on est passé faire un petit coucou à Abraham Lincoln, qui repose en paix à Springfield, et qui a vécu en famille dans cette ville avant qu’on ne lui prête un appart à Washington DC, parce qu’il venait de trouver un nouveau boulot là-bas à l’époque…

Mais malheureusement, un petit drame est survenu ce jour-là, ma carte mémoire décidant de flinguer toutes les photos que j’avais faites de la maison et du tombeau de l’ancien président, ne me permettant de sauver qu’un profil du monsieur en question, qui avait d’ailleurs l’air très préoccupé ce jour-là…

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C’est également pour cette raison que vous ne verrez pas Yannick en photo, car il s’est aussi envolé je ne sais où avec Abraham, au rayon des photos disparues…

Ducon qui tombe en pièces petit à petit, les appareils photos qui jouent des tours, serions-nous quelque peu fatigués en ce moment ?

Clinton, Iowa

Jeudi 03 juillet 2014, 11:00 pm

Clinton, Iowa

Ça y est, on est en juillet putain… Non mais t’y crois à ça ?

Le temps passe à une vitesse maintenant… On dirait qu’il s’accélère, comme mon allure dans les descentes ! Et nous voilà déjà dans cette foutue ville de Clinton, Iowa, en plein sprint final…

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Ah oui, je vous parle, mais je ne me suis pas encore présenté, désolé pour cet oubli…

Je m’appelle RV, Hervé en français donc, mais dans mon pays ça se prononce « Harvy »… C’est en fait le diminutif de « Recreational Vehicle », ce qui fait un peu long quand même comme prénom ! Je me demande encore pourquoi mes parents, avant de m’abandonner dans la première casse venue dès ma naissance, m’en ont trouvé un aussi ridicule…

Mais bon, ce n’est pas le pire que j’ai eu, et celui sous lequel vous me connaissez, Ducon, charmante appellation dont m’a gratifié l’espèce de frisé à lunettes qui me sert de chauffeur, quand ce n’est pas sa bien plus séduisante femme qui est au volant, ne casse pas des briques non plus !

Et comme ils sont tous en train de roupiller les heureux vacanciers, je me suis dit que je pourrais en profiter pour remplacer le temps d’une soirée votre auteur préféré, qui vous en débite un paquet de conneries chaque semaine quand même, et vous raconter par la même occasion tout ce que j’ai sur le cœur… et il y en a croyez-moi…

Et puis ça tombe bien, parce que je n’arrive plus à m’endormir en ce moment… alors autant occuper mon temps à vous parler un peu. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a toujours un truc qui me dérange ces dernières nuits… Un amortisseur qui se contracte, un pneu qui me démange, ou le liquide de refroidissement qui me fait une poussée de fièvre… quand ce n’est pas un ou deux membres de la famille qui ronflent, surtout les filles d’ailleurs, sans vouloir viser personne en particulier !

Et puis il y a les soucis surtout… la peur du futur, dont je n’ai aucune idée de ce à quoi il ressemblera… La même angoisse que lors des années au collège des camping-cars… Tu sais, quand un conseiller d’orientation venait nous saouler pour nous demander ce qu’on désirait faire quand on serait grand, alors que nous, on ne voyait pas plus loin que la prochaine récré, pendant laquelle on allait pouvoir faire des dérapages avec les copains, et montrer nos beaux enjoliveurs à des caravanes bien carrossées…

Mon vrai problème, c’est ça… Que va-t-il m’arriver ? Qu’adviendra-t-il de moi dans quelques semaines, quand mes propriétaires vont rejoindre le vieux continent, sans moi dans leurs valises ?

Pourtant, je sais me faire tout petit, malgré les apparences, je ne fais pas beaucoup de bruit non plus, et je suis sûr que je pourrais passer en douce dans la soute à bagages !

J’aimerais tant partir avec eux, continuer l’aventure encore un peu plus à leurs côtés… et pourquoi pas découvrir l’Afrique, l’Asie, la Creuse… Faire le tour du monde… Le tour du monde mon pote !!!

Mais tu parles, c’est du rêve en boîte tout ça, et la triste vérité, c’est qu’ils vont me vendre au plus offrant dès que l’occasion se présentera, et tout sera fini ! Je suis sûr que je ne recevrai même pas une carte postale de Paris une fois qu’ils seront rentrés chez eux, les ingrats…

Pourtant, je ne peux pas trop leur en vouloir, et je dis ça surtout parce que je suis en colère… Ils me l’ont déjà dit que c’était trop compliqué de m’emmener avec eux, et puis qu’il fallait un permis spécial en France pour me conduire, à cause de mon gros cul, alors tu vois un peu l‘enfer au niveau logistique…

C’est plutôt qu’ils vont me manquer ces cinq andouilles… surtout les trois petites andouillettes, qui en mettent de la vie et du rire dans mon espace… et du bordel aussi !

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Et puis ils ont été gentils avec moi quand même, pour des gens qui n’ont pas de fric… Ils m’ont changé ma batterie, ma pompe à eau, mes six pneus et mes freins, sans compter quelques petits rafistolages à droite à gauche ! Tiens, pas plus tard qu’il y a deux jours, ils m’ont encore emmené chez le docteur, parce que j’avais un clou enfoncé dans un de mes nouveaux pneus… Eh ben je peux vous dire que ça fait mal ces trucs-là, c’est comme quand un gosse a une écharde enfoncée dans le doigt, vous l’entendez gueuler depuis l’autre côté du camping-car !

Non, on ne peut pas le nier, ils sont aux petits soins avec moi… Et puis tout de même, qu’est-ce que j’en aurai vu du pays avec eux… Pour vous dire, en une année, ils m’ont fait doubler mon kilométrage sur le compteur, alors que je suis né en 1998 !

Ils m’ont refilé une seconde jeunesse ces tarés ! Faut dire qu’ils ont la bougeotte, mais ça me va bien, vu que j’avais passé des mois à glander chez un concessionnaire véreux dans le Texas.

J’ai enfin pu découvrir l’Amérique moi aussi, et c’est un luxe, car même les gens nés ici que l’on croise sur notre route, et à qui on raconte notre périple, nous regardent avec des yeux aussi gros que leur bide, en nous disant que l’on connaît dix fois plus leur propre pays qu’eux-mêmes ! Ben ouais mon gars, mais t’as qu’à arrêter de vivre affalé dans ton canapé, devant ta téloche, à tenir la zapette d’une main, pendant que l’autre est plongée dans la barrique de pop-corn…

Tiens, par exemple, je n’avais jamais vu toutes ces curiosités que l’on a visitées ces jours derniers, depuis qu’on a quitté Denver et leur copine Aline, rentrée à Paris pour l’anniversaire de son cher et tendre, qui tombe aujourd’hui à ce propos (l’anniversaire bien sûr, pas son mec !)…

Pourtant, ces genres d’endroits, il faut être aveugle pour les louper… C’est vraiment la folie des grandeurs dans toute sa splendeur dans le coin !

Prenez « Devil’s Tower » par exemple, dans le Wyoming, c’est pas rien comme truc ! Moi, au départ, quand on l’a aperçu de loin en nous en approchant, j’ai pris ça pour un dé à coudre géant !

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Après, ça m’a plutôt fait penser à une toque d’un grand chef cuisinier parisien, mais je ne vois pas comment elle aurait pu atterrir ici…

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Au bout du compte, personne ne sait réellement ce que c’est, ni d’où ça vient… Différentes tribus indiennes avaient leur petite idée à ce sujet, dont je vais vous narrer la plus mignonne. C’est l’histoire de huit enfants, sept sœurs et un frère, qui jouaient ensemble dans la forêt. Tout à coup, le garçon a reçu un choc, qu’on n’arrive pas trop à expliquer, nous les occidentaux, trop terre-à-terre pour saisir la subtilité de ce genre de récit, et il s’est mis à trembler, puis à courir en s’aidant de ses mains et de ses pieds. Ses doigts sont ensuite devenus des griffes, et son corps s’est recouvert d’une fourrure, un peu comme ce qui est arrivé à Jess et Aline la semaine dernière, quand elles ont essayé des manteaux en peau de bison dans un ancien village de « Rocky Mountain National Park » ! Bref, ça n’était plus un p’tit mec qui était là, mais un gros ours ! Du coup, les filles ont bien flippé, et elles ont couru aussi vite que possible jusqu’au pied d’un gigantesque arbre, pendant que leur frangin, tout relooké qu’il était, tentait de les rattraper pour leur faire la peau… Heureusement pour elles, l’arbre savait parler, et leur a conseillé de vite grimper sur lui, pendant qu’il commençait à s’élever vers le ciel… L’ours, s’est alors jeté sur l’arbre pour tuer ses sœurs, mais n’a pas réussi à les atteindre. Par contre, et comme on peut le constater en un coup d’œil sur place, le tronc porte encore les marques des griffes de l’animal, enfin du frère, s’agrippant tant bien que mal tout autour de l’arbre qu’il ne voulait laisser s’enfuir… Cet endroit sera ainsi baptisé « Bear Lodge » par la tribu, la « piaule de l’ours » si vous voulez…

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Et les frangines dans tout ça, me demanderez-vous ? Eh bien, elles ont fini par atteindre le ciel, et sont devenues les étoiles de La Grande Ourse…

Un peu tirée par les cheveux comme histoire, non ? Mon patron, lui, il veut bien consentir à y croire, parce qu’il a un peu tourné au même carburant que nos amis indiens à une époque, lors de quelques soirées « calumet »… mais il comprend aussi qu’un esprit sain puisse y trouver quelque chose à redire…

Alors pour ceux qui doutent de la fiabilité de cette version, il y a une autre rumeur qui court dans les environs, et qui tendrait à affirmer que ce rocher est le résultat de la solidification sous terre d’un amas de magma, il y a fort longtemps. C’est d’ailleurs son refroidissement qui aurait provoqué ses longues fractures en forme de colonnes. Et puis il est sorti à la surface après, suite à l’érosion des roches sédimentaires, et patati, et patata… C’est moins sexy comme explication, mais bougrement efficace et rationnel… À l’occidentale quoi !

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Enfin, en tout cas, cela reste un endroit assez mystérieux, et c’est certainement la raison pour laquelle Steven Spielberg s’en est servi pour le tournage de sa « Rencontres du Troisième Type ».

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Vous pouvez tout de même constater qu’en plus de me promener, ils m’instruisent les Gorin !

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Quand ce n’est pas la nature qui fait les choses en grand, pas de panique, l’homme prend le relai et s’en charge ! Et dans ce cas-là, l’américain n’y va pas avec le dos de la cuillère…

On s’en est aperçu dans le Dakota du Sud, plus précisément dans les « Black Hills », où un véritable concours a vu le jour au siècle dernier, dont le vainqueur final n’est toujours pas connu d’ailleurs.

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D’un côté, le « Mount Rushmore National Memorial », célèbre dans le monde entier, représentant les visages de quatre des présidents les plus marquants de l’histoire américaine, sculptés dans le granite. Je vous les cite donc dans leur ordre d’apparition sur la roche, de gauche à droite… Tout d’abord, et honneur au plus ancien de tous, Monsieur George Washington, suivi de très près par Thomas Jefferson, qui était au départ à la droite de George, mais un défaut du granite a contraint le sculpteur Gutzon Borglum a lui exploser la tronche à coups de dynamite pour le réinstaller plus tard à gauche. Puis vient Theodore Roosevelt, un peu en retrait, et enfin Abraham Lincoln, avec son fameux collier de barbe s’il vous plaît !

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Les visages mesurent tout de même dix-huit mètres de haut chacun, et la réalisation de cette œuvre est très intéressante, et complètement folle… à coups d’explosifs à droite, de marteaux-piqueurs à gauche, plus les finitions au burin réalisées par des ouvriers suspendus dans leurs baudriers. Et fait rarissime, aucune mort ne sera à déplorer au cours de ces travaux, qui vont durer tout de même de 1927 à 1941 !

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Seulement, ils seront interrompus car les fonds initialement prévus pour la réalisation de cette sculpture monumentale vont finalement aller financer l’entrée dans la Seconde Guerre Mondiale des États-Unis…

Et oui, parce que ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu‘à l’origine, les bustes des quatre présidents devaient accompagner leurs visages, mais du coup, ils ont laissé tombé l’affaire… Encore heureux qu’ils aient eu la bonne idée d’attaquer par la tête des personnages, sinon tu n’aurais eu droit qu’à quatre costards taillés dans la pierre en 1941, ils auraient eu l’air con quand même !

Mais au final, il faut bien reconnaître que ça a de la gueule, et que l’ensemble est très impressionnant.

Cet endroit aussi a inspiré de nombreux réalisateurs d’ailleurs… notamment Alfred Hitchcock bien sûr, qui y a tourné la scène finale du film « La Mort aux trousses » en 1959.

Et tous les soirs, le cinéma continue d’ailleurs ici, et c’est le show à l’américaine crois-moi ! J’ai pu assister à ça depuis le parking, et j’ai bien rigolé… D’abord, ils te bassinent pendant une demi-heure avec le pourquoi de cette œuvre, son importance pour les générations à venir, pourquoi ces quatre présidents, et j’en passe… tout ça sur fond de musique patriotique et projection d’images d’archives… Et puis après, tu ne sais pas pourquoi, ils demandent à tous les vétérans militaires présents dans la foule de venir sur scène pour recevoir une ovation, et se présenter un par un, une larme à l’œil accompagnant leur fierté d’avoir servi leur nation au péril de leur vie, alors que merde, s’ils n’avaient pas fait la guerre, on aurait eu droit à leurs bustes à nos quatre présidents !

Enfin, c’est leur truc ça. Il faut s’y faire, c’est tout…

Et puis pour finir, ils t’éclairent les quatre vedettes à coups de projos surpuissants, et puis tu peux aller te coucher après…

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D’ailleurs, ils m’ont trouvé un coin sympa pour reposer mon moteur mes patrons, juste à côté, au bord d’un joli point d’eau. Le seul truc un peu flippant, mais que je n’ai remarqué qu’au réveil, c’est qu’on était en permanence sous la haute surveillance du père George, le premier président américain. Et il avait beau être de profil, et occupé à d’autres affaires, on sentait qu’il nous tenait à l’œil malgré tout, et nous du coup, on se tenait à carreau !

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Jules et Jérôme sont retournés voir le mont Rushmore au petit matin, au cas où une nouvelle tête ait décidé de faire son apparition dans la montagne durant la nuit, et puis on a bougé.

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Il y avait un peu de fatigue dans les rangs d’ailleurs ce jour-là, et ceci est facilement repérable grâce à Jeanne, qui est en quelque sorte le baromètre de la famille… Et là, il était au bord de l’explosion ! Cela se traduit principalement par un pétage de plomb totalement ingérable, face auquel il n’y a pas grand-chose à faire, à part laisser passer l’orage de la façon la plus zen possible…

En parlant d’orage, c’est la mode par ici à cette période… Franchement, on voit le ciel s’assombrir, puis se déchirer au moins trois fois par jour, et c’est plutôt violent comme colère ! Mais bon, on s’en sort pas trop mal jusque-là, car on n’a pas eu droit encore à une petite tornade, phénomène apparemment fréquent dans le coin à cette période de l’année…

D’ailleurs, ce soir-là, ils ont été obligés d’interrompre le match de baseball qui se jouait à côté du square où on zonait, dans la petite ville de Custer, car les éclairs commençaient à viser les joueurs au bout d’un moment !

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C’est là que les enfants se sont faits de nouveaux copains, Abby et Alex, qui sont tombés amoureux de moi en un rien de temps ! Leur père n’arrivait plus à les récupérer, ils voulaient rester à l’intérieur et sauter sur mes canapés !

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Ça suffit trois petits diables à la maison, je ne vais pas en loger deux de plus tout de même !

Alors j’en reviens à la démesure locale, et la folie des hommes, car il y en a qui ont décidé de faire encore plus fort que le Mont Rushmore… Ce sont nos potes les indiens, mais il faut les comprendre aussi… Il s’agit des Amérindiens Lakotas plus précisément, qui n’ont jamais digéré le fait que les Blancs aient réalisé cette sculpture sur ces collines qui étaient sacrées pour eux. Sachant qu’en plus, les quatre présidents représentés étaient en fonction quand les peuples indiens se sont fait chouraver leurs terres ancestrales, alors là, ça devient de la vraie provoque…

Du coup, le chef Henry Standing Bear a fait appel au sculpteur Korczak Ziolkowski, afin qu’il réalise un monument représentant le guerrier sioux « Crazy Horse », monté sur un cheval et pointant le doigt vers l’horizon, toujours dans le secteur sacré des « Black Hills ».

Le projet, très ambitieux, a débuté en 1948, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il peine à se concrétiser.

Nous, on y est passé au « Crazy Horse Memorial », et pour l’instant, il n’y a que la tête du grand chef indien qui a été réalisée. Mais elle est balèze en tout cas… elle mesure vingt-sept mètres de haut ! Alors les présidents, ils peuvent trembler…

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Le problème maintenant, c’est qu’il va falloir faire le bras avec le doigt tendu au bout, puis le buste, et le canasson, alors ça fait du taf quand même… Et puis ils refusent les propositions de subventions du gouvernement fédéral, alors ça n’arrange pas les choses…

Mais ils avancent, tranquillou, et on dit que tout ça pourrait être achevé d’ici une cinquantaine d’années, et au final, ça ferait de ce monument la plus grande sculpture au monde !

On a choisi d’y aller un soir car justement, il était prévu qu’ils fassent exploser quelques bâtons de dynamite, histoire d’avancer les travaux. On s’est encore beurré un orage XXL en arrivant, c’était de la folie…

Les indiens ne sont pas différents des autres quand il s’agit de gérer un parc d’attractions, c’est plein de musées et de boutiques à la con partout, et puis dehors, sur l’esplanade, tu as un grand chef qui fait l’animation, tout bien sapé comme s’il allait au « Tipi Fever », la discothèque du quartier…

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Après, tout comme à Rushmore, tu as droit au spectacle « son et lumière », et puis vers vingt-deux heures trente, c’était le moment tant attendu du grand bombardement…

Et là, on en a pris plein les yeux les copains… Je n’ai pas compté le nombre de détonations, mais il y en a eu au moins vingt, ça c’est certain ! Ça pétait dans tous les sens, et ça a duré peut-être deux minutes, un truc de dingue…

Alors au final, j